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portent ensuite dans l'intérieur de la nasse. Le pêcheur, l'enlevant alors promplement , vogue avec célérité; il poursuit son travail dans le plus profond silence, les rameurs sans ouvrir la bouche, les rames sans faire aucun bruit , car le calme et le silence sont favorables à toute espèce de' pèche et surtout à celle des saupes, qui sont d'un naturel craintif et facile à s'ciïrayer : la crainte ruine l'espérance du pécheur.
11 n'est pas de poisson qui s'accommode de plus vils alimens que le trigle: tout lui est bon, jusqu'à la moindre ordure. 11 recherche singulièrement tout ce qui est d'odeur fétide : le mets qui flatte le plus son goût est le cadavre d'un homme en putréfaction , lorsque la mer gémissante lui en offre quelqu'un ; aussi les appâts qui se distinguent par la plus repoussante puanteur l'attirent -ils plus aisément. Des mœurs qui ont de l'analogie, des appétits également immondes, rapprochent le cochon et le trigle , et tous deux occupent le premier rang, l'un parmi les habitans des eaux, l'autre parmi les animaux terrestres.
Vous ne prendrez point le mélanure avec vos filets , vous ne l'attirerez point facilement dans vos nasses ; c'est de tous les poissons celui qui a le moins d'énergie et d'intelligence; sa chair n'est ni délicate, ni d'un bon goût. Tant que la mer est calme , il repose sur son fond et ne s'élève jamais à la surface 5 mais lorsqu'elle s'enfle agitée par les vents impétueux, les seuls mélanurcs en sillonnent les vagues courroucées sans redouter ni l'homme ni d'autres poissons. Ceux-ci frappés d'effroi se réfugient dans les dernières profondeurs des eaux. Les mélanures se répandent sur les rives retentissantes , circulent autour des rocher», dans l'espoir que l'agitation des flots y aura conduit quelque aliment. Insensés! ils ne savent pas combien les mortels l'emportent sur eux par les ressources de leur esprit et qu'ils tombent dans leurs mains , quelque effort qu'ils fassent pour se dérober à eux. Lorsque l'empire d'Amphitrite bouillonne, soulevé parles tempêtes d'hiver, le pécheur se place sur le penchant d'une roche que l'onde environne, dans le lieu où le bruit qu'elle fait contre ses flancs est le plus fort; il sème dans les parties où elle vient se briser des fragmens de pain ot de fromage pétris ensemble : les mélanures, pleins de joie , s'élancent , empressés de s'en saisir. Lorsqu'il les voit s'y précipiter en foule
il relève son corps incliné pour que son ombre ne tombe point sur les eaux et n'effraie point les poissons ; ses mains sont armées d'un léger roseau : une corde grêle d'un léger crin lui est inhérente et sert d'attache à de nombreux petits hameçons; il y accroche pour appât le même mets qu'il jetait naguère dans les mer», il le lance dans leur sein trouble et tourmenté : les mélanures y fondent aussitôt, et y trouvent la morl. Le pécheur, de son côté, n'a plus un instant de repos; il fuul que son bras enlève fréquemment la ligne , quoique souvent sans aucune proie : il ne saurait reconnaître, au milieu du déchirement des ondes, si ce sont elles qui l'entraînent ou si c'est quelque poisson. Dés que l'un d'eux a mordu aux haims, le pêcheur se presse de le tirer avant que les autres mélanures s'aperçoivent de la fraude et que la crainte leur fasse prendre la fuite. Telle est la pêche dont son adresse vient à bout dans les temps rigoureux de l'hiver.
