SUR LES OEUVRES D'HÉSIODE
« Dans ce icnips, les entons des Dioscures , ayant construit des radeaux et des navires, se livrèrent à la navigation , et jetés par les flots près du mont Cassius, ils y consacrèrent un temple.
» Les compagnons d'itus ou de Cronos furent surnommés Eloïm , c'est-à-dire les Cronicns. Tels sont les hommes qu'on dit avoir vécu sous Cronos.
« Cronos, ayant eu un Gis nommé Sadidos, l'immola de son propre fer, parce qu'il s'était méfié de lui , et devenu le meurtrier de son fils, il le priva de la vie.
» Il coupa aussi la tète de sa propre fille; de sorte que cette résolution de Cronos frappa d'étoonement tous les dieux.
» Dans la suite des temps , Uranus , mis en fuite, envoya contre Cronos une de ses filles encore vierge, Astarlé, avec deux autres de ses sœurs , Rhéa et Dioné , en les chargeant de le faire périr par ruse. Cronos, voyant ses sœurs en âge de se marier , les épousa. Uranus l'apprit et fil marcher contre Cronos Imarméné et Hora avec d'autres alliés ; mais Cronos se les attacha par l'amitié et les retint auprès de lui.
» Le dieu Uranus , ajoute Sanchoniathon , inventa les bétyles en fabriquant des pierres animées.
» Cronos eut d'Astarté sept filles Titanides ou Artemides; il eut encore de Rhéa sept fils, dont le plus jeune reçut l*a|>othéosc dès sa naissance. Dioné ne lui donna que des filles; il eut encore d'Astarté deux enfans mâles, Pothos et Eros.
» Dagon, après avoir trouvé le blé et la charrue, fut appelé Zeus Arotrius (Jupiter laboureur).
« Une des Titanides, unie à Sydyc, appelé le Juste, enfanta Asclépius. Cronos eut encore dans la Pérée trois* enfans , Cronos, qui porta le nom deson père, Zeus Relus et Apollon.
» Dans ce temps naquirent Pontus , Typhon et Nérée , père de Pontus.
» De Pontus naquirent Sidon , qui la première , à cause de la mélodie extraordinaire de sa voix, trouva le chant des hymnes, et Poséidon.
'» Démarus eut pour fils Mélicarlhe, qui est le même qu'Hercule.
» Ensuite Uranus fait la guerre à Ponthus , et , se séparant de lui , s'allie à Démarus. Démarus fond sur Pontus, mais Pontus le contraint à fuir. Démarus dans sa fuite fit le vœu d'un sacrifice.
» Dans la trente-deuxième année de son pouvoir et de son règne, Ilus, c'est-à-dire Cronos, ayant dressé une embuscade à son père Uranus dans un endroit situé au milieu des terres, et s'élant armé d'un glaive, lui coupa les parties génitales sur le liord des fontaines et des fleuves. C'est là qu'Uranus obtint l'apothéose ; il y avait perdu le souffle de la vie , et le sang de son organe viril avait coulé daus les fontaines et dans les ondes des fleuves. On montre encore aujourd'hui le théâtre de cet événement.
» Telles sont les actions de Cronos ; tel est le récit véritable du genre de vie qu'ont célébré les Grecs et
qu'on a placé sous le règne de Cronos. Voilà les mortels qu'on dit avoir formé la première race de l'âge d'or, de cet âge où le bonheur des anciens hommes a été si grand. »
L'écrivain ajoute à ce qu'il a déjà rapporté et dit entre autres choses :
« Astarté la très-grande, Jupiter Démarus et Adodus, roi des dieux, régnaient sur le pays, du consentement de Cronos.
» A starté mit sur sa propre tète , pour marque de sa royauté, la tète d'un taureau. En parcourant la terre, elle trouva un astre tombé du haut des airs, qu'elle prit et consacra dans 111e sainte de Tyr. Les Phéniciens disent qu'Astarté est la même qu'Aphrodite.
» Cronos, taisant aussi le tour du monde, donna le royaume de l'Atlique à Athéna sa fille. La peste et la mortalité étant survenues, Cronos sacrifie à son père Uranus son fils unique et coupe ses parties génitales, obligeant ses compagnons à faire la même chose.
» Peu de temps après, un autre fils qu'il avait eu de Rhéa, et qui se nommait Muth, étant mort, il lui décerna l'apothéose. Les Phéniciens donnent à ce fils le nom de la Mort et de Pluton.
» Ensuite Cronos donna la ville de Ryblos à la déesse Raallis, qui est la même que Dioné, etRéryle à Poséidon, aux Cabires, aux Agrolès (les agriculteurs) et aux Aliens (les pécheurs), qui consacrèrent dans Réryle les restes de Pontus.
Avant ces événemens, le dieu Taaut, imitant Uranus, figura les images des dieux Cronos et Dagon et des autres pour en faire les caractères sacrés des lettres.
» Il donna à Cronos, pour signe de royauté, quatre yeux par devant et par derrière la tète ; deux veillaient tour à tour et se reposaient. Il plaça aussi sur ses épaules quatre ailes , deux comme déployées et deux comme abaissées.
» Ce symbole montrait que Cronos veillait en restant couché et restait couché en veillant. Il en était de même pour les ailes, qui signifiaient qu'il volait en se reposant et se reposait en volant.
» Quant aux autres dieux , il ne donnait à chacun que deux ailes sur leurs épaules, pour montrer qu'ils accompagnaient seulement le vol de Cronos.
» De plus, il mit sur la tète de Cronos deux ailes , comme emblèmes , l'une de la supériorité de son esprit dans le commandement, l'autre des sensations de son âme.
«Cronos, éumt allé dans le pays du Notus, donna toute l'Egypte au dieu Taaut pour qu'elle devint son royaume.
» Les premiers qui ont raconté tous ces événemens, dit-il, sont les sept Gis de Sydyc, les Cabires et leur huitième frère Asclépius, comme le leur avait recommandé le dieu Taaut.
» Le fils de Tbabion (Sanchoniathon), le premier hiérophante des Phéniciens, né dés la plus haute
NOTES
antiquité, allégorisa lous ces récits, les enveloppa d'idées physiques et cosmiques, et les transmit aux chefs des orgies et aux prophètes qui présidaient aux sacrifices.
» Ceux-ci, cherchant surtout à en augmenter l'importance, les communiquèrent à leurs successeurs et aux initiés, au nombre desquels était Isiris, l'inventeur des trois lettres, le frère de Chna f qui fut surnommé le Phénicien. »
Ensuite il continue en ces termes:
« Les Grecs, qui ont surpassé lous les peuples par l'étendue de leur esprit, se sont approprié la plupart de ces anciennes histoires , les ont surchargées d'ornemens ambitieux, et, dans le dessein de plaire par le charme de leurs fables, les ont diversifiées à l'infini. C'est de la qu'Hésiode et les autres poêles
cycliques , si renommés, ont forgé leurs théogonies , leurs gigantomachies , leurs titanomachics et ces morceaux détachés qu'ils ont inventés à plaisir en étouffant la voix de la vérité.
» Nos oreilles, nourries de leurs fictions et prévenues en faveur de tant de siècles, conservent comme un dépôt cet amas de fables qui leur a été transmis , ainsi que je l'ai dit au commencement. Ces fables, dont la croyance a été fortifiée par le temps, ont acquis une autorité difficile à détruire , de sorte que la vérité même paraît un mensonge et que ces traditions mensongères semblent la vérité.
•» Tels sont les récits tirés de Sanchoniathon , traduits par Philon de Byblos et regardés comme authentiques par le philosophe Porphyre. »