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mains victorieuses les animaux sauvages et qu'il se plaise a m'entendre chanter leur trépas.
Parmi ces animaux les uns sont doues d'un instinct fécond en ruses , mais ils n'ont pas la force du corps en partage -, d'autres, au contraire , sont robustes el courageux , mais leur intelligence est bornée. lien est aussi qui, privés tout à la fois de vigueur et de courage, n'ont de ressource que dans la promptitude de leurs pieds -, d'autres enfin ont tout reçu des dieux, instinct, courage el vitesse (2). Chacun d'eux connaît les avantages qu'il lient de la nature el ce qui le rend faible ou redoutable. Le cerf ne met point sa confiance en ses cornes, celles du taureau le rendent audacieux : la force de l'oryx ne réside pas dans sa gueule , el c'est par là que le lion est terrible; le rhinocéros se fie peu à la légèreté de ses pieds, el c'est dans la rapidité des siens que le lièvre trouve son snlut. ta panthère sait quel poison funeste recèlent ses ongles acérés. La brebis sauvage n'ignore pas l'impénétrable dureté de son front de marbre, el le sanglier connall la force extrême de ses défenses.
(3) Je célébrerai séparément le» pièges que les chasseurs intrépides vont seuls dresser sur les rochers , les précautions qu'ils prennent et les chasses particulières que l'on fait de chaque animal; mais je réunirai dans mes chants celles qui se font en commun. C'est ainsi que l'on tend les toiles el les rets , que l'on poursuit à l'aide des coursiers el des chiens agiles les bêles qui fuient avec vitesse. Quelquefois aussi on les chasse avec les seuls coursiers sans le secours des chiens -, ces coursiers , nourris en Libye ou dans la Mauritanie, (4) ne sont point retenus par le frein que gouverne une main vigoureuse ; un faible osier les fait obéir el les guide au gré du cavalier ; ceux qui les montent pleins de confiance en leur vitesse laissenl loin d'eux les chiens , el sans aucun secours chassent exposés à l'ardeur du soleil. On se réunit encore pour attaquer à coups de javelots el de flèches les animaux belliqueux qui combattent les hommes.
De l'art de tendre les toiles dépend tout le Miccès de la chasse (5) : il faut observer le (6) v. nt cl éviter son soufllc. Les nautoniers pour >>nduire un vaisseau se tiennent assis à la *<upc-, le gouvernail en main , ils examinent ,<■ vont, et, se confiant au Notus, qui fait blanliir les flots , ils étendent les voiles el déploient
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tous les agrès. Tels Je veux que sur la terre les chasseurs observent de quel côté porte le souille de l'air afin de placer les toiles et de diriger contre son cours leur poursuite accompagnée de cris. Les bêles sauvages ont l'odorat subtil, et lorsqu'elles sont frappées de l'odeur des fourches ou de la loile étendue, elles fuient du côté opposé -, souvent elles viennent à la rencontre des chasseurs el rendent leurs travaux inutiles (7). Que ceux qui veulent donner le Irépas aux bêtes fauves observent donc lèvent et placent contre sa direction les toiles et les fourches qui les suspendent, qu'ils poursuivent ensuite les animaux en marchant vers le midi si Borée purifie les cieux par son sou file violent ; vers le nord si le Notus excite les sombres tempêtes ; quand l'Eu rus règne, courez vers le Zéphire , et quand c'est celui-ci , portez vos pa* vers l'Eurus.
Connaissez premièrement la chasse illustre des lions et le courage intrépide des humains. On commence par aller reconnaître les lieux où sont situées les cavernes habitées par le lion rugissant , la terreur des troupeaux et des bergers, et quand on a vu le vaste sentier où s'imprime la trace de ses pas et par lequel il descend dans le fleuve pour éteindre sa soif brûlante, alors on creuse en cet endroit une fosse circulaire, large et profonde, au milieu de laquelle on construit une colonne élevée. A son sommet est suspendu un jeune agneau qu'on ravit à la tendre mère qui vient de lui donner le jour. Le contour extérieur de la fosse est environné d'un épais buisson affermi par de» pierres amoncelées, afin de dérober au lion lorsqu'il s'approchera la vue de ce gouffre insidieux -, cependant l'agneau, qui regrellc la mamelle de sa mère, l'appelle par ses bêlemens, dont le son va frapper le cœur du lion affamé ; il accourt aussitôt plein de joie , guidé par les gémissemens ; il s'empresse , ses regards enflammés cherchent de tous côtés, bientôt il approche du piège, il en fait le tour, el la faim excitant son audace , il franchit le buisson el tombe dans le gouffre immense. D'abord il ne s'aperçoit pas qu'il s'est précipité dans un abtme sans issuc(8) ; il en fait le tour avec impétuosité , revient sur ses pas, s'élance pour en sortir. Tel un rapide coursier accoutumé à remporter le prix , s'élance en doublant la borne, lorsqu'il se sent pressé par le frein et la main de son conducteur. Cependant les chasseurs pla-
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cès sur une éminencc ont observé le lion ; ils accourent à l'instant et font descendre dans la fosse une cage solide , suspendue à de fortes courroies (9). Pour y attirer l'animal , ils y renferment un morceau de chair qu'ils ont exposé à l'ardeur de la flamme. Le lion, qui croit sortir du gouffre , s'élance avec joie dans la cage ; alors tout espoir de liberté est perdu pour lui. Voilà de quelle manière se fait la chasse du lion dans les sables de la Libye.
