‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 159 sur 395 · DES JEUX NÉMÉENS · texte numérisé non relu

DES JEUX NÉMÉENS

Les jeux néméens, ainsi nommés de la forêt de Némée , dans l'Élide, se célébraient tous les trois ans, le 12 du mois boëdeomion dans une plaine voisine de cette forèl. On fait remonter leur origine à la guerre des sept chers, sous la conduite de Polynice contre Étêoclc , c'est-àdire au premier siège de Thèbes.

Les sept chefs, passant dans la forètde Némée et étant pressés de la soif, s'adressèrent à Hypsipyle de Le m nos, qu'ils rencontrèrent portant un enfant dans ses bras, et la prièrent de leur indiquer une source où ils pussent se désaltérer. Hypsipyle posa l'enfant sur l'herbe et les conduisit à une fontaine qui coulait à quelque distance. Pendant ce temps , 4jn serpent tua l'enfant , ce qui réduisit Hypsipyle au désespoir.

Pour la consoler, les sept chefs, ayant rendu les devoirs funèbres à l'enfant, instituèrent des jeux en son honneur.

Cet enfant était fils de Lycurgue, roi du pays et prêtre de Jupiter ; il s'appelait Opheltès ou Achémore.

Hercule, après sa victoire sur le lion de Némèe, rétablit les jeux néméens qui avaient été Interrompus et les consacra à Jupiter.

Les Argiens étaient les juges des combats. Ils nommaient à cet effet un ministre des autels, qui y assistait en leur nom, en habits de deuil, pour rappeler leur origine. Le vainqueur recevait une couronne, qui d'abord était d'olivier; mais les Argiens, ayant été battus dans la guerre contre les Mèdes , changèrent l'olivier en une herbe funèbre nommée ache. Selon d'autres , elle fut d'ache dès le principe en mémoire de la mort d'Àchémore. Les jeux néméens formaient une ère pour les Argiens et les peuples du voisinage.

A CHROMIUS, ETNÉKN, Vainqueur i U courte de* char».

Séjour sacré où l'Alphée respire enfin après sa course, Ortygie, noble rejeton de Syracuse , berceau de Diane et sueur deDélos, c'est par toi que je dois préluder à cet hymne harmonieux, qu'en l'honneur de Chromius je consacre à Jupiter Etnéen.

Aussi rapides que la tempête, les coursiers de Chromius ont franchi la carrière de Némée et attendent maintenant le tribut de louanges que j'ai promis à leur victoire. Brillant début , fondement de la félicité et de la gloire qu'avec l aide des dieux obtient un héros orné déjà de toutes les vertus! Les filles de Mémoire aiment à perpétuer dans leurs chants le souvenir des plus illustres combats. Célèbre donc, ô ma Muse ! célèbre au nom de Chromius cette tle que le puissant maître de l'Olympe donna jadis a Proserpine lorsque, par un signe de sa tête immortelle, il lui en assura l'empire et lui promit que d'opulentes cités s'élèveraient dans ses campagnes fécondes. Fidèle à son serment, le fils de Saturne a peuplé la Sicile de citoyens amis de Bellone aux armes d'airain, non moins habiles à manier la lance qu'à former de légers coursiers, et souvent couronnés du feuillage d'or de l'olivier d'Olympie. Combien d'entre eux n'ai-je pas . déjà célébrés par des chants que n'embellissent jamais d'ingénieux mensonges!

Aujourd'hui je m'arrête dans le palais d'un vainqueur généreux ; j'y viens célébrer son triomphe au milieu de la joie des festins et assis à la table où son hospitalité se platt à recevoir une foule d'étrangers. En vain la calomnie voudrait-elle abreuver ses vertus; les gens de bien la réduisent au silence : ainsi la fumée disparut sous une ondée bienfaisante.

Tous le* mortel» n'ont point eu le» mômes dons en partage , mais tous doivent prendre la nature pour guide et marcher d'un pas assuré dans les sentiers de la droiture. Ici la force décide du succès; ailleurs c'est le conseil de la sagesse, cet instinct de l'âme qui, dans les événeinens du passé nous découvre l'avenir. Fils d'Agésidame, la nature l'a départi l'un cl l'autre, et tu sais en Taire un noble usage. Insensé! que me servirait d'être comblé des dons de l'opulence pour les enfouir dans ma maison? Non, le sage à qui la Fortune accorde ses faveurs doit en jouir honorablement, et pour acquérir une bonne renommée et pour les partager avec ses amis; car telle est noire commune destinée , de pouvoir lous élrc en bulle au souille du malheur.

