‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 277 sur 395 · CHUS · texte numérisé non relu

CHUS

Galatée aussi regrette ces doux chants qui la charmaient jadis, assise auprès de toi sur le rivage de la mer, car lu chantais autrement que Polyphèmc. Lui , la belle Galatée le fuyait ; mais toi , elle le regardait avec plus de plaisir que le cristal des eaux. El maintenant, oublieuse des ondes, elle s'assied sur les sables déserts el garde encore (es troupeaux.

Commencez le chant funèbre , commencez , Muses siciliennes.

Avec loi, ô berger! onl péri tous les présens des Muscs, les amoureux baisers des vierges (11), el les lèvres des jeunes hommes. I,es Amours éplorés se désolent autour de (a tombe. Vénus l'ainic beaucoup plus encore que ce tendre baiser qu'elle donnait naguère au mourant Adonis (12). Voici pour toi , ô le plus harmonieux des (leuves! un nouveau sujet de douleur; pour loi, û Mélès (13;! encore un nouveau deuil. Autrefois tu perdis Homère, celte bouche des Muse» ; lu pleuras , dit-on , de tes eaux gémissantes cet Illustre (ils , et la mer fut remplie de les plaintes. Tu pleures maintenant un autre (ils , et lu te consumes en de noirs chagrins. Tous deux étaient cher» aux fontaines; l'un s'abreuvait aux sources de Pégarc, l'autre puisait dans l'Arélhusc. l.c premier célébra la noble fille de Tyndare, et l'illustre (ils de Thélis, cl l'alridc Mènélas; le second ne célébrait ni les combats , ni les larmes , mais Pan , mais les bergers ; il chantait en faisant paître ses troupeaux ; il faisait des pipeaux rustiques , trayait une douce génisse , vantail aux enfan» le charme des baisers, nourrissait l'amour dans son sein , et plaisait à Vénus.

Commencez le chant funèbre, commencez , Muses siciliennes.

Toutes les villes célèbres , toutes les villes fameuses, ô Bion! plaignent la destinée. Ascra te pleure bien plus qu'elle n'a pleuré son Hésiode; Hila de Béotie regrette moins sont Pindare ; la puissante Lesbos déplora moins sou Alcèe; la ville de Céos a répandu moins de larmes sur son poète ; le trépas d'Archiloque a moins altristé Parus ; M ilylènc, oubliant Sappho , ne pleure que ta Muse. Tous ceux qui ont reçu des Muses le talent harmonieux des poésies bucoliques déplorent ton trépas. Sicélidc , ornement de Samns , est dans le deuil ; Lycidas, dont l'aimable sourire inspirait la

gatlô aux Lydoniens, Tond maintenant en larmes ; Philelas , chez le* Triopides , gémit sur le* bord* do l'Alentc; Théocrite s'afflige à Syracuse. Je retrace la douleur des Ausoniens, moi qui ne suis point étranger aux chants bucoliques que tu enseignas â tes chers nourrissons, héritiers de la Muse dorienne. Réservant les honneurs pour nous, â d'autres tu laissas tes richesses , à moi tu as légué le chant.

Commencez le chant funèbre, commencez, Muses siciliennes.

Hélas ! hélas ! quand les mauves , quand Tache verdoyante ou l'anet Oeuri et crépu ont péri dans nos jardins, ces plantes revivent ensuite, et renaissent une autre année -, mais nous, que nous soyons grands, vaillans ou sages, une fois morts, nous dormons oubliés dans le sein de la terre, un sommeil long, sans terme et qui n'a pas de réveil. Et toi aussi, enveloppé du silence , tu seras dans la tombe , tandis qu'il platl aux Muses que la grenouille chante toujours -, certes, je ne lui porte pas envie , car ses chants n'ont rien d'harmonieux.

Commencez le chant funèbre , commencez, Muses siciliennes.

Le poison est venu à ta bouche, ô Bion! il a coulé dans les veines. Comment a-t-il pu s'approcher de les lèvres, et ne s'adoucir pas? Quel homme assez féroce osa l'apprêter ce breuvage ou te le présenter pendant que lu parlais? Il a donc pu échapper au charme de la voix?

Commencez le chant funèbre, commencez, Muses siciliennes.

Mais les ennemis ont reçu lous le juste châtiment de leur crime ; moi , dans ce deuil funeste, je pleure et gémis sur ta cruelle destinée. Encore , si je pouvais , tel qu'Orphée autrefois , tel qu'l'lysse, tel qu'Alcidc , descendre auTartarc, j'irais au palais de Plulon, pour voir si tu chanles chez les morts, el pour entendre ce que lu chanles. Chante du moins auprès de Proserpine quelque air sicilien , quelque doux poème bucolique. Sicilienne ellemême , elle a folâtré dans les vallons de l'Elna ; elle n'a point oublié les airs doriens. Tes vers ne resteront pas sans récompense; cl , comme autrefois elle rendit Eurydice aux doux accords d'Orphée , elle te rendra de même , cher Bion , aux colcaux de Sicile. Si mes chants, à moi ,

avaient quelque pouvoir, j'irais, oui j'irais chauler chez IMulon.

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