‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 316 sur 395 · PP1ES · texte numérisé non relu

PP1ES

les airs-, ce sont les theulis ', les irex •, les chêlidons (ou hirondelles de mer). Ces poissons en voient-ils un aulre â leur portée et prêt à les atteindre, ils s'élancent du milieu des Ilots et s'échappent dans les airs. Lorsque les theulis déploient au loin et assez haut leurs ailes , on dislingue difficilement s'ils sont des poissons ou des oiseaux , surlout lorsqu'on les voit en troupes nombreuses. Les hirondelles de mer ont le champ de leur vol moins élevé ; celui des irex est encore plus bas -, ils ne font que raser les ondes; ils paraissent à la fois nager et voler.

Il est des poissons qui vivent entre eux en société comme dans les villes, mais séparés des autres espèces; certains voyagent sans ordre en troupes diverses, pareils à des troupeaux ou â des armées ; on leur donne le nom de nomades. D'autres marchent en colonnes régulières qu'on prendrait pour des bataillons ou des décurics ; l'un d'eux est en avant et à leur tète : le reste suit à la file et sur deux lignes; d'autres enfin ne s'écartent point de leur habitation. Tous ont, durant l'hiver, une extrême appréhension de ces tourmentes, de ces tempêtes qui bouleversent cl font mugir les Ilots; il n'est même aucun être qui vive dans leur sein , qui ne redoute la mer lorsqu'elle est irritée. Les uns restent alors trcmblans et sans force dans le sable qu'ils ont creusé de leurs nagroires; d'autres se roulent tous en masse dans les trous des rochers; ceux-ci fuient et vont chercher un asile dans les fonds les plus bas et les plus reculés ; le bouleversement des ondes, la furie des vents n'arrivent point à ces extrêmes profondeurs; aucune tempête n'atteint jusqu'aux dernières couches, jusqu'aux derniers relranchcmens des eaux *. Us échappent ainsi aux maux et aux effets funestes du terrible hiver. Mais lorsque le printemps , rendant à la terre sa parure de fleurs , fait aussi sourire les ondes , qu'elles respirent, délivrées des noirs frimas, qu'un air plus doux caresse mollement leur surface, alors les poissons , tout joyeux , s'élancent de toutes parts dans le voisinage de la terre. Telle une ville

• te calmar.

» Il parali que ce sont le» deui mêmes poissons que eeui dont parle Rondelet , sous to nom de ierax, accipitert, ou le trigle milan de Laccp.

• Cette «pression est hardie , peut-être , même hasardée elle est de l'auteur. Pour la faire passer plus aisément, j'ai ajouté ces mots, jusqu'aux dernière* couches , qui présentent uq sens plus clair, une idée plus nette.

chérie des dieux, heureuse de survivre au fléau destructeur de la guerre , après avoir été longtemps en proie à ses fureurs ; qui , libre enfin, et respirant des maux qu'elle a soufferts, donne volontiers l'essor à sa joie, se platl à reprendre les travaux utiles de la paix, et voit ses habilans se livrer sans crainte aux plaisirs de la table et de la danse ; tels les poissons , débarrassés de leurs longues douleurs , de la crainte des ondes, s'agitent, bondissent ivres de joie et de bonheur, pareils à des danseurs agiles. Dans le printemps, le doux attrait d'une jouissance nécessaire, le désir d'une tendre union , le besoin d'une ardeur réciproque fermentent dans les cœurs de tout ce qui respire sur la terre, dans les airs et dans les eaux. Dans le printemps , plusieurs races de poissons ovipares hâtent le moment d'être allégées du fardeau douloureux de l'amour; les mâles, dans la vue de perpétuer leur espèce, les femelles iiour se débarrasser de leurs œurs, effleurent, caressent le sable de leurs ventres délicats, car ces œufs ne se détachent pas aisément : réunis en masse au dedans du corps, et se prêtant un appui mutuel , ils résistent fortement ; ainsi serrés , comment pourraient-ils se frayer un passage? Les mères, dans cet état d'angoisse, ont peine à ne pas abjurer et maudire leur progéniture. Ainsi les dieux n'ont donc pas donné aux seuls poissons des délivrances pénibles. Les épouses des mortels ne sont donc pas aussi les seules qui gémissent dos douleurs de l'enfantement? Tout ce qui vit les éprouve.

Parmi les poissons, il est des mâles qui voulant faire leur proie d'autres poissons, les poursuivent jusque sur le bord du rivage afin de les dévorer; d'autres courent et sont sans cesse à la suite des troupes nombreuses de leurs femelles; ces dernières, emportées par la violence des plus effrénés désirs, se précipitent vers les mâles avec une irrésistible fureur; ceux-ci . s'cxcitanl alors entre eux par des contacts cl des froissemens réciproques, répandent leur laitance que les femelles enflammées dévorent aussitôt de leurs bouches avides et brûlantes; on dit que cette espèce d'hymen les féconde.

