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où la foi du serment n'est plus aussi respectée qu'auparavant et où les hommes ont besoin d'y être ramenés par la crainte des punitions les plus terribles.
(47) Celte description de combat, animée de tant de verve et de chaleur, semble avoir été inspirëe à Hésiode par Homère lui-même. La marche de Jupiter qui (ait trembler le vaste Olympe rappelle ici Neptune agitant sous ses pieds immortels les montagnes et les forets. Hésiode avait probablement sous les yeux ce beau passage de V Iliade (oh. 13, v. n) : « Soudain il descend du mont escarpé en s'élançant d'un pas rapide ; les vastes montagnes et les forêts
v tremblent sous les pieds immortels de Neptune qui s'avance. »
(48) Ce passage est encore une imitation du morceau sublime de 17/ûide (ch.20,v.6i) qui représente Pluton épouvanté s'élançant de son trône. Ce morceau, qui arrachait à Longin des transports d'admiration, est trop connu pour qu'il soit nécessaire de le rappeler.
(40) Typhoé, principe et agent du mal, est le père de tous les vents, excepté du Notus, de Borée et de Zéphyre. Remarquons irî avec Wolf : l" qu'outre les vents cardinaux, les seuls dont nomère fasse mention, Hésiode en a connu d'autres ; 2° qu'il représente comme bienfaisans et utiles le Notus , Borée et Zépbire , et deYrit les autres comme nuisibles et orageux. On pourrait en conclure qu'il en savait plus qu'Homère à cet égard ; cependant il passe sous silence l'Eunis , dont Homère parle souvent : il parait donc tantôt plus instruit, tantôt plus ignorant qu'Homère. Ainsi ce passage n'est pas un de ceux qui peuvent servir à Gxcr l'époque où vécut chacun de ces deux poêles.
(50) Ici commence une nouvelle époque : les dieux, vainqueurs des Titans, défèrent la royauté à Jupiter, et Jupiter, fidèle a ses promesses (v. 392) , leur distribue les emplois et les honneurs. La race de Jupiter représente le troisième et dernier âge de la religion grecque ; le voile des allégories commence a devenir plus diaphane, et le polythéisme se revêt de Ja véritable forme hellénique.
(51) Métis est la première femme de Jupiter, parce qu'un roi ne doit pas avoir de compagne plus intime que la Prudence : le poète indique par cette allégorie que la Sagesse est unie a la puissance divine. Le (ivre intitulé la Sagesse de Salomon nous présente une image semblable (c. 8, § 2) : « J'ai aimé la Sagesse et je l'ai recherchée dès mon adolescence : j'ai désiré l'avoir pour épouse. »
Lorsque Jupiter dévore Métis et la cache dans ses entrailles , c'est pour s'attacher la Sagesse par des
nœuds encore plus indissolubles; il agit ainsi d'après les conseils d'Uranus et de la Terre, parce que les destins avaient prédit qu'il lui naîtrait un fils qui le détrônerait. Ce mythe bizarre remonte sans doute à une haute antiquité ; nul passage n'a été plus interpolé que celui qui le concerne. Chrysippe , cité par Galien (De J/ippocratis et Platonis dogmatum differenlid, 3, p. 273), lisait dans son exemplaire de la Théogonie une narration bien plus détaillée, que nous avons traduite dans les Fragment. Celte fable a été mentionnée par le scholiasle de VIliade (ch. i, 105 , et ch. 8, 39), par celui de Platon (p. 204) et par les pères del'Eglise, saint Théophile (inAutotyco, p. 270) et saint Clément de Rome (Homélie 5, 12). Voici ce que rapporte Apollodorc (liv. i, c. 3, § 6) : « Jupiter s'unit à Métis, qui emprunta tontes sortes de formes pour ne point partager sa couche ; lorsqu'elle fut enceinte, il s'empressa de la dévorer : elle lui avait prédit qu'après la fille qu'elle allait met Ire au jour, elle enfanterait un fils qui deviendrait le maître du ciel ; dans cette crainte, il la dévora. Le terme de l'accouchement étant arrivé, Prométhée, ou, suivant d'autres, Vulcain , lui fendit la tète, et Minerve en sortit tout armée sur les bords du fleuve Triton. »
11 y a à la fois quelque chose de cruel et de monstrueux dans cette aclion de Jupiter, qui engloutit Métis dans ses entrailles. Ce mythe a sans doute une origine orientale, car il ressemble au mythe de Saturne dévorant ses enfans. La naissance de Minerve a des rapports avec celle des brames, issus de la tète de Brama. L'Onga phénicienne apportée par Cadmus à Tbèbes (Pausanias, Béotie, c. 13) n'est pas assujettie non plus aux lois ordinaires de la génération ; elle n'a point de mère et émane du sein de l'abîme commun, d'où tout sort et où tout rentre : l'Inde , la Phénicie, l'Egypte, la Libye, ont concouru à la formation de la Minerve grecque.
