CROQUIS PARISIENS
Apparition. — L'’attente. — Terrasse de café. — Une voisine de table. — La péche à la ligne. —
E soir, au Coin d’une rue, une boutique de marchand de vins jette sur E te le trottoir une éclatante traînée de lumière. Ce quartier est éloigné, la rue est sombre, les autres boutiques sont fermées ou presque : un volet pas encore accroché, une fenêtre de concierge ouverte, un bec de gaz, laissent seuls tomber quelques lueurs
dans la rue one que rougit au loin l'éclai- Fa. rage d’un carrefour. ÿ M
Une silhouette s’estompe dans la brume, | se précise à mesure qu'elle avance, accrochant aux lueurs, devant lesquelles elle passe, des touches de lumière qui se jouent sur les bords d’un chapeau, qui marquent s la saillie des épaules, ou dessinent le pli … d’une robe Puis, d’un coup, cette silhouette, 4 comme une apparition, pénètre dans l'éclat débordant de la boutique éclairée. Un fin profil se dessine, une taille menue se montre; un geste gracieux s’inscrit sur la crudité des vitres... et la silhouette fine et délicieuse, baignée de clarté un instant, s’en va... s'imprécise à nouveau pour se perdre au loin dans la nuit. | |
Au café, par la porte tournante, une jeune femme, vivement, pénètre. Autour des tables, son regard circule et monte au
NEIORS
LE CARNET D'UN SUIVEUR
plafond, vers l'horloge. La dame s’assied, tire sa montre et demande un quinquina que le garçon lui apporte :
— Pas de lettres pour moi ?
— Rien vu.
La dame, à nouveau, regarde l’horloge, pêche la montre dans son corsage, feuillette les images à l’envers, et, de son pied menu, bat, de petits coups rapides, le sable jaune du parquet.
Les minutes filent, le temps passe; et, sans impatience, la grande aiguille continue autour du cadran son voyage circulaire, pendant que la petite dame qui a regardé dix fois sa montre et nerveusement continue les battements de son petit pied sur le sable jaune, se lève, renverse une chaiïse en arrangeant sa robe, se dirige vers la porte en faisant un signe au garçon :
— V'là une heure que j'poirote! S'il vient tu lui diras que je...
« Mais le lecteur français veut étre r especté. »