‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 158 sur 395 · PIN · texte numérisé non relu

PIN

de la sage Alcmêne el donnèrent la vie à deux jumeaux célèbres par leur force el par leurs victoires.

Quel esl le morlel assez slupide pour ne pas chanter les louanges d'Hercule et n'avoir aucun souvenir de la fontaine de Dircé, près de laquelle furent élevés Hercule et son frère Iphiclès ? L'un et l'autre ont exaucé mes vœux ; je célébrerai leurs bienfaits aux accens de ma lyre. Puissent les Grâces m'éclairer de leurs douces lumières, pour chanter dignement la victoire que trois fois Télésicrate a remportée dans Eginc sur la colline de Nissa. Un si glorieux triomphe illustre sa patrie , et met pour toujours ce héros a l'abri de la tristesse el des regrets d une défaite. Aussi n'est-il aucun citoyen de Cyrène , ami ou ennemi de Télésicrate, qui ne publie ce que cet athlète puissant a fait pour leur commune gloire, et qui ne soit à son égard fidèle observateur de la maxime du vieux IN'érèc : « Louez avec franchise même un ennemi , lorsqu'il s'est signalé par de brillans exploits. »

Combien de fols, ô Télésicrate, l'ai-je vu couronné aux solennités de Pallas, qui reviennent à des temps réglés, et dans ces fêles olympiennes qu'on célèbre dans les vallées profondes et sinueuses de l'Altique, et dans tous les jeux des autres contrées de la Grèce: alors quelles mères ne désirèrent de l'avoir pour flls ! quelles vierges ne demandèrent aux dieux un époux tel que loi !

Mais la soif des vers me tourmente; et, au moment de terminer mes chants, je ne sais quelle voix me presse de rappeler la gloire de tes nobles aïeux. Je dirai donc comment ils vinrent dan» Irasse, ville d'Anlée, pour disputer la main d'une jeune Lybienne que sa beauté faisait rechercher et de ses illustres parens et d'une foule d'étrangers : chacun à l'envî soupirait après le bonheur de cueillir cette rose virginale qu'Hébé à la couronne d'or venait de faire éclore. Mais A niée prépare â sa fille une union plus glorieuse. Il sait qu'autrefois dans Argos, Danaus fixa promplement l'hymen de ses quarante-huit filles avant que le soleil eût achevé la moitié de sa carrière. Il plaça ses filles a l'extrémité de la lice et voulut que parmi tous les prétendons le vainqueur à la course méritai seul de devenir son Rendre.

A son exemple, le roi de Lybie veut donner 0 sa fille un époux digne d'elle. Il la pare de

ses plus riches ornemens el la place pour bul à l'extrémité de la carrière. Puis s'avançant au milieu des jeunes guerriers : « Que celui d'entre vous , leur dit-il , qui , dans sa course rapide aura le premier touché le voile qui la couvre l'emmène dans sa maison. » Soudain Alexidamas s'élance, franchit l'espace, prend la nymphe par la main et la conduit en triomphe au milieu des Nomades si renommés par leurs coursiers. On le couvre de couronnes, sous sca

pas la terre esl jonchée de fleurs Mais déjà

combien de fois avant ce triomphe n'avait-il pas été porté sur les ailes de la Victoire !!

A HIPPOCLÈS, THESSAL1EN, Vainqueur a la course diaulique.

O fortunée Lacédémonc , et vous heureuses campagnes de la Thessalie où régnent , sortis d'une même tige , les descendans d'Hercule, le plus vaillant des guerriers, serait-ce à contretemps que je vous célébrerais aujourd'hui dans

mes chants? JVon mais Pytho, Pélinnée el

les enfans d'Alcuas m'appellent ; ils veulent que mes plus nobles accens consacrés, à la gloire des héros, chantent la victoire dïlippoclès.

A peine ce jeune athlète eut-il pris part à nos jeux solennels que l'auguste assemblée des Amphictyons réunis dans les vallées du Parnasse le proclama vainqueur de ses rivaux , pour avoir deux fois parcouru la vaste étendue de la carrière. « Le mortel qu'un dieu daigne conduire voit toujours un commencement pros père couronné d'une fin glorieuse. » C'est ainsi , ô Apollon ! qu'Hippoclès a vaincu sous tes auspices.

Cependant il doit encore à sa valeur naturelle l'honneur de marcher sur les traces de Phricias, son père. Deux fois vainqueur a 01 vmpie, sous l'armure pesante de Mars, cet heureux père fut encore couronné à la course légère, dans les prairies qu'ombrage le rocher de Cirrha. Puisse le Destin favorable répandre sur le père et le fils la gloire el le bonheur! Puissent aussi leurs richesses croître comme des fleurs brillantes !

