LA PI
riture. Trop souvent leur présence glace les nauloniers d'épouvante dans la mer occidentale d'Ibérie, lorsque quiltanl les abîmes immenses de l'Océan , ils se portent de préférence sur ces parages , tels que des vaisseaux à vingt rames. Trop souvent, dans le séjour qu'ils Font dans ces mers, ils s'approchent des rivages a grands Fonds où les pécheurs leur font la guerre. Ces énormes habitans des eaux ont tous, si Ton en excepte ceux de la race des chiens , des membres lourds et peu propres aux courses rapides. Leur vue ne s'étend pas au loin; ils ne se montrent pas sur toute l'étendue des ondes , embarrassé» par le jeu difficile de leurs parties trop massives ; ils se roulent pesamment et avec lenteur sur les flots; aussi vont-ils tous escortés d'un poisson de taille médiocre à corps long, a queue grêle, qui, en avant , a une petite distance , leur sert comme de signal et les conduit sur les mers; de là le nom de conducteur 1 qu'on lui a donné. Il est , pour le célacé, un compagnon extrêmement cher et précieux , son guide , son gardien qui l'entraîne sans effort partout où il veut. Toujours fidèle à son fidèle conducteur, le cétacé le suit aveuglément et ne suit que lui. Le poisson ne s'en éloigne jamais, avance la queue à portée de ses yeux et l'avertit par elle de toutes choses, de l'approche d'une proie, de la présence de quelque obstacle , de quelque basfond qu'il est utile d'éviter. Cette queue, comme si elle jouissait du don de la voix , l'informe de tout, et le célacé se règle sur son rapport. Enfin ce poisson est son enseigne, ses oreilles, ses yeux ; il n'entend ni ne voit que par lui ; il lui livre sans réserve le soin de sa garde et de sa vie. Ainsi qu'un jeune homme que son pieux amour fait rendre à son vieux père de tendres soins si doux à la vieillesse en retour de ceux qu'il reçut dans l'enfance ; qui , toujours à ses côtés, lui prodiguant les plus louchantes caresses , guide les pas chancelans de ce père chéri dont les ans ont affaibli les organes et rendu la vue incertaine, qui, d'une main tulélairc le soutient dans sa marche et lui sert en toute occasion d'appui, de défenseur; les enfans sont en effet la force renaissante des vieillards : ainsi le poisson dirige par amour ce colosse des mers comme un pilote qui , le gouvernail en main , règle le mouvement d'un navire;
■ I* cenlronnplo piloio.