TRADUITES PAR ALUTH , DE L'ACADÉMIE DE MONTPELLIER
VIE DE COLUTHUS.
Colulhus est né, selon Suidas, à Lycopolis dans la Théliaïde d'Egypte. Il vivait sous l'empereur Alhanase vers la fin du cinquième siècle. 11 avait compose plusieurs poèmes : l'un, inlitulé les Calydoniaques , un autre nomme les Perxiques , el enlin des Éloges en vers el dont l'authenticité est fort contestable. On lui attribua aussi le petit poème qui a pour titre \' Entêtement d'Hélène. Cette œuvre a été soumise aux vicissitudes générales de la littérature. Il disparut complètement ; il ne restait plus que son nom rappelé et insent dans tous les compendium des belles-lettres. Il fut retrouvé à Otranle par le cardinal Itessarion.
Il fut imprimé pour la première fois chez les Aides à la suite de Quinlus Calaber, in-8°, à Venise, sans date, mais probablement vers 1606.
Henri Eslienne l'a compris dans son édition des Poêles héroïques grecs, in-folio 1602. Enfin il a paru à Genève dans le Corp. pat. grac. 2. vol. infol. 1614.
Il a été traduit deux fois en français une première fois par Du Molard, avec des remarques historiques et mythologiques, en 1 742 ; une seconde fois par Seipion Aluth dans une collection de diflerens fragmens littéraires , un volume in-8° intitulé Nouveaux mélanges de poésies grecques. C'est la traduc tion que nous avons adoptée en la revoyant , corrigeant le sens quelquefois et souvent la rédaction.
Colulhus a été en outre traduit en italien par Théodore Villa, Milan , 1752. Pour rendre celte édition plus curieuse , Villa a ajouté des noies sur le texte original tirées d'un manuscrit de la bibliothèque ambroisienne et des discours dlsocrate et de Gorgias au sujet d'Hélène. La meilleure édition de ce petit |>oôme est sans contredit celle de Lcnnep, Leuwarden, 1747. C'est celle que nous avons suivie.
Une édition de Colulhus, également remarquable, a élé publiée par M. Harles à la suite du Plulus d'Aristophane, Nuremberg, 1776, in-8. Dans quatre délibérations académiques sur Colulhus , il prouva en outre que les défauts l'emportent sur les beautés, que ce poème est d'un ordre. inférieur, et, selon ses propres expressions, que l'auteur n'est qu'un ineple imitateur d'Homère.
Ce jugemenl sévère porte l'empreinte d'une grande prévention : sans doute Colulhus reproduit bien souvent les formes homériques avec une servilité peu heureuse ; il n'écrit pas d'inspiration ; il appartient à celle époque de la littérature où l'on faisail un poème comme une composition de rhéteur, mais il est curieux à étudier par cela même qu'il fait connaître son siècle. Pour nous c'est une élude de phrases el d'idées qui reproduiseut exactement les préjugés et la décadence du cinquième siècle.
Ernest FALCONNET.
L'ENLÈVEMENT D'HÉLÈNE
Nymphes de la Troade , filles du Xanthe , vous qui, renonçant au soin de tresser vos cheveux et aux amusemens délicieux de votre Oeuve natal , montez quelquefois sur te sommet de rida pour y danser en chœur; accourez à mon aide -, quittez les eaux retentissantes au milieu desquelles vous habitez et venez m'apprendre quelles furent les pensées d'un berger destiné à juger les dieux. Pourquoi le vit-on descendre de ses montagnes et franchir un élément qui lui était inconnu ? Pourquoi , conduit par un destin fatal , alla-t-il s'embarquer, s'il ne devait aboutir qu'à bouleverser la mer et la terre ? Quelle fut la cause subite d'un différent dans lequel on vit des bergers prononcer entre les immortels? Quel jugement termina celte dispute divine ? Comment le nom d'une jeune beauté d'Argos put-il voler jusqu'à Troie ? Racontez-moi toutes ces choses , filles immortelles ; vous qui , du haut des rochers de l'Ida à double colline, avez vu le beau Pâris reposant dans des lieux solitaires , et la déesse Vénus , celte reine des Grâces , «'applaudissant de sa beauté.
