L'EXPÉDITION DES
gards, glacèrent entièrement leurs cœur» d'effroi. Au même ioslant une montagne d'eau s'éleva devant eux : ils baissèrent la tête et se crurent engloutis. Tiphys, par une adroite manœuvre, évita le péril ; mais les vague», retombant avec violence dans la mer. soulevèrent le vaisseau et le reportèrent bien loin en arriére. Euphému8 courant ça et là exhorte ses compagnons 1 qui redoublent en criant leurs efforts ; mais le flot qui les entraîne les repousse deux fois plus que la vigueur de leurs bras ne les ferait avancer sans cet obstacle. Les rames ne peuvent résister à tant de violence et se courbent comme des arcs. Cependant un nouveau Ilot s'élève derrière eux, et le navire, glissant sur le dos de la montagne humide, est |>récipilé pour la seconde fois au milieu des rochers où, pour comble d'horreur, un tourbillon le relient et semble l'enchaîner. Déjà ces masses énormes s'agitent des deux cotés avec un bruit horrible; mais Minerve, appuyant contre une d'elles sa main gauche, pousse en même temps le vaisseau de la droite *. Aussi rapide qu'une flèche, il vole à travers les rochers qui brisèrent en se heurtant les extrémités de la poupe. l,a déesse le voyant hors de danger remonte vers l'Olympe, et les rochers devenus immobiles restèrent pour toujours voisins l'un de l'autre. Tel était l'ordre du Destin qui devait s'exécuter aussitôt qu'un mortel assez hardi pour soutenir leur aspect les aurait heureusement traversés.
Cependant les Argonautes, comme s'ils fussent échappés du royaume de Plulon , promenaient autour d eux leurs regards et contemplaient alors sans frayeur la vaste étendue de la mer : « Nous sommes sauvés, s'écria Tiphys, et Minerve seule en est la cause; c'est elle qui a donné au vaisseau une force divine qui le rend supérieur aux dangers. Fils d'Éson, ne redoute plus, après un si grand bonheur, d'exécuter les ordres de Pélias. Phinée nous l'a prédit : le succès de nos travaux est main-
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Virgil. V, 341.
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