(52) Latone conçoit de Jupiter Apollon et Diane. Hésiode distingue Apollon et Diane du Soleil et de la Lune, qui sont nés (v. 372)d*Hypérion et deThia. Homère avait déjà établi cette distinction. La confusion n'arriva que plus lard, vraisemblablement lorsque le culte d'Hclios et dcSélèné s'affaiblit et disparut. En effet la filiation de ces deux divinités cosmogoniques indique que les Grecs les faisaient remonler jusqu'à l'époque de cet ancien cullc sacerdotal donl l'astronomie composait un des élcmens et dont les Titans avaient éléles fondateurs,
(53) Hésiode fait naître Harmonie de Mars et 4c Vénus. Apollodorc (liv. 3, c. 4) a suivi la même tradition. Mais d'après Diodorc de Sicile (liv. 5, c. 48), elle était née de Jupiter et d'Electre, fille d'Alias. Le scholiasle d'Euripide ( Phéniciennes, v. 7) rapporte que, suivant Dcrcyllus, elle avait eu pour père Dracon , fils de Mars et souverain de la contrée où Tbè-
SUR LA THEOGONIE.
les fat fondée par Cadmus. Si les traditions varient sur les parens d'Harmonie, toutes s'accordent sur le nom de son époux. Le mariage de Cadmus et d'Harmonie est célèbre dans les fables antiques ; il a été chanté ou mentionné parPindare (Pylh. 3, v. ig3 ), par Euripide ( Phénic. 829 ), par Tbcognis ( v. i S ) , par Nonnus ( Dionysiaque* , liv. 5, 88, 12&) , par Pausanias ( I. 9, c. & ), par Diodore de Sicile { liv. $ , c. 49), et par Apollodore. Hésiode parle plus bas (v. 975 ) des enfans issus de ce mariage.
