‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 306 sur 395 · AP0L · texte numérisé non relu

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étaient d'airain et dont la bouche, fabriquée du même métal , vomissait sans cesse des tourbillons de flamme; enfin, une charrue d'une seule pièce , forgée de l'acier le plus dur. Par tant de présens, l'époux de Vénus avait voulu reconnaître envers Éélès le service que lui avait rendu le Soleil son père, en le recevant dans son char lorsque , après avoir combattu contre les géans, il revenait fatigué des champs de Phlégra.

Jason et ceux qui raccompagnaient entrèrent sans obstacle dans une vaste cour , où brillaient de toutes parts des portes magnifiques et des apparlcmen8 somptueux. A droite et à gauche s'étendaient deux portiques èlégans ; des bâlimens plus élevés régnaient sur les deux autres côtés. Éélès occupait le plus grand avec la reine Idie, la plus jeune des filles de l'Océan et de Télhys. Dans le second demeurait Absyrtc, qu'Eélés avait eu avant son mariage, d'Aslérodie nymphe du mont Caucase. La (aille et la beauté du jeune prince, qui surpassait tous ceux de son âge, lui avaient fait donner le surnom de Phaélon'. Chalciopeet Médée, toutes deux filles d'Éélès, occupaient le reste du palais avec un grand nombre d'esclaves. Médée passait ordinairement les jours entiers dans le temple d'Hécate dont elle élait prêtresse ; mais Junon lui avait inspiré la pensée de demeurer ce jourlà dans le palais, et elle sortait de son appartement pour aller dans celui de sa sœur lorsque Jason enlra suivi de ses compagnons. Dès qu'elle les aperçut, elle poussa un grand cri. Chalciopc effrayée, accourut aussitôt avec ses esclaves, qui avaient jeté leurs toiles et leurs fuseaux pour la suivre". Quelle fut sa surprise lorsque parmi ces étrangers elle reconnut ses enfans, qui volèrent à l'instant dans ses bras! Transportée de joie, elle lève les mains au ciel et leur dit ; « Chers gages de la tendresse de Phrixus, vous ne m'abandonnerez donc point pour aller chercher un pays éloigné : le Destin lui-même s'y oppose cl vous ramène entre mes bras. Malheureuse que j'étais ! quelle fatalité vous avait inspiré un si violent désir de voir la Grèce? Avec quelle ardeur vous obéissiez à l'ordre de Phrixus ! Ordre cruel , dernières et funestes paroles par lesquelles voire père a déchiré mon cœur! Qu'importait après tout Orchomène, et pourquoi laisser votre mère en

■ En grec, brillant, tclalanl.

• Eieusii manibii» radil, revolulaque pwiM.

ilrgil., iï.n. IX, H6.

proie à la tristesse pour courir après les biens d'Alhamas?» Eétès et la reine Idie, ayant entendu la voix de Chalciopc , sortirent de leur appartement. Eétès donne ses ordres pour recevoir les étrangers. Ses esclaves s'empressent d'obéir. Les uns apprêtent un taureau pour le festin, d'autres s'arment de coignées à fendre le bois, d'autres font chauffer de l'eau pour les bains.

Cependant l'Amour, traversant les airs sans être aperçu , descendit dans le palais, semblable au taon bourdonnant qui fond sur les génisses et les met en fureur. Il s'arrête d'abord sous le vestibule, bande son arc cl tire de son carquois une flèche redoutable qui n'avait pas encore servi. S'avançanl ensuite légèrement, il jette les yeux de tous côtés, se glisse derrière Jason, pose la flèche sur le milieu de la corde, étend les bras et la décoche à Médée , qui se trouble a l'instant1. L'enfant malin voit l'effet du coup et s'envole en riant. Bientôt le Irait porte au fond du cœur de la princesse un feu dévorant. Elle jette sur Jason des regards enflammés. De fréquens soupirs s'échappent avec peine de son sein. Jason seul occupe sa pensée-, une douce langueur s'empare de ses sens. Ainsi lorsqu'une femme, réduite à vivre du travail de ses mains, se lève longtemps avant le jour cl , pressée d'éclairer son réduit, rassemble autour d'un tison de légers morceaux de bois, souvent le feu s'allumant tout à coup avec violence consume en un instant l'aliment qui l'entourait : ainsi l'amour , caché dans le cœur de Médée , l'embrase en un instant». Tantôt ses joues paraissent tout en feu , tantôt une pâleur mortelle efface l'éclat de son teint.

Les héros n'eurent pas plutôt rafraîchi parle bain leurs membres fatigués qu'on servit le repas. Lorsqu'il fut achevé, Éétès adressa ainsi avec bonté la parole à ses petits-fils : « Enfans do ma fille et d'un père étranger que j'ai reçu dans mon palais et comblé de mes faveurs, comment pouvez-vou8 être déjà de rclour dans celte contrée ? Quel accident a interrompu le cours de voire voyage? Vous ne vouliez pas ajouter foi à mes discours lorsque je vous parlais du chemin immense que vous aviez à parcourir.

* Nenoque obversus equino

Intendit lc!um , dirersaque brnehia ducens.

VinjU., #M. IX, 662.

* Vulnu* a!il >ettis et c*co caff>it<jr igni.

I irait. , ,Kn. IV, 3.

