‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 363 sur 395 · GOG · texte numérisé non relu

GOG

NOTES

blcs, augmentait de jour cnjour,Déjocès, voyant que tout le poids des affaires retombait sur lui seul, ue voulut plus siéger ni rendre la justice comme auparavant; il annonça son refus, disant qu'il n'était pas avantageux pour lui de négliger le soin de sa propre fortune pour juger tout le jour les procès des autres. » Uobinson observe que si Dëjocès avait reçu un salaire public , il aurait eu mauvaise grâce à se plaindre de la ruine de ses affaires particulières , et que si, dans ce temps , l'usage de Taire des présens publics aux juges eût été établi, le peuple mède n'aurait pas laissé sans récompense un homme intègre et juste comme Déjocès. C'est donc parce qu'ils se laissaient corrompre secrètement que les juges sont appelés ici dorophagoi. Ce ne sont plus là ces monarques pasteurs des peuples qu'Homère nous représente rendant la justice sur le seuil de leurs palais et le sceptre à la main.

(5) Hésiode, en disant que la moitié est préférable au tout, conseille à son frère de conserver seulement la tranquille jouissance de la moitié plutôt que de chercher la possession de la totalité en s'ex posant aux ennuis et aux dépenses d'un procès. Proclus prétend que la pensée du poète est que la moitié justement possédée vaut mieux que le tout acquis avec injustice. On peut entendre encore par là qu'il y a plus d'honneur à se contenter d'une sage médiocrité qu'à se livrer à de folles dépenses. Plalon {Républ. 6, p. 466, c. legès 3, p. 600, E.), Arislole (Polit. 4), Cicéron (Ferrine** , c. 50), le scholiasie de Sophocle (OEdipe à Colonne, I2lt) rappellent ou développent cette maxime d'Hésiode, d'où semble être dérivé cet ancien provertw : «Archi hémitupantos.» On trouve dans les dysliques de Caton une pensée à peu près semblable.

Quod oimium est fugilo, parvo gaudere memcnio,

Lucrèce semble avoir imité Hésiode dans ces vers:

Quod ii quUverâ vium rtltotie gubernel, Dirilt» grandci homini mot virere parce.

De pareils préceptes, en caractérisant le genre de poésie d'Hésiode, prouvent que les juges et les magistrats de son siècle avaient liesoin qu'on leur rappelât souvent les principes de la modération et de la sagesse. Ces codes de morale ne sont nécessaires que dans les temps de corruption.

(6) Hésiode continue et complète l'idée exprimée par le vers précédent ; lorsqu'il dit qu'il y a de l'avantage à se contenter de mauve et d'asphodèle, il désigne par ces alimens économiques une vie simple et frugale. On voit par ce passage que les anciens se nourrissaient de ces deux plantes. Plutarque dit, dans le Banquet des sept sages « La mauve est bonne à manger cl l'antbéric est doux. »

On se rappelle aussi ces vers d'Horace :

Mo paseuui oliv<r,

Cet usage de se nourrir de légomes et de racines remonte aux temps les plus anciens : on sait qu'il était recommandé par Pylhagore comme un moyen d'entretenir la santé du corps et de l'esprit.

Heinsius dit, à propos de ce vers, que les dieux et les habitons des Champs-Élysées se nourrissaient d'asphodèle ; mais celte assertion est erronée. Heinsius prétend que toutes les fois qu'Homère décrit la prairie d'asphodèle, il ajoute ces mots: «où leshommet jouissent de la manière de vivre la plus facile. » Ce célèbre critique se trompe. Le vers qu'il cite se trouve bien dans V Odyssée (ch. 4, 665) , mais dans un passage où il ne s'agit pas de l'asphodèle ; les seuls vers de Y Odyssée où il en soit question sont les vers 538 et 572 du onzième chant et le vers 13 du vingt-quatrième.

Pline nous apprend (liv. 22 , c. 22) qu'Hésiode avait parlé de l'asphodèle dans un autre ouvrage où il disait qu'il naissait dans les forêts. Celle plante servait quelquefois à un autre emploi qu'à celui de nourrir les hommes : Hérodote (liv. 4 . c. 1 90) dit que les Lybyens construisaient des maisons portatives en liges d'asphodèles tissues avec des joncs. L'asphodèle appartient à la famille des liliacées et croit abondamment sur les côtes de la Méditerranée.

(7) Le poêle rappelle que Jupiter a été trompe par Promélhée. C'est dans la Théogonie (534) qu'il raconte l'histoire du bœuf divisé en deux parts. Le poëmc où cette histoire est consignée semble avoir dù précéder celui qui n'en renferme qu'un simple souvenir. Hésiode se sera cru dispensé de répéter ici ce qu'il avait déjà raconté en détail. Quant au mylbe de Pandore, l'existence d'une Table rapportée en termes souvent identiques dans deux poèmes différens ne laisse pas d'être un Tait singulier et difficile à expliquer.

