LES PYTHIQUES
rent en lui un contradicteur. L'occasion ne se présente aux mortels que pour un instant-, Démophile sait la connaître, et quand il le faut la saisir en maître sans jamais la suivre en esclave.
Le plus cruel des maux est , dit-on, d'avoir connu le bonheur et les joies de la patrie et de se voir contraint par la dure nécessité aux rigueurs de l'exil. Ainsi comme un autre Atlas , privé de ses biens , privé des lieux qui l'ont vu naître, Démophile plie sous le poids du ciel qui l'accable. Mais espérons : Jupiter a délivré les Titans de leurs chaînes et souvent le pilote change ses voiles alors que le vent a cessé.
Après avoir épuisé la coupe du malheur, Démophile forme le vœu ardent de revoir enfin ses foyers et de retrouver , au milieu des festins donnés près de la fontaine d'Apollon, l'allégresse faite pour son jeune cœur. Sa lyre enfanterait de nouveau les sons les plus harmonieux au sein du repos et dans la compagnie des sages. Sans colère envers ses concitoyens , il ne saurait être en butte A leurs traita. Puisse-t-il, ô Arcésilas, te raconter quelle source de chant» immortels il a trouvé dans Thèbes, où naguère il goûta les douceurs de l'hospitalité !
A ARCÉSILAS, Vainqueur 4 la course de* chars.
Quelle n'est pas la puissance des richesses quand le mortel que la fortune en a comblé , sait comme toi , heureux Arcécilas , leur associer la vertu et par elles grossir la foule des amis qui l'entourent ! Dès les premiers pas dans la carrière de la vie , tu as vu les dieux te prodiguer leurs faveurs ; mais ta générosité en a fait un usage glorieux en les consacrant à rehausser la pompe des jeux que chérit Castor au char éclatant. En retour, ce demi-dieu, après avoir dissipé les nuages et la tempête , a fait luire sur ta maison fortunée les doux rayons du bonheur et de la paix.
Le sage soutient mieux que tout autre l'éclat de celte puissance que les dieux lui confient. Ainsi , Arcésilas , c'est parce que tu marches dans les sentiers de la justice que tu jouis vraiment du bonheur, et comme souverain de cités opulentes , et comme honoré par la victoire que tes coursiers ont remportée dans Py-
tho, victoire que célèbrent cet hymne et ces danses légères , délices d'Apollon.
Mais tandis que les accens de la gloire retentissent dans les jardins délicieux de Cyrène , dans ces bosquets consacrés à Vénus , n'oublie pas de rapporter à la divinité , comme à son premier auteur, la félicité dont tu jouis. Chéris aussi entre tous tes amis Carrotus , qui , sans être escorté de la timide Excuse, fille de l'imprévoyant Épiméthée, est revenu victorieux dans l'antique demeure des enfans de Battus dont les peuples chérissent la justice.
Digne des honneurs de l'hospitalité qu'on lui a accordés près de la fontaine de Castalie, Carrotus, monté sur un char magnifique, a parcouru douze fois la carrière avec une étonnante rapidité et a conquis ces couronnes qui parent aujourd'hui ton front.
Les fatigues d'une course périlleuse n'ont enlevé a son char aucun des ornemens que l'art de l'ouvrier y avait prodigués-, mais tel il était naguère lorsque Carrotus descendait de la col- Une de Crisa , près de la vallée consacrée à Apollon, tel on le voit maintenant suspendu sous les portiques de Cypris , non loin de cette statue faite du tronc d'un seul arbre, que les Crétois élevèrent sur le sommet du Parnasse. Il est donc juste, 6 Arcésilas ! qu'une prompte reconnaissance acquitte ce bienfait.
Et toi , fils d'Alexibius , quel n'est pas ton bonheur ! Les Grâces aux beaux cheveux rendent ton nom célèbre ; et après les mémorables travaux , mes chants élèvent & la gloire un monument éternel. Quarante combaltans, du haut de leurs chars en débris, ont élè renversés dans l'arène-, toi seul, intrépide écuyer , as su arracher ton char au déshonneur, et de retour de ces illustres combats, lu as revu les champs de la Lybie et la ville où lu reçus le jour.