L'EXPÉDITION DES ARGONAUTES

J'avais cependant appris moi-même & le connaître lorsque je traversai la voûte azurée monté sur le char du Soleil mon père , qui transportait dans rilespérie ma so?ur Circé } nous nous arrêtâmes aux rivages des Tyrrhéniens, où ma sœur habite encore, séparée de la Colchide par un immense intervalle'. Mais sans m'arrêler davantage à des discours superflus , faites-nous un récit fidèle de ce qui vous est arrivé ; apprenez-moi qui sont ces étrangers qui vous accompagnent et en quels lieux vous avez laissé le vaisseau que je vous avais donné. »

Argus, l'aîné de ses frères, prit aussitôt la parole et , craignant pour les Argonautes , lâcha de leur concilier ainsi la faveur d'Éétès : « Grand roi, la tempête a brisé le vaisseau que vous nous aviez donné. Dans ce naufrage , une planche nous a servi de refuge , et les flots nous ont jeté sur le rivage de nie de Mars , au milieu des horreurs d'une nuit ténébreuse. Un dieu sans doute veillait à notre salut, l^es oiseaux redoutables qui infestaient auparavant cette fie déserte venaient d'en être chassés par ces guerriers, qui étaient abordés la veille et avaient été retenus, ou par quelque heureux destin , ou par Jupiter lui-même , qui voulait soulager nos maux par leur rencontre. En effet ils nous donnèrent généreusement des habits et nous firent prendre de la nourriture aussitôt qu'ils nous eurent entendus prononcer le nom de Prixus et le vôtre. Car c'est vers cette ville soumise à votre empire qu'ils dirigeaient leur course , cl le dessein qui les amène est tel que je vais vous l'exposer. Ce héros , que sa force et sa valeur élèvent au-dessus de tous les descendans d'Éolus , obéit aux ordres d'un roi jaloux qui, pour l'éloigner de sa patrie et de ses biens , l'envoie dans ces lieux , sous le spécieux prétexte que la postérité d'Eolus ne pourra se soustraire 6 la colère implacable de Jupiter, ni expier l'attentat commis contre Phrixus, à moins que la Toison d'or ne soit rapportée dans la Grèce. Pallas elle-même a construit à ce héros un vaisseau qui ne ressemble point è ceux qu'on voit en Colchide, dont le plus fragile sans doute était celui que

' Il y avait en Italie dans le Latium , sur le bord de la mer Tjrrhcniennc, ou de Toscane, une petite ville nommée Circeii, où l'on disait que Circé avait (ail sa demeure. Un promontoire qui en était voUio , porte encore le nom de monte CirceUo. C'est aussi dans cet endroit qui forme une espèce de presqu'île, qu'on place communément l'Ile d'*:a, où Clvsse aborda chej Circé. Homère, Od.. liv. X.

nous montions, puisque les vents et les flots l'ont si promptement mis en pièces. Le sien au contraire est en état de résister aux plus furieuses tempêtes, et sa course est toujours aussi rapide , soit qu'un souffle propice enfle sa voile, ou que les guerriers qu'il porte déploient , en ramant eux-mêmes, la vigueur de leurs bras. Ces guerriers sont l'élite des héros de la Grèce. Celui qui les a rassemblés, après avoir erré longtemps avec eux et parcouru les terres et les mers ', arrive enfin dans la ville d'jEa pour vous exposer humblement sa demande. Vos volontés décideront de son destin. Il ne vient point dans le dessein d'employer la force : son seul désir serait de vous témoigner sa reconnaissance par un exploit éclatant. Instruit par moi que les Sauromales sont vos ennemis , il veut les subjuger et les soumettre à votre empire. Sa naissance , celle de ses compagnons, excitent peut-être votre curiosité; je vais la satisfaire. Jason est le nom de celui sous qui , de toutes les parties de la Grèce , sont venus se ranger tant de héros. 11 est fils d'Eson et petit-fils de Créthée. Cette origine l'unit à nous par les Uens du sang puisque Atbamas, notre aïeul, était, ainsi que Créthée, fils d'Éolus. Vous voyez dans Augée un des enfans du Soleil. Celui-ci, dont le nom est Télamon, est fils de l'illustre Eacus, qui doit la naissance â Jupiter. Tous les autres sont également issus du sang des immortels. »

Ce discours, au lieu de toucher le cœur d'Eélès , fit nuMre dans son esprit des soupçons qui allumèrent aussitôt sa colère et contre les Argonautes et contre les enfans de Phrixus , qu'il crut ne revenir sur leurs pas que pour seconder les projets ambitieux de ces étrangers : « Infâmes, s'écria-t-il d'une voix terrible, les yeux étineelans de colère et respirant à peine par l'excès de sa rage, comment ne fuyez-vous pas â l'instant loin de mes yeux ? Comment ne sortez-vous pas de mes états, avant que je vous fasse remporter en Grèce le prix que méritent vos fourberies? Vous parlez de Phrixus et de la Toison d'or. Ce n'est point pour conquérir une Toison , c'est pour m'enlever le sceptre et la royauté que vous êtes venus ici. Si déjà vous ne vous étiez assis à ma table , je vous ferais couper la langue et les mains et je vous enverrais ainsi mutilés pour

' .... Mukumille et terris jaclatus, et alto.

Virait. , X.Ù. 1, 7.

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