ARGONAUTES
parvenu au comble de toutes les félicités. »
Tandis qu'ils s'entretenaient ainsi , l'Aurore parut *. Les habitans du voisinage qui avaient coutume de rendre tous les jours visite A Phinée et de lui apporter une partie de leurs provisions, s'assemblèrent alors en foule autour de lui ; il les écoulait tous avec bonté , et répondait à leurs questions sans négliger les plus indigens. Ses prédiclions en avaient retiré du malheur un grand nombre, el les soins qu'ils lui rendaient étaient l'effet de leur reconnaissance. L'un d'eux, nommé Parébius , lui était plus cher que les autres; depuis longtemps il lui avait annoncé que les plus vaillans héros de la Grèce, faisant voile vers la ville d'Éétès , aborderaient dans le pays des Thyniens,,et chasseraient les Harpies ; Parébius fut charmé de voir ces héros, et Phinée ayant congédié les autres babilans qu'il avait satisfaits par ses sages réponses, le retint avec eux. Peu après , il le pria d'aller chercher le plus beau de ses béliers, el lorsqu'il fut parti, il adressa ce discours à ses hôtes : « Mes amis, tous les mes ne sont point encore injustes el Celui que vous venez de voir vinl autrefois consulter. 11 travaillait sans relâche , et sa pauvreté augmentait sans cesse. Ln jour malheureux était suivi d'un autre plus malheureux encore. Cependant il était innocent , mais le sort qui l'afiligeait était la punition d'un crime que son père avait commis. Celui-ci , coupant un jour des arbres sur une montagne, une nymphe Hamadryadc, faisant entendre une voix lugubre, le conjura en pleurant d'épargner un chêne avec lequel elle était née et où elle avait toujours fait sa demeure. Insensible a ses prières, et emporté par l'ardeur d'une jeunesse imprudente , il abattit l'arbre qu'il aurait dû respecter. La nymphe irritée rendit inutiles et ses travaux et ceux de ses enfans. Parébius étant donc venu me trouver, je reconnus aussitôt le crime qui causait son malheur. Je lui ordonnai d'élever un autel à la nymphe de Thynie et de lui offrir un sacrifice afin d'apaiser son courroux , et de détourner de lui la vengeance qu'avait méritée son père. Ses prières furent exaucées, il vil la fin de son infortune. Depuis ce temps, il n'a jamais oublié ce qu'il me doit , il est sans cesse à
Me vice !
: auron quadr'pU, de.
VirgU., £o. VI, l».