Personne entre les mortels n'est exempt des travaux de la vie ; personne ne le sera jamais. Cependant l'heureuse destinée de Ratlus sourit encore A ses descendans et les protège ; elle esl le rempart qui défend Cyrène cl la source de cette gloire qui la rend chère aux étrangers. Jadis les lions saisis de crainte s'enfuirent devant Battus quand il vint dans leurs demeures conduit par un oracle prononcé au delà des mers. Apollon, dont il accomplissait les ordres, livra ces monstres à la terreur, pour qu'elle ne fût pas vaine et sans effet la promesse qu'il avait faite au fondateur de Cyrène.
P1NDARE.
Honneur à ce dieu bienfaiteur de l'humanité ! C'est lui qui enseigna aux mortels des remèdes salutaires pour soulager leurs maux ; il inventa la lyre , et avec les (résors de l'harmonie donna à ceux qui lui sont chers l'amour de la justice et de la paix. Du Tond de l'antre sacré où il rend ses oracles il fll jadis entendre sa voix, el conduisit a Lacèdémonc, à Argos cl à Pylos, les valeureux deseendans d'Hercule el jEgimius.
Sparte ! oh ! combien l'honneur de l'appartenir relève encore la gloire de ma patrie ! C'est toi qui vis natlre ces .'Egéides, mes ancêtres, que les dieux envoyèrent à Théra. Ils célébraient un sacrifice, au moment où le destin amena devant Thèbes les Héraclides qu'ils suivirent dans les murs. C'est d'eux, ô Apollon, que nous sont venues tes fêtes carnéenncs et les festins au milieu desquels nous célébrons l'opulente Cyrène, où jadis se réfugièrent les Troyens, fils d'Antenor. Après avoir vu Ilion réduit en cendres par le flambeau de la guerre , ce peuple valeureux y aborda avec Hélène ; il y fut admis aux festins sacrés cl reçut les dons de l'hospitalité de la main des héros qu'Aristote (Battus) y avait conduits sur ses nefs légères à travers les flots tumultueux des mers.
Battus consacra aux dieux des bois plus vastes, applanit la voie Scyrola et la revêtit de rocs polis pour qu'elle pùl résister aux pieds retenlissans des coursiers; c'est là qu'il est enseveli , à l'extrémité de la place publique : heureux tant qu'il vécut parmi les hommes, el depuis sa mort honoré par les peuples comme un demi-dieu. Hors de la ville et devant le vestibule du palais reposent les cendres des autres rois , qui subirent après lui les rigueurs du trépas. Aujourd'hui mon hymne, en célébrant leurs verlus héroïques, pénètre au sombre bord et, comme une rosée bienfaisante, y réjouit leurs mânes par le souvenir de la gloire que leur fils partage avec eux.
Maintenant donc, ô Arcésilas! fais retentir au milieu des chœurs des jeunes Cyrénéens les louanges du dieu dont les rayons dorés vivifient le monde; c'est à lui que lu dois l'éclatante victoire que je chante aujourd'hui et la palme, noble dédommagement de tes dépenses et de les travaux : ton éloge est dans la bouche de tous les sages. Ce qu'ils ont dil je vais le répéter : Ta sagesse el ton éloquence sont au-dessus de ton âge, pour le courage tu es l'aigle qui d'une aile vigoureuse devance tous les oiseaux , dans I
les combats ta force esl un rempart puissant , dès le matin de les ans ton génie s'est élevé au séjour des Muscs, avec quelle adresse ne te voit-on pas diriger à ton gré un char rapide ! enfin, ce qui est grand el sublime, tu l'encourages, tu l'adoptes, et les dieux bienveillans te donnent la force el les moyens pour l'exécuter.
Bienheureux enfans de Saturne, daignez favoriser ainsi pour l'avenir les projets el les actions d'Arcésilas ! Que jamais le souffle empoisonné du malheur n'abatte les fruits que lui promettent ses beaux jours! Jupiter, que ta providence puissante préside au destin des mortels que tu chéris! daigne bientôt accorder au descendant de Battus l'honneur de la palme olympique.