(8) Hésiode, après avoir établi la commune origine des dieux et des hommes , fait de l'âge d'or une description brillante, nuis contradictoire avec ce qu'il a raconté dans la Théogonie des malheurs arrivés sous le règne de Saturne. De ces deux traditions du bien et du mal , laquelle est la plus ancienne ? L'une n 'est-elle qu'une fiction ? l'autre appartient-elle à l'histoire ? Leclerc préTère le récit de la Théogonie à celui des Travaux et des Jours.

D'abord il trouve que l'attentat de Saturne enver* son père, qu'tl détrôna , s'accorde mal avec celte innocence qu'Hésiode attribue à l'âge d'or.

En second lieu , ce qu'on rapporte de cet âge ne lui parait appuyé sur aucun fondement historique : les monumens des Hébreux prouvent qu'avant et

SI R LES TRAVAUX ET LES JOURS

après le déluge, l'histoire du genre humain n'a été que celle de l'injustice et du crime : « Si nous nous souvenons, dit-il , que l'action de Saturne se passa peu i» temps avant Abraham , nous comprendrons aisément que tant d'innocence n'a pu être le partage des colons de la Grèce. »

Enfin l'ignorance de ces premiers siècles, étrangers aux arts et à la civilisation, ne lui semble pas supposer de grandes vertus ni un grand bonheur. C'est dans les temps de barbarie que les passions se déploient avec le plus de fougue et de férocité. Alors les dieux étaient aussi cruels , aussi violens que les hommes.

Leclerc ne dissimule pas que, d'après l'opinion de plusieurs savans, cette peinture de Tige d'or figure l'état du genre humain avant la chute d'Adam et d'Eve ; mais il ne pense pas que les Grecs aient pu conserver le moindre souvenir de ce bonheur si court dont jouirent nos premiers parens daus le paradis terrestre : il croit plutôt qu'Hésiode n'a fait que retracer un âge d'or idéal. Dans une société déjà corrompue , l'imagination aime à se rejeler vers le passé comme pour « happer au présent. Beaucoup de poètes, à l'exemple d'Hésiode, ont accusé leur siècle et loué les siècles antérieurs.

La plupart de ces observations de Leclerc ne manquent pas de justesse; mais un failqu'elles ne détruisent pas, c'est la croyance générale de l'antiquité à un état primitif de bonheur et d'innocence. Le berceau de presque toutes les religions repose dans un Eden. La longévité des hommes avant le déluge dans la Bible, la supériorité de leur force antérieurement au siècle d'Homère dans Y Iliade, attestent l'existence de celte opinion qui attribuait à l'espèce humaine plus voisine de la création une nature moins imparfaite et presque divine. En effet quand le monde entier ne consistait encore que dans une seule famille, les vices et les crimes n'avaient pas eu le temps de naître et de se développer ; si les premiers habitans de la terre étaient peut-être moins heureux dans cet état sauvage , il y avait entre leur âme et leur corps une sorte d'harmonie, de vigueur et de beauté. A mesure que la famille s'étendit et se dispersa, les intérêts se divisèrent, les besoins, les passions se multiplièrent et se combattirent ; l'homme deviut sanguinaire, cruel , impie. De la l'idée de déchéance qui plane sur toutes les religions de l'antiquité. Hésiode a donc suivi à son insu la tradition qui consacrait celte idée cosmopolite , mais il l'a suivie en adoptant également ce que les Grecs rapportèrent des premiers temps de leur histoire : ainsi dans la Théogonie il raconte le crime de Safturne envers Uranus, et dans les Travaux et les Jours il fait le tableau du bonheur du genre humain sous ce même Saturne. Comme d'un côté les souvenirs mythologiques des Grecs ne remontaient pas au delà d'Uranus et de Saturne, et comme de l'autre tous les peuples anciens croyaient à une époque pri-

mitive de félicité et d'innocence , il a consacré ces deux traditions sans réfléchir sans doute à ce qu'elles offrent de disparate. Remarquons toutefois que ce n'est point dans le même poëme qu'il les a confondues; ainsi, prises isolément, elles ont chacune leur vérité relative.

L'opinion sur l'identité d'origine des dieux et des hommes, antérieure sans doute à Hésiode, lui a survécu, puisque Piudare commence ainsi sa sixième Aéméenne i

«L'origine des hommes et des dieux est la même : c'est d'une seule mère que nous avons tous reçu le souffle de la vie. »

Julien dit dans un fragment de lettre (p. 201, t. 1 , édit.Spanthcius):

« On dit que les dieux et Jupiter sont homogènes avec nous, etc. »

Dans la mythologie grecque, la Terre est appelée la mère commune de tous les êtres ; dans la Théogonie (120), elle enfante le Gel.