Quoique le keslrc ne soit pas YOrace, on le trompe en lui présentant des hameçons enlacés dans des appâts d'un mélange de pain et de la matière solide du lail.dans lequel on aura fondu la menthe odorante, qu'on dit être une jeune nymphe, Qllc du Cocyte. Longtemps Pluton l'honora de sa couche; mais lorsque le dieu des enfers eut ravi sur le mont Etna la fille unique deCérès, celte mère irritée des fureurs téméraires, des emporlemens jaloux de la flère Menthe , la foula impitoyablement aux pieds. Celle nymphe superble osait prétendre qu'elle l'emportait par sa naissance, par sa beauté, sur Proserpine aux beaux yeux noirs; elle ne craignit point de publier que Pluton lui rendrait son cœur et renverrait sa rivale. Quel prix terrible de tant d'orgueil et de jactance! Changée en menthe', elle s'élance de terre, humble plante de son nom. Les pêcheurs la mêlent donc dans leurs appâts : le keslre, lorsque l'odeur en est parvenue jusqu'à lui, ne tarde pas à s'approcher; il reste d'abord a une certaine distance de l'hameçon et le considère d'un œil oblique et en dessous ; semblable à un homme qui, arrivant à la naissance de trois chemins, reste en suspens et pensif : un secret mouvement l'entraîne tantôt à se porter vrrs
1 Tout le monde connaît la menllie. C'csl un genre de planta S nombreuses espèces de colles qui composent la faimHr d«s labiée*. ran?<* par Linné dans U cl*«c de la didynamic g? m
noipcrmie.
LA PÊCHE
celui qui esl à gauche, lanlôl à préférer celui qui esl à droite : il tourne ses regards sur chacun d'eux ; son esprit flolle comme Tonde des mers ; il se fixe el se décide enfin ; de même le keslre éprouve â la fois des impressions diverses. Cet appât lui parait tantôt un piège, tantôt un mets innocent ; enfin cette dernière impulsion l'emporte el le conduit au trépas. Près d'arriver, il s'en retourne tout tremblant. Que de fois, comme il touchait à l'hameçon, la frayeur Ta saisi et ramené en arrière ! Ainsi qu'une fille en bas âge qui convoite quelque mets ou quelque aulrc objet en l'absence de sa mère, mais qui tremble de s'atlirer son courroux el n'ose s'avancer, quelque tentée qu'elle soit de s'emparer de ce qu'elle désire ; qui le fait toutefois , mais & la dérobée, et revient au même instant sur ses pas , le cœur dans un combat continuel entre l'assurance et la crainte cruelle , et les yeux toujours attachés sur le seuil de la porte : tel ce timide poisson, se poussant vers l'appât , balance et recule; mais lorsque, devenu plus téméraire, il s'en approche davanlago, il n'y touche pas encore ; il le bal cl l'essaie auparavant de sa queue pour reconnaître s'il ne recèle point quelque chose qui respire*, car les keslrcs ont pour loi de ne faire leur nourriture d'aucun être vivant; il l'effleure ensuite et l'entame à peine du bout de de ses lèvres : dans ce moment le pêcheur le presse, le perce de l'hameçon en le tirant â lui, tel qu'un cavalier 1 qui, du frein modérateur de sa bride, retient l'ardeur trop vive de son checheval ; il l'enlève enfin , et le jette palpitant sur le rivage.
On leurre aussi le xiphias avec le funeste hameçon ; mais il n'y trouve pas la mort de la même manière que les autres habitansdes eaux. Aucun appât ne garnit les crochets : nus et â découvert, ils sont seulement liésel suspendus postérieurement aux deux bouts d'une corde ; on y attache au-dessus, â la distance de trois palmes* un de ces poissons mous el blancs -on l'y dispose avec adresse en le fixant par les extrémités de la tête. Lorsque le xiphias s'y porte avec impétuosité , son glaive ardent met en pièces le corps du poisson. Les liens alors, dont ce dernier était retenu, tombent sur l'ha-
' Le grec dit tniochàs , qui signifie proprement un conducteur de chars
' La largeur de chacune est celte de quatre doigta du la