A XKNOCRVri-, D'AGRIGENTK, Vainqueur i !a courte de* ebart.
Mortels, prêtez l'oreille à mes accens! me voici dans la terre consacrée à l'aimable Vénus et aux Grâces, après avoir porté mes pas vers le temple d'Apollon Pylhien : c'est là que pour célébrer à l'envi la victoire de Xénocrale , la félicité des Emménides el la belle Agrigcnte, qu'un fleuve du même nom arrose de ses eaux, j'ai trouvé dans le sanctuaire un trésor où j'ai puisé mes chants , Irésor indestructible , qui n'a à redouter ni les pluies de l'hiver, ni les orages qui s'entre-choquent comme des bataillons armés, ni les vents qui roulent en tourbillons sur le gouffre des mers. 11 brille de l'éclat le plus pur, ô Thrasybule, el devient pour moi une source de chants harmonieux qui , répétés de bouche en bouche, rediront â la postérité la gloire de ton père el de les deseendans , el la victoire curule qu'il a remportée dans la vallée de Crisa.
Digne fils de Xénocrale, avec quelle attention ne remplis-tu pas le précepte que jadis le Centaure né de Philyre donnait sur le mont Pélion au fils de Pélée, qu'il élevait loin de ses parens. « Mon fils, lui disait-il, honore parmi tous les dieux de l'Olympe le redoutables maître du tonnerre et garde-toi bien de priver pendant ta vie du tribut de la reconnaissance le mortel qui te donna le jour. »
Tel fut le valeureux Antiloque qui se dévoua à la mort pour sauver les jours de son père, el
seul s'exposa aux coups homicides deMemnon, sous qui combattaient les Éthiopiens. Blessé par les traits de Pâris, un des coursiers de Nestor relardait la Tuile de son char, et Mcmnon s'avançait brandissant une longue javeline. Déjà le vieillard éperdu crie à son flls de ne pas affronter le trépas-, c'est en vain , le jeune héros vole au combat, et, par le sacrifice de sa vie, il achète celle de son père, laissant aux races futures un modèle admirable de piété filiale.
Celte antique vertu des siècles passés, Thrasybule nous en donne aujourd'hui le touchant exemple : il marche dans le sentier que lui a tracé son père et le dispute en magnificence à son oncle Théron. Avec quelle modération jouit-il de ses richesses! Formé à la sagesse dans le sanctuaire des Muses , jamais il ne permit à l'injustice ni à l'aveugle prévention d'égarer un instant son cœur. Comme sa jeune ardeur se plan à tes nobles exercices, Neptune, toi dont le trident ébranle la terre et qui appris aux mortels l'art de dompter les coursiers! Enfin son caractère aimable et bienveillant fait la joie de ses amis, et, dans les festins, ses paroles coulent avec la douceur du miel que distille l'industrieuse abeille.
A MKGACLÈS , D'ATHÈINES,
Pour célébrer dignement l'antique puissance des enfans d'Alcméon et les triomphes de leurs coursiers, pourrais-je mieux préluder a mes chants que par le nom de la superbe Athènes ? Fut-il jamais patrie plus fameuse dans la Grèce! fut-il jamais un nom plus illustre que celui d'Alcméon !
La renommée a porté chez tous les peuples la gloire des citoyens à qui Éreclhée dicta ses lois. Ce sont eux, ô Apollon! qui, dans l'enceinte de Pytho, rebâtirent ton divin sanctuaire. Que de victoires, ôMégaclès , tes ancêtres et toi n'offrez-vous pas à mes chants! Cinq à l'Isthme, une plus glorieuse aux champs de Jupiter , à Olympie, deux enfin à Cirrha.
Ton nouveau triomphe sutoul me comble d'allégresse ; mais une pensée m'afflige... Tant de belles actions ne vont-elles pas attirer sur loi les traits du sort jaloux? Telle est la destinée des mortels : le bonheur le plus durable n'est jamais ici-bas a l'abri des revers.
