‹ Les petits côtés de l'histoire: notes intimes et documents inédits, 1870-1884Chapitre 21 sur 27 · SOUVENIRS PERSONNELS · texte numérisé non relu

SOUVENIRS PERSONNELS

Paris, 1884.

L'année dernière, ayant eu à intervenir en faveur d'un ami intime, auprès de M. Mignet, j'eus Toccasion d'approcher plusieurs fois le célèbre historien. — M. Mignet habitait, rue d'Aumale, au n* 14, une maison contiguê au jardin de l'hôtel Thiers, qui appartient aux héritiers du <c grand homme )>, c'est-à-dire à mademoiselle Dosne. Je n'avais vu M. Mignet qu'une seule fois dans ma vie, il y a trente-cinq ans. C'était en 1849, je me promenais sur le boulevard des Capucines avec mon père, déjà fort âgé, lorsqu'il rencontra son ancien collègue des aifaires étrangères et causa longuement avec lui. En le quittant, mon père me nomma à

lui : voilà comment j'avais été présenté à M. Mignet.

Je songeais à celte rencontre et à tous les événements qui s'étaient passés depuis, en gravissant, il y a un an, les quatre étages de l'escalier du doyen de l'Académie. La pièce dans laquelle je fus introduit était garnie de livres jusqu'au plafond. Le vieillard, assis sur un escabeau, devant une petite table, les genoux entortillés dans une couverture, lisait attentivement. M. Mignet avait alors quatre-vingtsix ans : ce n'était plus précisément « le beau Mignet jî>, comme on disait en l'année 1840. Mais sa physionomie pleine de finesse, ses traits réguliers, ses cheveux blancs bouclés, ses yeux noirs, toujours vifs, expliquaient bien les passions dont fut l'objet le premier historien de la Révolution française.

M. Mignet me demanda aussitôt si j'étais le fils de M. d'Ideville, membre de la Chambre des députés sous le roi Louis-Philippe, et son collègue au conseil d'État. Je lui rappelai ma présentation sur le boulevard des Capucines, en 1849, incident dont il n'avait, bien entendu, gardé nul souvenir. Puis je lui contai mon entrée au ministère des affaires étrangères, et mon séjour de six ans en Italie. — L'ancien directeur des Archives vouhit bien m'interrompre alors, dans les termes les plus aimables,

à propos de mon livre Journal d'un diplomate en

Italie. Un nom surtout, je dois le dire, l'avait frappé dans ces notes intimes, celui de la princesse Belgiojoso. Ce nom, rappelé par moi, évoqua aussitôt, dans l'âme du vieillard, les plus chers souvenirs. Je lui parlai de la princesse avec chaleur; toutefois mon enthousiasme, je dois le dire, fut vite dépassé par celui de mon interlocuteur. Le vieil ami de la € grande Italienne > s'entretint d'elle avec feu et avec une satisfaction non déguisée. Je lui donnai, moimême, la réplique et lui contai ma première rencontre, à Turin, chez la marquise de Rora, sœur de la princesse, puis son installation à Milan et dans sa villa du lac du Côroe. Je lui parlai de sa charmante fille, la marquise Trotti, de ses deux sœurs, de son frère.

Bref, nous nous trouvions en pays ami et transportés bien loin de Paris et de l'an 1883.

— Elle était déjà bien malade et fort changée quand vous l'avez vue, en 1859, à Turin, me dit M. Mignet. Ah ! si vous l'aviez connue alors qu'elle habitait à Paris son hôtel de la rue Nolre-Dame-des-Champs. Quelle femme intelligente et belle, et quelle patriote passionnée I Elle n'avait conservé que l'éclat de ses yeux, quand vous la vîtes en Italie. Une maladie nerveuse, de grandes souffrances, l'avaient pliée avant l'âge. C'était une femme ardente, d'une rare énergie, un tempérament d'une haute originalité.

— Je ne Tai malheureusement connue, en effet, que dans ses dernières années, dis-je à M. Mignet. mais j'ai pu l'apprécier; elle daignait me témoigner de l'amitié et j'ai d'elle des lettres charmantes.