(44) Jupiter et Main, fille d'Atlas, engendrent Mer. cure, qu'Hésiode nomme le héraut des immortels. Les nombreuses découvertes, les nombreux lalcos que la Cable attribua à Mercure doivent foire supposer qu'il a existé plusieurs dieux de ce nom qu'on a adorés et pour ainsi dire résumés dans un seul, comme ou a mis sur le compte d'un scid Hercule les travaux que plusieurs avaient accomplis. Nous devons remarquer que du temps d'Homère et même d'Hésiode , Mercure n'est guère représenté que comme le messager des dieux ou le conducteur des ombres dans les enfers ; ce n'est que plus lard qu'on lui assigna d'autres fonctions. Comme Hésiode n'en parle pas , il y a lieu de croire que l'hymne homérique à Mercure n'a été composé qu'après ce poêle ; voici le début de cet hymne :
« Muse , célèbre Mercure , le Gis de Jupiter et de Maïa , le protec teur de Cyllèoe et de l'Arcadie aux nombreux troupeaux , l'utile messager des dieux , Mercure qu'enlanta l'auguste Maïa aux beaux cheveux après s'être unie d'amour avec Jupiter. Se dérobant à la foule des bienheureux immortels, elle habitait au fond d'un anlre ténébreux : c'est la que le fils de Saturne s'unit a cette Nymphe aux beaux cheveux, peu liant la nuit , tandis qu'un doux sommeil s'était emparé de Junon aux bras d'albAlre , et il trompait ainsi les immortels et les faibles humains. Quand la volonté du grand Jupiter fut accomplie , le dixième mois brilla dans le ciel, et la lumière du jour éclaira d'illustres merveilles. Alors Maïa enfanta un fds à l'esprit rusé, aux paroles séduisantes, voleur adroit, habile à enlever des bœufs, conducteur des songes, qui veille durant la nuit et garde les portes ; ce dieu devait faire éclater bientôt des prodiges parmi les immortels. Né dès l'aurore, déjà il jouait de la lyre vers le milieu du jour, et le soir il déroba les bœufs d'Apollon qui lance au loin ses traits. >
(&&) Bacchus , fils de Jupiter et de Sémélé, fille de Cadmus , est la première divinité qu'Hésiode fasse naître d'un Dieu et (Tune mortelle. Cette filiation annonce une nouvelle époque religieuse, celle des hommes qu'un genre de talens inconnu aux siècles antérieurs fit placer au rang des dieux. Peut-être faut-il croire que si des héros tels que Bacchus ou Hercule
étaient censés descendre de Jupiter, c'est qu'ils avaient été les bienfaiteurs de l'humanité, enrichie par eux de découvertes utiles, on délivrée de ses fléaux ; c'est qu'ils semblaient jouer sur la terre, par leur puissance, le rôle suprême que Jupiter remplissait dans les cieux. Des rois n'étaicnl-ils pas surnommes les nourrissons, les rejetons de Jupiter (diotréphéis, diogénéis)? Hésiode ne raconte la naissance de ces demi-dieux qu'après celle de tous les dieux issus d'une origine doublement céleste , parce que leur culte ne s'établit en Grèce qu'à l'époque où le polythéisme éprouva le besoin de renouveler ses antiques idoles et d'élargir le cercle de ses croyances.
On sait qu'il y eut plusieurs Bacchus dans l'antiquité ; les deux plus célèbres furent l'un le (ils de Jupiter et de Proserpinc ou de Gérés, qui sous le nom de Iacchus figurait dans les mystères d'Eleusis , et l'autre le fils de Jupiter et de Sémélé dont Homère parle ( Iliade, ch. M, v. 326 ). Homère et Hésiode ne disent rien de la fable bizarre de Bacchus né de la cuisse de Jupiter ni de tous les exploits qu'on lui attribue; ils se bornent à le représenter comme taisant la joie et le bonheur des mortels. Homère l'appelle charma brotoisin, Hésiode lui donne l'épitbèle de poiugilhéa. Virgile a copié ces deux poêles lorsqu'il dit [JZneid. 10) : « Àdsis, lœlitiœ Bacchus dalor. » L'histoire de Bacchus , ainsi que l'a démontré Bochart ( Chanaan, liv. i , c. 18), remonte plus baut que celle de Cadmus, et si Hésiode lui assigne une origine thébainc, c'est pour flatter l'orgueil de sa patrie ou parce que les fondateurs de Thèbes avaient apporté son culte de l'Orient. Bacchus était connu ailleurs avant de l'être en Grèce; il a eu tour à tour pour berceau l'Inde, l'Egypte et la I Pbénicie. La première notion de Bacchus est orientale et par conséquent symbolique. On a divinisé en lui dabord la force de la génération, puis l'idée de la civilisation , surtout celle de la découverte du vin, qui amena dans beaucoup d'endroits , comme ailleurs la culture du blé, le commencement de l'industrie et des arts. Les fêles de Bacchus, qui devinrent des mystères , offraient donc le symbole du passage de la vie sauvage et grossière à une vie plus douce et meilleure; bientôt ces rites religieux se changèrent en cérémonies où régnèrent l'hilarité et la licence, le délite et la fureur. Les mythes venus de la Phénicie , de l'Egypte et de la Thrcce, ces mythes si différons les uns des autres, furent appliqués au seul Bacchus thébain. Les attributions et le culte de ce Dieu durent leur accroissement successif aux dithyrambes ,aux drames satiriques, aux tragédies et aux Dyonysies célébrées dans Athènes,
(56) Hésiode s'écarte ici delà tradition homérique en donnant Aglaïa , la plus jeune des Grâces , pour femme à Vulcain. Dans Y Iliade , c'est Charis , nom commun aux Grâces ; dans \' Odyssée , c'est Vénus
qui est son épouse. Cornutus (De'naturd deorum , r. 15) dit qu'Homère a marié une des Grâces à Vuloain parce que les ouvrages de l'art sont gracieux. Une lellc pensée nous semble trop subtile pour avoir clé dans l'esprit d'Homère et même dans celui d'Hésiode. Aglaïa, dont le nom signifie l'éclat^ offre plutôt ici quelque rapport cosmogonique avec le feu personnifié dans Vulrain.