meçon cl l'enveloppent. Le xiphias , sans soupçonner le piège et la mort qui l'attendent , se précipite la bouche largement ouverte sur celte horrible nourriture, et devient la proie du pêcheur qui le tire avec violence. On attaque encore le xiphias par beaucoup d'autres moyens, et principalement dans la pêche qui s'en fait dans la mer Thyrrénienne, dans les parages de la ville sacrée de Marseille el dans ceux des Celtes. IM vivent d'énormes , de prodigieux , d'inabordables xiphias d'une immense grosseur' el d'une forme toute différente de celle des poissons. Dans ces contrées, les pêcheurs construisent des bateaux armés de fers redoutables, qui ont la structure et la ressemblance des xiphias : ils en attaquent ces animaux ; ceux-ci ne se portent point sur eux comme sur une proie; ils les prennent non pour des batimens à riches galères , mais pour des compagnons , des poissons de même espèce , jusqu'au moment où ils se voient enfermés de toutes parts dans un cercle de pêcheurs ennemis. Frappés alors du terrible trident, ils reconnaissent l'extrémité cruelle où ils sont réduits; tous leurs efforts sont vains, la fuite n'est plus en leur pouvoir, il faut qu'ils succombent à l'impérieuse nécessité. Souvent ces robustes habitans des mers se défendent avec leurs glaives et les plongent dans les flancs creux des bateaux ; les pêcheurs se pressent aussitôt de les rompre, de les séparer de leurs têtes à grands coups de hache. Ils entraînent les xiphias ainsi désarmés, tandis que leurs glaives restent fixés dans le bois comme des pieux de fer. Lorsque des guerriers, dans le dessein d'entrer par ruse dans une ville et dans ses tours, se revêtent des dépouilles des ennemis restés morts sur le champ de bataille et se présentent dans cet état aux portes , les babitans, croyant voir arriver â la hâte leurs concitoyens, leur ouvrent et n'ont pas lieu d'être fort contens d'avoir reçu de pareils amis : de même le xiphias se laisse surprendre â la ressemblance trompeuse des bateaux. Lorsqu'il est emprisonné dans les obliques cavités des rets, il périt par sa folle imprudence en s'emportant, pour s'échapper, A des sauts pernicieux. Il redoute extrêmement les filets ; dans la crainte de s'embarrasser dans leurs replis , il se livre sans défense ; son cœur est loin d'êlre aussi puissamment armé que sa tête, il
vojez l'intéressante remarque du chant troisième, qui cor respond à ce passage.
reste glacé d'effroi dans un abatlcmcnl honteux, jusqu'à ce qu'il soit entraîné sur le rivage : là les pécheurs l'accablent , écrasent sa tête des coups redoublés de leurs lances ; sa sotte faiblesse cause sa ruine.
C'est aussi leur folie qui fait prendre le scombre, le thon charnu, les raphis cl les nombreuses espèces de synodontes. Les scombres, voyant certains des leurs bondir au dedans des rets , veulent aussi entrer dans cette enceinte de mort. Le plaisir qu'ils ressentent à la vue de leurs compagnons est le même que celui des enfans sans expérience qui, frappés du vif éclat d'un brasier enflammé, sourient réjouis de ces rayons de lumière ; ils désirent de la loucher , ils avancent vers elle leur main novice ; mais duns l'instant le feu leur paraît un ennemi terrible. Les scombres désirent aussi de pénétrer dans ces retraites sans issue ; ils forment un bien misérable vœu : les uns plus à l'aise , bondissent emprisonnés dans de plus vastes -, d'autres entassés dans de plus étroites, périssent dans les affreux tourmens d'une trop forte pression. Vous en verriez un grand nombre , lorsque les rets ont été ramenés sur le rivage , qui adhèrent fortement à leurs flancs , comme s'ils y étaient fixés par des clous-, d'autres qui entrent à l'instant dans ce séjour du trépas ; d'autres qui brûlent impatiemment d'en sortir, mais que retiennent sans espoir ces humides prisons.
Les thons doivent de même à leur folie de finir leur sort dans les mêmes angoisses que les scombres. Poursuivis par un égal désir de leur perle, ils ambitionnent également de s'embarrasser dans le rets fatal. Ils ne pénètrent point dans son intérieur, ils l'attaquent de leurs dents obliques pour y faire une trouée où leur corps puisse passer ; ces mailles mouillées s'engagent ainsi dans leurs dents ; plus de moyens de fuir. Gémissant dans ces liens dont leur bouche est entravée, ils sont entraînés sur la terre, victimes de leur folle témérilé. Les raphis ont les mêmes mœurs : lorsque échappés de l'enceinte des diclues ils s'étaient aussi soustraits aux tourmens de leur captivité , ils se reportent de nouveau dans les filets , excités par la vengeance à les déchirer de leurs morsures ; leurs dents s'y attachent avec force et y sont irrévocablement enchaînées.
