‹ Les petits mémoires de ParisChapitre 11 sur 34 · SR · texte numérisé non relu

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neau qui avait décoré son établissement d’une cinquantaine de tableaux sur les Pierrots dont une descente de la Courtille couvrait tout un panneau. L’artiste-limonadier était de bonne éducation, sympathique et modeste. Sa bière était bonne et sa peinture pas plus mauvaise que celle que font des gens qui ne vendent pas de bière.

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LE CARNET D'UN SUIVEUR

Tout cela créait autour de la place du Châtelet un mouvement et une vie qu’on ignorait et qui contribua beaucoup à souder les deux rives, c’est-à-dire à porter vers la rive droite les habitants de la rive gauche qui n’avaient plus à traverser le soir les endroits déserts des vieilles et sinistres rues qui enserraient la Seine. Cette union des deux rives n’était qu’apparente et la Seine sera toujours là pour séparer moralement la rive droite de la gauche. Cette dernière est le passé, l’autre le présent. On ne sait à qui appartiendra l’avenir. Entre le péristyle de la Bourse et les marches de l’Odéon, il y à plus qu’un fleuve à traverser, c’est un monde à parcourir. Le carnet du coulissier tient plus de place dans la vie que le livre qu’on prend à l'étalage de Flammarion. Les maisons de rendez-vous ne sont pas sur la rive gauche, le nombre des automobiles y est réduit. Le boulevard Saint-Michel n’a pas encore d’officine phonographique et les enseignes lumineuses y sont en petit nombre.

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Ce qui démontre que du nord nous vient | di tonière et que c’est à » d’irréductibles pans )

à de lamentables grisettes que nous devons que cette partie du territoire français, puisse encore figurer sur les cartes géograr ‘30 phiques du Paris contemporain. 1

Béjarol a-t-il bien senti les séductionsdece Paris d'autrefois? a-t-il bien souffert de l’outranciermaquillage de toutes les choses s simples? |

Il était entré en spectateur attentif de la vie de son temps. Il en avait subi tout le charme et s'était laissé aller à toutes les influences. Mais il était mené par ses sensa- : tions. Il jouissait en dilettante de tout ce qui agissait sur ses sens. C'était un contemplatif et un rêveur à froid. De toutes ces |

des petits bouts de papier. IL devait être … pareil en amour. Ce n’était pas un sensible, c'était un collectionneur de sensations, tels des gens qui se forment une galerie de ta-

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bleaux ou une bibliothèque sans aimer ni la peinture, ui les livres.

Je ne sais pas au juste ce qu’il fut; je sais ce qu’il est maintenant.

Sur l’esquisse de cette fresque du Paris de 1862, déjà, l’éveil de ses sensations projette l'ombre indécise de la femme sur tous les faits et sur la diversité des choses de la vie de Paris. Il ne fera jamais de cette ombre une lumière, car il n’auratiré des irnpresssions qui l’ontformée que ceque les pensées et les aphorismes qui suivent sauront démontrer.

Ce tableau du Paris de 1862, construit à l'aide des notes de ce suiveur de femmes, indique donc quelles randonnées à travers les rues, quelles chasses dans les endroits les plus divers, notre héros dut faire pendant si longtemps, pour suivre partout le jupon des maîtresses de financiers, les retroussés bourgeois des femmes d'employés, le sarrau rayé des cartonnières ou des polisseuses, dans les lacets des rues de Paris où

bo

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l’entraînaient le mouvement de leurs jupes

et la grâce de leurs pieds menus.

Le nez au vent au pied d’un bec de gaz,

la faction sous une porte cochère, les heures : d'attente à la terrasse d’un café ont sou-.

vent fourni à Béjarol des notes suggestives et des observations curieuses. Je retrouve

cette documentation dans toutes les notes f

qu ’il m'a laissées.

Ces notes sont avant tout vécues. Elles

forment sur la vie de Paris un bagage considérable, dix fois suffisant à faire le livre que Béjarol devait nous donner, livre qu’il ne fera jamais et qu’il ne peut plus faire.

Béjarol fut versé par sa province dans le caractéristique mouvement de la vie de Paris, de cette époque, de cette vie qui n’était pas la vie de parisianisme frelatée de nos jours, cette vie de Paris polluée maintenant par l'apport exotique de toutes les

Amériques et de tous les continents, vie.

frelatée par les sauces de toutes les cuisines suspectes, vie maquillée comme le visage des

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