‹ Les petits côtés de l'histoire: notes intimes et documents inédits, 1870-1884Chapitre 26 sur 27 · LE PREMIER BATAILLON DE FRANGE · texte numérisé non relu

LE PREMIER BATAILLON DE FRANGE

repreadrc, l'infortuné, son harnais de travail, de fatigue et de misères, il va étudier et apprendre, courbé, broyé sous Timplacable discipline, tandis que là-bas... c'est la liberté, le inonde, la vie joyeuse ! — Que de fois, l'hiver, lorsqu'il sera réveillé de son lourd sommeil avant l'aube, par les falots du dortoir et la sonnerie de la diane, rêvera-t-ii aux absents, songeant qu'à cette même heure, une adorable enfant, rayonnante de beauté, les yeux brillant de plaisir, daigne peut-être, au milieu de l'entraînement du cotillon, envoyer un passager souvenir au prisonnier de Saint-Cyr.

Eh bien ! c'est pour leur résignation et leurs sacrifices, c'est en raison de tout ce qu'ils endurent, qu'on les aime et qu'on les vénère, ces vaillants et gentils soldats du Premier Bataillon de France ! Voilà pourquoi leur uniforme, salué partout, est partout si populaire.

On les plaint parfois; mais combien les envient! Car il est vraiment salutaire et réconfortant ce temps d'exil i esprit, cœur et santé se fortifient et se retrempent dans ces deux années calmes, laborieuses et graves. Quel apprentissage de la vie, autrement fructueux, autrement noble, celui-là, que les années si bêtement perdues par nos désœuvrés, plantés tout le long du jour dans les écuries ou le

boudoir de vieilles hétaïres, et croupissant la nuit au fond des tripots de province ou du boulevard des Italiens !

En aucun temps, la carrière des armes ne fut plus utile et plus recherchée. Depuis l'invasion jacobine, il faut bien le dire, elle est devenue le dernier asile, — inviolable, sacré, — le sanctuaire où, seulement, l'on peut servir la patrie, le front haut, sans rien sacrifier de ses croyances ou de ses convictions. C'est le seul refuge qui reste à l'honneur !

Hâtons-nous de le dire bien haut : la hideuse politique, qui nous absorbe et nous envahit tous, n'entre pas à Saint-Cyr. Jamais une allusion, jamais un mot. Les seules discussions — aussi sont-elles passionnées, ardentes, et amères — qui retentissent à l'école, reposent sur la grande suprématie de l'infanterie sur la cavalerie et vice versa. Quant au Gouvernement, il n'en est pas question. Les pauvres diables, d'ailleurs, dont tous les quarts d'heure sont comptés, qui jouissent à peine de quelques instants de repos, sont distraits par d'autres préoccupations que celles des politiciens. Les faits de guerre seuls les inté-^ ressent, les succès, les épreuves de leurs aînés sont leur unique souci.

Les camaraderies se forment un peu au hasard;

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