Les synodontes vont par troupes. Lorsque les pêcheurs leur présentent l'hameçon, ils font tous volte-face les uns vis-à-vis des autres et ne
veulent point approcher ; mais si quelque synodonle d'une autre bande s'élance pour saisir l'appât, la confiance renaît en eux , ils y courent et sont pris. Leurs compagnons, les voyant alors sur la proie , s'abandonnent aux plus vifs transports, tandis que le pêcheur les entraîne -, ils se disputent , se pressent à l'envi les uns de» autres à qui se jettera le plus tôt dans ses mains, à qui mourra le premier , comme des enfans qui se livrent joyeusement à leurs jeux.
Les thons viennent du vaste Océan et se rendent dans nos mers après l'époque des ardeurs du printemps, après qu'ils ont goûté les doux plaisirs de l'hymen. On les voit d'abord sur la mer d'Ibérie, où les pèchent les vaillanset flers* Ibères ; ils se portent ensuite vers l'embouchure du Rhône , où les prennent les Celtes, ces anciens habitans de la Phocide. On les rencontre en troisième station sur les rivages de l'Ile de Trinacris" et le long de la mer de Thyrrèno». De là ils se répandent de toutes parts dans les immenses profondeurs des flots, dont ils remplissent toute l'étendue. Lorsque les nombreuses phalanges des thons paraissent au printemps, la pêche est aussi riche qu'extrêmement abondante. On commence par faire choix d'un lieu de la mer qui ne soit pas trop resserré vers le plan incliné du rivage, qui ne soit pas Irop battu des vents, mais qu'en défendent ou la nature du climat, ou des abris protecteurs, l u habile thunnoscope4 se place en sentinelle sur la cime d'un mont élevé ; il guette l'arrivée des diverses troupes des thons , il observe leur qualité , leur nombre; il en donne connaissance aux autres pêcheurs : aussitôt toutes les dictues , transportées au milieu des eaux, sont disposées comme une ville -, on y voit des avenues , des portes étroites et intérieures : les thons y entrent en bataillons nombreux-, tels seraient ceux d'une armée. I^à sont ceux des plus jeunes, plus loin ceux des plus Agés, ici ceux d'un moyen fige; ils se portent dans tous les détours des filets , en colonies innombrables qui n'ont
' Celle épitbcto a toujours oie donnée i ce* peuples : Us oc l'onl jamais démentie.
• Toul le monde sait que la Sicile est ainsi nommée de ses trois caps ou promontoires, Ulibwc, Pacbine et Pélore.
' Aujourd'hui la mer de Toscane.
' Vn habile guetteur. Je conserve en français le mol tluotttateope, qui me paraft rendre parfaitement en un mol la commission qui lui est départie de veiller i l'arrivée des thons. Oc mol ne doit avoir ri< n qui répupnc , puisque nous avons d.>ji dans noire langue télescope, ternoscope, microteope, umnouvpe, etc.
LA PÊCHE
de lermo que les désirs des pécheurs et qu'au moment où ceux-ci enlèvent les diclucs. Ils se procurent ainsi une pêche étonnante et immense.
CHANT QUATRIÈME
Les amours des poissons en font tomber un grand nombre dans les mains des pécheurs ; leur mortel empressement pour leurs femelles les entraîne à de funestes hymens , à de bien fatales jouissances. O vous ,1e plus puissant de ceux qui commandent aux mortels, An(onin,et vous son cher, son divin fils ! voyez avec complaisance, avec intérêt ces ravissans tableaux des mers dont les Muses en me comblant de leurs faveurs ont tracé les heureuses images dans mon esprit et dans mes chants : poète , elles ont ceint mon front de leurs lauriers immortels , pour me rendre digne de faire passer à vos oreilles et dans vos âmes le charme enivrant de la douce harmonie !
