OPP
Toutefois , Anlonin , si tu ne demandes à la pèche que de l'amusement, lu ne manqueras pas d'y en trouver : l'agrément et le plaisir accompagnent toujours celle d'un empereur. De jeunes matelots, frappant l'onde de leurs rames, impriment un mouvement rapide à une nacelle aussi légère qu'arlistement assemblée-, un pilote , sur la proue , la dirige avec la vitesse d'un trait vers un lieu tranquille et abrité, dont rien ne trouble l'azur des eaux. Là , mille espèces de poissons avides dévorent cette nourriture abondante que leur portent des esclaves toujours chargés de ce soin, et qui les tiennent ainsi gras et prêts pour la pèche que loi, mon prince, et ton illustre fils, daignez (aire. Déjà ta main jette sur l'onde une ligne courbée avec art ; déjà le poisson s'y précipite et mort à l'hameçon ; déjà tu l'entraînes sans résistance vers ta personne auguste : ton cœur en palpite de joie. Oui, c'est un spectacle qui réjouit également l'esprit et les yeux , que celui d'un poisson qui s'agite et bondit sous la ligne à laquelle il s'est laissé prendre.
Soyez-moi propice , fils de Saturne , roi des ondes, ô Neptune! toi aussi, vaste Océan! et vous tous , dieu qui habitez la mugissante mer ! Aidez-moi vous-mêmes à chanter les troupes, les races nombreuses qui s'y nourrissent. Et toi , muse céleste, donne à mes chants ce charme , ce poli qui les fasse paraître émanés de toi , et qui les rende dignes de l'empereur et de son fils.
Mille espèces de poissons possèdent en commun le domaine d'Amphitrite : il serait difficile d'en dire tous les noms ; les limites et les profondeurs des mers sont encore inconnues on n'est guère parvenu au-dessous de trois cents orgyes La mer immense et sans bornes nous dérobe la plupart des choses qu'elle recèle. L'esprit de l'homme et ses moyens sont faibles, et il ne peut parler de ce qu'il ignore. Mais je pense que la mer n'est pas moins féconde que la terre, soit pour le nombre, soit pour la grandeur des animaux qui y vivent. Les dieux seuls peuvent dire s'il y a égalité entre elles , ou si l'une l'emporte sur l'autre; nous, sachons nous réduire aux connaissances qui sont notre partage.
La naissance, les mœurs des poissons, le
■ L'orgyc contenait 0 pieds grec», répondant i S pieds 8 pouces S lignes de notre mesure, ce qui ne diffère pas beaucoup de notre toise.
lieu de la mer qu'ils habitent, les substances dont ils se nourrissent ne sont pas toujours les mêmes. Les uns préfèrent les plages les plus basses : leurs alimens sont le sable ou ce qu'il produit , tels l'hippocampe * , le rapide cocus *, l'érythrine*, le cylhare*, le triglc*, le débile mélanure*, les nombreux tracbures', lebouglousse le faible lœnia*, le plature ,0, le mormyle aux couleurs variées les scombres , les cyprins, et tant d'autres qui fréquentent les rivages.
Ceux-ci se tiennent et se nourissenl dans la vase cl le limon des mers : ce sont la raie bâtis, les énormes bœufs marins la redoutable trygone", la narqué (ou torpille), bien digne de ce nom, les psetles M , les clarics ■*, les trigies, la race si nombreuse des onisques1*, les saures", les scèpanes '*, tous ceux enfin qui vivent dans les eaux bourbeuses. Ceux-là préfèrent les rives verdoyantes par le nombre d'herbes qui y croissent, comme les mainis ••, les tragues , les atherincs , les smaris »' , les blennies, les spares, les bogues et toutes les races de poissons phytophages **.
Le kestre" , le céphale", le plus innocent des poissons, les labres, l'audacieuse amie", les chrêmes" , le pélamys", les congres •», et
' Le svngalhe hippocampe, vulgairement le cheval marin.
• Le triglc grondin.
• L« spare pagcl.
• Le pieuronecle limande. Le folk>, suivant Rondelet. » Le mutlc.
• Le spare obladc.
' Le caranx trachurc, ou le maquereau bâtard.
• Le plcuronectc sole.
• Le cépolc ttrnia.
