SAINT-GYR SOUS LA REPUBLIQUE
22 novembre 1883.
Dimanche dernier, le Premier Bataillon de France, précédé par la fanfare de ses clairons, son général en tête, franchissait la porte de la vieille école de Saint-Cyr, pour faire sa première promenade militaire, depuis la rentrée.
Deux heures venaient de sonner. Le beau ciel d'automne était ensoleillé, le temps clair et sec, et, vraiment, il faisait bon voir défiler gaillardement, et marquant le pas comme de vieux soldats, ces braves et gentils conscrits de la gloire. Tout le village était aux fenêtres, et le flot des parents, qui avaient patiemment attendu, après la visite réglementaire, afin d'apercevoir une fois encore leurs chers soldats,
ut LES PETITS COTÉS DE L'HISTOIRE.
formait la haie. Les deux promotions étaient réunies, anciens et nouveaux. La rentrée générale, on le sait, a eu lieu il y a trois semaines, et celte année, environ quatre cent cinquante jeunes gens ont été admis à l'école militaire. — Saint-Cyr compte plus de huit cents élèves, et, depuis longtemps, sauf en temps de guerre, ce chiffre n'avait été atteint.
En voyant passer devant nous cette élite de la France, cette petite troupe alerte, insouciante, vêtue de la veste du soldat, le sac au dos, le fusil sur l'épaule, je cherchais à me rappeler certaine phrase de Yeuillot : c A cette heure, celui qui doit sauver la France dort, peut-être, sur l'affût d'iin canon, ou vient de brosser son cheval. y> Ce qui est au moins certain, c'est que, parmi ces huit cents fantassins défilant sous nos yeux, notre génération comptera, un jour plus ou moins éloigné, de nombreux généraux et des maréchaux de France! Combien aussi, dans les batailles futures, tomberont inertes, sanglants, foudroyés, de ces charmants êtres de vingt ans, à l'œil plein de feu, à l'âme ardente, que leurs mères, tout à l'heure, embrassaient avec tant d'amour et d'orgueil.
Je n'oublierai jamais l'impression profonde, terrible, le frisson qui me saisit devant certain mot qui me fut dit jadis par un vieux soldat. C'était en 1856,