‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 279 sur 395 · MOSCHUS · texte numérisé non relu

MOSCHUS

the , cilé de Junon , le cœur déchiré par de vastes douleurs, malheureuse, Je ne cesse de gémir el de verser des pleurs. Mes yeux voient rarement mon époux au milieu de ce palais , car il est de nombreux travaux qui lereliennent errant sur terre et sur mer, et son cœur de roche ou de bronze , atlronle tous les dangers. Pour loi , pleurant la nuit et le jour, tu t'épuises comme l'eau répandue. Aucun de mes proches n'est là pour réjouir ma tristesse , car, éloignés des murs de ce palais, ils habitent tous au delà de l'Isthme fertile en pins; je n'ai personne vers qui tourner mes yeux, femme infortunée, pour reposer mon faible cœur. J'aurais ma sœur Pyrrha , mais elle est elle-même accablécd'amerlume, à cause d'Iphicle, (on (Ils, car (es enfans, qu'ils soient d'un mortel ou d'un dieu, sont les enfans les plus infortunés, ce me semble. »

Ainsi parla Mégare; de brûlantes larmes inondant son visage coulèrent de ses yeux sur son beau sein , au souvenir de ses (ils el de ses parens. Alcmène arrosait aussi de pleurs ses joues d'albâtre (4). Klle pousse alors du fond de son cœur un long soupir, et adresse à Mégare ces sages paroles :

•< Mére infortunée, pourquoi ce triste souvenir s'o(Trc-l-il à ton esprit ? pourquoi veux-tu nous émouvoir encore l'une et l'autre en redisant les affreux malheurs que nous ne pleurons pas aujourd'hui pour la première fois? Ne nous suffit-il pas des maux qui nous surviennent chaque jour ? Certes il faudrait ôlre bien ami de la douleur pour les calculer tous. Prends courage, n'est-ce pas un dieu qui nous soumet à un pareil destin ? car je vois , ma chère tille , que tu es comme moi victime d'une douleur profonde; mais je te pardonne ton affliction, parce qu'on se rassasie même de joie. J'ai grandement pilié de Ion état et je pleure de le voir partager les deslins qui menacent nos lêles. J'en atteste Proserpinc et la chaste Cérès (puissent les parjures être cruellement punis par ces déesses! ) tu n'es pas moins chère à mon cœur que si je t'avais portée dans mon sein el que si tu étais dans ce palais mon unique fille : je ne pense pas que tu ignores mes senlimens. Ne m'accuse donc pas, ô mon sang! de te négliger, parce que mes larmes sonl plus abondantes que celles de Niobé à la belle chevelure. On ne peut blâmer une mère qui pleure un fils malheureux. Avant de le voir j'ai souffert dix mois en le por-

tant dans mon sein : il m'a conduit presque aux portes redoutables de Pluton , si fortes ont été les douleurs que j'ai souffertes pour le mettre au jour. Maintenant, loin de moi, sur une terre étrangèro, il affronte de nouveaux dangers , et j'ignore, infortunée! si je le reverrai dans ces lieux vainqueur ou non. De plus, un songe plein d'horreur m'a effrayée pendant mon sommeil paisible; je tremble que celle vision funeste ne menace mes enfans de quelque grand malheur : j'ai vu mon fils Hercule (enanl des deux mains une bêche avec laquelle, comme un vil mercenaire, il creusait , nu , sans manteau , sans (unique , un large fossé à l'extrémité d'une plaine verdoyante , pour servir de rempart à une vigne. Tout l'ouvrage une fois achevé, il plante la bêche dans l'endroit le plus haut et va reprendre ses vêlemens. Mais loul à coup sur ce rossé profond brille un feu inextinguible , qui déroule ses tourbillons autour d'Hercule. Lui d'un pas précipité fuyait , voulant éviter celte flamme rapide, agitait sa bêche devant lui comme un bouclier el promenait de tous côtés ses regards pour se garantir de ces feux ennemis. J'ai cru voir le généreux Iphicle , jaloux de le secourir , glisser el lomber par terre avant d'arriver à lui ; sans pouvoir se relever, il restait immobile comme un faible vieillard que le poids importun des années a fait tomber, el qui s'agite vainement sur le sol jusqu'à ce qu'un passant , ému de pitié à la vue de ses blancs cheveux , lui tende la main. Tel gisait le belliqueux Iphicle. El moi, voyant mes (ils sans défense , je pleurais , jusqu'à ce qu'enfin le sommeil a fui mes paupières, el soudain la brillante aurore a paru. Voilà, ma chère, quel songe m'a troublée toute la nuit ; que les dieux , dtlournanl ces malheurs de noire famille, les fassent retomber sur Eurystée. Puisse mon esprit pénétrer l'avenir el mes prédictions s'accorder avec le destin! »

Lorsque les Zéphirs soufflent légèrement sur la mer azurée, mon esprit, tout timide qu'il est, se laisse tenter , la terre me déplatt , et le calme des flots a bien plus <f attraits pour moi ; mais quand mugit l'onde blanchissante, quand le dos de la mer se couvre d'écume , quand les vagues mutinées se remuent , je porlc mes regards vers la lerre el vers les arbres el je m'é-

loigne do la nier. Alors la terre me semble un séjour plus sAr , les forêts émisses m'enchanlent, car les venls y font résonner les pins élevés. I.e pécheur mène assurément une vie pénible, sa maison c'est une frêle barque, son travail est sur mer, le poisson n'est souvent pour lui qu'une proie trompeuse. Quant a moi, je goule les douceurs du sommeil sous un platane touiïu, et j'aime une fontaine voisine dont le murmure flatte l'oreille sans l'enrayer.

Pan aimait Écho, sa voisine, Écho brûlail pour un Satyre léger ; le Satyre ne respirait que pour Lyda; autant Echo aimait Pan , autant le Satyre aimait Lyda et Lyda le Satyre. C'est ainsi que le capricieux Amour les consumait de ses feux. Autant ils haïssaient l'objet qui les aimait, autant , par une une juste vengeance, ils étaient odieux à celui qu'ils adoraient. Tels sont les enscignemens que je donne aux cœurs insensibles : aimez qui vous aime , afin que si vous aimez jamais , l'on vous paie de retour.

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