" N'est-ce pas le turbot ou quelqu'un des pleuronecles ?
" Le spare morme.
" Les raies flassades.
" l-a raie pastenague.
" Le pleurooceic moineau.
" Le gade lole.
'* Le gade merlan, suivant plusieurs naturalistes. " L'osmere saure.
" au lieu de ikepanot , ne doit-on pas lire xkepéHos, qui signifie munitus, tectm, protège, couvert? Kc scraient-cepas les osiracioru ? Certaines espèces vivent dans la mer Hougc et ne devaient pas être inconnues aux anciens.
" Le spare mendole.
~ Le gobic boulerai.
" Le spare smaris.
" Le spare bogue.
" On sait que ce mol veut dire mange-plante.
Les muges.
" Le muge céphale.
M Le scombre amie , le bonilon de nondelcl. " Chrêmes ou chromii, le «pare marron.
" Le jeune thon.
" L» murène congre.
LA PÊCHE
celui qu'on appelle olislc', ne s'écartent point de ces mers voisines des fleuves, ou des marais dont l'eau douce se joint à l'onde amère, ou de ces amas d'eaux fangeuses descendues en lorrens des coteaux; c'est là qu'ils trouvent en abondance la nourriture qui leur est chère, cl qu'ils s'engraissent dans leurs flots moins salés. Le labre ne s'éloigne point du lit des fleuves , et remonte de la mer dans leur embouchure ; l'anguille au contraire les quitte pour se tramer sur les rivages.
Des rochers de Tonnes diverses , autour desquels roulent les ondes, sont entretenus dans une constante humidité par les fucus*; des mnies * abondantes les recouvrent. Là , trouvent leur nourriture les perches, les iulis4, les chaunes B, les saupes • au dos diversement coloré , les kicles 7 agiles et le phycis * que les pêcheurs nomment aussi l'inhabile. Non loin des mers sablonneuses sont d'autres roches de forme aigué, qu'habitent la skirre», la sciènc, le basilisque », le mullc cl le trigle" aux couleurs rouges. D'autres , plongées sous les eaux, mais surmontées de plantes toujours vertes, sont peuplées à la fois des sargues», dcssiénes, du chalchis », du coracin » (ou corbeau), ainsi nommé de sa couleur, du scare», le seul parmi les poissons, tous muets, qui fasse entendre une humide voix , le seul qui , pareil aux animaux ruminans, triture de nouveau dans sa bouche des alimens » qu'il y ramène à
1 C'est sans doute une espèce de murène. Le mot indique que c'est un poisson qui échappe des mains a cause de sa qualité gluante.
• Un des genres de la Camille des algues.
» Un des genres de la raraillc des mousses.
« ijt labre giretlc.
' Le labre hjalule.
' Le spare saupe.
' Le labre lourd femelle.
• La blennie phycis , surnommée F eunuque a cause de sa faiblesse , qui la rail aussi surnommer la moite.
• Skirris pour skinlt. C'est , suivant Rondelet , une espèce de sciéne.
'• Xe serait-ce pas celui que Itondelet appelle pris rei, poisson ro j al , une espèce d'umbro ou de sciène ? " Le mullc rouget.
" Le spare sargue.
" La dupée sardine.
" Le rorp ou scièue umbre.
» Le cheilinc scare. Rondelet dit que le mot tkaro* vient do skairein, qui veut dire paître , car ce poisson, dit-il, se pall d'herbes. Je ne sais où Rondelet a trouvé que tkairetn veut dire paître : ce mot signifie sauter. Aussi Scapula observc-t-il que le nom de scare a été donné au poisson qui le porte , quod , inclusui natth, caudac ictibwi creàris avertit* laset foret, utqtte lia reirortum erumpal.
" Vi scarns , epa*ta* salut qui ruminai etcas.
t Ovimos , lialicutkon , y. 1S9.
la manière des brebis. Celles où abondent le s cames ' cl les lépas » sont le séjour el les lieux où se nourrissent les oxuphagres», les agrirphagres 4 si farouches , les cercures », les opsophagres', la visqueuse murène, le scombre , l'orphc ' vivace, celui de tous les habitans des eaux qui passe le plus de temps sous terre ( t qui survit aux coups dont le fer l'a tranché. Dans les retraites el les fonds les plus reculés, se tiennent le prol;ate* et les hépates *, et ceux des poissons qui , remarquables par leur taille et leur génie, se roulent pesamment au sein des ondes. Ils sortent peu de cet asile , ils y restent en embuscade , et fondent soudain sur ceux des poissons d'un ordre inférieur qui passent à leur portée. De ce nombre est l'onos, ou l'aselle ,0, qui redoute surtout les feux brûlans de la canicule; retiré dans sa demeure ténébreuse, il ne se montre que lorsque les cieux sont devenus plus doux.