Mais sur les rives de l'Euphrate on dresse à combattre ces animaux des coursiers aux yeux pers, au cœur magnanime, rapides à la course, intrépides dans les dangers. Seuls ils soutiennent le rugissement du lion, tandis que tous les autres tremblent à son aspect, baissent les yeux et n'osent soutenir les regards enflammés de leur roi : nous l'avons déjà dit en chantant les coursiers. Cependant quelques chasseurs à pied étendent un rempart de toiles et établissent les filets sur des fourches. Les deux extrémités de ce rempart no doivent s'approcher qu'autant que les pointes du croissant nouveau s'inclinent l une vers l'autre. Trois chasseurs se placent en embuscade auprès des toiles , l'un occupe le milieu, les deux autres se tiennent aux extrémités, assez près du premier pour entendre sa voix s'il venait à crier. Le reste des chasseurs se range en bataillon; chacun d'eux tient de la main droite une torche enflammée, et de la gauche un bouclier dont le bruit formidable inspire la terreur aux sauvages habitons des forêts. Le lion redoute surtout le brillant de la flamme (10) et ne peut d'un œil fixe en soutenir la vivacité. Si quelques-uns de ces animaux courageux viennent à paraître, tous les cavaliers réunis le poursuivent , ceux des chasseurs qui sont à pied suivent en frappant sur leurs boucliers et font retentir les airs de leurs cris. Saisis d'effroi, les lions n'osent les attendre, ils fuient à pas précipités, le désespoir dans le cœur (1 1), cl sans vouloir se défendre. (12) Par une semblable ruse les pécheurs conduisent pendant la nuit les poissons sur leurs filets en portant sur leurs barques des flambeaux allumés ; à la vue de cette lumièro brillante les poissons fuient épouvantés. C'est ainsi que ces rois des animaux effrayés par le bruit des chasseurs et l'éclat des flambeaux ferment les yeux et viennent se précipiter d'eux-mêmes dans les filets.
l'nc troisième espèce de chasse fort surpre-
nanle et qui demande des forces infatigable est en usage chez les Éthiopiens. Quatre hommes robustes et pleins de confiance en leur vigueur l'exécutent de celle manière. Ils fabriquent avec des osiers fortement entrelacés d'épais boucliers arrondis par les côtés, cl recouverts de peaux de bœuf séchées au soleil : c'est le rempart qu'ils opposent aux ongles terribles et à la gueule du lion. Leur corps est entièrement revêtu de toisons de brebis, et ceint par d'épaisses courroies pressées les unes contre les autres; un casque couvre toute leur tête; on ne leur voit que le nez, la bouche et les yeux. Bientôt ils marchent ensemble, et faisant résonner l'air sous le bruit éclatant dis fouets dont ils sont armés, ils vont à la rencontre du farouche lion. Celui-ci ne larde pas à quitter sa caverne; il accourt plein de fureur, ouvre une gueule effroyable el menaçante ; ses yeux étincelans font jaillir de longs traits de feu. Sa colère s'allume, il pousse des rugissemens semblables au bruit affreux du tonnerre.