Ainsi le vaillant Hercule s'est élevé au-dessus de tout ce que l'antiquité nous offre de plus éclatantes vertus. A peine, sorti avec son frère du sein maternel , voyait-il la lumière du jour que l'œil de Junon, au trône d'or, découvrit sa naissance. Transportée d'une jalouse fureur, la reine des dieux envoie deux serpens qui pénètrent par la porte entr ouverte dans l'intérieur du palais et se glissent dans le berceau , avides de broyer dans leurs gueules béantes les membres délicats des deux jumeaux. A l'instant le fils de Jupiter, relevant sa lôte, essaie pour la première fois le combat. De ses deux mains dont ils ne peuvent éviter l'étreinte , il saisit les reptiles à la gorge, les presse de loute sa force et de leurs flancs monstrueux fait exhaler la vie.

lTn effroi mortel glaçait les femmes empressées autour d'AIcmène. Elle-même, «élançant presque nue hors de sa couche, fuit pour échapper au venin des deux dragons. Aussitôt à ses cris accourent, revèlus de leurs armes d'airain, les chefs intrépides des enfans de Cad m us ; avant eux arrive Amphitryon ; le glaive brille en ses mains et son cœur esl en proie aux plus vives angoisses. Car lel est l'homme : accablé de ses propres malheurs , il a dans un instant oublié les maux de ses semblables. Immobile d'élonnemenl et de joie, Amphitryon s'arrête à la vue des serpens étouffés. Il admire le courage et la force prodigieuse de son fils, ci reconnaît l'équivoque des oracles que jadis les dieux lui avaient prononcés.

A l'instant même il fait venir Tirésias , le sublime interprète des hauls desseins de Jupiter.

Alors le devin annonce au roi de Thèbes et à la foule qui l'entoure les destinées de l'enfant héros qui vient de naître : « Ils tomberont sous se» coups, s'écria-l-il, les monstres qui ravagent la terre et les mers. Les ennemis du genre humain, les tyrans orgueilleux et perfides recevront aussi la mort de sa puissante main; et, dans cette lutte terrible, où, sous les murs de Phlégra, les dieux combattront contre les Céans révoltés, le héros percera de ses (rails redoutables ces fiers enfans de la Terre et souillera leurs cheveux dans la poussière. »

Puis le devin ajouta : « Arrivé enfin au terme de ses travaux, le fils d'AIcmène jouira d'une paix délicieuse dans les célestes demeures. Il s'unira à la jeune Hébé; son hymen sera célébré dans le palais du fils de Saturne, cl l'Olympe retentira éternellement des louanges d'Hercule. »

A TU I MODF.MK, ATHÉNIEN, Vainqueur au paocrace.

De même que les rapsodes d'Homère commencent ordinairement leurs chants par les louanges de Jupiter , ainsi Thimodème, que je célèbre aujourd'hui, a reçu dans le bois consacré à Jupiter Némécn les prémices des couronnes qui doivent un jour ceindre son front. Le fils de Timonoiis devait nécessairement êlre I'ornernenl el la gloire de l'illustre Athènes, el, marchant dans la roule que lui frayèrent ses ancêtres , cueillir comme eux les fleurs de la victoire, soit dans les combats de Tlslhme, soit dans la carrière de Delphes. Ainsi dès qu'on voit les Pléiades se lever au sommet des monts , l'on prévoit qu'Orion va suivre incessamment leurs traces.

Si jadis Salamine , parmi ses illustres guerriers, vil natlre avec orgueil Ajax, qui fil trembler Hector jusque sous les murs de Troie ; je puis à la valeur de ce héros comparer la force que tu viens de montrer, ô Thimodème, dans la vicloire au pancrace.

Acharné , lieu fécond en robustes alhlèles , quelle ne fui pas la renommée dans les siècles passés! Combien de fois les Thimodémides n'onl-ils pas illustré leur nom par leurs victoires dans les jeux de la Crèce;' Quatre couronnes obtenues sur le Parnasse, dont les sommets

NEMEENNES.

dominent au loin ; huit à Corinlhe, dan» l'Isthme de Pélops -, sept à Némée, et mille autre» dan» leur patrie , aux jeux consacrés a Jupiter , sont de» témoignages authentiques de leur gloire.

Concitoyens de Thimodémc, célébrez par des chants et des hymne» le roi tout-puissant de l'Olympe ; célébrez le retour glorieux de votre héros, el que vos rives retentissent partout de vos chants d'allégresse.

A ARISTOCM DE, DKG1IVK, Vainqueur au pancrace.

Auguste mère de l'Harmonie, ù Muse chère à mon cœur! viens, je t'en supplie, dans l'hospitalière Égine, en ce mois consacré aux combats néméens : là sur les rives de l'Asopus des chœurs de jeunes hommes t'attendent , impatiens de marier leurs voix à ta céleste wélodie.

Mille objets divers excitent nos désirs; mais l'athlète vainqueur dans les jeux solennels ne soupire qu'après nos hymnes, qui accompagnent son triomphe cl célèbrent sa gloire. Enflamme donc mon génie, ô fille de ce dieu puissant qui règne dans les prorondeurs de l'Olympe! fais , dès le commencement de ce chant de victoire, couler de ma bouche avec abondance de sublimes accords. J'y mêlerai ceux de ma lyre ; et ma voix, s'unissant à celles des citoyens d'Égine, chantera dignement le» louanges d'Aï istoclide, l'ornement de celte Ile, jadis habitée par le» M yrmidons. Pouvait-il plus noblement soutenir leur antique renommée qu'en déployant, dans la lutte du pancrace, la vigueur de son bras. A combien de coups furieux n'a-l-il pas été en bulle dan» les vallons de Némée ? Mais la victoire, comme un baume salutaire, a guéri se» blessures el lui a déjà fait oublier les maux qu'il a soufferts.