Telles sont les lois, les mœurs d'un grand nombre de poissons. 11 en est d'autres qui forment avec leurs épouses des nœuds plus étroits el plus particuliers, et qui vivent séparément

LA PÈCHE

Ma

avec elle», car Vénus exerce un grand empire sur les poissons : de là ces désirs immodérés, celle jalousie , tourment affreux , et tout ce qu'entraîne à sa suite une passion brûlante lorsqu'elle est arrivée par une insatiable volupté. Plusieurs se disputent les uns aux autres leurs femelles, pareils aux amans d'une jeune personne, qui viennent ensemble lui faire leur cour, et qui, quoique égaux, rivalisent de richesse et de beauté. Les poissons n'ont aucun de ces avantages à mettre en avant ; ils n'ont à s'opposer que leurs forces, leurs mâchoires , un solide rempart de dents fortes et aiguës. C'est avec ces armes qu'ils s'attaquent et se préparent à la victoire-, celui qui a vaincu ses rivaux, remporte aussi le prix de l'hymen. Quelques-uns se plaisent dans la possession de plusieurs femelles; tels sont les sargues • et les cossyphes •. D'autres n'en aiment qu'une, ne veulent vivre qu'avec une seule-, les canlhares 'et les ailnées 4 sont de ce nombre; une seule leur suffit.

D'autres mœurs dans leurs amours sont propres aux anguilles, à la tortue, au poulpe, à la noire murène; ils n'obéissent qu'à regret au vœu de la nature. Les premières , enlacées en spirales, pressent les unes contre les autres leur corps froid et visqueux ; il en découle une sanie, une espèce d'écume que le sable reçoit et absorbe; par là devenu fécond, les anguilles y naissent en foule. Le même effet se produit à peu prés pour les congres à peau si gluante. Les tortues redoutent , abhorrent un trop pénible hymen; elles n'y sont point entraînées par l'attrait du plaisir, comme les autres animaux ; de longues et cruelles douleurs l'accompagnent. Les mâles sont armés d'une pointe dure et aiguë , d'un aiguillon osseux qui rend leur approche fâcheuse pour leurs femelles; aussi leurs jouissances sont-elles précédées de véritables luttes , de morsures terribles et réciproques, les femelles pour se soustraire aux efforts des môles, ceux-ci pour parvenir à vaincre celle résistance, jusquà ce que leur force en triomphe et les livre impérieusement à leur amour, comme une proie, une conquête faite à la guerre. Enfin , les tortues accouplées présentent le même phénomène que les chiens de

1 Spire «argue.

• Le tabre lourd mâle. La femelle était appelée kichk.

' Le «pare eantharc.

4 Suidas dit que c'est le grand rantbare.

terre et que les phoques ; elles restent longtemps engagées dos à dos; on dirait que des liens les tiennent enchaînées. L'hymen fatal du poulpe et sa mort cruelle se succèdent de très-près ; le terme de son amour est aussi celui de sa vie. II ne quitte point sa femelle, il ne cesse point de jouir qu'il n'y soit contraint par l'abandon de ses forces, qu'il ne tombe de lassitude et d'épuisement sur le sable; il devient alors la proie de tout ce qui passe près de lui. Les cancres, gros el petits, le dévorent, ainsi que ces poissons qu'il poursuivait naguère avec tant d'avantage, dont il faisait lui-même sa nourriture. Étendu maintenant , il est mis en morceaux jusqu'à ce qu'il succombe et meure. 11 périt ainsi victime d'un trop funeste amour. Sa femelle meurt de même dans les douleurs de ses efforts laborieux ; car, différente des autres poissons, elle ne voit point sortir ses œufs les uns après les autres; adhérens entre eux et comme en grappes, ils ne sortent qu'avec peine par une issue trop étroite; ce qui fait que les poulpes ne vivent jamais au delà d'une année; leurs œufs ou leurs amours les font toujours périr misérablement.

C'est une chose assez reconnue que le serpent ' s'accouple avec la murène , que celle-ci sort d'elle-même de la mer pour satisfaire le penchant qui la porte à cet hymen. Le serpent en proie à l'ardeur la plus vive brûle de jouir, se traîne à la hâte vers le rivage; il cherche d'abord une pierre creuse et concave, dans laquelle il puisse déposer son venin ; il y verse ce funeste el subtil poison , trésor et magasin du trépas : il rend ainsi son approche sans danger et sans dommage pour la murène. Parvenu au bord des eaux, il donne le signal accoutumé, ce signal dont il l'invite à l'amour : elle l'entend aussitôt et s'avance plus rapide qu'un trait. Elle s'élance du fond des mers; le serpent s'élance aussi de la terre au sein des flots; tous deux avides de s'unir se précipitent l'un sur l'autre. Dans l'ivresse du bonheur, la murène admet dans sa bouche la tête de cet époux chéri. Lorsqu'ils ont rempli le vœu de l'hymen, ils se retirent, elle dans le lieu de la mer qu'elle habitait, lui vers le rivage. Il retourne aussitôt à la pierre dépositaire du venin exprimé de ses dents ; il le reprend et le repompe. S'il ne le retrouve pas, s'il connaît que quelqun

' La vipère.

passager, qui en a fait la rencontre, Ta dissipé dans des flots d'eau, il succombe à la plus vive douleur ; il se jette à terre et y attend que l'inexorable destin termine sa vie cl son supplice : tant est grande sa honte de se trouver ainsi sans force , sans ces armes qui faisaient «a gloire et son essence comme serpent-, il perd et laisse sa vie sur la môme pierre où il avait laissé son venin.