Lorsque le Gange aux portes de l'aurore abandonne les plaines de l'Inde et les peuples de Maryandic (13), qu'il roule en grondant ses flols impétueux grossis du cours de vingt fleuves différens et se précipite du haut des rochers pour inonder un immense rivage, il pousse des mugissemens moins affreux que n'est le bruit épouvantable dont le lion rugissant fait alors retentir les vallées et les forêts. Impétueux comme la tempête, il s'élance sur les chasseurs qui bravent sa colère, soutiennent sans être ébranlés cet assaut furieux ; des ongles el des dents il cherche à déchirer le premier qu'il saisit. A l'inslant un de ces jeunes gens intrépides le frappe par derrière en poussant de grands cris, et provoque sa fureur. Le lion se retourne , abandonne celui qu'il avait saisi de sa gueule cruelle. Un autre vient encore l'exciter contre lui : ces chasseurs intrépides le fatiguent tour à tour par leurs fréquentes attaques, pleins de confiance en leurs boucliers, défendus par les peaux cl les courroies dont ils sont revêtus, el que les dénis du lion ni ses ongles de fer ne peuvent entamer. Enfin ce monstre furieux épuise ses forces par ses continuels efforls ; s'il quitte l'un , il s'élance sur l'autre cl l'enlève de lerrc , puis il fond avec impétuosité sur un troisième.
Tel au fort d'une mêlée , lorsqu'un vaillant
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guerrier se voit enveloppé par une phalange ennemie , animé d une lureur martiale, il vole de tous côlés , il agile d'un bras vigoureux sa lance meurtrière. Mais enfin accablé par le nombre de ses ennemis qui fondent sur lui tous à la fois , il tombe sur la terre frappé d'une grêle de traits qui font résonner Pair de leurs longs simemens. C'est ainsi que le lion dont les forces sont épuisées par d'inutiles efforts cède enfin la victoire aux chasseurs. Son écume sanglante ruisselle sur la terre -, honteux d'être vaincu , il baisse tristement les yeux.
Un athlète qui dans les combats du ccsle s'est souvent couronné d'olivier , s'il se sent accablé sous les coups redoublés que lui porte un redoutable adversaire, tient ferme quelques instans malgré les flots de sang qui jaillissent de ses blessures ; il chancelle , sa tête se balance, on dirait que l'ivresse a troublé sa raison -, bientôt ses genoux fléchissent, il tombe étendu sur l'arène : tel le lion étend sur le sable ses membres fatigués. C'est alors que les chasseurs, redoublant leurs efforts, fondent tous à la fois sur lui et enchaînent dans de solides liens cet animal qui, loin de chercher à se défendre, est couché sans mouvement. Quelle est l'intrépidité de ces hommes ! quelle entreprise hardie ils exécutent ! ce monstre terrible, ils l'enlèvent comme un timide agneau.
C'est encore en creusant des fosses cl par des ruses semblables que l'on prend les thos cruels et que l'on trompe les diverses espèces de panthères. Mais ces fosses sont beaucoup plus petites -, la colonne que l'on dresse au milieu n'est point de pierres; on (aille à cet effet le tronc d'un chêne , et au lieu d'un chevreau on y suspend un chien auquel on serre fortement les testicules avec une étroite courroie ; la douleur qui le tourmente lui fait pousser des hurlemens aigus ; ils se font entendre de la panthère et portent la joie dans son cœur. Aussitôt elle accourt du fond des bois. Ainsi les pêcheurs placent une amorce trompeuse au fond de leurs filets tissus d'osier de Salamine , soit un polype, soit une écre visse qu'ils présentent auparavant à l'ardeur de la flamme; l'odeur s'en répand sur les prochains rivages, elle attire les poissons, qui courent au-devant du trépas cl vont se précipiter eux-mêmes dans la nasse dont ils ne pourront plus sortir. De même la panthère du plus loin qu'elle entend les cris du chien accourt , s'élance sans se dou-
ter du piège trompeur, et tombe dans le gouffre pour avoir obéi aux désirs de son estomac.
La liqueur de Bacchus triomphe aussi de» panthères , et les chasseurs leur versent cetU buisson perfide , sans craindre le courroux du dieu qui nous l'a donnée.