A ARISTOMÈNE, D'EGINK, Vainqueur a la lutte.
Fille de la justice , 6 douce paix ! toi qui rends les cités puissantes et tiens en tes mains les clés de la guerre et des sages conseils, reçois l'hommage de la couronne pylhique dont Aristomène vient d'orner son front. Aimable déesse, lu donnes aux mortels les loisirs favorables à nos triomphes pacifiques et lu leur apprends à en jouir. Quand deux ennemis , le cœur gonflé d'une haine implacable, sont près de se frapper, c'est encore toi qui, l'élançant au-devant de leurs coups , fais tomber à tes pieds l'insulte et la colère.
Oh ! combien il fut sourd A les inspirations ce Phorphyrion, dont la fureur aveugle tenta d'envahir l'Olympe. Insensé ! ne savait-il pas que les seuls biens légitimes sont ceux que nous offre avec plaisir une main libérale , et que tôt ou tard la violence et l'orgueil subissent le châtiment de leur cupidité ! Tel fut encore ce terrible roi des Géans , ce Typhon à cenl lêles , que la Cilicie engendra. Tous deux succombèrent, l'un sous les coups de la foudre et l'autre sous les traits d'Apollon. C'est à la protection de ce dieu que le fils de Xénarque doit la victoire où il a cueilli dans Cirrha le laurier du Parnasse, digne sujel de mes chants doriens.
L'heureuse pairie du vainqueur, Égine, amie de la justice et favorisée par les Grâces, brille encore de l'éclat des antiques vertus des Earides. Non, depuis son origine, sa renommée ne s'est point affaiblie , et les favoris des Muses ont célébré dans leurs chants celle foule de héros qu'elle a vus naître, et que souvent couronna la victoire dans nos jeux et dans nos combats meurtriers. Adresse et valeur, telles sont en effet les sources de la gloire pour les mortels.
Mais pourquoi fatiguer ma lyre el ma voix du long récilde tous les titres de gloire d'Éginei' la satiété est mère du dégoût. Bornons donc nos chanls au sujet offert à ma Musc -, qu'elle touche à ton dernier triomphe , ô Aristomène ! d'une aile prompte el légère!
Jadis Thèognèle et Clylomaque . tes oncles maternels , vainquirent à la lutte , l'un à Pi»c , l'autre à Corinlhe; lu suis leurs traces et tu ne dégénères pas de leur courage. Noble soutien
PINDARE
de la Iribu de* Midyles, te* ancêtres, j'oserais Rappliquer ces paroles mystérieuses que prononça le fils d'Oïclée en voyant devant Thèbes aux sept portes les fiers Épigones , la lance à la main lorsque , pour la seconde fois , ils venaient livrer à celte ville de nouveaux assauts. Ils combattaient , et le devin s'écria : « La nature a transmis aux enfans la magnanimité de leurs pères; je vois clairement aux porte* de la cité de Cadmus Alcméon agitant le dragon dont les couleurs varient l'éclat de son bouclier. Apres une première défaite, l'héroïque Adrasle reparaît sous de meilleurs auspices ; mais un malheur domestique lui fera payer cher ses succès. Seul de tous les enfans de Danaus, Égialée péril, et Adrasle, que la faveur des Dieux reconduit dans la vaste cilé d'Abas avec son armée entière , emporte avec lui les cendres de ce fils adoré. » Ainsi parla Ampbiaraus.
Et moi je couronne aujourd'hui de fleurs la statue d' Alcméon, son fils, en lui consacrant les chanls de ma reconnaissance. Yoisin de mes foyer* , ton monument protège me* possession*, el le devin lui-même s'est offert à ma rencontre au moment où j'allais visiter le temple auguste placé au centre de la terre : héritier de l'art de son père , il sembla alors m'annoncer la victoire d'Aristomène.
