A POLI
fers pour briser les chaînes du téméraire lxion, je le protégerais de tout mon pouvoir, plutôt que de souffrir que le superbe Pélias , insultant à la mort de mon héros , se réjouisse d'avoir évité la juste punition de l'injure qu'il me fait en dédaignant de m'appeler à ses sacrifices. Ce motif n'est pas le seul qui m'anime , et Jason m'est cher depuis longtemps1. Je voulais éprouver un jour s'il était quelque humanité sur la terre , et j'avais pris la forme d'une vieille femme. Jason revenant de la chasse , me rencontra sur les bords de l'Anaurus. Les montagnes étaient alors couvertes de neige, et les torrens se précipitaient avec bruit dans les campagnes. Le héros, voyant mon embarras , fut louché de compassion, me prit sur ses épaules cl me fit ainsi traverser le fleuve. Par celte action il a mérité pour toujours ma bienveillance . el si vous ne favorisez son retour, Pélias ne sera point puni de l'injure qu'il m'a faite.
Vénus étonnée de ce langage, Tut louchéc de voir Junon implorer son assistance : « Auguste reine, répondit-elle, négliger de satisfaire nos désirs , sérail un opprobre pour moi. S'agit-il de parler ? Faut-il quelque chose de plus ? disposez de moi , disposez de mes faibles mains , je ne veux même aucune reconnaissance.
— Notre dessein, reprit alors Junon, n'est pas d'employer la force , et nous n'avons aucun besoin du secours de vos mains. Demeurez tranquille et commandez seulement à votre fils d'inspirer a la fille d'Éétés de l'amour pour Jason. D'intelligence avec ce héros , elle saura par ses artifices le rendre mattre de la Toison et le ramener à lolcos. » Vénus répondit : « Illustres déesses, mon fils vous obéira beaucoup mieux qu'à moi. Quelle que soit sa hardiesse , votre présence lui imprimera du respect. Pour moi , il me méprise et se montre sans cesse rebelle à mes volontés. Hier même, ne pouvant supporter sa méchanceté , je voulais briser son arc et ses flèches. Il devint furieux el s'emporta jusqu'à me dire que si je ne retenais mes mains , il ne mettrait plus de bornes à son courroux et me ferait repentir de mon action, m tas deux déesses entendant ce discours, se regardaient en souriant :«On rit
Xeque onim novus irte Diana-
Vcnil amor.
Virqil.. F.n. XI, i37.
OMLS.
de mes chagrins, continua Vénus d'un air affligé, je le sais trop, el je me garderai bien d'en parler davantage. Je vais lâcher de gagner l'Amour, j'emploierai les caresses, el je crois qu'il se laissera persuader. »> Junon prenant alors la main de la déesse, lui dit avec un gracieux sourire : » Reine de Cylhére, exécutez promptemenl votre promesse. Oubliez tout ressentiment contre votre fils, et ne vous mettez plus en colère contre lui. C'esl un enfant, il se corrigera. »» En achevant ces mots , Junon se leva, Minerve la suivit cf elles s'en retournèrent ensemble. Vénus , de son côlé , se mit à parcourir les lieux les plus secrets de l'Olympe pour y chercher son fils. Elle le trouva sous un bosquet fleuri, seul avec Ganymède, dont la beaulé charma autrefois le mattre des dieux, qui le mil au rang des immortels. Ils jouaient ensemble comme des enfans du même âge avec des osselets d'or. Le folâtre Amour était debout, ayant la main gauche remplie d'osselcls el serrée contre son sein. Son teint brillait des plus vives couleurs , et la joie éclatait dans ses jeux. Son camarade au contraire, assis sur ses talons, l'air triste et honteux , jouait au hasard deux osselets qui lui restaient , en se fâchant contre Cupidon , qui riail de toutes ses forces. Après avoir tout |>erdu, Ganymède s'en retourna tout confus el les mains vides , sans apercevoir la déesse qui s'avançait : « Méchant, dit-elle à l'amour, en lui caressant le visage, pourquoi te moquer? Tu viens sans doute de tromper Ganymède et d'abuser de sa simplicité. Mais , écoule , j'ai besoin de ton ministère , et si tu veux faire ce que je vais te dire, je te donnerai le plus beau de tous les bijoux qu'ail eu Jupiter à Ion âge, celui que lui fit sa nourrice Adraslic pour l'amuser dans l'antre du mont Ida. Vulcain lui-même ne pourrait le fairo un plus beau présent. C'ost une boule creuse et à jour, formée de cercles d'or, entre lesquels serpente un lierre. Lorsqu'on la jette en l'air, elle trace en tombant un sillon de lumière pareil à celui que laisse après elle une étoile qui tombe du firmament Tel est le bijou que je
■ l'n fav.ml antiquaire, lUocliiel Spanheim (Xotice %ur Callimaque, p. ii\ a rru reconnaître relie boulf: sur une médaille de Trajan frappre en Grêle el heureusement expliquée par Tristan (Commentaire hixlorn/ae , t. Il, p. 253} , qui traduit ainsi, dan* son sljle naïf, le eommrncemenl de ec passage : Je te ferai un don, mais beau par excellence, Qtt'AdrasIée un jour fil à son pelil Jujiin, Dedans lantre d'Ida , en m première enfance.
