‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 132 sur 395 · LES TRAVAUX · texte numérisé non relu

LES TRAVAUX

et les jours.

malheur à ceux qui l'ont chassée et n'ont pas jugé avec droiture. Mais ceux qui, rendant une justice égale aux étrangers et à leurs concitoyens, ne s'écartent pas du droit sentier, voient fleurir leur ville et prospérer leurs peuples ; la paix , celle nourrice des jeunes gens (18), régne dans leur pays, el jamais Jupiter a la large vue ne leur envoie la guerre désastreuse. Jamais la famine ou l'injure n'attaque les mortels équitables : ils célèbrent paisiblement leurs joyeux feslins ; la terre leur prodigue une abondante nourriture*, pour eux, le chêne des montagnes porte des glands sur sa cime et des abeilles dans ses flancs ; leurs brebis sont chargées d'une épaisse toison et leurs femmes mettent au jour desenfans qui ressemblent a leurs pères (19); toujours riches de tous les biens, ils n'ont pas besoin de voyager sur des vaisseaux, el la terre fertile les nourrit de ses fruits. Mais quand des mortels se livrent à l'injure funeste et aux actions vicieuses, Jupiter à la large vue leur inflige un prompt châtiment : souvent une ville entière est punie à cause d'un seul homme qui commet des injustices et des crimes (20) ; du haut des cieux, le (ils de Saturne déchaîne à la fois deux grands fléaux , la peste et la famine, el les peuples périssent-, leurs femmes n'enfantent plus et leurs familles décroissent par la volonté de Jupiter, roi de l'Olympe, qui détruit leur vaste armée , renverse leurs murailles ou punit leurs vaisseaux en les engloutissant dans la mer.

Rois! vous aussi, redoutez un pareil châtiment, car les immortels, mêlés parmi les hommes, aperçoivent tous ceux qui s'accablent mutuellement par des arrêts iniques sans craindre la vengeance divine. Par l'ordre de Jupiter, sur la terre fertile, trente mille génies, gardiens des mortels, observent leurs jugemens et leurs actions coupables, el, revêtus d'un nuage, parcourent le monde entier. La Justice, fille de Jupiter, est une vierge auguste el respectée des dieux iiabitans de l'Olympe ; lorsqu'un insolent ose l'outrager, soudain, assise auprès de Jupiter, puissant fils de Saturne, elle se plaint de la méchanceté des hommes et le conjure de faire retomber sur le peuple les fautes des rois qui, dans leurs criminelles pensées, s écartent du droit chemin et prononcent d'injustes sentences. Pour éviter ces malheurs, ô rois dévorateurs de présens! redressez vos arrêts et oubliez entièrement le langage de

l'iniquité. L'homme qui fait du mal à autrui s'en fait aussi à lui-même; un mauvais jugement est toujours terrible pour le juge. L'œil de ce Jupiter, qui voit et découvre toul, contemple notre procès si telle est sa volonté; il n'ignore pas quel débat s'agite dans l'enceinte de notre ville. Puissions-nous maintenant, mon flls et moi , ne pas être justes aux yeux des mortels, puisque la justice n'attire plus que des malheurs , puisque l'homme le moins équitable obtient le plus de droits! Mais je ne pense pas que Jupiter, maître de la foudre, tolère de semblables abus.

O Perses! grave bien mes conseils au fond de ton esprit. Ecoute la voix de la justice et renonce pour toujours à la violence : telle est la loi (21) que le flls de Saturne a imposée aux mortels. Il a permis aux poissons, aux animaux sauvages, aux oiseaux rapides de se dévorer les uns les autres, parce qu'il n'existe point de justice parmi eux ; mais il adonné aux hommes celte justice, le plus précieux des bienfaits. Si dans la place publique, un juge veut parler avec droiture el avec prudence, Jupiter à la large vue lui accorde la richesse ; mais s'il se parjure volontairement, s'il blesse l'équité par de faux témoignages, il subit des maux sans remède ; la gloire de sa postérité s'obscurcit d'âge en âge , tandis que d'âge en âge la postérité de l'homme juste devienl plus illustre. Ecoute mes utiles conseils, imprudent Perses ! Rien n'est plus aisé que de se précipiter dans le vice : le chemin en est court el nous l'avons près de nous ; mais les dieux immortels ont baigné de sueurs la roule de la vertu : cette route est longue, escarpée el d'abord hérissée d'obstacles ; mais quand on touche à son sommet, elle devienl facile, quoique toujours pénible.

Le plus sage est celui qui, jugeant tout par lui-même, considère les actions qui seront les meilleures lorsqu'il les aura terminées. L'homme docile aux bons conseils est encore digne d'estime; mais celui qui ne sait pas s'éclairer par sa propre sagesse el refuse d'écouter les avis des autres est entièrement inutile sur la terre. Quant à toi,Persès! 6 rejeton des dieux (22)! garde l'éternel souvenir de mes avis : travaille si tu veux que la Famine te prenne en horreur el que l'auguste Cérés à la belle couronne, pleine d'amour envers toi, remplisse les granges de moissons. En effet, la Famine

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est toujours la compagne de l'homme paresseux -, les dieux et les mortels haïssent également celui qui vit dans l'oisiveté, semblable en ses désirs a ces frelons privés de dards qui , tranquilles , dévorent et consument le travail des abeilles. Livre-loi avec plaisir à d'utiles ouvrages , afin que tes granges soient remplies des fruits amassés pendant la saison propice. C'est le travail qui multiplie les troupeaux et accroît l'opulence. En travaillant, tu seras bien plus cher aux dieux et aux mortels : car les oisifs leur sont odieux. Ce n'est point le travail, c'esl l'oisiveté qui est un déshonneur. Si tu travailles , les paresseux bientôt seront jaloux de toi en le voyant l'enrichir; la vertu et la gloire accompagnent la richesse : ainsi lu deviendras semblable à la divinité. Il vaut donc mieux travailler, ne pas envier inconsidérément la forlune d'autrui et diriger ton esprit vers des occupations qui te procureront ta subsistance : voilà le conseil que je te donne. La mauvaise honte est le partage de l'indigent. La honte est trés-utilc ou très-nuisible aux mortels. La honte mène à la pauvreté, la confiance à la richesse. Ce n'est point par la violence qu'il faut s'enrichir-, les biens donnés par les dieux sonl les meilleurs de tous. Si un ambitieux s'empare de nombreux Irésors par la force de ses mains ou les usurpe par l'adresse de sa langue (comme il arrive trop souvent lorsque l'amour du gain séduit l'esprit des hommes et que l'impudence chasse toute pudeur), les dieux le précipitent bientôt vers sa ruine ; sa famille s'anéantit et il ne jouil que peu de temps de sa richesse. Il est aussi coupable que celui qui maltraiterait un suppliant ou un hôte, qui, monté en secret sur la couche d'un frère, souillerait sa femme d'embrassemens illégitimes, dépouillerait par une indigne ruse des enfans orphelins ou accablerait d'injurieux discours un père parvenu au triste seuil de la vieillesse. Jupiter s'irrite contre cet homme et lui envoie enfin un châtiment terrible en échange de ses iniquités. Mais toi, que Ion esprit insensé s'abstienne de semblables crimes. Offre , selon tes facultés, des sacrifices aux dieux immortels (23) avec un cœur chaste et pur, et brûle en leur honneur les cuisses brillantes des victimes. Apaise-les par des libations et par de l'encens quand lu vas dormir ou lorsque brille la lumière sacrée du jour, afin qu'ils aient pour toi une ûme bienveillante et que tu achètes toujours

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