Amour! trompeur Amour! le plus beau sans doute des dieux , mais le plus terrible lorsque tu portes inopinément le trouble dans un cœur : tu y exerces le ravage comme la tempête-, tu y souffles d'horribles tourbillons de feux ; tu y développes le ferment des douleurs aiguës, des plus intraitables fureurs ; lu le fais un jeu cruel de voir verser de* larmes, d'entendre pousser des soupirs, des sanglots, d'embraser, de rougir les entrailles d'un feu dévorant , de ruiner celte fleur de la beauté du corps , de creuser les yeux, de livrer l'âme enfin au plus affreux délire. Que de victimes de ta rage effrénée , en proie au plus horrible désordre , ont été englouties dans la tombe ! Ce sont là les sacrifices qui le plaisent. Qui que tu puisses être , ou la plus ancienne des divinités sortie rayonnante des gouffres de l'informe chaos , qui as établi le premier les lois et les nœuds de l'hymen et fait connaître le véritable objet du rapprochement des sexes, ou que lu aies pour mère la reine de Paphos, l'ingénieuse Vénus, et que, dieu ailé, lu tiennes d'elle cette ressemblance avec les oiseaux , daigne m'être propice ! Viens avec ton aimable et douce bienveillance, dicte loi-même mes chants. Quel téméraire oserait blâmer l'ouvrage de l'Amour ! Ton empire s'étend sur tout ce qui existe : partout on te désire et partout on te redoute. Heureux celui dont un amour
tranquille occupe et remplit le cœur! Les liabilans de l'.OIympc, la race des humains ne suffisent (tas à ta puissance : lu ne dédaignes ni les bêtes féroces ni les êtres qui peuplent les vastes régions de l'air ; tu pénètres dans l'abîme des eaux , armé de tes flèches acérées , afin que rien n'échappe à ton impérieuse et nécessaire influence, pas même le poisson qui vit au sein des ondes.
Quel amour , quelle véhémence dans l'ardeur des scares aux couleurs variées ! Loin de se délaisser entre eux dans le danger, ils se prêtent un appui réciproque. L'un d'eux gémitil engagé au terrible hameçon, un autre s'élançant à sa défense, rompt la corde de ses dents, lui sauve la vie et prive le pêcheur contristé du prix de ses travaux : celui-ci , captif dans les nasses est délivré par un autre scare , qui l'en relire et l'arrache au trépas. Lorsque ce beau poisson se voit pris dans le filet, il cherche , il essaie tous les moyens de se soustraire à son malheur. La tête et les yeux tournés en bas , il nage de sa queue en arrière en la passant dans le cou delà nasse; il redoute surtout les brins aigus et allongés qui en hérissent l'entrée et qui , tels que des pkmans blessent sa face et ses yeux lorsqu'il se présente par sa parlie antérieure. Ceux de son espèce voyant son inquiétude , son embarras , s'élancent de dehors à son secours et ne l'abandonnent point dans sa détresse : l'un d'eux lui tend sa queue, comme si elle était une main dont il pût le prendre-, elle lui sert à s'y accrocher de ses dents : il l'entraîne ainsi hors de sa prison , la bouche comme enchaînée & cette queue conductrice. Souvent c'est celui qui est dans la nasse qui avance sa queue; un autre s'en saifit, le fait suivre et l'enlève du précipice. C'est par cet industrieux manège qu'ils se dérobent à la mort. Ainsi lorsque des hommes gravissent un mont escarpé durant une nuit ténébreuse, quand la lune a cessé de paraître, voilée par les crêpes rembrunis des noirs nuages , ils se tourmentent dans l'obscurité, et s'égaranl dans des sentiers qui ne sont point battus, se donnent la main les uns aux autres et s'entr'aident en se tirant mutuellement ; ainsi l'amour des scares les uns pour les autres les entraîne à se secourir entre eux ; il est même souvent la cause de la ruine de ces infortunés : attachement aussi amer que funeste , qui les précipite dans les mains ennemies des pêcheurs! Quatre