Ce dernier trait acheva de me gagner le vieil ami de Christine Trivulzio. Si, au lieu de plaider la cause d'un autre, j'avais eu à solliciter une faveur personnelle, je suis certain que M. Mignet eût tout accordé au ci-devant jeune homme de goût sûr qui avait conservé de la « grande Italienne » un souvenir si vivant !

M. Mignet porte gaillardement ses quatre-vingt-six printemps. Il sort tous les jours à pied, ne manque aucune réunion de l'Académie et dîne plusieurs fois la semaine chez sa voisine, mademoiselle Dosne.

Tous deux, restés célibataires, forment les derniers débris d'un salon et d'une génération disparus. Seuls, M. Barlhélemy Saint-Hilaire ou M. Mignet pourraient écrire d'intéressants et véridiques mémoires sur les soirées de la place Saint-Georges, et retracer les brillants monologues que M. Thiers, après un léger somme, exécutait chaque soir devant son petit cercle émerveillé.

M. Mignet est un des derniers représentants d'une grande époque. C'est le type du véritable, du parfait lettré, du grand historien. Il est peu de carrières

328 LKS PETITS COTÉS DE L'HiSTOiRE.

liltéraires aussi calmes, aussi laborieuses, aussi pures que la sienne. Il a toujours côtoyé la politique active. Il est vrai d'ajouter que son meilleur, son plus ancien ami, M. Thiers, s'y adonnait si éperdument qu'il suffisait à M. Mignet de savoir son compatriote premier ministre pour que son ambition fût satisfaite. L'étude lui apporta, certainement, plus de jouissances que tous les triomphes parlementaires.

Pendant la durée du gouvernement de Juillet, l'ancien ami des Carrel et des Manuel ne voulut accepter du Roi que le titre de conseiller d'État et la situation de directeur des Archives au ministère des affaires étrangères, situation où il lui était loisible de se livrer tout entier à ses travaux historiques.

La révolution de 1848 le chassa de cette retraite, faite pour lui et si bien appropriée à ses goûts et à ses habitudes. Lorsque M. de Lamartine qui tta le ministère des affaires étrangères, le 4 mai 1848, pour devenir membre de la Commission executive, le portefeuille des affaires étrangères, fut confié à M. Jules Bastide, publiciste médiocre qui, dans un excès de zèle malenconlreux, s'empressa de révoquer M. Mignet de ses fondions. Celui-ci, sans faire une observation, se hâta de quitter Thôlel des Archives, rue Neuve-des- Capucines, où il était installé depuis dix-huit ans. II porta ses pénates rue d'Aumale, dans la maison

OÙ son ami M. Thiers lui avait réservé le modeste appartement qu'il occupe encore aujourd'hui.

Lorsque M. Bastide, — tout fier d'avoir évincé un haut fonctionnaire, suppôt de l'ancien ordre de choses, — vint annoncer le départ de M. Mignet à M. de Lamartine, celui-ci se montra fort irrité et très confus de la niaiserie de son ancien subordonné. Il lui fit comprendre que M. Mignet, son collègue à l'Académie française, un des esprits les plus distingués de France, vétéran des luttes libérales, était un honneur, une gloire pour tout gouvernement qu'il voulait bien servir. M. Bastide courut rue d'Aumale, s'excusa, supplia; — mais ce fut en vain: M. Mignet avait pris sa détermination et répondit par un refus impitoyable.

Les nombreux travaux historiques de M. Mignet . suffiraient à remplir la vie de plusieurs hommes remarquables. La première fois que je le vis, après lui avoir parlé de notre chère princesse, je lui répétai le propos d'un professeur d'histoire, propos que mon fils, rhétoricien du collège Kollin, m'avait cité quelques jours auparavant. <r La meilleure histoire de la Révolution, avait dit M. X.. ., la plus claire, la plus vraie et la plus vivante, celle qui a servi de thème à toutes les autres, est, sans contredit, le merveilleux précis de M. Mignet ! » — Cet éloge sincère

parut faire un sensible plaisir au vieil historien : — Savez-vous,monsieurd'Ideville,medit-il, qu'il y a cinquante ans, un demi-siècle, que parut la première édition de ce livre. Je le composai avec amour, je dois le dire, et avec enthousiasme. Bien des témoins, bien des acteurs de la Révolution vivaient encore : c'est d'eux-mêmes que je tiens la plupart des détails que je mis en lumière : voilà son seul mérite; — mais je suis bien aise, je vous l'avoue, de savoir que Touvrage est encore goûté.