Les dauphins s'unissent entre eux à la manière des mortels : ils leur ressemblent encore par la forme de leurs sexes; seulement celui des mâles n'est pas toujours visible : il est caché dans l'intérieur de leur corps; il ne se montre que dans l'acte nécessaire de la génération.

Telles sont les mœurs des poissons dans leurs amours, dans leurs hymens. Le besoin de s'unir, le désir de perpétuer leur espèce, se font sentir aux uns dans une saison, à ceux-là dans une autre : c'est tantôt Télé , tantôt l'hiver ; ici c'est le printemps, là l'automne précipité qui les voit vaquer aux soins de leur reproduction. Le plus grand nombre n'a qu'une seule ponte , n'engendre qu'une seule fois chaque année. Le labrax éprouve deux fois les douleurs de Lucine ; les trigles sont ainsi nommés de leur ponte triple; on en observe quatre dans le scorpion, et cinq dans les seuls cyprins. On dit qu'on n'a jamais vu l'onisque se reproduire; sa manière de se régénérer est encore inconnue aux humains. Lorsque les germes des poissons ovipares se développent en eux au printemps, certaines espèces bornées à leur demeure ordinaire y restent tranquilles cl paisibles ; d'autres , qui vivent en commun , se rendent ensemble dans le Pont-Euxin pour y déposer leurs œufs : c'est le bassin le plus | agréable de l'empire d'Amphitrilc ; il est le rendez-vous de plusieurs fleuves aux eaux douces et abondantes. Sur ses bords sinueux sont des bancs d'un sable doux et fin , de gras pâturages, des roches donl la cime surnage aux ondes, d'autres à creux profonds, des cavernes à lits d'argile, des monts à sommets ombragés , enfin tout ce qu'aiment les poissons. On n'y voit ni les cétacés dévastateurs ni tout autre animal donl ils puissent devenir la proie, pas même les ennemis des plus petits d'entre eux, les poulpes , les astacus, les pagures. Les dauphins y sont en petit nombre ; ils sont d'ailleurs les plus faibles, les moins malfaisans des

cétacés; c'est ce qui fait que celle mer à pour eux autant d'attrait et qu'ils mettent tant d'empressement à y chercher leur nourriture : ils s'y portent tous en masse péle-mêle et de toutes parts, offrant l'ensemble et l'aspect d'un troupeau. Tous suivent la même roule, la même impulsion , le même mouvement , le même instinct pour leur retour. D'immenses quantités de poissons différens passent de la mer de Bébrycie et des bouches étroites de celle du Pont dans le Bosphore de Thrace el se répandent dans la longue étendue de celle vaste mer. Ainsi lorsqu'il arrive de l'Élhyopie el de l'Egypte des bandes de grues élancées dans les airs qu'elles remplissent de leurs cris, qui fuient ou la cime neigeuse du mont Allas, ou le rude hiver, ou les races inhabiles des Pigmées dégénérés, leurs grandes troupes alignées en bataillons s'avancent sans rompre leurs rangs el obscurcissent les cicux de leurs ailes déployées ; ainsi des milliers de poissons sillonnent les eaux de l'Euxin. Cette mer en est remplie et frémit dans son sein des baltemens nombreux el répétés de leurs nageoires jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent dans leurs courses cl pour leur ponte. La saison de l'automne reparattelle, ils songent aussitôt à faire retraite; car l'hiver exerce bien plus ses rigueurs sur cette mer agitée qui a peu de profondeur : elle est plus accessible à la fureur des vents, qui la bouleversent et la tourmentent à leur gré. Fuyant donc ces rives des Amazones, ils s'en retournent avec leur nouvelle famille et se dispersent dans l'Océan , suivant leur goût ou leur caprice. Ceux qu'on nomme mous (ou mollusques) , qui n'ont point de sang, qui n'ont point d'os, ceux qui sont enfermés dans de fortes écailles ou recouverts de têts solides, se propagent aussi par des œufs donl la nature leur confie le soin. Le chien voracc , l'aigle de mer 1 et tous ceux qu'on désigne sous le nom de cartilagineux , les dauphins, ces rois des poissons, el les phoques aux gros yeux font des petits qui, au sortir du sein de leurs mères, onl les mêmes formes qu'elles. Tous les animaux des mers qui sont vivipares ont un amour extrême pour leur progéniture el la défendent avec courage.

Rien ne lient pMus du prodige que l'hisloirc des dauphins, soit qu'ils aient fait autrefois partie de l'espèce humaine, soit qu'ils aient ha-

' U raio aigle.

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