Les panthères sont aujourd'hui des animaux féroces, autrefois c'étaient des femmescharman tes (14) ; vouées au culte de Bacchus , elles cé lébraient ses fêles triennales , buvaient sa li queur à longs traits , se couronnaient de pam pre et de guirlandes de fleurs ; elles élevèren ce dieu, père de la joie cl de la danse. (15) Li fille d'Agénor, Ino, nourrit Bacchus en son en fance, et présenta au fils de Jupiter sa niamcll d'où le lait jaillissait pour la première fois. Agaré et Aulonoé partagèrent ses soins maternels; ce ne fui point dans le palais du cruel Athamas , mais sur une montagne que les mortels appelaient alors Méros (16). Et pour se dérober a la colère de la puissante Junon et au> fureurs du roi Panlhèe, fils d'Échion, elles enfermèrent le divin enfant dans un coffre de sapin qu'elles couvrirent de peaux de cerf et couronnèrent de pampre. Elles le déposèrent ensuite dans un antre, formèrent des danses mystérieuses autour de ce jeune dieu, cl par le bruit des tambours et des cymbales qui résonnaient dans leurs mains , elles couvraient ses cris. Ce fut autour de ce coffre caché qu'elles célébrèrent les premières orgies. Bientôt les femmes d'Aonie furent secrètement initiées par elles à ces mystères, et lorsque ces nourrices de Bacchus résolurent de quitter la montagne cl de sortir de la Béolie , elles firent assembler leurs fidèles amies. Déjà les temps étaient arrivés où la terre auparavant inculte cl sauvage devait se couronner de pampre par les bienfaits du dieu qui fait oublier les chagrins. Le chœur sacré de ces prêtresses enlève lo coffre mystérieux , le pose sur le dos d'un âne, et dirige ses pas vers les bords del'Euripe; là elles trouvent un vieillard et ses enfans occupés à pêcher ; elles l'environnent et le prient de leur faire passer l'onde. Pénétré d'un saint respect à la vue de ces femmes, il les reçoit dans sa nacelle ; aussitôt le smilax couvre de sa verdure les bancs de* rameurs (1/); le pampre cl le lierre couronnent la proue de leurs guirlandes fleuries, et les pêcheurs, frappés d'une terreur religieuse , se seraient précipités dans les eaux si la barque n'eût au même instant louché la rive. Arri-
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vces en Eubée , le* nourrices de Bacchus Turent déposer le dieu chez Aristée ; il habitait un antre creusé sur la cime d'une montagne; les rustiques humains devaient à son industrie mille inventions utiles pour la vie ; c'est lui qui le premier leur apprit à faire pattre les troupeaux (18) , le premier il pressa les fruits onctueux de l'olivier sauvage , flt cailler le lait et renferma dans des ruches les essaims des abeilles qu'il recueillait sur les chênes. Il reçut le jeune Bacchus des mains d'Ino , qui le lira du coffre, et il le nourrit dans son antre. Ses soins furent secondes par les Dryades el par les Nymphes qui chérissent les abeilles, par les jeunes filles de l'Eubée et les femmes d'Aonic. Déjà Bacchus adolescent jouait avec les jeunes gens de son âge: d'un bâton qu'il avait coupé (19), il frappait les rochers , qui sous ses coups faisaient jaillir des ruisseaux de vin pur; d'autres fois il égorgeait des brebis , les dépouillait de leur toison , les coupait en morceaux et les jetait sans vie sur la terre , puis il rejoignait exactement leurs membres ; elles ressuscitaient à l'instant et paissaient l'herbe fleurie. Bientôt il songea à célébrer ses mystères. Les présens du fils de Thyonée furent répandus sur toute la terre, el partout où ce dieu portait ses pas, il signalait sa puissance aux yeux des mortels. 11 vint enfin à Thèbes ; toutes les filles de Cadmus accoururent au-devant de ce fils du tonnerre. Penlhée seul est assez insensé pour vouloir charger de chaînes les mains de ce dieu qu'aucun lien ne saurait captiver ; il ose même, sans respect pour les cheveux blancs de Cadmus , insensible aux prières d'Agarée, prosternée a ses pieds , il ose menacer Bacchus de le déchirer de ses mains cruelles ; il commande à ses compagnons impics d'entraîner le fils de Jupiter et de l'enfermer. Lui-même poursuit le chœur des Bacchantes. Les gardes de Penthée et tous les Thébains voudraient voir (rainer dans les prisons le dieu du vin chargé de fers *, mais les chaînes ne le touchèrent point. Cependant l'effroi glace le cœur des initiés, ils jeltent à terre les couronnes qui ceignaient leur front elles Ihyrsesdonl leurs mains étaient armées. Les Bacchantes, baignées de larmes , s'écrient : « Dieu puissant, ô Bacchus! allume la foudre de Ion père (20). Fais trembler la terre el punis au plus lût ce tyran impie. Fils du tonnerre ! change te Penlhée (-2 1 ; , dont le nom esl funeste, en un taureau crranl sur les mon-
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tagnes ; change-nous aussi en* bêles cruelles, armées d'ongles terribles, afin que nous puissions le déchirer d'une gueule affamée. » Tels furent leurs vœux : le dieu qui régne à Nysse les entend; il fait aussitôt un taureau de Penthée, enflamme ses yeux d'une farouche ardeur , prolonge son col et fait croître deux cornes sur son large front. Il métamorphose aussi ses Bacchantes en bêtes farouches, leur donne des yeux élincelans , les arme de dents terribles et peint leur dos des couleurs qui brillent sur celui des faons. Perdant leur première beauté, ces femmes changées en panthères par la puissance du dieu déchirent Penthée sur les rochers. On doit croire ses mystères tels que nous les chantons. Loin d'ici ces crimes atroces commis dans les vallées du Cythéron par quelques femmes impies, étrangères à Bacchus, el que les poêles célèbrent dans leurs chants imposteurs comme les nourrices de ce dieu.