L'éclat de ta vaillance, répondant à celui de la beauté, ô fils d'Aristophane! t'a élevé au comble de la gloire. Garde-loi de porter au delà un regard ambitieux , et ne te (laite point de franchir à travers les (lots d'une mer inabordable ces colonnes qu'Hercule érigea comme les témoins éclalans de sa navigation aux extrémités du monde. Ce dieu-héros avail déjà dompté le» monstres de l'Océan , sondé ses abîmes el ses courans profonds, jusqu'en ces lointaines pla-

ges où le pilote trouve enfin le terme de ses faligues el le commencemenl du retour ; il avait en un mol assigné à l'univers des bornes inconnues aux mortels.

Mais , o mon génie ! sur quel promontoire étranger m'emporte ton navire? C'est à Éaque, c'est à ses illustres rejetons que tu dois consacrer les accens de ta Musc. 11 est juste sans doule de louer la vertu des grands hommes; toutefois leur éloge est un ornement étranger au héros que je chante. Choisis parmi ses ancêtres, leurs hauts faits fourniront une assez ample matière à tes chants.

Ici se présente l'antique valeur de Péléequi, armé de celte lance fameuse qu'il coupa sur le Pélion , seul , sans soldats , s'empara dlolcos , el mérita par ses travaux la main de la belle Thétis.

Là tu vois le courageux Télamon , secondé par Iolas, emporter d'assaut la ville de Laomédon et combattre avec lui les belliqueuses Amazones aux arcs d'airain. Jamais son cœur ne fui accessible à la crainte, qui dompte le courage des plus fiers guerriers.

t ne vertu innée, un génie profond sont d'un grand poids dans la balance de la gloire. L'homme au contraire qui doit tout aux efforts d'une élude pénible reste inconnu el ignoré ; sans cesse en bulle à mille impulsions diverses , il marche d'un pas chancelant , incapable de s'élever à ces hautes conceptions que son esprit trop faible ne fait qu'effleurer.

Tel ne fut point Achille à la blonde chevelure -, élevé dé» sa naissance sous les yeux du fils de Philyre, chaque jour il se faisait un jeu des plus pénible» travaux. Lancer le javelot avec la rapidité des vents, terrasser les lions et les sangliers dans les sombres forêts , porter leurs membres palpitans aux pieds du Centaure, fils de Saturne, lels étaient ses exploits à l'âge de six ans. Combien de fois Diane et la belliqueuse Minerve le virent depuis avecélonnement percer de ses traits les cerf» el les atteindre sans limiers el sans filets, tant sa course était rapide et légère ! Ainsi croissait Achille dans le rocher caverneux du sage Chiron. Le centaure foi ma également l'enfance de Jason et d'Esculape et leur enseigna l'art d'appliquer d'une main légère de» remèdes bienfaisans sur les plaies des mortels. Ce fut encore par ses «oins que s'alluma le flambeau de l'hymen en- Ire Pélée el la fille du vieux Nérée. Chiron se chargea de l'éducation du fils qui naquit de

PINDARK.

leur union cl se plul à l'orner des plus brillantes verlus. Bientôt, formé par de telles leçons , le jeune héros traversa les mers el, conduit par le souffle des venls sur les rivages de Troie , soutint le choc des guerriers de la Lycie, dè la Phrygie et de la Dardanie, en vint aux mains avec les fougueux Élhiopiens el fit mordre la poussière à l'oncle d'Hélénus, au vaillant Memnon, qui ne devait plus revoir sa patrie.

Ainsi de toutes parts la gloire des Kacides brille d'un éclat immortel. Ton sang divin , ô Jupiter, coule dans leurs veines, et tu présides à ces luîtes célèbres d'où Aristoclide est sorti vainqueur. Son triomphe m'inspire ce chanl de victoire, que les jeunes habitons d'Égine répètent avec joie en son honneur. Puissent leurs voix réunies célébrer dignement ce vaillant athlète, qui donne un lustre nouveau A l'Ile qui l'a vu naître el au lemplc d'Apollon Théarius, déjà fameux par de grands souvenirs.

L'expérience montre dans tout son jour la vertu dans laquelle chacun de nous excelle. Être enfant avec les enfans, homme avec les hommes, vieillard avec les vieillards, se proportionner à tous les âges de la vie, c'est le talent du sage. Il en est un autre nécessaire à la condition humaine, c'est de savoir s'accommoder a sa fortune présente. Ces qualités précieuses , Aristoclide les réunit toutes en sa personne.