Je rencontrai plusieurs fois mon illustre voisin M. Mignet, se promenant à pas lents, au soleil, le long de la rue de Châteaudun. Une des dernières fois que je l'accostai, c'était, si j'ai bonne mémoire, le surlendemain du jour où les princes d'Orléans, M. le duc d'Aumale et M. le duc de Chartres, furent rayés des rôles de l'armée. Le bon vieillard ne me dissimula point l'indignation et la tristesse que lui causait ce procédé : il me parla, à cette occasion, du dévouement de son ami, M. Thiers,pour ces mêmes princes, aujourd'hui chassés de l'armée par ses successeurs. J'avoue que l'intervention du nom de M. Thiers, en cette occurrence, me parut quelque peu inopportune. Quant à moi, je gardai un silence prudent, sachant trop pertinemment, hélas ! grâce à une confidence de M. de Larcy, le rôle odieux joué par l'ami de

M. Mignet, en 1870, au moment où ces mêmes princes s'apprêtaient à rentrer en France pour offrir leur épée à la République.

M. Mignet, ce matin-là, était plein de verve et d'animation : il m'amena clopin-clopant, rue Saint- Lazare, devant la vitrine d'un célèbre marchand de gravures, pour me faire admirer un portrait colorié du temps, représentant M. le duc d'Aumale en colonel du 17*^ léger, ainsi qu'un groupe des fils du roi Louis-Philippe, en tenue militaire.

— Je regarde chaque jour, en passant, ces images, me dit l'ancien libéral de 1830, l'ami de Manuel; elles me rappellent des temps heureux qui ne sont plus.

A ce moment, l'avouerai-je, je fus tenté de glisser à M. Mignet que, sans l'ambitieux orgueil de son meilleur ami, M. Adolphe Thiers, ces temps heureux, si justement regrettés, auraient pu reparaître encore. Mais je n'eus garde de détruire ses illusions, et, plein de respect et d'admiration, je reconduisis, un bout de chemin, le vénérable et charmant octogénaire, que je suivis des yeux, gravissant gaillardement les hauteurs accoutumées de la rue d'Aumale.

Paris, 17 juillet 1884.

L'autre matin, au coin de la rue du Faubourg Sain t- Honoré, je me suis croisé avec le modeste équipage qui ramenait à leur domicile, hôtel Youillemont, les deux plus augustes souverains que je connaisse, Sa Majesté le roi François II de Naples, et la reine Marie-Sophie. En m'inclinant avec émotion et respect devant ce couple royal, je songeais à ce méchant livre, les Rois en exil, l'œuvre la plus médiocre, la plus fausse qui soit sortie de la plume de mon ami Alphonse Daudet.

C'était en 1862, à Rome, — alors que j'étais secrétairede l'ambassade de France^que je fus présenté aux souverains exilés. Ils habitaient, tantôt le palais Far-

nèse, tantôt une modeste villa près d'Albano. Pendant les trois années de notre séjour à Rome, il nous fut permis d'assister aux transformations et aux vicissitudes de la maison royale de Naples. Chaque année, le Roi élail contraint de diminuer ses dépenses et son train. Les chevaux, les voilures disparaissaient peu à peu des écuries du palais Farnèse : il fallait subvenir à tant de frais! soulager tant de misères et de dévouements cachés !

Bientôt la Reine, réduite à deux chevaux de selle, et à une Victoria, ne quitta plus la campagne.