Le divin enfant qui verse le nectar au maître du tonnerre , s'était déjà rendu sur les sommets élevés des montagnes de Thcssalte , retentissant des chants d'hyménée en l'honneur du lils d'Éaque ; tous les dieux y accouraient , voulant illustrer par leur présence les noces célèbres de la sœur d'Amphilrite. Jupiter avait abandonné l'Olympe, et Neptune le fond des eaux ; Apollon était arrivé , précédant la troupe harmonieuse des Muses, empressées en ce jour à descendre de l'Hélicon. L'épouse et la sœur de Jupiter marchait après lui -, la fille de l'Harmonie , la déesse qui naquit de l'écume azurée des mers, ne larda pas à se rendre dans la retraite du Cenlaure Chiron ; la Persuasion y vint aussi , armée de quelques traits dont elle avait allégé le carquois du petit dieu qui porte un arc *, elle apportait la couronne nuptiale qu'elle avait préparée elle-même. Minerve , ayant déposé le casque dont le poids énorme surcharge sa téte, suivait les autres dieux à cette noce, quoique assez ignorante du myslère de cette céré-
monie. La fille de Lalone, la sœur d'Apollon , Diane elle-même, tuute sauvage qu'elle est, n'avait pas dédaigné d'assister à la fête. Le dieu Mars s'y rendit aussi. Tel on l'avait vu jadis chez Vulcain , sans casque et sans lance , tel il parut aux noces de Pélée •, il n'avait point endossé ce jour-là sa cuirasse , il ne portail pas le fer homicide; on le vit même sourire en dansant. La Discorde s'y montra sans que le Cenlaure Chiron ou Pélée daignassent lui faire le moindre accueil. Enfin Bacchus, secouant dans l'assemblée ses tresses dorées, éparpillait çà et là des raisins qui s'en détachaient et faisait ainsi flotter sa chevelure au gré du zéphir. Telle on voit une génisse piquée par le taon, cet insecte ennemi de son espèce, quitter des pacages qui lui fournissaient une nourriture abondante , pour courir au fond des forêts : telle la Discorde, devenue furieuse par l'excès de sa jalousie , porlail çà et là ses pas inquiets, cherchant un moyen de troubler le festin des dieux. Quelquefois , se relevant sur la pierre qui lui servait de siège , elle se tenait debout ; mais bientôt elle «'asseyait de nouveau. Souvent elle portait ses mains à terre , sans y rencontrer une seule pierre qui pût servir d'instrument à sa rage. Elle aurait voulu disposer à son gré du feu céleste qui roule avec tanl de fracas lorsqu'il est enflammé, ou réveiller les Titans au fond de leurs cavernes souterraines , pour ébranler la demeure du maître des dieux. Malgré la passion qui l'aveuglait, elle laissa à Vulcain l'honneur de manier le feu divin pour y forger les armes de Jupiter. Elle eut bientôt une autre pensée, ce fut de faire retentir les airs du choc épouvantable de boucliers qui se heurteraient ensemble; elle espérait que les dieux , (roubles par cel horrible fracas , se lèveraient tous en sursaut; mais elle craignit l'ardeur guerrière du dieu qui porte sans cesse un bouclier; aussi imagina-l-clle une autre ruse. Elle se souvint du jardin des Ilespérides où croissent des pommes d'or ; elle espéra avoir trouvé la plus belle source de dissensions ; elle se flatta d'exciter par là une guerre mémorable. Ayant donc été chercher une de ce» pom-
L'ENLÈVEMENT D'HELENE