Salut , digne ami de mon cœur ! reçois cet hymne qu'accompagnent les accords de la flûle éolienne. Il sera pour toi aussi doux que le miel mêlé avec le lait le plus pur, aussi agréable que la rosée du matin. L'hommage en est un peu tardif-, mais l'aigle au vol rapide observe longtemps sa proie, puis tout à coup s'élance et la saisit sanglante dans ses serres , tandis que le corbeau, poussant de vains cris, cherche à terre une vile pâture.

Enfin , Aristoclide , que manquc-t-il à la gloire ? Clio au trône éclatant la publie au loin par ses chants ; et les couronnes dont tu as ceint ton front à Némée, à Epidaure et à Mégare brillent d'un éclat immortel.

A TIMASARQUE, D'ÉGINE, Vainqueur a la lui te.

Douce allégresse qui suis la victoire, tu es le meilleur médecin des fatigues et des travaux de

l'athlète, surtout quand nos hymnes, sages fille» des Muses, font palpiter son cœur au bruit de leurs accens : alors Tonde attiédie d'un bain est pour ses membres fatigués moins salutaire que la louange qu'accompagne la lyre. Nobles inspirations du génie et des Grâces , les paroles d'un poète vivent plus longtemps que les hauts faits qu'elles onl célébrés.

Telles sont celles par lesquelles je prélude à cet hymne que je consacre au puissant Jupiter, à Néméeet à Timasarquc, vainqueur à la lutte. Puisse la cité des Éacides, renommée au loin par son amour pour la justice et l'hospitalité , recevoir aussi le tribut de louanges qu'elle mérite. Oh ! si Timocrite, père du vainqueur que je chante, jouissait encore de la lumière, quelle serait la joie de son coeur ! avec quels transports, variant les accords de sa lyre, unirait-il ses chanls aux nôtres pour célébrer les victoires que son fils a remportées à Cléone, aux luttes de la superbe Athènes et à Thèbes aux sept portes!

Là , près du magnifique tombeau d'Amphitryon, les enfans de Cadinus accueillirent Timasarquc et le couvrirent à l'envi de fleurs ; Us honoraient en lui Éginc , sa patrie, et le regardaient comme un ami qui vient chez se» amis au sein d'une ville hospitalière. Ils le reçurent dans l'auguste palais d'Hercule , de ce héros avec qui le vaillant Télamon saccagea la ville de Troie, vainquit les Méropes et le terrible Alcyon. Ce redoutable géant ne succomba qu'après avoir fracassé sous un énorme rocher douze chars eldeux fois autant de guerriers qui les montaient , prodige qui ne peut paraître incroyable qu'à celui qui n'a jamais éprouvé l'art funeste de Bellone. Ainsi péril Alcyon : il était juste qu'il payât sous les coups d'Hercule les maux affreux que sa main avait faits.

Mais les heures s'écoulent , et les lois que ma Muse s'est imposées me défendent de m'èloigner de l'objet de mes chants ; je cède d'ailleurs au désir pressant qui m'enlratne à tenir ma promesse pour le retour de la Néoménie. Quoique tu sois au milieu d'une mer d'écueils , ô ma Muse , sache les affronter avec courage et braver les efforts de nos ennemis. Hâte-loi donc d'aborder; au grand jour, l'éclat de ta gloire éclipsera les rivaux. Que l'envieux conçoive au sein des ténèbres de vains projets, qui d'eux-mêmes retombent en poussière. Pour moi, je sens que la puissance du génie que m'a

NÉMÉENNES.

donné la forlunc, recevra dan» l'avenir le sceau de l'immortalité.

O ma douce lyre , fais entendre les accords lydien», et que la douce harmonie rende cet hymne agréable à OEnone et à Cyprc, où régna Tcuccr fils de Télamon. Que de rois à vus naître OEnone! Ajax régna à Salamine, sa patrie; Achille, dans celte tic dont l'éclat se répand au loin sur le Pont-Euxin; Thélis, domina à Phlie, cl Néoptolème fut souverain de la vaste et fertile Épire dont les monts sourcilleux s'étendent depuis la forêt de Dodone jusqu'à la mer d'Ionie. Pélée jadis la rendit tributaire des Einmoniens , lorsqu'il eut pris a main armée lolcos, situé au pied du mont Pélion.

Après avoir été en bulle aux ruses perfides d'IIippolyte , épouse d'Acasle, ce héros eut encore à éviter les embûches que le fils de Pélias lui tendit avec une astuce digne de Dédale. Mais Chiron vint à son secours et l'arracha au cruel destin que lui réservait Jupiter. Cependant avant qu'il lui fût permis d'épouser une des Néréides aux trônes élevés , Pélée dut encore lutter contre la violence des feux dévorans , braver les griffes et les dents acérées des lions ; alors seulement au jour de son hymen , il vit s'asseoir à sa table les dieux du ciel et de la mer, qui le comblèrent de leurs dons et lui donnèrent cette puissance qu'il devait transmettre à sa postérité.