Je la revois encore, dans l'éclat de la jeunesse et de la beauté, avec sa taille souple et son élégante distinction. Ses yeux et sa physionomie avaient un charme singulier, lorsqu'elle parlait et s'animait. Mais seule, et c'est ainsi qu'on la rencontrait le plus souvent au Pincio et dans les environs de Rome, il était impossible de ne pas être frappé de la tristesse et de l'accablement plus profond que résigné empreint sur sa figure. La présence du Roi n'avait pas toujours le don de ramener la joie dans ce cœur désenchanté.

— Le temps le plus heureux de ma vie, disait-elle

un jour devant moi, celui que je regrette le plus, ce

sont les jours passés à Gaëte. Oh ! oui, je vivais alors,

j'étais Reine, je me sentais utile.

On sait, en effet, avec quelle énergie, avec quel courage, la jeune souveraine partagea à Gaête les dangers et les fatigues de ses fidèles défenseurs. Les témoins de ce siège héroïque en ont gardé le souvenir ineffaçable.

Le roi François II, lorsque je le vis pour la première fois à Rome, avait vingt-neuf ans. La taille est élevée, souple, la physionomie intelligente. Il est brun, comme tous les Bourbons de Naples.

Ses yeux noirs sont un peu voilés. II ressemble à son père, le roi Ferdinand II, et aussi, dit-on, à sa mère, Marie-Christine, princesse de Sardaigne, véritable sainte, morte à vingt-quatre ans, trois jours après la naissance de son fils. L'enfance du Roi a été douloureuse; depuis qu'il est au monde, sa vie n'a été qu'une longue suite d'épreuves, de déboires et de désillusions; c'est un esprit sérieux, une àme droite, fière et résignée. Nul n'a supporté, avec autant de dignité et de grandeur, les tortures de l'exil, les injustices et les cruautés de la fortune* Devant ce couple royal, foudroyé, isolé, toujours à l'écart des fêtes et des splendeurs de Paris, refusant de s'associer à aucun des plaisirs et des distractions que l'aristocratie française eût été si jalouse de lui offrir, qui ne s'inclinerait avec admiration?

A propos des souvenirs du siège de Gaête, dont le

roi et la reine de Naples sont justement fiers, nous avons retrouvé récennment une lettre fort belle, que le jeune roi de vingt-sept ans adressait à l'empereur Napoléon III.

C'est un document très peu connu et qui fait honneur aux races royales.

(( Gaëte, 13 décembre 1863.

» Monsieur mon frère,

» La letlre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire et que l'amiral de Tinan vient de m'apporter, me jette, je dois l'avouer, dans une cruelle anxiété. Mon intention déterminée était de résister jusqu'à la dernière extrémité et de sauver, au prix des plus grands sacrifices, mon honneur militaire, puisque les événements m'empêchent de délivrer mes États d'une injuste oppression. Mais les affectueux conseils que me donne Votre Majesté, joints aux raisons que sa haute sagesse fait valoir, et surtout la pensée du retrait de son escadre, me frappent et ébranlent mes résolutions. Ceci étant, Votre Majesté ne sera ni surprise ni contrariée, si je lui demande quelque temps avant de prendre un parti définitif.

» Bien que je fusse informé que l'escadre française ne pouvait indéfiniment rester dans ce golfe, mes

renseignements personnels et les assurances particulières qui me parvenaient me faisaient espérer que son séjour se prolongerait, ou qu'au moins le drapeau français resterait arboré sur un des vaisseaux de l'escadre.

> Appréciant les motifs de Votre Majesté et rempli de reconnaissance pour sa sympathie jusqu'alors si efficace, je ne peux que déplorer le rappel de sa flotte, qui, laissant la mer libre à mes ennemis, aggrave considérablement ma position.

> Tl est donc de mon devoir, d'étudier de plus près mes ressources, afin de savoir s'il m'est possible de continuer, sans cet appui, une longue résistance; c'est précisément ce que je fais en ce moment, avec le désir sincère d'éviter ces deux écueils contre lesquels pourraient se briser mon avenir et s'obscurcir mon nom : la faiblesse et la témérité.