(57) Voici le début d'un nouveau poème. Ici commence l'héroogonic ou la naissance des béros conçus par des déesses qui ont épousé des mortels : à la race des dieux succède la race des déesses. Le récit de leurs hymens n'est pas aussi détaillé ni aussi orné que les narrations précédentes , d'où il est permis de supposer avec Heyne qu'Hésiode a manqué de matériaux et que du son temps ces fables n'avaient pas encore été célébrées par beaucoup de poèmes antérieurs.
(S8) Cérès s'unit à lasius et engendre Plulus. Ce mythe remonte jusqu'à I1 Odyssée, où il est dit (ch. S, v. t25) : « Ainsi lorsque Cérès aux beaux cheveux, cédant aux désirs de son cœur , s'unit d'amour avec Jasion dans un guéret trois fois labouré , Jupiter ne l'ignora point cl il tua Jasion en le frappant de sa foudre brûlante. » Apollodore (lib. 3, c. 12, $ l) raconte que Jasion , né de Jupiter et d'Éleclre, fille d'Atlas, étant devenu amoureux de Cérès et voulant la violer, fut tué par la foudre. Hésiode se tait sur ce genre de mort. Diodore de Sicile ( liv. 5, c. 77 ) rapporte que Plulus naquit dans une ville de Crète appelée Tripolum; mais, comme il est facile de le voir, il a forgé ce nom avec l'hémistiche nei'o éni tripolo, qui se trouve également dans l'0dyM<fc et dans la Théogonie. Il ajoute que , suivant les uns , la terre ensemencée par Jasion produisit des fruits en si grande aliondance que l'on appela cette abondance Ptoulon : et que, scion d'autre*, de Cérès cl de Jasion naquil un fils nommé Plulus , parce qu'il fut le premier qui apprit aux hommes à ramasser el à garder les richesses. Wolf , en reconnaissant dans ce mythe des signes frappans du langage allégorique , cite un passage des Allégories homériques ( c. 08) où Héraclidc d'il : « C'est avec raison que Jasion , homme adonné à l'agriculture et habitué à recueillir en abondance les fruits de ses champs , passa pour avoir été aimé de Cérès. » Heyne prétend que les fables de Jasion et de Cérès avaient rapport à celles de la Samothracc. Plulus , qui est représenté ici comme dispensateur des richesses cl du bonheur sur la terre et sur la mer, plus tard fut dépeinl sous d'autres couleurs, suivant le génie de chaque siècle, témoin la comédie d'Aristophane qui porle le nom de ce dieu.