Disons maintenant quelle ruse un chasseur aidé de ses compagnons met en œuvre contre les panthères passionnées pour le vin. Aux plaines sablonneuses de la Libye on choisit dans un terrain vaste mais aride une source peu abondante, dont l'eau noire coule imperceptiblement el goutte à goutte, ne s'épand pas au loin , ne forme aucun murmure , et qui ne sortant qu'avec peine , semble demeurer immobile et séjourner sur le sable. C'est là qu'au lever de l'aurore les farouches panthères viennent se désaltérer. Les chasseurs y transportent pendant la nuit vingt amphores d'un vin excellent et qui compte sa onzième année depuis que le vigneron l'a foulé sur le pressoir. Ils mêlent ce vin pur à l'eau de la source , s'éloignent et vont se coucher à peu de dislance , ayant soin de s'envelopper de peaux de chèvres ou de leurs toiles mêmes , car on ne saurait trouver d'abri ni dans le creux des rochers ni dans les bois touffus ; toute celle contrée est une plaine unie, où l'on ne rencontre aucun arbre. Bientôt la soif cl l'odeur agréable du vin attirent les panthères frappées des rayons brùlans du soleil ; elles approchent de la source et boivent avec avidité la liqueur de Bacchus. Aussitôt on les voit bondir el courir les unes après les autres comme de jeunes filles qui forment un chœur de danse. Leur démarche devient ensuite plus pesante; insensiblement elles penchent la lêle, et tombent enfin vaincues jKir le sommeil. Tels dans un festin des jeunes gens
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dont un léger duvet ombrage encore le menton font couler les (lots de vin pur , chantent joyeusement et s'invitent à boire à longs traits en »'cnvoyan£réciproquemenl la coupe. Le repos succède enfin à ce tumulte bacchique, et la force du vin , accablant leur» esprits et leur» yeux , les renverse l'un sur l'autre. De môme les panthères couchées en désordre deviennent aisément la proie des chasseurs.
Les habilans de l'Arménie, fameux par leur adresse à tirer de l'arc, cl ceux des rivages du Tigre ont inventé contre les ours une chasse célèbre et qui remporte sur toute autre. Une troupe nombreuse de chasseurs pénètre dans le fond des bois les plus épais, où les plus expérimentés cherchent la piste de ces funestes animaux , guidés par les limiers qu'ils tiennent en laisse. Lorsque les chiens découvrent l'empreinte des pas d'un ours, ils la suivent et dirigent par leur flair la marche des chasseurs ; si quelque trace plus fraîche vient à frapper leurs sens, ils s'élancent aussitôt pleins de joie »ur celle piste nouvelle et oublient la première. Mais lorsque après bien des circuits ils sont parvenus au terme de leurs recherches et qu'ils ont trouvé le fort où ranimai repose, le limier se précipite et veut échapper à la main du chasseur; il fait éclater sa joie par ses aboicmens douloureux. Telle on voit au printemps une jeune bergère errer pieds nus sur les montagnes où elle cherche des fleurs : si quelque suave odeur lui annonce de loin l'a- • gréablc violette, elle en ressent un plaisir extrême, cl dans la joie dont son cœur est possédé, elle porte ses pas de tous côtés, sans éprouver de lassitude, forme de ces fleurs une couronne, la pose sur sa tête et revient en chantant à la demeure rustique de ses parons. Telle est la joie du limier courageux . Mais malgré les efforts qu'il fait pour échapper à la main du chasseur, celui-ci le retient par sa courroie , et retournant sur ses pas, revient trouver ses compagnons , leur indique le bois où il a laissé le féroce animal. On s'empresse à l'instant de planter les fourches solides , on déploie les filets entre lesquels on dépose les rets. Aux deux extrémités on place deux hommes sous des branches de frêne entrelacées, et depuis ces extrémités , où sont ces jeunes gens qui gardent l'entrée des filets , on tend à gauche une longue corde peu élevée au-dessus de la terre , mais assez pour qu'elle vienne au nombril de
l'homme. On attache A cette corde des ruban* de toutes couleurs (21), dont l'éclat effraie les bêles sauvages; on y suspend mille plumes brillantes de divers oiseaux , des ailes de vautours, de cygnes, de cigognes. A droite on place une embuscade cachée sous la feuillée ; I on construit à la haie en ecl endroit avec des branches vertes des cabanes peu distantes l'une de l'autre , et Ton y cache quatre hommes dont le corps est entièrement revêtu de feuillage.