Le sort pour eux ne fut jamais avare de se* dons; il leur a prodigué ces triomphes qui font I orgueildes enfans de la Grèce. Ah! plaiseaux immortels de leur être toujours propices , el

tl éloigner d'eux les coups funestes de l'Envie! Celui que les sages aiment à célébrer comme le plus fortuné des mortels , est l'athlète qui , par la vigueur de «on bras , la légèrelé de ses pieds et sa noble audace a conquis la palme de la victoire; surtout, s'il peut voir au déclin de ses jours un jeune fils ceindre son front des couronnes pythiques. Cependant jamais ce ciel d'airain ne sera accessible aux mortels. Ballottée sur l'océan de la vie , notre frêle nacelle arrive au terme de la navigation alors seulement que le bonheur nous luit. Eh ! quel homme a pu jusqu'à ce jour se frayer par mer ou par terre la route merveilleuse qui conduit aux régions hyperborées. Le seul Persée y pénétra : admis dans les demeures de leurs habitons, il s'assit à leurs festins et prit part à ces magnifiques hécatombes d'onagres qu'ils immolent à Apollon. Ce dieu prend plaisir à leurs fêles , à leurs acclamations de joie , et sourit en voyant ces animaux d'une taille prodigieuse bondir et se débattre sous le couteau sacré.

Ces peuples ne sont point étrangers aux Muses. Partout chez eux les jeunes vierges se réunissent en chœurs , partout retentissent les accens de la lyre mariés aux sons éclatans de la flûte. Couronnés de laurier, les habilans de ces climats heureux se livrent gaiement aux plaisirs de la table ; jamais la triste vieillesse , jamais les maladies ne les atteignirent ; ils ne connaissent ni les travaux pénibles, ni les fureurs de la guerre , ni les vengeances de Némésis.

C'est parmi ces sages qu'arriva jadis , conduit par Minerve, l'intrépide fils de Danaé; il tua la Gorgone , et s'étant saisi de sa tête hérissée de serpens il la porta aux habilans de sériphe, qui, à sa vue, ô prodige étonnant! furent changés en pierres. Qu'y a-t-il d'incroyable pour moi, quand la toute-puissance des dieux commande et exécute !

Mais , ô ma Muse, arrête ici les rames ; haieloi de jeter l'ancre et de l'enfoncer dans la lerre pour mettre la nef à l'abri des écueils que recèle l'onde amère ; car, (elle que l'abeille qui voltige de fleur en fleur, tu distribues les louanges de les hymnes tantôt aux uns lanlôl aux autres , errant avec rapidité sur différens sujets.

J'ai néanmoins la douce espérance que mes chants harmonieux répétés par des Ephyricns sur les bords du Penée prêteront un éclat durable aux couronnes d'Hippoclès, et que les vieillards , les hommes de son âge et les jeunes

1IQUES. 217

filles, quoique dominés par des attraits divers, le chériront et rendront hommage à sa victoire.

Celui qui , emporté par ses désirs , possède enfin le bonheur après lequel il a tant soupiré doit se hâter d'en jouir , car il n'est point de signes auxquels l'homme puisse prévoir même les événemens d'une seule année.

Pour moi , guidé par les nobles élans de mon cœur, j'ai répondu par cet hymne à l'amitié de Thorax. Il me l'a demandé : pouvais-je moins faire pour un hôte si cher dont les mains on attelé pour moi le char éclatant des Muses! Comme l'or brille sur la pierre qui l'éprouve , ainsi le bon esprit d'un ami se montre par l'expérience. Puis-je donc refuser le tribut de mes chanU aux généreux frères de Thorax? La sagesse de leurs lois fait resplendir au loin la gloire de la Thessalie , et la justice de leur gouvernement assure à jamais la prospérité de te empire.

Ail JBUNK THRASYDÉK, DE THKBKS, Vainqueur à \a course.

Fille de Cadmus , Sémélé , qui habites l'Olympe avec les immortels, cl toi, Ino-Lcucothéc , compagne des Néréides , c'est vous que j'invoque ! Allez avec l'auguste mère du grand Hercule auprès de Mélia , dans ce sanctuaire où brillent les trépieds d'or d'Apollon. Nulle demeure n'est si chère à ce dieu -, il l'honora du nom d'Iomènc et la rendit le siège de ses infaillibles oracles. Illustres filles d'Harmonie, c'est là que Mélia vous appelle pour chanter aux approches du soir cl l'auguste Thémis et Delphes source de jugemens équitables.

Vous illustrerez de nouveau Thèbes aux sept portes el ce combat fameux de Cirrha, où Thrasydée a fait revivre la mémoire de ses pères , et par sa victoire dans les champs de Pylade , ajouté une troisième couronne à celles que ceignit leur front.

Pylade ! lu as à jamais immortalisé (a tendresse pour le Lacédémonien Oresle , que sa nourrice Arsinoé déroba aux cruelles embûches de Clytcmnestrc , quand celle reine impitoyable armée du fer tranchant fit descendre aux sombres bords de l'Achéron l'âme indignée de son époux Agamcmnon et la malheureuse Cassandre, fille du vieux Priant. Cruel ressentiment ! qu'exrita dans lem-urde Clylemnestre

P1NDAKE.

la mort d'Iphigénie , immolée sur les bords de l'Euripe, loin de sa pairie , ou peut-être la honte de cet amour adultère , qu*a la faveur des ténèbres de la nuit, recela une couche étrangère.