Mais il n'est pas donné à un mortel de franchir les colonnes d'Hercule où le soleil termine sa carrière. Tourne , ô ma Muse ! la proue de ta nef vers l'Europe : tu ne peux dans un seul récit redire tous le» hauts faits des enfans d'Éaque. N'est-ce pas déjà assez pour toi de proclamer les victoires des Théandrides , et ces luttes fameuses d'où ils sortirent vainqueurs à Olympie , à l'Isthme , et à Némée. Ces lieux à jamais célèbres ont été les témoins de leur valeur et les ont vus retourner dans leur patrie , le front ceint de couronnes dont la gloire ne peut être ternie.

Qui mieux que moi sait, 6 Timasarque!

combien de sujets sublimes ta patrie offrit en loul temps à nos hymnes triomphaux. Docile à tes désirs, je veux élever à Calliclès, Ion oncle maternel, une colonne qui surpasserait en éclat le marbre de Paros. De même que le feu purifie l'or et lui donne un nouveau lustre, de même les hymnes des favoris des Muses répandent sur l'athlète vainqueur une gloire qui le

rend égal aux rois. Puisse Calliclès , sur les bords de l'Achéron, m 'entendre célébrer la couronne d'ache vert , qu'il ceignit à Corinthe, dans ces jeux consacrés au dieu dont le trident ébranle la terre... Mais plutôt qu'Euphanès, ton aïeul , chante ses louanges , ô mon fils ! n'cslil pas juste que chacun honore ses coutempo-. rains ? 11 les chantera avec joie ; car quel est le mortel qui ne se flatte pas de raconter avec plus de vérilé les faits dont il a été témoin.

Qui de nous par exemple en louant Mélésias s'exposerait à la critique ou au blâme ? Son éloquence impétueuse entraîne tous les cœurs ; et , s'il est bienveillant pour les bons , il est aussi le plus redoutable adversaire des

A P1THÉAS , FILS DE LAMPON, Vainqueur au pancrace.

Je ne suis point statuaire; ma main ne sait point façonner des simulacres inanimés pour les fixer sur une base immobile. Non, mes chanls pénètrent en tous lieux. Vole donc , ô ma Muse! Parti d'Kginc sur une barque légère, et publie au loin que Pithéas , le vaillant fils de Lampon vient de ceindre à Némée la couronne du pancrace.

Semblables à la vigne dont la fleur présage les doux fruits de l'automne, ses joues laissent à peine apercevoir un tendre duvet , que déjà sa victoire honore les Éacides , héroïques enfans de Saturne , de Jupiter et des blondes filles de Nérée , et celte opulente cité que fondèrent leurs mains et qui est devenue si fameuse par ses héros et ses flottes nombreuses. Debout autour de l'autel de Jupiter Hellénien les fils illustres de la nymphe Endéis levaient au ciel leurs mains suppliantes, et , avec eux , le puissant roi Phocus , que sur le rivage des mers , Pramalhée avait mis au monde...

Comment oserais -je dévoiler ici l'attentat que Télamon et Pélée commirent contre toute justice ? Non je ne sonderai pas la profondeur de ce mystère , je ne révélerai point la cause pour laquelle ces héros abandonnèrent leur patrie ou quel dieu vengeur les en exila. Il est des faits ou la vérilé ne doit pas montrer sa face à découvert, et le silence fut toujours chez les mortels le fruit de la plus haule sagesse.

PINDAKE.

Mai» s'il faut célébrer par nies chant» la prospérité, la force et les exploits des Eacides, quel que soit l'espace qu'on me donne a franchir, ma force cl ma légèreté me reronl voler au delà -, et ne voit-on pas l'aigle être emporté d'une aile rapide au delà des mers.

Je vais donc redire quels nobles acccns le chœur des 31 uses fit entendre en leur honneur sur le Pélion; comment au milieu d'elles, Apollon variait sans cesse avec un archet d'or les sons mélodieux de sa lyre à sept cordes. Elles enchantèrent d'abord le grand Jupiter , ensuite l'immortelle Thétis et Pélée que la voluptueuse Créléis-Hippolyle s'efforça de faire tomber dans ses pièges adultères. Celte princesse à l'aide de la plus noire calomnie persuada au roi des Magnésiens , son époux , que Pélée avait osé attenter à la sainteté de sa couche nuptiale. Mensonge impudent î ellemême au contraire avait osé provoquer le jeune héros , qui repoussa ses offres séduisantes, et craignit d'encourir la colère de Jupiter, protecteur de l'hospitalité.