L'EXPÉDITION DES ARGONAUTES
te promets si lu veux percer d'une de le* flèche» le cœur de la fille d'Eélès el lui inspirer de l'amour pour Jason. » A ce discours, l'Amour, déjà plein d'impatience» jetlc (ous ses osselets /saute à sa mère, el la tenant par sa robe, lui fait les plus vives instances pour obtenir sur-le-champ le bijou. Vénus, le caressant de nouveau , lui dit en souriant : « J'en jure par moi-même et par celte tèle chérie que j'embrasse, ô mon fils! fais ce que je désire, el tu en recevras aussitôt le prix.» L'Amour, ramassant alors ses osselets , les compte avec soin el les donne à garder à sa mère. JJ prend ensuite son carquois, qui était au pied d'un arbre, l'attache à ses épaules , et s'étant saisi de son arc il quitte les jardins fertiles de Jupiter, arrive aux portes de l'Olympe el prend le chemin qui descend de la voûte élhérée sur la terre. Il aperçoit d'abord ces montagnes élevées dont les sommets se perdent dans les nues et d'où le soleil darde ses premiers rayons sur la terre. Puis traversant la vaste étendue des airs , il avait au-dessous de lui des campagnes fertiles , des villes peuplées, des fleuves sacrés, des montagnes, la mer enfin , qui règne autour de la terre.
Cependant les Argonautes, cachés dans les marais du Phase et n'osant sortir du vaisseau, étaient assis sur leurs bancs el tenaient ensemble conseil , écoutant attentivement Jason qui leur parlait ainsi: «Mes amis, c'est à vous à décider ce que nous devons faire. Je vais seulement vous exposer mon avis. Le péril est commun , et chacun de nous doit parler librement. Celui qui cacherait sa pensée par un silence affecté, se rendrait responsable de tous les malheurs qui peuvent nous arriver. Demeurez ici tranquillement sous les armes, tandis qu'accompagné des enfans de Phrixus et de deux de nos guerriers, j'irai trouver Éétés pour le prier de nous céder de bon gré la Toison d'or. S'il ne veut pas y consentir, et que, fier de sa puissance, il nous rejette avec mépris, ainsi maltraités, nous n'aurons plus rien à ménager et tout nous deviendra permis. Nous pourrons alors ou l'attaquer à force ouverte ou recourir à quelque artifice. Mais avant de nous être assurés de ses dispositions, il serait insensé de vouloir lui enlever par la force un bien que nous pouvons obtenir par la persuasion. Combien de fois un discours doux et adroit n'a-l-il pas fait
C'est un globe tournant, elief-d truvre de Vulcain , Le plu» parfait qui fui jamais en ta puissance.
ce que la force aurait vainement tenté? Phrixus, échappé aux embûches d'une marâtre e au couteau que levait sur sa lélc un père sacrilège, obtint un asyle en ces lieux par ses prières -, et quels cœurs assez féroces pour ne pas s'adoucir au nom de Jupiter hospital-er ! »
Tous les héros applaudirent à ce discours. Jason ayant choisi Télamon et Augéc pour l'accompagner avec les enfans de Phrixus , prit en main le caducée de Mercure. Aussitôt ils s'élancèrent hors du vaisseau , el marchant au milieu des joncs el de l'eau, ils gagnèrent le rivage et arrivèrent dans une plaine qui porte le nom do Circé. Elle était couverte de saules et de tamarins, auxquels étaient suspendus par des chaînes des cadavres sans nombre. Telle est lajcoutumo des habitans de la Colchide. Ils regardent comme un crime abominable de brûler les corps des hommes , el il n'est pas permis de les couvrir de terre. On les enferme dans des peaux de bœuf qui n'ont point été préparées ; on les attache à des arbres el on les laisse ainsi suspendus loin de la ville. Cependant la (erre ne perd pas pour cela ses droits , mais les femmes seules sont déposées dans son sein.
Tandis qu'ils s'avançaient vers la ville, Junon, toujours attentive à les servir, voulut les dérober aux regards d'un peuple innombrable et les enveloppa d'un nuage épais qui se dissipa lorsqu'ils furent arrivés au palais d'Eélès'. Ils s'arrêtèrent à l'entrée et contemplèrent avec étonncmenl sa structure, ses larges portes, les colonnes qui l'environnaient el le balcon de pierre, soutenu de pilastres d'airain, qui régnait au haut de l'édifice. Près de la porte, des vignes touffues élevaient leurs rameaux verdoyans à une hauteur considérable et couvraient de leur ombre quatre fontaines creusées de la main même de Vulcain. Le vin et le lait coulaient a grands flots des deux premières -, la troisième fournissait une huile dont l'odeur ressemblait à celle des plus doux parfums ; el la dernièro faisait jaillir une eau merveilleuse qui, toujours chaude au milieu des rigueurs de l'hiver, devenait aussi fraîche que la glace pendant Télé. Telles étaient les merveilles dont l'industrieux Vulcain avait enrichi le palais d'Eélès. Il lui avait encore donné deux taureaux dont les pieds
' Al Venu* obscoro gradienles aere tcpsil. Et mutlo ncbula? cireum Dca Mil amtclu. Centre ne qui* cos. . . .
i trgil., r.n I, 4n.