Quand tout est disposé comme il convient , la trompette fait entendre ses sons effrayans, l'ours sort avec impétuosité du bois , pousse des hurlemens et lance des regards terribles. Alors tous les chasseurs se mettent en marche, et rangés en phalange viennent des deux côtés , en jetant de grands cris , à la rencontre de l'animal, qui, pour éviter le bruit et les chasseurs, s'élance avec vitesse vers les lieux où la plaine lui paraît le plus libre. Mais de ce côté on le poursuit aussi avec un bruit cl des cris redoubles; on le pousse vers la corde hérissée de plumes, vers cet épouvantai! de diverses couleurs. L'ours, saisi d'un violent chagrin, ne sachant où fuir, se porte avec effroi de tous côtés, il redoute à la foi l'embuscade , le son de la Irompetlc , le tumulte et les cris des chasseurs et l'épouvanlail , car le souffle du vent fait mouvoir les rubans qui y sont suspendus; les plumes agitées font entendre un sifflement aigu. L'ours, après avoir porté de tous côtés ses regards effrayés, vient se précipiter dans les filets : aussitôt les hommes placés à leur extrémité sortent de leur embuscade , se hâtent do tirer le péridrome et reploienl le filet sur luimême en lui faisant faire plusieurs tours , car les ours travaillent alors avec fureur de leur gueule et de leurs pattes redoutables. Souvent ils échappent aux chasseurs en rompant les filets, et rendent la chasse inutile. Mais un homme robuste en lui liant la patte droite le prive de toute sa force. 11 la lie adroitement et l'attache à un morceau de bois , puis il enferme dans une cage de bois de chêne et de sapin cet animal encore enveloppé dans les filets.
C'est en descendant des rochers et des montagnes qu'il faut poursuivre la race légère de» lièvres cl des lapins , et les écarter soigneusement des lieux qui vont en montant. Dès que I ces animaux aperçoivent les chiens et les chas-
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seurs, ils gagnent les collines , parce qu'ils savent que leurs pieds de devant sont plus courts que les autres ; voilà pourquoi les collines sont plus aisées à gravir aux lapins et plus difficiles aux cavaliers. Éloignez-les encore des sentiers battus , et poussez-les dans les terres labourées , car ils courent avec plus de vitesse et sautent avec plus de légèreté dans les chemins , au lieu que dans les terres soulevées par la charrue , leurs pieds se fatiguent même durant l'été , et pendant l'hiver ils y prennent une chaussure qui leur devient funeste.
Si vous poursuivez un chevreuil, prenez garde qu'après une longue course et lorsque vous croyez toucher à la fin de vos travaux , il ne s'arrête quelques instans pour lâcher son urine. Les chevreuils sont ordinairement sujets à éprouver un gonflement dans la vessie, causé
par les eaux qu'ils ne peuvent évacuer; alors ils sentent dans leurs flancs un poids qui les retarde et les fait tomber sur les reins. Mais s'ils peuvent respirer un moment , ils reprennent leur force cl leur vitesse , et fuient d'un pied plus agile quand ils ont allégé leurs entrailles.
On ne prend le renard ni dans les filets ni dans les toiles : son instinct les lui fait reconnaître. Adroit à couper les cordes avec ses dents , à délier les mailles , il sait échapper au trépas par ses subterfuges multipliés. Cependant les chiens en réunissant leurs efforts viennent à bout de le prendre -, mais quelque vigoureux qu'ils soient , ce n'est pas sans répandre du sang qu'ils remportent la victoire
{Le reste est perdu.)