(50) Hésiode célèbre l'hymen de Jason, filsd'Esonct de Polymède, suivant Apollodore, avec Médée, fille d'Éélcs cl d'Idye. L'unique fruil de ce mariage est Mé-
NOTES
déus, d'après Hésiode. Cependant Pausanias (Corinthie 3 ) nous apprend que les enfans de Médée el de Jason étaient Mermérus et Pbérès, el que, suivant Cynélhon de Lacédémonc, qui avait écrit des généalogies en vers, ils avaient encore eu une fille nommée Ériopis. Apollodore (liv., i c. 0, v. 28) dit que Médéus ou Médus eut pour père Egée, que Médée épousa dans Athènes. On voit que ces généalogies s'éloignent des traditions d'Hésiode. On peut supposer que le récit de l'expédition des Argonautes est un mythe postérieur aux premiers siècles de la Grèce : Homère en effet el même Hésiode ne parlent pas de la conquête de la Toison d'or. Hésiode ne représente pas ici Médée comme une magicienne ; quant à Jason , il se borne à dire que le roi Pélias lui imposa de nombreux travaux , comme Euryslbée à Hercule. Un voyage guerrier ou plutôt la piraterie exercée sur le Ponl-Euxin , un riche butin rapporté dans la Thessalie , la conquête d'un vaste trésor ou peut-être de cet or que le Phase roule dans le sable de ses flots, la capture d'une princesse ou d'une femme du pays, que le vainqueur emmena à son retour d'Iolrhos, voilà sans doute le fond historique que dans la suilc l'imagination des poètes embellit de tant d'ornemens fabuleux. A quelle époque fut composé le premier poème des Àrgonautiques? c'est ce qu'il est difficile de préciser. On peut seulement croire qu'il n'a élé l'ouvrage ni d'Epiménide ni d'Orphée. L'expédition des Argonautes, à cause de son antiquité el de l'éloignement du pays qui lui servit de théâtre, est un des événemens de l'antiquité que la fable et la poésie ont le plus chargé de fictions empruntées à divers peuples et à diverses époques. Un sujet si obscur ne saurait donc fournir aucun document positif pour établir quelque système de géographie, d'histoire ou de chronologie.
Hésiode dit que Tbiron éleva Médéus sur les montagnes. Ce centaure, habitant de la Thessalie, passait dans l'antiquité pour avoir veillé à l'éducation de presque tous les héros. Les hommes les plus célèbres par leur courage ou par leur science, Jason, Achille, Esculape avaient été ses élèves. Chiron, dont il est souvent parlé dans Homère, était fils de Pbilyre el de Saturne, suivant Apollodore (liv. i, c. 2, 2). Suidas, cité par le scholiasle d'Apollonius (liv.i, 554), disait dans ses Thusaliques qu'il était né d'Ixion , comme les autres centaures.
(60) Wolf ajoute peu de foi à l'authenticité des deux derniers vers. En effet la généalogie des béros issus des hommes et des femmes célèbres de l'ancienne Grèce ne se rattache pas à celle des dieux, qui fait le sujet principal de la Théogonie. Il dit cependant : « Si les deux derniers vers sont authentiques, le poêle continuait par l'énuméralion des héroïnes gunaihinphulon (comme plus haut , 965, theaôn phulon) , c'csl-à-dire des femmes mortelles qui avaient eu des héros pour
NOTES SUR LES TRAVAUX ET LES JOURS
époux et pour fils. Dans ce nombre devait être Aie- | mène , qui cul d'Ampbitryon Iphiclus et de Jupiter Hercule. Ainsi ce poëme , que les grammairiens ont intitule le Bouclier d'Hercule, devrait être rattaché à la Théogonie, les passages qui se trouvaient entre ces deux ouvrages en ayant été séparés par l'injure des ans. » Il est, selon nous, plus naturel de croire que la Théogonie finissait au vers 1,020, ou que du
| moins à ta place des deux vers suivans il en existait d'autres qui se liaient davantage au sujet du poëme elqui lui servaient de complément. Le poëme consacré aux femmes célèbres devait former un ouvrage a pari. Plusieurs auteurs le désignent par le litre de Megalai Eoiai ou de Katalogos gunaikdn. C'est à ce poëme que se rattachait probablement le liouclier d'Hercule.
