‹ Les petits mémoires de ParisChapitre 31 sur 34 · ESS · texte numérisé non relu

ESS

LE CARNET D'UN SUIVEUR

I1 en passait de toutes les sortes à ce coin. ; ‘4 de boulevard où, assis, je regardais s’écouler ce flot de gens à l’heure où le cœur de Paris vide ses artères gonflées dans les rues de …

ses faubourgs et vers ses allées de banlieue.

Vieux et jeunes, gras et maigres, purotins et déclassés, tous grimpaient vers les hauteurs suburbaines, dans l’affranchisse-..

ment d'une journée de labeur.

En somme, me disais-je, tous ces gens

mangent, dorment et font l’amour.

Les uns ont des rhumatismes, les autres

des procès, et la plupart doivent posséder tR v

des femmes acariâtres.

Il est six heures; dans ce quartier de travail bien des gens passent après avoir quitté leur comptoir ou leur établi. Des

apprentis, déjà, se préparent aux misères

de la vie en culottant des pipes et en cou-

rapt après des jupons de brunisseuses.

De vieilles gens, lamentablement, usent 4 leurs semelles pour rentrer dans des logis

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sombres où ils macèrent jusqu’à l’heure du coucher, après avoir joué aux cartes ou ingéré les inutiles nouvelles des journaux du soir.

La figure de gens plus jeunes indique, qu’ils viennent d'apprendre qu'ils sont cocus, ou bien qu’ils se sont aperçus qu’un rapide entretien avec une jeune personne qu’ils ne connaissaient guère, allait leur laisser des regrets prolongés.

D’autres encore cheminent, las et fatigués après une journée à la recherche d’un emploi en coudoyant d’autres qui ont perdu aux courses leurs mois d’appointements.

Et tous les flots de ces misères portées par des êtres divers s’écoulaient lentement, tandis qu’un voile de brume descendaità l'horizon, lesmêlant et les masquant toutes dans la grande et infinie tristesse des choses.

Quand on est un chenailleur comme j’en

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avec une fringale de Has J’ai mis de côté autant que possible les plats préparés à l’avance que vous servent x les praticiennes de music-halls et de restaurauts de nuits.lJ’ai vu cela à toutes les tables s d'hôte de l’amour, dans toutes les parties du monde. Ce que j’aime à Paris, c’est la curiosité des petits coinsdiscrets, l’ agrémént des petits spasmes, rétribués, je le sais, | mais dont un raffiné comme moi sait encore fes tirer parti. | Donc, je fus mis sur la voie d’une petite | boîte ignorée de fêtards et connue seulement des amateurs de choix. Je te passe 1 tous les détails qui m'avaient procuré un entretien avec une petite caillette qui sen- # tait bon la verveine, et qui avait l'air vrai- ? ment d’avoir été créée pour les fringales d'entrepreneurs millionnaires et de banquiers américains... k

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Je la quittai à cinq heures, et le même soir, tu m’entends bien, le même soir, elle était ma voisine de table chez un ami chez lequel je dînais; on me présenta à son mari qui, ma foi, avait l'air d’un bon bougre et paraissait l’homme le plus heureux

du monde.

Oh! la montée des escaliers d'hôtel derrière une jupe de femme qui vous souffle au nez des relents de chairs fades perdus dans des senteurs de latrines; la serrure qui ne marche jamais; la chambre humide qui à gardé l’odeur du mâle! On tombe effondré sur un fauteuil qui brame comme une génisse, et le désir de s’en aller vous étreint. Le besoin de respirer quelque chose qui ne pue pas, de baigner son cerveau dans de l’air frais, vous poigne.

Un combat se livre en vous... On veut échapper à cette torture... et, devant le dévêtement de la fille... on reste!

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