me» , elle lu jeta au milieu du festin , et répandit ainsi le trouble entre les déesses. Junon , Hère de l'honneur qu'elle a départager le lit du souverain des dieux, et frappée d'élonnement à la vue de cet objet fatal , >e leva pour s'en saisir. Vénus , comme la plus belle des immortelles , voulut à son tour avoir la pomme qu'elle regardait comme le gage des Amours. Jupiter, voyant la querelle survenue entre les déesses , appela son fila Mercure et lui parla ainsi : « Tu connais sans doute le fils de Priam , le beau Pâris qui paît les troupeaux sur les montagnes situées dans les environs de Troie , au pied desquelles le Xanthe roule ses (lois. Va lui porter celle pomme ; ordonne-lui de ma part de décider quelle esl celle des déesses qui l'emporte sur les autres par la beauté régulière de ses traits , ou pour la mauiére dont les paupières se joignent entre elles, ou par le contour du visage. Que celle pomme soit le prix de la beauté pour celle qui aura élé jugée la plus belle. » Tels sont les ordres que le fils de Saturne donna à Mercure. Celui-ci, soumis aux volontés de son père , s'achemina vers le lieu où il lui était prescrit d'aller, servant de guide aux déesses et remarquant bien si elles le suivaient. Chacune prétendait avoir plus de charmes que ses rivales. C) pris , toujours habile dans l'art de séduire , déployant alors son voile et dénouant l'agrafe embaumée qui retenait sa chevelure, sema l'or parmi ses boucles et dans ses cheveux. Ensuite, regardant tendrement les Amours , elle leur parla ainsi : « Le moment décisif s'approche , mes enfans ; rassemblezvous autour de votre mère. C'est aujourd'hui qu'on doit juger si je possède quelque beauté. J'ignore à qui le berger adjugera la pomme , et cette incertilude me donne des craintes. Junon est, dit-on, la mère des Grâces; elle dispose à son gré des sceptres et distribue les empires. Pallas préside aux combats. Moi seule enlre les déesses , je n'ai aucune puissance. Ni l'autorité royale , ni la lance , ni les javelots , ne sont de mon partage. Mais pourquoi concevrais-je de vaines alarmes? Au lieu de pique, n'ai-je pas une arme bien puissante dans celte ceinture qui me sert à enchaîner les Amours , charmés des liens que je leur impose? Ne suis-je pas armée d'un aiguillon bien piquant cl d'un arc dont les traits sont assurés? Combien de morlelles souffrent des ardeurs que leur inspirent celte ceinture fa laie, sans pouvoir trouver la mort qu'el-
les implorent ! » Ainsi parla Vénus aux doigts de rose. Les Amours , dociles à la voix de leur mère, s'empressèrent d'accourir à son secours.
Déjà le messager de Jupiter parcourait le sommet du mont Ida , tandis que le jeune Pâris paissait les troupeaux de son père vers l'embouchure du fleuve Anaure, faisant le compte de ses taureaux et de ses brebis. Une peau de chèvre sauvage lui pendait derrière le dos jusqu'au genou ; il portait une houletle , dont il se servait pour conduire ses taureaux. Tel Pâris marchait au-devant de son troupeau , réglant ses pas sur la mesure des airs dont il faisait retentir son chalumeau. Son chant, quoique rustique, n'en était pas moins mélodieux. Souvent, assis dans des lieux solitaires, il abandonnait son âme à la mélodie au point d'oublier ses taureaux et ses brebis. La, suivant l'usage des bergers, il entonnait sur ses pipeaux champêtres un hymne à Pan et à Mercure , ses dieux chéris. Ses chiens , touchés de ses accens, cessaient alors d'aboyer; ses taureaux suspendaient leurs mugissemens : Echo seule, cette divinité aérienne qui n'a jamais proféré d'elle-même aucun son, répétait tous ceux dont il faisait retentir le mont Ida. Les génisses ayant satisfait leur faim, reposaient sur l'herbe, et elles étaient pesamment accroupies; elles récoulaient dans un muet contentement. Il était arrêté sur une hauteur et assis à l'ombre de quelques arbrisseaux lorsqu'il aperçut de loin le messager des dieux. 