Mais en vain de jeunes épouses s'efforcentelles de cacher ce crime odieux. Elles n'échappent point à la langue du vulgaire médisant ; car l'opulence de l'homme puissant aiguise les traits de l'envie et Tait frémir tout bas l'indigent.

Ainsi le héros fils d'Atréc trouva la mort à son retour dans les champs célèbres d'Amyclée, et avec lui périt la vierge Cassandre , célèbre par ses oracles. Ce fut donc en vain que, pour venger Hélène , ce prince réduisit Pergame en cendres et dépouilla de leurs richesses ses palais somptueux. Cependant le jeune Oreste son fils , se réfugia au pied du mont l'amasse, chez le vieillard Straphius , et bientôt s'armant du glaive, vengea sur Egiste et sur sa mère le meurtre de son père infortuné.

Mais , Ô mes amis! où s'égarent mes pas incertains? je ne suis plus la roule dans laquelle j'étais d'abord entré. Serait-ce quelque vent contraire qui m'aurait détourné de ma course comme un barque légère?... S'il est vrai , ô ma Muse! que lu le sois engagée A mériter le salaire, honorable récompense de tes chants , reviens à ton sujet, et dis-nous comment Trasydèe et son père se sont tous deux couverts de gloire. Jadis le père, monté sur un char traîné par de fiers coursiers , obtint le prix des combats fameux d'OIympie -, le fils , naguère déployant ses membres nerveux aux regards de de la Grèce , vola dans la carrière de Delphes et couvrit de honle (ous ses rivaux.

Pour moi , je borne mes désirs aux biens que les dieux ont mis A ma portée; et quand je réfléchis que de tous les avantages que procurent A l'homme les institutions politiques , une heureuse médiocrité est le plus solide et le plus durable , je plains le sort des princes cl des rois. J'ambitionne donc la possession des vertus privées et sans éclal: elles font le tourment de l'envieux , qui se consume en voyant au faite du bonheur l'homme simple et tranquille, & l'abri de ses cruelles atteintes.

Heureux le mortel qui touchant aux noirs confins de lu vie lègue a ses enfans chéris une bonne renommée, le plus précieux de tous les biens: sa mort esl un doux sommeil. C'est à c*'l avantage que doivent leur célébrité , Jolaus

fils d'Iphiclès , et Castor et Pollux , héros issus des dieux , qui habitent tour à tour Thérapné , leur patrie , et les brillans palais de l'Olympe.

A MIDAS D'AGRIGENTE, Joueur de llûlc.

O toi ! la plus belle des cités qu'ail jamais construites la main des mortels, demeure riante de Proscrpine , Agrigente , qui t'élèves commo une colonne sur les bords fertiles de l'Acragas , agrée avec cette bienveillance qui charme et les hommes cl les dieux la couronne que dans Pylho Midas vient de remporter : daigne accueillir en lui un vainqueur qui a surpassé les Grecs dans l'arl invenlé par Minerve.

Jadis cette déesse voulut imiter les affreux gèmissemens des Gorgones elles sifflemensque poussèrent les serpens entrelacés sur leurs tètes , alors que Persée, les plongeant dans un deuil éternel , trancha la tète à Méduse leur troisième sœur et avec cet horrible trophée porta la mort dans la maritime Sériphe.

Ainsi fut anéantie la race monstrueuse du divin Phorcus par le fils de Danaé qu'une pluie d'or rendit féconde ; ainsi ce héros, après avoir enlevé la lôle hideuse de Méduse , rendit funeste à Polydccle l'odieuse hospitalité qu'il en avait reçue , et brisa les liens de l'hymen que la vicloire avait imposé A sa mère.

Cependant quand Pallas eut délivré de ces travaux périlleux le mortel cher A son cœur, elle invenla la flûte pour imiter par les sons de cet instrument les cris lugubres que de sa bouche effroyable poussait la féroce Euryale. Bientôt elle en fit présent aux mortels , et lui donna un nom qui leur rappela que ses sons belliqueux font mouvoir des peuples entiers, en donnant le signal des combats. Modifiés ensuite par l'airain et les joncs que produit le bois sacré du Céphise , prés de la ville des Grâces , les accens mélodieux de la flûte présidèrent partout à nos danses et a nos concerts.

S'il est parmi les hommes quelque félicité, elle a été acquise par de pénibles efforts. Ce que le Destin nous refuse aujourd'hui , demain peut-être il nous l'accordera : ses décrets sont inévitables ; mais tantôt l'inconstante fortune dispense aux mortels ce qu'ils n'espéraient point obtenir, hinlôt elle leur enlève ce qu'ils se croyaient déjà sûrs de posséder.

NÉMÉENNES.

Page 1