Alors du haut des cieux , le roi des immortels, dont la voix assemble les nuages lui permit de choisir pour épouse une des iNéréides à la quenouille d'or, après avoir obtenu l'assentiment de Neptune. Souvent ce dieu quittant son palais d'Aigé, visite l'ilhsmc célèbre qu'habitèrent jadis les peuples de la Doride. Là une foule empressée de jeunes alhlèles l'accueillent au son des flûtes cl déploient en son honneur la force et la souplesse de leurs membres robustes.

ta Fortune, qui dès le berceau accompagne en tous lieux les mortels, est l'arbitre de toutes leurs actions. C'est la tienne sans doule, ô Euthymène ! qui l'a conduit à Égine dans les bras de la victoire pour que lu sois aussi l'objet de nos chants. Vois comme la gloire de Pythéas , Ion oncle, rejaillit maintenant sur toi et sur votre Tamille commune. Némée l'a vu conquérir sa couronne dans ce mois que chérit Apollon , comme naguère sa terre natale le vil aussi , dans les riantes vallées de ISisus, surpasser tous ses jeunes rivaux. Pour moi , je suis au comble de l'allégresse en voyant ainsi chaque cité s'enflammer d'une noble émulation de la gloire.

Souviens-loi encore, ô Pythéas ! que tu dois aux soins utiles de Ménandre la plus douce récompense de les honorables travaux-, puissant inolif pour les alhlèles de choisir leurs maîtres parmi les citoyens d'Athènes.

S'il faut enfin , ù ma Muse! célébrer dans ce chant les louanges de Thémislius , ne crains point de l'entreprendre : élève ta voix , déploie les voiles de ton navire , el proclame du haul du mât , la victoire que deux fois Épidame lui a vu remporter au pugilat el au pancrace , et les couronnes verdoyantes et fleuries dont les Grâces aux blonds cheveux ornèrent sa tèle devant les portiques du temple d'Éaque.

A ALCIMÈDK, DÉGINE, Vainqueur a la lulto.

Des hommes ainsi que des dieux , l'origine est la même ; une mère commune nous anima (ous du souffle de la vie. Le pouvoir entre nous fail seul la différence ; faible mortel , l'homme n'est rien, el les dieux habitent à jamais un ciel d'airain , demeure inébranlable de leur toute-puissance. Cependant une grande âme , une intelligence sublime nous donnent quelques traits de ressemblance avec la divinité, quoique nuit et jour la fortune nous entraîne vers un but que nous ignorons.

La race du jeune Alcimède peut être comparée à ces lerres fertiles qui alternativement fournissent aux hommes d abondanles récoltes el se reposent ensuite pour acquérir une nouvelle fécondité. Dès son début à la lutte , Alcimède remplit noblement la destinée que lui fixa Jupiter; à peine au printemps de la vie , on l'a vu à Némée s'élancer dans la lice comme un chasseur sur sa proie : ainsi ce jeune héros marche d'un pas assuré sur les traces de Praxidamas son aïeul paternel , qui , le premier des descendans d'Eaque, ceignit aux jeux olympiques son fronl de l'olivier cueilli sur les bords del Alphée, qui, cinq fois couronné à l'Isthme et trois fois dans INéméc , lira de l'oubli Soclide, son père , le premier des fils d'Agésimaque.

Et maintenant trois athlètes célèbres issus de celle même lige sonl parvenus par leurs victoires à ce comble de gloire où l'homme enfin peut goûler en paix le fruit de ses travaux. Jamais famille dans toute la Grèce ne fui à ce point favorisée des dieux , el ne remporta plus de couronnes aux luttes du pugilat.

J'ai à célébrer de grandes, de sublimes louanges , mais j'ai la douce espérance que la magnificence de mes chants ne sera poinl

indigne de mes héros. Ainsi donc , ô ma Muse! bande Ion arc , et fais voler un trait vers ce noble but ; que tes hymnes , portés sur les ailes des vents, retentissent au loin. Ce sont les chants des poêles cl les récils de l'histoire qui transmettent à la postérité les hauts faits des grands hommes qui nous ont devancés dans le tombeau. El où trouver ailleurs plus d'illustres aclions que dans la famille des Bassides ? Quel vaste champ d'éloges n'offre pas son antique gloire aux sages favoris des filles du Piérus ! C'est de son sein qu'est sorti ce Callias qui , armé du pesant gantelet, remporta la victoire dans Pylho. Chéri des enfans de Latonc à la ! quenouille d'or, il entendit prés de Caslalie , au milieu des chœurs des Grâces , ses amis répéter ses louanges jusqu'au lever de l'étoile du soir. 11 fut encore le théâtre de sa victoire cet isthme fameux qui , semblable à une digue , sépare à jamais les deux rivages de l'infatigable élément; là , près du bois sacré de Neptune, il fut couronné de la main des Amphiclyons dans ces jeux que tous les trois ans on voit reparaître ; enfin, au pied de ces monts antiques , qui , de leurs sombres forêts , ombragent Phliunte, il ceignit sa tôle de celte couronne dont l'herbe rappelle le vainqueur du lion de Némée.