Un poisson qui se plaît surtout parmi les rochers battus des vagues, d'une couleur à peu prés rouge , dont les mœurs ressemblent assez à celles des muges , est celui qui porte le nom d'adonis », que d'autres appellent exocet, parce qu'il est le seul des animaux à membranes branchiales qui sorte des mers pour habiter tour à lour la terre. Lorsqu'un calme propice a assoupi la fureur des flots , il s'élance avec eux vers le rivage, se choisit un gîte sur les rochers et s'y livre aux douceurs du sommeil. 11 redoute toutefois les oiseaux pécheurs qui lui font la guerre; silol qu'il en voit quelqu'un se porter vers lui, il bondit tel qu'un sauteur agile, jusqu'à ce que ses bonds précipités l'aient rendu à son élément préservateur.
Il en est qui se plaisent également parmi les roches el dans les sables : le chrysophrys », qui
1 et ' Mollusques qui portent ces noms. *, ' et ' Spare pagre, dont Oppicn dislingue les trois espèces ou variétés qui correspondent a ces numéros.
* On lit dans Ovide, vers ioJ
Cercyrotque ferox scopulorum fine moral tu.
* Le spare orphe.
* Roudelet conteste que ce soit l'aigrefin , auquel plusieurs l'onl rapporté : cependant Oppicn l'associe aux hépates , qu'on a aussi regardés comme des aigrefins. Ce qu'il y a de certain , c'est que ce sont des poissons de grande taille, puisque Oppicn le dit formellement.
* S'il faut en croire Rondelet, cet hcpalc, en latin jecorlnus, n'est pas l'aigrefin, mais plutôt le labre hépate.
■• Le gade merlus. On n'est pas parfaitement Oié sur ce que les anciens appelaient oms et oniskot, " l a blennie coquillade.
Le spare dorade.
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doit son nom â sa beauté, les dragon» % les simes * , les glaucus % les vigoureux synodonles *, les deux espèces de scorpion les deux sphyrènes allongées ctlcsraphis' plus effilés encore. On y rencontre le carac % les gobies , ces plongeurs si agiles, la race intraitable des mus ou caprisques*, ces poissons téméraires qui provoquent l'homme au combat, quoique moins grands que lui, qui, forts d'une peau impénétrable et d'un rempart de dents étroitement serrées, attaquent les pécheurs les plus robustes , les poissons les plus redoutables, et font leur demeure dans les immenses abîmes des mers , loin de la terre et des rivages. On y voit les thons rapides si renommés par leur vélocité, les xiphias, le grand et robuste orcynus0, les prenades10, les cybeies", les skolies'% les scytalles «-et les hippures ». On y voit aussi le callichte " ou le poisson sacré, le pompile**, honoré des navigateurs, qui Pont ainsi nommé parce qu'il les accompegne dans leurs voyages. Entraînés par la joie la plus vive à la vue des vaisseaux qui sillonnent les mers, les pompiles les suivent en foule et à l'envi, sautant et se jouant à la poupe, à la proue, sur les flancs, tout autour de ces chars
1 L« trachine rire.
' La chimère arctique.
1 Le caranx glauque.
• Le spare dente.
• Les seorpenes. Ce nom est compose de deux mois grec», tkôr, ordure, ei penomal , faire.
4 L'èsocc bclone.
' 1-e cyprin liamburge.
' Le baliste caprisque.
' Le grand Uion de Roodelel.
" On ne trouve dans aucun dictionnaire prénades , nuis on trouve dans le Thésaurus linguœ greece, 1554, prUmade* ou prime, qu'il explique ainsi .- Piscis ilmnnorum geiute. La différence du mu au nu est trop légère pour ne pas penser que c'est réellement de l'espèce du genre fhon que parle ici Oppien, qui le place d'ailleurs a côté de l orkunoi, que nous venons de dire être le grand thon de Rondelet. On retrouvera , je crois, plusieurs autres poissons d'Oppien , qu'où croyait ne pas connaître , en rétablissant dans le texte des lettres qui, par erreur, avaient été substituées a d'autres.