11 ressentit un tel effet en le voyant qu'il se leva â l'instant pour se soustraire aux regards de tant de divinités qu'il redoutait déjà. Quoiqu'il ne fût pas encore las do chanter, il interrompit la chanson commencée, et il s'éloigna , laissant sur l'herbe les roseaux dont il venait de tirer des sons si mélodieux. Le divin fils de Maïa cherchant â le rassurer lui parla ainsi : « Bannis la crainte et laisse là les brebis. Viens juger des divinités qui ont quitté le ciel pour comparaître devant toi. Vois quelle est celle dont la beauté te paraît préférable et donne-lui celle pomme ; ce sera pour elle un prix bien doux. » A peine avait-il achevé que Pâris , promenant ses regards timides sur les immortelles , s'était mis en devoir déjuger quelle était la plus belle. Il comparait l'éclat dont brillaient leurs yeux , les formes du cou , l'or qui relevait la parure de chacune, l'élégance du pied, rien ne lui échappait. Minerve s'approchant de lui avant
colltius.
qu'il eùl pu prononcer , et le saisissant par la main, tandis quïl souriait a la vue de tant de charmes, lui parla ainsi : « Approche, fils de Priam : ni l'épouse de Jupiter, ni la reine des Amours , ne méritent d'arrêter les regards; que la déesse de la valeur, que Pallas seule obtienne de loi des éloges. C'est a loi , dit-on , qu'esl commis le soin de gouverner et de défendre les murs de Troie , apprends que je peux mellre en loi la délivrance de Ion peuple et te sauver des fureurs de Bellonc. Décide en ma faveur et je l'instruirai dans l'art de la guerre, je l'égalerai aux plus vaillans guerriers. »
Comme Minerve disait ces mots, Junonprit la parole, el «'adressant à Paris : « Si tu m'adjuges, dit-elle, le prix de la beauté, je le promets de te faire régner sur l'Asie entière. Laisse les soins belliqueux. Qu'importe la guerre au souverain dont la puissance n'est pas conleslée ? Les rois commandent également aux plus vaillans et aux plus lâches d'entre les mortels. Ce ne sont pas toujours les favoris de Minerve qui sont assis au plus haut rang. Ceux qui suivent Hcllone avec le plus d'ardeur périssent les premiers ! » Ainsi la reine des immortelles cherchait à séduire son juge en lui promettant le pouvoir suprême.
A énus parla â son tour, el pour paraître avec plus d'avantage, elle commença par délier les agrafes qui attachaient sa tunique. Dés qu'elle fut en liberté, elle se redressa, sans rougir de ce qu'elle allait faire; cl puis dénouant sa ceinture où résident les tendres Amours, elle présenta sa gorge nue , en étala complaisammenl toutes les beautés; puis, «'adressant au berger avec un sourire de volupté : « Jouis, dit-elle, jouis de tous les charmes que j'offre à ta vue. Ne méritent-ils pas bien la préférence sur les travaux guerriers? et leur possession ne vaut-elle pas mieux que celle de tous les sceptres cl de tous les royaumes de l'Asie? Les fatigues des combats me sont étrangères. El qu'aije a faire de boucliers? Les femmes se distinguent surtout par l'éclat de leur beauté. Je ne donne pas la valeur ; mais je peux te donner une compagne charmante. Ce n'est pas sur un trAnc que je te ferai monter, mais je le ferai monter au lil d'Hélène. Tu ne quitteras Troie que pour aller former à Sparte les nœuds les plus fortunés. »
A peine la déesse avait-elle achevé , que Pa-