De toutes paris l'illustre Égine ouvre à mon génie des routes magnifiques à parcourir ; de toutes parts elle offre une ample matière à mes chants. Les nobles enfans d'Éaque, par leurs vertus héroïques, se sont fait une grande, une immortelle destinée. Volant sur la terre et par delà les mers, leur renommée est parvenue jusqu'en ces contrées qu'habitent les Éthiopiens ^ elle leur apprit le funeste sort de leur roi Memnon et l'affreux combat où Achille, descendant de son char, perça de sa lance homicide ce fils de la brillante Aurore.

Mais pourquoi dans mes vers suivrais-jc la roule où mille poêles avant moi ont aussi traîné le char triomphal des Éacides ? Que le naulonier pâlisse à la vue des flots écumeux qui battent les flancs de son navire; moi je ne plierai pas sous le double fardeau dont je me suis chargé , et je proclamerai la victoire que pour la vingt - cinquième fois cette illustre famille vient de remporter dans les combats que la Grèce appelle sacrés.

O Alcimide ! lu viens de répandre un nouveau lustre sur la noblesse de ton sang, malgré la |

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jalouse fortune qui a ravi à la jeunesse , ainsi qu'à Tisnidas ton émule, deux couronnes auprès du bois de Jupiter Olympien. Quant à Mélésia* qui t'a formé , je dirai que cet habile écuyer a la légèreté du dauphin qui rase avec vitesse la surface des mers.

AU JEUNE SOGÈNK, D'ÉGIKE, Vainqueur au pantalbk».

0 loi qui sièges à colé des Parques aux impénétrables pensées, fille de la puissante Junon, Ililhye , protectrice des nouveaux nés , prêle l'oreille à mes accens. Sans toi , sans (on secours, nous n'eussions jamais connu ni la clarté du jour, ni le repos de la nuit , ni la florissante Hébé, la sœur, déesse de la jeunesse.

Mais les mortels ne naissent pas tous pour une égale félicité : mille accidens font pencher en sens contraire la balance de leur sort. Cependant c'est à toi que Théarion dut la naissance de Sogène, dont la force invincible a mérité d'être proclamée par les juges et de recevoir au pantalhle le prix de la lutte. Aussi ce jeune vainqueur reconnaît-il pour pairie celle des Éacides à la lance redoutable , celte Fginc donl les citoyens brûlent à l'envi de perpétuer leur gloire dans nos combats solennels.

Le mortel que distinguent ses nobles travaux fournit une agréable matière aux chants des Muscs : car les plus belles aclions sont enveloppées de ténèbres épaisses, si elles ne sont point célébrées par les charmes de la |K)ésie , où elles se réfléchissent comme dans un miroir fidèle ; alors seulement elles sont consacrées dans les fastes de Mnémosyne, qui ceint sa lêle de brillantes bandelettes, et trouvent dans nos hymnes la douce récompense des fatigues qu'elles ont coûtées.

Le sage imite la prudence du pilote, que l'appât du gain ne peut déterminer à braver le» flots avant d'avoir éprouvé pendant trois jours la constance des vents. Il sait que , riches ou pauvres, les mortels viennent également se confondre dans la tombe, mais avec la différence de la renommée. Ainsi je soutiens qu'Homère a immortalisé Ulysse et lui a aequispar seschanls une célébrité au-dessus de ses travaux. Mais ce poêle divin nous présente avec tant de charmes ses mensonges ingénieux , il sait si bien

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rendre la ficlion atlrayante et lui donner du poids, qu'il nous éloigne sans peine de la vérité; tant il est vrai que chez la plupart des hommes le coeur se laisse aisément aveugler ! Ah ! si l'esprit humain ne fermait pas les yeux sur ses défauts et qu'il se connût lui-même, jamais le fougueux Ajax, égaré par la fureur , ne se fût enfoncé dans le sein sa redoutable épéc. Ce guerrier, le plus courageux des Grecs après Achille , était venu sous les murs d'Ilion , conduit par des vents favorables , pour en ramener l'épouse du blond Ménélas. Mais la mort, comme un flot rapide, entraîne également celui qui l'attend et celui qui ne l'attend pas : la gloire seule reste aux héros au delà du trépas quand un dieu bienfaisant prend soin de la publier.

Ainsi Néoplolème, qui renversa la cité de Priam cl supporta avec les Grecs tant de travaux , repose maintenant dans les champs de Py tho , centre du vaste continent. A son retour, une mer orageuse l'ayant écarté de Scyros , le jeta lui et ses guerriers sur le rivage d'Ephyre. Il régna peu de temps sur les Molosses et légua une gloire immortelle a sa postérité. Un jour, étant parti pour Delphes afin d'offrir au dieu qu'on y adore les dépouilles qu'il apportait de Troic,uncqucreIlcs'élcvaausujetdupartagcdes victimes immolées : provoqué au combat, il y péril sous le glaive d'un inconnu audacieux. Gc meurlrc indigna les Delphiens , amis de l'hospilalilé; mais la destinée de Néoplolème le voulait ainsi : il fallait qu'un des rois issus du sang des Kacides reposât désormais dans le bois antique qui de son ombre environne comme d'un mur épais le temple magnifique d'Apollon*, il fallait qu'un héros présidât aux triomphes des athlètes et rappelât consomment aux juge* les lois de la sévère équité. Trois mots suffisent donc pour justifier ce décret des dieux :« Un juge incorruptible préside d nos combats. »

