SCÈNE VU
Blakdinet, puis Joseph.
Blandinet (seul). Un enfant ! ... je suis fâché de le voir aussi romanesque . . . ( Ouirrnnt un tiroir et en tirant une liasse de billets.) Les voilà! ces cinquante mille francs .. . en bons billets de banque . . . Tiens ! ils sont tout neufs ! . . . {OomptanL) Un, deux, trois . . . C'est ennuyeux de prêter
LK8 PETITS OISEAUX. Sf
des billets neufs ... on vous en rend des vieux . . . déchirés . . . quatre, cinq . . . quand on vous les rend ! . . . eix, sept, nuit . . . Aubertin ne me les rendra jamais . . . c'est uc homme coulé *^ . . . neuf, dix . . . Son navire n'est pas assuré . . . onze . . . Les Américains l'ont pris, son navire ! . . . Cest an peuple actif, vigilant, audacieux . . . Eh bien, où eo étais-je ? Allons, bon ! il faut que je recommence . . . Un, deux . . . J'ai chaud ' . . . c'est diôle comme ça échauffe de prêter de l'argent . . . troi?;, quatre, cinq ... Et d'abord a-t-il un navire ? Il me l'a dit . • . mais je ne l'ai pas vu !.. . six, sept ... Si encore cette somme devait le sauver . . . mais elle ne le sauvera pas . . . huit . . . elle servira à payer des créanciers . . . neuf . . . qui se moqueront de lui . . . dix ... et de moi . . . onze . . . (Frappé cTvne idée.) Tiens ! si je consultais François ? ... A quoi bon ? . . . Après tout, je ne suis pas chargé de rembourser les bateaux de ce monsieur, moi ! . . . J'ai une femme . . . des enfants . . . c'est-à-dire ... et j'irais compromettre leur patrimoine ? . . . Non ! ce serait trop bête ! {Il remet vivement les billets dans sa poche.) Je rais lui écrire . . . Après tout, je défends mon bien ! . . . je ferme les serrures ! . . . (// se met à la table et écrit.) " Mon cher ami, une catastrophe imprévue m'empêche de té prêter les cinquante mille francs que je t'ai promis . . . Cest pour moi un chagrin dont je ne me consolerai jamais ... A toi de tout cœur "... Ça se met toujours quand on refuse 1 (Il sonne.)
Joseph. Monsieur a sonné ?
Blandinet. Cette lettre à son adresse . . . tout de suite . . .
Joseph. Y a-t-il une réponse ?
Blandinet. Non . . . vous ne l'attendrez pas !
Joseph. Bien, monsieur, je prends mon chapeau et j'y vais de suite. (// sort.)
Blandinet (seul). Ah ! ah ! que c'est mal ce que je viens de faire là !.. . c'est lâche ! . . . c'est méchant ! . . . c'est cruel ! ... un vieil ami ! (Appelant.) Joseph ! (Se ravisant.) Eh bien ! tant mieux ! . . . c'est bien fait ! ... je deviens ooq'iin ! je me bronze ! . . . comme les auti«8 ' {Joseph traverge le fond et se i encontre avec AuberttH.)