" John Jones , qui, en IT22 , a^publié à Oxford une traduction en vers anglais des Halieutiques d'Oppien, dont Diapcr avait fait les deux premiers chants , dit que kubrial signifie les jeunes thons femelles, sans ajouter sur quoi il se fonde.
" J'incline * croire que skuliai est le même que koliai. Rondelet dit que ces derniers sont des maquereaux plus grands que les maquereaux ordinaires, nommés coguoils près de Marseille.
" Espècca de carides, suivant Rondelet.
14 Lccoryphènc bippure.
'•Le mot grec veut dire beau poiston; on l'appelle aussi poiison sacre. On en verra la raison plus loin dans le texte. C'est le luljan anlhias de Lacépéde.
" Le corjphène pompile.
I maritimes. Leur passion pour eux est si ardente qu'on dirait qu'ils cèdent moins à une impulsion libre et volontaire qu'à des liens qui les enchaînent aux bâtimens, et qui les forcent d'en suivre la marche. Comme on voit un prince qui vient de prendre une ville, comme on voit un homme vainqueur dans les jeux publics, le front ceint d'une couronne de fleurs nouvelles , autour desquels se presse un peuple immense, enfans, jeunes gens, vieillards qui les accompagnent, qui sont toujours après eux jusqu'aux portes de leur habitation , et ne se retirent qu'après les avoir vus pénétrer audedans, ainsi les pompiles vont toujours en
j foule à la suite des navires , tant qu'ils ne sont pas troublés par la crainte du voisinage de la terre-, sitôt qu'elle n'est plus éloignée, car elle leur est odieuse, ils se retournent tous ensemble, comme ayant atteint la barrière, et se retirent en abandonnant les vaisseaux. Leur retraite est un indice certain pour les nautoniers qu'ils approchent du continent. O poisson justement cher aux navigateurs! la présence annonce les vents doux cl amis ; tu ramènes le calme et tu en es le signe.
L'èchéneis * suit aussi les navires : il est long d'une coudée, sa couleur est noirâtre, sa taille est assez semblable à celle des anguilles. Le dessous de sa tète présente une bouche terminée en pointe arquée pareille à la courbure d'un hameçon. Il est devenu pour les navigateurs l'objet d'un prodige. On aurait peine à y croire sur un simple récit, tant l'esprit rebelle de l'homme rejette ce qu'il n'a pas appris par sa propre expérience, et se refuse souvent à la vérité. Un vaisseau qu'un vent assez impétueux fait avancer à pleines voiles sur les vastes plaines des mers est arrêté tout à coup par la bouche d'un poisson de taille médiocre , qui s'oppose à sa marche et qui dirige ses efforts sur la partie inférieure, à laquelle il s'applique. Le vaisseau, comme enchaîné, suspend malgré lui sa course; on dirait qu'il est resserré dans un port étroit. Lcb voiles, les câbles, les cordages trop tendus crient; les antennes gémissent , plient , vont se briser; le pilote, quoique pressé de continuer sa roule, se voit réduit les détendre. Son navire résiste au gouvernail , n'obéil plus au vent, n'est plus entraîné par
■ L'échcnéis rémora : suivant Rondelet, le pétrooivzon lamifié. Us raisons qu'il en donne ne me paraissent pas décisives.
LA Pi
les (lois, mais reste forcément immobile, attaché , enraciné à la bouche de ce faible et misérable habitant des ondes. Cet événement glace de crainte les nautoniers, qui en cherchent vainement la cause -, ils croient Yoir un de ces prodiges qu'enfante le sommeil. Ainsi qu'un chasseur, à la rencontre d'une biche qui court d'un pas rapido dans les bois , fait voler vers elle un trait dont la blessure, glaçant son impétuosité, la force par les douleurs les plus vives , les plus intolérables , d'attendre le redoutable chasseur , ainsi l'échéneis oppose audevant du navire un obstacle invincible et l'arrête : il en a tiré son nom, celui d'arrêle-vaisseau.