O Ègine ! ma Muse se sent assez d'enthousiasme pour chanter dignement la gloire des illustres enfans de Jupiler qui sont nés dans Ion sein et pour célébrer ces vertus domestiques qui frayèrent à leurs descendans la route à l'immortalité ; mais le repos est doux en tout ouvrage : le miel et les aimables fleurs ellesmêmes ont aussi leur dégoût. Nous n'avons point reçu de la nature les mêmes inclinations , les mêmes penchans -, le sort d'un homme n'est point celui de l'autre. Ce bonheur après lequel nous courons tous , il nous est impossible de le

posséder ; et je ne pourrais citer aucun mortel à qui la Parque ait accordé une félicité durable et sans mélange. Cependant , ô Théarion ! elle a été moins avare envers toi ; elle l'a ménagé l'occasion de l'élever à la gloire par ton courage et l'a donné assez de sagesse pour en jouir.

Etranger , je suis à l'abri de tout reproche de flatterie. Je louerai un héros qui m'est cher, et la vérité, telle qu'une onde pure , coulera dans mes chants consacrés â sa gloire. Voilà le prix qui convient à la verlu. Je ne crains point même quel'Achéen, habitant du rivage ionien, puisse ici m'accuser d'imposture; partout je m'appuie sur les liens sacrés de l'amitié, sur les droit» de l'hospitalité. Parmi mes concitoyens , l'éclat de ma renommée n'a jamais été terni : sans cesse j'ai repoussé Join de moi l'injure et la violence. Puissent mes jours à venir s'écouler ainsi au milieu du calme et de la joie !

Que ceux qui me connaissent disent si jamais le mensonge cl la calomnie souillèrent ma bouche de leur impur langage. Je proteste donc , à Sogène! digne rejeton d'Euxénus, que mes chants, semblables à la flèche armée d'airain, ont volé vers toi sans dépasser le but. Tu es sorti delà lutte avant quela tèlect les membres robustes fussent inondés de sueur, avant que tu eusses à souffrir des ardeurs brûlantes du midi -, et si ton triomphe a exigé de loi des efforts pénibles, la joie de l'avoir remporté en a été plus glorieuse et plus vive. Permets donc à ma voix , si jamais elle a fait entendre de sublimes accens , de proclamer aujourd'hui ta victoire : c'est un devoir facile que mon génie aime à remplir. Ne ceins point ta tête de couronnes périssables : pour t'en tresser une à son gré, vois, ma muse rassemble l'or, l'airain, l'ivoire et celte fleur éclatante que produit la rosée des mers.

Que la louange du puissant Jupiler , ô mon génie ! trouve aussi place en tes chants , et que, portée sur les ailes des vents , la douce mélodie de ses hymnes vole jusqu'à Néméc. N'esl-ellc pas digne de retentir de l'auguste nom du roi des immortels celte contrée célèbre oû Éaque reçut le jour de ce dieu et de la nymphe Egine, digne objet de son amour. Éaque, le protecteur et l'appui de ma patrie, fut en même temps cl ton frère et ton hôte, 6 puissant Hercule!

Si les liens de la société rendent l'homme nécessaire à l'homme, que dirons-nous de la (endre amilié qui unit deux voisins vertueux ?

NÉMÉENNES.

Que parmi les mortels , il n'est pas de bonheur comparable A celui dont ils jouissent. Héros dont la main terrassa les géans, si un dieu accorde à Sogône l'honneur d'habiter près de toi , comme auprès d'un père , et de suivre sous ta puissante protection la route que lui ont frayée ses divins ancêtres , que manque-t-il A sa félicité ? Le lieu où il a fixé sa demeure , situé au milieu de tes bois sacrés , n'est-il pas aussi proche de ton sanctuaire que le timon d'un char Test à droite et à gauche des quatre coursiers qu'il dirige.

C'est donc à toi , divin Hercule, de fléchir en faveur de Sogène , Junon , son auguste époux et la déesse aux yeux d'azur. Tu peux , par ta puissance, mettre les malheureux mortels à l'abri des coups qui les plongent souvent dans l'ablmc du désespoir. Accorde donc A mon héros une force durable , compagne d'une longue vie ; que son heureuse jeunesse soit suivie d'une vieillesse aussi heureuse ; que les fils de ses fils jouissent des honneurs qui l'environnent aujourd'hui et en méritent, s'il se peut, de plus glorieux encore.

Pour moi , jamais mon cœur ne me reprochera d'avoir outragé la mémoire de Néoplolème par d'injurieux discours. Mais répéter trois ou quatre fois la même apologie , n'estce pas faire preuve de stérilité , comme celui qui, faisant des contes aux enfans, répétait sans cesse : « O Jupiter Corinthien! »

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