ISOTES SUR LES TRAVAUX ET LES JOURS
(1) Le commencement du poëme des Travaux et des Jours a été révoqué en doute. Pausanias en effet rapporte que les Béotiens, babiUns de l'ilélicon, en retranchaient l'exordc sur les Muses et ne le faisaient commencer qu'à l'endroit où il est question des deux Rivalités. Tzelzès dit qu'Aristarque et Praxiphane, disciple de Théophraste, regardaient les dix premiers vers comme supposés ; Pluttrquc ne semble pas non plus les reconnaître ( Symp. 9, i,p. 736). Ils sont donc probablement l'oeuvre de quelqu'un de ces anciens rhapsodes qui avaient coutume d'ajouter aux poëmes qu'ils chantaient des prologues et des épilogues de leur composition : ils débutaient ordinairement par réloge de Jupiter, ainsi que Pindare nous l'apprend (Néméenne, 2, v. i).
Comme il n'est pas vraisemblable que le poëme ait brusquement commencé par le onzième vers, Hésiode aura composé un exorde qui ne nous est point parvenu et auquel on en a substitué un autre. Si ce début eût été réellement son ouvrage, aurait-il appelé filles de la Piérie les Muses qu'il appelle filles de l'ilélicon dans la Théogonie? Quoiqu'il dise, dans la Théogonie ( v. &3 ) , qu'elles sont nées dans la Piérie , en qualité de Béotien ne leur aurait-il pas conservé ici la qualification qu'il leur donne ailleurs pour flatter la vanité de ses compatriotes ?
Cet exorde, quel que soit son auteur, est remarquable par la peinture poétique du pouvoir suprême de Jupiter, qui renverse ou élève a son grêles hommes. Horace l'a imité dans ce passage :
Valel ima tummis Mntarp pi insignem atlenuat D<?us, j Obscur a promeut ; bine aptcin râpai
Fortuna cum sirklore aeuto
(2) Celte phrase doit s'entendre dans une acception ironique. Hésiode dit à son frère -. « Quand tu seras riche, alors lu pourras intenter des procès aux autres
pour leur prendre leur bien. Mais ton premier soin doit être de te procurer par le travail des moyens d'existence.
(3) Heinsius blâme les commentateurs qui ont expliqué deuteron comme s'il y avait to patin. Il remarque que les anciens , lorsqu'ils engageaient la fui de quelqu'un, lui proposaient une première condition à laquelle ils l'astreignaient, et lorsqu'ils voulaient l'engager moins étroitement lui en proposaient une seconde en employant cette formule : « Toulo deuleros estai," c'esl-à dire : « Si la première chose ne te convient pas, la seconde le sera permise. » Ces mots deuteron esti sont donc synonymes de il est permis (exesti.)
(4) L'épithète de dorophagoi donnée aux rois annonce l'époque d'une corruption et d'une vénalité inconnues aux siècles homériques. Ici le nom de basilées , qui veut dire littéralement la base, l'appui du peuple, n'entraîne pas l'idée que nous nous formons des rois actuels; ainsi que le remarque Produs, il signifie les juges et les chefs (tous dicastas cai tous archontas). Il y en avait quelquefois plusieurs dans un même pays. L'auteur de l'Odyssée (ch. 8, v.40), dit que les Pbéaciens avaient, outre Alcinotis, beaucoup d'autres rois.
Leclerc prétend que les rois sont appelés dorophagoi parce que, abandonnant le soin de leurs affaires domestiques pour juger les procès, ils exigeaient publiquement un salaire et recevaient en secret des présens de la part des plaideurs. Mais Robinson ne voit pas sur quelle preuve historique Leclerc fonde l'opinion qu'ils recevaient un salaire public: il conclut précisément le contraire de ce passage d'Hérodote ( liv. t, c. 97) relatif au Mède Déjocès, qui exerçait les fonctions dé juge : « Comme le concours du peuple, qui regardait ses sentences comme tres-ëquita-