O toi , qui lances au loin te* flèches redoutables et qui , au sein de* vallée* pythiques , régne* dans ce sanclua ire fameux ouvert à toutes les nations, tu as élevé Arislomène au comble de la félicité. Déjà , dans ces fêles que sa pairie célèbre en Ion honneur, dieu puissant, ta faveur lui a fait cueillir la palme du pentathle, le plus glorieux des combats. Daigne encore aujourd'hui agréer cet hymne harmonieux destiné à célébrer ses victoires. Eh! qui mieux qu' Arislomène a mérité le tribut de me* louanges et de mes chants ? Et toi, Xénarquc , puissent mes prières attirer sur ton fils el sur toi la protection immortelle des dieux.
L'homme qui, sans de longs travaux, a amassé de grands biens , paraît sage aux yeux du vulgaire ignorant : il a su, dit-il, par sa prudence el son adresse assurer sa prospérité. Insensé ! le bonheur ne dépend point de la volonté des mortels : Dieu seul est le dispensateur; c'est lui dont la justice , distribuant également les biens et les maux , sait quand il lui plaît élever l'un, abaisser l'autre sous sa main puissante.
Mégare et les champs de Marathon ont été témoins de tes triomphes, ô Arislomène, et dans les jeux que ta patrie célèbre en l'honneur de Junon trois fois ta vigueur a dompté les rivaux. Naguère aux solennités pythiques quatre athlète* terrassés ont éprouvé la force de tes coups. Combien leur retour a différé du lien ! le doux sourire d'une mère n'a point réjoui leur cœur; honteux de leur défaite, ils tremblent à l'aspect de leurs ennemis, ils se cachent et fuient les regards des hommes.
Mais celui auquel la victoire vient de sourire s'élève aux plus hautes destinées sur les ailes de l'Espérance et préfère aux soucis de l'opulence la palme que sa valeur lui a conquise. Cependant si un court instant accroît ainsi le bonheur de l'homme , la plus légère faute en un instant aussi l'ébranlé et le renverse.
O homme d'un jour! qu'est-ce que l'être? qu'est-ce que le néant? Tu n'e* que le rêve d'une ombre et ta vie n'a de jouissance et de gloire qu'autant que Jupiter répand sur elle un rayon de sa bienfaisante lumière.
O nymphe Égine! tendre mère d'un peuple libre , joins-loi & Éaque, à Pélée, à l'immortel Télamon, à l'invincible Achille, pour protéger, sous le bon plaisir du puissant Jupiter, Arislomène et la cité qui l'a vu naître.
A TÉLÉSICRATE, DE CYRÈME, Vainqueur à U course armfe.
Je veux , sous les auspices des Grâces à la belle ceinture, célébrer la victoire que dans Pytho Télésicrate a remportée à la course malgré le poids d'un énorme bouclier d'airain. Heureux mortel , Télésicrate fait la gloire de sa patrie, deCyrène, cité célèbre par se* courtier* et qui doit son nom à celte nymphe chasseresse que , sur un char d'or , le blond Phébus enleva jadis dans le* vallées retentissantes du Pétion. Ce dieu la transporta dans une contrée féconde en fruits et en troupeaux, et l'y établit reine de la florissante Lybie, troisième partie du vaste continent.
Ténus aux pieds d'albâtre , arrêtant d'une main légère le char qui les portait , reçut le dieu de Délos comme un hôte chéri; puis elle introduisit dans leur couche l'aimable Pudeur et accomplit l'hymen du jeune dieu avec la fille
du puissant Hypséus qui régnait alors sur les fiers Lapilhes. Petit-flls de l'Océan, ce héros avait pour mère la naïade Créuse, fille de la Terre , qui l'avait eue du Pénée, dans les célèbres vallons du Pinde. Hypséus lui-même prit soin des jeunes années de la belle Cyrène , sa fille.
Jamais la jeune nymphe ne se plut à promener sur la toile la navette légère ni à se livrer avec ses compagnes aux soins domestiques des festins ; mais armée de ses flèches d'airain et d'un glaive meurtrier elle poursuivait les hôtes féroces des bois, les immolait sous ses coups et assurait ainsi la tranquillité des troupeaux de son père : à peine au lever de l'aurore le sommeil si doux aux mortels appesantissait quelques instans sa paupière.