> Sire, Votre Majesté le sait, les rois qui partent, remontent difficilement sur le trône lorsqu'un rayon de gloire n'a pas éclairé leur infortune et leur chute. Je crains, qu'après l'ivresse d'un triomphe dû plutôt à la pusillanimité et à la trahison de mes généraux qu'à leur propre force, les envahisseurs de mon royaume ne rencontrent d'immenses difficultés à asservir mes sujets, au nom d'idées qui répugnent autant à leurs intérêts qu'à leurs traditions.

!> Les difficultés qui se dressent en Europe, en même temps que la haule intelligence de Votre Majesté et Tautorité dont Elle jouit, me font espérer que le jour n'est pas éloigné où les principes de droit, de devoir et de justice ne seront plus foulés aux pieds par le Piémont. Si ces espérances sont un rêve, il existe, au moins, un point sur lequel la discussion ne saurait être admise :

> En combattant pour mes droits, en succombant avec courage, avec honneur, je resterai digne du nom que je porte, et laisserai un salutaire exemple aux princes futurs. — S'il est vrai que je doive abandonner tout espoir de résistance, il me reste encore à prouver au monde que je suis supérieur à ma fortune.

1 Ici, je suis souverain en principe, mais général de fait. Je n'ai plus de royaume et ne possède plus qu'une citadelle et quelques soldats fidèles. Dois-je, devant la probabilité de périls personnels, et par crainte d'effusion du sang que j'ai voulu éviter à tout prix, abandonner une armée qui veut conserver l'honneur de son drapeau, déserter une place dans laquelle mes ancêtres ont dépensé tant d'efTorts pour en faire le dernier boulevard de la monarchie?

> Votre Majesté, excellent juge en cette matière, peut décider, mieux qu'aucun autre, si, en m'éloi-

gnanty sans être absolument certain de Tefficacité de mes ressources, j'aurai accompli, jusqu'à la fin, mes devoirs de soldat. Je puis mourir ou être fait prisonnier, c'est vrai ! Mais les princes ne doivent-ils pas savoir mourir à propos? François P' fut prisonnier; il ne défendait pas comme moi son royaume; ses contemporains et l'histoire lui ont tenu compte d'avoir exposé sa personne et d'avoir su endurer la captivité. Un tel langage ne m'est pas inspiré par une exaltation passagère : il est le résultat de longues réflexions. Votre Majesté, si pleine d'intelligence et de courage, comprendra, mieux que personne, les pensées qui m'animent. II me faut donc lutter contre ce courant d'idées et de sentiments, avant de m'arrêter à une résolution.

» Votre Majesté me permettra de prendre le temps nécessaire pour réfléchir, et, si durant cet espace, — contre mes désirs et mes intérêts, j'ose ajouter contre mes prières, — l'intérêt et la politique de Votre Majesté La forçaient à retirer sa flotte, j'en serais douloureusement affecté, sans doute, mais Je m'inclinerais devant ses motifs, et je conserverais profondément gravés dans mon cœur les marques de sympathie qu'Elle m'a données et le service qu'Elle m'a rendu en m'assurant pendant si longtemps la liberté de la mer.

» Votre Majesté a agi noblement envers moi, alors qu'aucun des souverains d'Europe n'osait ou ne pouvait venir à mon secours. Ci, par le rappel de sa flotte, je devais succomber, je prierais seulement Dieu que Votre Majesté n'ait point sujet de le regretter et qu'au lieu d'un allié reconnaissant et fidèle. Elle ne rencontre pas un jour une révolution hostile et u n souverain ingrat.

» Quelle que puisse être ma résolution en cette grave éventualité, j'aurai le devoir de la faire connaître sans retard à Votre Majesté. Je m'empresse de Lui exprimer de nouveau ma reconnaissance pour son appui, ses conseils et surtout pour l'intérêt qu'Elle a bien voulu prendre à ma personne.

> Je prie Votre Majesté de recevoir la nouvelle assurance des sentiments de haute estime et de sincère et reconnaissante amitié avec lesquels je suis, monsieur mon frère, de Votre Majesté le bon frère,

Page 1