ris lui adjugea le prix de la beauté : elle reçut de ses mains la pomme qu'elle avait tant souhaitée , source fatale de divisions et de combats. Elle n'eut pas pluslôt en sa possession ce gage précieux, qu'élevant la voix, el «'adressant d'un air moqueur aux autres déesses : » Céderez-vous enfin , leur dit-elle, la victoire à votre rivale? Je me suis toujours piquée de beauté; el son éclal que j'ai tanl chéri me suit partout. C'est à toi, Junon, que le* Grâces doivent le jour : la naissance de ces filles charmantes le causa, dil-on, des douleurs horribles. Malgré cela elles l'ont désavouée aujourd'hui même; il n'y en a pas une seule qui ail daigné le secourir. Auguste reine qui présides au choc des boucliers, quoique lu sois la mère du dieu qui forge les armes, Mars qui sait les employer avec autant de succès que de fureur, n'est point accouru â ton aide. De quoi l'ont servi les flammes que ton fils allume à son gré? Et toi, déesse infatigable dans les combats, qui peut l'inspirer cette fierté qui se peint dans tes regards? Tu n'es point le fruit d'un tendre hymen ; ce n'est pas au sein d'une mère que tu as été conçue : tu dois le jour au fer qui t'ouvrit un passage à travers le cerveau de Jupiter. Pourquoi , endossant une armure d'airain, fuis-tu le lendrc Amour? Si lu préfères les exercices de Mars, c'est que tu ignores les douceurs d'un lien adoré et que tu n'as jamais senti le charme qu'on goûte en aimant. N'avoueras-tu pas que celles d'entre nous qui font vanité de je ne sais quels travaux guerriers dont elles retirent si peu de gloire , qui renoncent aux Grâces de leur sexe, «ans avoir les qualités qui distinguent les hommes , sonl des êtres bien inutiles el bien éloignés du degré de valeur auquel elles prétendent? >» C'est ainsi que Cypris insultait â Pallas. Le prix delà beauté, qui venait de lui être accordé en dépit de Junon et de Minerve, était une source de malheurs qui présageait la mine des cités. L'infortuné Pâris, transporté d'amour pour un objel qu'il ne connaissait pas encore, et songeant déjà aux moyens de le posséder, manda aussitôt d'habiles ouvriers. Il le« conduisit dans le fond des forêls : là il leur donna ordre d'abattre les plus beaux troncs. Os travaux , qui devaient avoir une «i funeste issue , furent dirigés par les avis de Phéréclus qui, pour servir la passion insensée du fil» de Priam. lui lit construire des vaisseaux. Déjà ce malheureux prince avait quitté les sommets du
L'ENLEVEMENT D'HÉLÈNE
mont Ida pour un élément perfide. Il voguait sur ta vaste étendue des mers , après avoir of- ! fert sur le rivage plus d'un sacrifice à la déesse j qui y reçut la vie. Bientôt les signes les plus fâcheux lui apparurent. Les flots irrités s'élancèrent en grondant jusqu'aux cieux, et s'étendirent jusque vers le pôle où sont les deux Ourses, comme un grand voile d'obscurité. L'air se confondit avec ces masses d'eau qui retombaient en une pluie affreuse : enfin le mouvement des rames causait un fracas horrible à la surface de la mer. Paris, s'élant éloigné des bords où régna Dardanus, cinglait au delà de l'embouchure du fleuve Ismare; à peine avait-il doublé le promontoire de Pangée, qui s'avance dans la mer de Thrace, qu'il découvrit la tombe de la trop sensible Phyllis : il reconnut l'enceinte qu'elle parcourut neuf fois, pleurant l'absence de son époux , supportant avec impatience son retard, et demandant aux dieux quand est-ce qu'ils le ramèneraient sain et sauf dans ses bras. Après avoir côtoyé les champs fertiles de Thrace , il aperçut les cités de l'Achaîe, Phthie, dont les environs produisent abondamment tout ce qui est nécessaire à la vie, et la superbe Mycène. Il n'eut pas plutôt dépassé les prairies de l'Érymanle, que Sparte se