Les calcholdes ', les Unisses*, les abramys* se portent en colonies nombreuses et réunies tantôt dans un lieu , tantôt dans un autre : ici on les trouve parmi les rochers , là on les rencontre dans la longue étendue des rivages , sans demeure fixe , changeant sans cesse de domicile, comme des voyageurs. Les anthia * cherchent surtout leur nourriture au milieu de ces roches qui ont de la profondeur, sans que ce soit cependant leur séjour habituel : ils vont errant partout oû les entraîne une faim toujours active , un insatiable appétit. Quoique leur bouche soit en partie dépourvue de dents , l'aiguillon du besoin les tourmente sans cesse. Sur les quatre grandes espèces d'anthias, les uns sont blancs, les autres fauves, une troisième est d'une couleur noir de sang, on nomme les autres euôpous et aulôpous , poissons aux beaux yeux, aux yeux rayonnons, parce que leur prunelle est terminée par des sourcils en rayons dont l'ensemble aplati s'arrondit en cercle d'une teinte foncée.
L'astacus * et le crabe * aux pinces aiguës , revêtus tous deux d'une peau dure et lestacée , se plaisent dans les golfes des mers ; ils y habitent et se nourrissent au milieu des rochers. On remarque surtout dans l'astacus une affection naturelle et difficile à rendre pour le lieu qui lui sert de retraite -, il ne l'abandonne jamais
1 Le clialcoîdo cyprin.
• La clupéc alose.
• Le cjprin brème.
' Le luljan anlhbs el autres.
* Le honw on réerevisse de mer.
* La langouste ; en grec karabos. Noire crabe e»l leur karktho«, le cancre. Le lecleur voudra bien se souvenir que parloui où il trouvera le mol crabe don* cet ourrage, il sera toujours question de la langouste.
CIIE. 51 1
volontairement. En est-il arraché de force, et après l'avoir transporté au loin le rend-on à la mer, bientôt il se pressera de regagner sa demeure et ne voudra jamais en habiter une nouvelle. Il ne se fixera point sur un autre rocher , il cherchera celui qui était le sien, celui qu'il a perdu , celui de ses habitudes , celui qui fournissait à ses besoins: les pécheurs même en violant son asile n'auront pu le lui rendre odieux. O navigateurs! c'est ainsi que la mer qui vous a vus naître, que le toit paternel, que ces lieux que vous fréquentiez dans votre enfance , excitent et font couler dans votre âme une joie douce el délicieuse! Les mortels ne sont donc pas les seuls pour qui la patrie a des charmes! Non! il n'est pas de douleur plus cruelle ni plus cuisante que celle d'un homme qui, gémissant dans une terre étrangère sous le poids accablant de l'arrêt qui le proscrit, est condamné à finir dans l'exil une vie de chagrins et d'amertumes.
Dans la même famille se trouvent le cancre voyageur, les carides 1 et les farouches pagures, qu'on peut aussi ranger parmi les amphibies. Tous ces animaux, dont le corps est protégé par un test osseux, le perdent lorsqu'il est trop ancien ; un nouveau repousse à la place ; lorsque les pagures sentent l'effort que fait pour se briser celui qu'ils doivent perdre, ils s'empressent de se gorger d'alimens , afin que la tension due à leur quantité en facilite la déchirure; lorsque leur peau rompue les abandonne, ils restent d'abord sur le sable, privés en quelque sorte de sentiment , sans songer à se nourrir ou à faire tout autre chose : on dirait qu'ils se croient déjà au rang des morts , qu'ils ne sentent plus en eux aucun principe de vie. Cette peau tendre qui vient de renaître les tient dans une crainte continuelle; cependant ils reprennent peu à peu leurs esprits ; devenus moins timides, ils portent et promènent quelques grains de sable dans leur bouche. Ils restent dans cet état d'immobilité et de faiblesse jusqu'à ce que leur peau , raffermie , ait acquis de la solidité. Comme un fils d'Esculape qui, appelé auprès d'un homme subitement atteint d'une maladie, commence par interdire à son malade toute espèce de nourriture , afin d'amortir tout d'un coup la force et la violence du mal ; qui ne lui laisse prendre ensuite que
' Les «quilles, suhanl nondelct. Les «-vllarc» de M. La Treille.