Un jour le dieu qui lance au loin ses flèches, Apollon au vaste carquois la trouve luttant seule et sans armes contre un lion furieux. A celte vue U appelle le centaure Chiron : « Fils de Philyre, dit-il , sors de ton antre , viens admirer le courage et la force étonnante d'une jeune vierge ; vois avec quelle intrépidité son cœur , supérieur au danger et inaccessible â la crainte , soutient ce terrible combat. Quel mortel lui donna le jour ? de quelle tige est sorti ce rejeton qui, dans les sombres retraites de ces monts sourcilleux , se platl à déployer tant de force ? Serait-il permis à une main illustre de s'en approcher pour cueillir cette fleur de beauté plus douce que le miel ?» A ces mots la gravité du centaure disparaît, un doux sourire déride son front et il répond au dieu du jour : « Apollon, la sage persuasion fait jouer des ressorts cachés pour servir les desseins d'une honnête passion , et les dieux comme les hommes rougiraient de ne pas couvrir du voile de la pudeur le mystère des premières amours. Aussi les paroles que tu viens de m'adresser , ô dieu que le mensonge ne peut jamais tromper, te sont-elles inspirée» par ton aménité naturelle. Tu me demandes l'origine de cette nymphe ! toi qui connais l'impérieuse destinée de tous les êtres, loi qui comptes les feuilles que la terre au printemps fait éclore et les grains de sable que les flots et les venta roulent dans les fleuves et dans les mers, toi dont l'œil perçant découvre tout ce qui est , tout ce qui sera !
» Mais s'il m'est permis de comparer ma sagesse à la tienne, puisque tu l'ordonnes, je vais te répondre . — Le sort te conduit en ces
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lieux pour être l'époux de Cyrénecl la transporter au dela des mers dans les délicieux jardins de Jupiter. Là, sur une colline qu'entourent de riches campagnes , s'élèvera une cité puissante, peuplée d'une colonie d'insulaires dont tu l'établiras souveraine. En ta faveur, la vaste et féconde Lybie recevra avec empressement dans ses palais dorés cette nymphe destinée a donner des lois à une contrée également célèbre par sa fertilité et par les animaux féroces qu'elle nourrit.
» Elle y mettra au jour un fils que Mercure ravira aux baisers de sa mère pour le confier aux soins de la Terre et des Heures aux trônes èlincelans. Ces déesses recevront l'enfant divin sur leurs genoux , feront couler sur ses lèvres le nectar et l'ambroisie et le rendront immortel comme Jupiter et le chaste Apollon. 11 sera la joie de ses amis, veillera à la garde de nombreux troupeaux, et son goût pour les travaux des chasseurs et des bergers lui méritera le nom d'Aristée. » Ainsi parla Chiron , et il exhortait Phébus a accomplir cet heureux hyménée.
Les voies des dieux sont courtes et l'exécution de leurs desseins rapide : un seul jour suffit à Apollon. Ce jour même la Lyblo unit les deux époux sous les lambris dorés d'un palais somptueux. Bientôt Cyrène s'élève et Apollon se déclare le protecteur de cette cité que la gloire des jeux a si souvent illustrée.
Aujourd'hui le fils de Carnéas , vainqueur à Delphes , l'associe à sa fortune en faisant rejaillir sur elle l'éclat de son triomphe. Aussi de quelle allégresse ne tressaillera pas celte heureuse patrie , que peuplent tant de jeunes beautés, quand elle le verra revenir de Pytho couronné par la victoire!
Les grandes vertus prêtent de pompeux éloges ; mais peu de paroles suffisent au sage , même dans un vaste sujet. Saisir Pa-proi>os est en toutes choses le plus grand mérite. Jadis Thèbes aux sept portes vit lolas signaler son habileté dans cet art , alors qu'il revint , une heure seulement , à la fleur de l'âge pour foire tomber sous son glaive la tête d'Eurysthée, et que peu après il fut renfermé dans la tombe. On l'ensevelit non loin du monument d'Amphitryon, son aïeul paternel, habile à conduire les chars, et qui de Sparte était venu chez les entons de Cadmus demander l'hospitalité. Amptiitnon et Jupiter partagèrent la couche