SCÈNE XI
Les Mêmes, PLACIDE.
PLACIDE, se jetant dans les bras de Trapolin.
Ahl magnanime vieillard, laissez-moi baiser la trace de vos pas! marchez un peu, que je baise la trace de vos pas!
TRAPOLIN.
Qu’esl-ce qui lui prend à celui-là ?
Et vous croyez que je souffrirai que vous exposiez pour moi des jours qui nous sont si précieux.
MARTIAL
Qu’est-ce que lu racontes, toi?
PLACIDE
La vérité! Marion ma tout conlél Jolifer sort d’ici. Il vous a provoqué !
MARTIAL
Jolifer... ah ! bigre!
PLACIDE
Oui, c’est pour moi que notre père éternellement boD, allait braver le fer d’un spadassin... C’est moi qui aime Suzette, c’est-moi qui, là trouvant ici l’ai fait cacher pour nous jeter tous deux aux genoux de notre nouveau père et le prier de nous bénir une dot... non, de nous donner une dot et de bénir notre union...
TRAPOLIN.
Comment, gredin... c'est à toi que je dois cette maudite querelle... mais sais-tu bien que sans ce brave Martial qui veut absolument me forcer de lui céder ma place...
MARTIAL
Permettez, papa, permettez; voilà qui change bien les choses...
TRAPOLIN.
Comment, comment ?
MARTIAL
Tenez, papa, vous qui êtes un homme de sens...
Qu’est-ce qui t’a dit que j’étais de Sens ! Je suis de la Guillotière...
MARTIAL
Ça ne fait rien! suivez bien mon raisonnement. Placide aimeSuzetle, n’est-ce pas? Or, puisqu’il l’aime, vous ôtes trop bon pour ne pas les marier... Donc, Jolifer deviendra
le beau-frère de mon frère, et je ne peux pas commettre un beau-frère-tricide, c’est joliment logique, hein?
TRAPOLIN.
Eh bien, dis donc, tu arranges bien les choses toi, je les marie
PLACIDE
Oh! papa, nous vous aimerons tant!
• TRAPOLIN.
Ah! ça voulez-vous bien ne pas m’abrutir comme ça! Un troisième petit du premier à présent! Est-ce qu’ils me prennent pour l’hospice des jeunes orphelins !...
MARTIAL
Si vous refusez. Jolifier est trop dans son droit pour que je m’oppose à sa juste colère. Je ne puis défendre un père sans entrailles...
TRAPOLIN.
Ah! Marlial! tu vas trop loin! j’en ai des entrailles!
MARTIAL
Je ne vous demanderai pas de nous les faire voir....
PLACIDE
Non! mais prouvez-le en consentant au bonheur de votre enfant. (A part) Il est ému. Pour achever de l’attendrir, je vais chercher Suzelte... (Haut.) Papa, je vais vous envoyer votre fille!...
TRAPOLIN.
Je te le défends! (Placide sort).
MARTIAL
Ah ! tenez, je le vois à votre air parfaitement ahuri, vous consentez., et quel noble moyen d’arranger votre affaire! Jolifer vous a insulté, vous lui ferez des excuses, et l'honneur sera parfaitement satisfait.
TRATOLIN.
Des excuses... Ah!, c’est là mon véritable terrain, va! Tu me trouveras pour ça! Et tu crois qu’en lui faisant....
MARTIAL
Je vous le garantis! Et en donnant à ces deux amoureux une petite dot d'une vingtaine de mille livres...
TRAPOLIN.
Vingt mille livres à présent ! ils sont tous fous! Ahl Quelle journée, mon Dieu !
Allons l allons! tout est d’accord, n’est-ce pas? et je vais de ce pas commander chez le grand traiteur d’à côté le repas des fiançailles que nous ferons ce soir avant de partir; parce que pour le repas de noces, c'est bien différent, nous le prendrons à Lyon. Ne vous inquiétez de rien, vous pouvez
vous fier à moi, tout sera parfaitement convenable. Adieu! Adieu! Je reviens dans l’inslant.