montra à ses regards. En la voyant assise sur les bords de l'Eurotas , il ne put méconnaître celte ville si célèbre par la beauté de ses femmes , et le séjour chéri d'un des enfans d'Alrée. Il vil tout près de là la charmante cité de Thérapnée, située sur un coteau planté d'arbres qui jettent a Tentour un ombrage délicieux. Sa navigation touchait a son terme ; et déjà , malgré le calme , on n'entendait plus le bruit des > rames, \<es matelots chargés de la manœuvre , jetaient les cordages à terre pour y amarrer le vaisseau. Paris, après s'être lavé dans les eaux limpides de l'Eurotas, s'avançait doucement vers les murs de Lacédémone : il avait soin de ne pas soulever la poussière en marchant, de crainte de salir ses pieds ; il craignait qu'une démarche précipitée ne laissât trop à la merci des vents les boucles qui s'échappaient de dessous son casque. D'abord il considéra les superbes édifices élevés par un peuple ami de l'hospitalité : ensuite, admirant les temples consacrés aux dieux, il jugeait par la magnificence de ces bàlimens de la !>eauté du pays. ; H s'arrêta quelque temps devant une statue d'or j représentant Minerve, déesse tutélaire de la
contrée \ puis il tourna [ses regards vers une autre statue du jeune Hyacinthe. Jadis les Amycléens, qui le voyaient jouer avec Apollon, avaient craint que Latone , se reprochant l'amour qu'elle avait eu pour Jupiter, n'enlevât cet enfant. Le dieu du jour avait ignoré que Zéphire fût épris du même feu dont il brûlait pour Hyacinthe, et pour le consoler de la douleur qu'il eut de perdre ce beau jeune homme , la terre produisit sur-le-champ une fleur qui porta le nom de cet enfant chéri.
Déjà Paris , confiant dans le succès de ses charmes , avait atteint le seuil du palais d'Atride. Non , jamais le fils de Jupiter et de Sémélé n'eut tant d'attraits. Quoique le maître des dieux fait donné le jour, pardonne, ô Bacchus ! l'injure que je viens de le faire , mais rien ne peul se comparer à l'éclat de la beauté de Paris. Hélène, empressée de recevoir un tel hôte, courut à la porte de son appartement et passa dans le vestibule. Après qu'elle se fut arrêtée un moment sur la porte pour considérer cet étranger, elle l'attira dans l'intérieur du palais, où elle lui ordonna de s'asseoir. Elle ne se lassait point de le regarder. D'abord elle le prit pour le fils de Cylhérée , pour cet enfant aux tresses dorées qui veille au bonheur des amans ; mais elle reconnut enfin que ce n'était pas l'Amour, puisqu'il n'était point armé du carquois où sont renfermées les flèches de ce dieu. Plus d'une fois , séduite par les grâces enchanteresses de son nouvel hôte , elle crut avoir devant les yeux le dieu des vendanges. Interdite à la vue de lanl de charmes , elle s'écria : « Jeune étranger, apprends-moi qui lu es. Les parens à qui lu dois le jour sont sans doulc aussi aimables que toi; fais-moi connaître qui ils sont , et quels lieux t'ont vu naître. Je ne vois point de famille dans la Grèce à qui je puisse rapporter ton origine. Tu ne commandes certainement pas à Pylos, jadis fondée par Néléc. Je connais Antiloque , et les Irails me sont absolument étrangers. La riante Phthie, ce berceau de tant de héros, ne t'est point soumise ; il n'est aucun des Éacides qui me soit inconnu ; j'ai vu par moi-même tout ce que la renommée a publié de ces grands hommes. Je sais quelle est la beauté de Pélée, la gloire de Télamon, la bonté de Palrocle, et la valeur d'Achille. »
Cest ainsi qu'Hélène, enlratnée par le désir, parlait à son nouvel amant. Celui-ci, pre-