(0) Plusieurs anciens grammairiens ont cru qu'Hésiode parlait ici des héros à cause de cet hémistiche : « ffeéra essaménoi, » que Virgile a rendu par ces mots : *Obscuro aere septi ;» et ils ont fait dériver leur nom de atros. Eustathe {Iliade, ch. 1, v. 3) et le grand étymologiste s'y sont trompés eux-mêmes. Mais Heinsius remarque avec raison que les héros et les Génies ne sont pas ici la même chose. Hésiode, suivant Proclus, divise en quatre classes la hiérarchie céleste et humaine ; dans la première il place les dieux, dans la seconde les Génies , dans la troisième les héros et dans la quatrième les hommes. Ces Génies, agens intermédiaires entre Jupiter et les rois, président à la justice et distribuent la richesse parmi les mortels. Représentans de la Divinité sur la terre, s'ils restent subordonnés aux dieux, leur pouvoir invisible et prolecteur s'élève au-dessus de la puissance humaine. 11 y a de l'analogie entre ces Génies et les anges des Hébreux dans la Bible.

(10) Hésiode, dans le tableau de l'âge d'argent , nous montre la race humaine déjà dépencrée : les enfans restent pendant cent années, amollis par une éducation efféminée, auprès de leur mère, et leur intelligence est lente à se développer ; cet état de mollesse et [d'ignorance les porte aux actes de violence et d'impiété.

Ce nombre de cent années pendant lesquelles se prolonge l'enfance prouve qu'il ne faut pas assigner à chacun de ces âges la durée précise des générations ordinaires qu'Homère borne à trente ans. Quoiqu'Hésiode dise que les enfans , une fois parvenos à l'adolescence, ne vivaient que peu, leur vie entière , n'eùl-elle été composée que du temps de l'enfance, était encore plus longue que celle des héros de X Iliade. Hésiode en effet rapporte une tradition qui se

rapproche plus que b tradition homérique du berceau de l'univers. Le mot de génération dans les Travaux et les Jours entraîne donc l'idée d'un espace de temps d'une longueur indéterminée. C'est dans l'Orient que la Grèce a trouvé le modèle des âges du monde.

H y a dans les écrits des Indiens quatre yougas ou quatre âges destinés à la durée du monde : b première période {crita ou satya-youga) a duré trois millions deux cent millcans; la seconde \treta^youga), deux millions quatre cent mille ans; la troisième, (dwapara-youga), un million six cent mille ans ; la quatrième (cali-youga) doit durer quatre cent mille ans, dont cinq mille environ sont déjà écoulés. Les hommes vivaient d'abord cent mille ans, puis dix mille ans, ensuite mille ans, maintenant ils ne vivent plus que cent années ; ainsi la durée de la vie diminue à mesure que la corruption s'accroît.

Dans le Zend-A testa, la grande pé riode de douze mille ans, pour b lutte des deux principes, so divise en quatre âges : dans le premier, Ormuds règne seul; dans le second, Arihman commence à paraître ; dans le troisième, qui est l'âge présent , Arihman combat Ormuds ; dans le quatrième, qui est l'âge futur, le mauvais principe doit l'emporter jusqu'à la fin du monde, où le bon principe dominera pour toujours.

La Grèce, comme on le voit, a réduit l'énormilé de ces calculs à des proportions moins gigantesques ; mais on trouve encore dans cette partie de ses croyances plus d'exagération que dans les autres, d'où Ton peut conclure que l'empreinte des types orientaux est ici plus frappante.

(11) Hésiode dit que l'âge des héros fut plus juste el meilleur que l'âge précédent ; mais, comme l'observe Lcclcrc, combien celui-ci ne dut-il pas être criminel, puisque celui-là nous montre les forfaits de b famille d'OEdipe.el les guerres des sept devant Thèbes , el l'enlèvement d'Hélène et le siège de Troie ! Ce siècle est appelé celui des héros et des demi-dieux, parce que les hommes se distinguèrent par leur bravoure , et parce qu'ayant eu pour auteurs de leurs jours un mortel et une déesse ou bieu une mortelle el un dieu, ils participaient également à b nature divine cl à b nature humaine.

(12) Il yavail trois villes de Thcbcs dans l'antiquité : b première aux sept portes, fondée par Cadmus dans b Béotie ; b seconde aux cent portes, en Egypte, cl la troisième, appelée Ilypoplacie, en Cilicie ; celte dernière, suivant Tzelzès, était située auprès d'Atramytium , lieu ainsi appelé d'Atramylos, frère de Crésus.

(1 3) Eléocle el Polynice se disputent les troupeaux d'OEdipe , car dans ces temps primitifs les troupeaux composaient b plus grande partie des richesses royales. Homère nous montre souvent les fils de rois gar-

dant des troupeaux el dos brebis ; l'enlèvement de ces animaux était ordinairement l'objet de leurs premières guerres. Cette vie pastorale, à laquelle la muse l*»colique rattache des idées de paix, d'innocence el de bonheur, n'était alors qu'une cause de brigandages et de rapines. Il y a loin des paisibles bergers de Virgile et de Tbéocrile à ces hommes violens et farouches qui dans les siècles héroïques s'arrachaient b vie pour s'enlever leurs troupeaux.

(14) L'idée de l'Ile des bienheureux est évidemment prise dans ce passage de V Odyssée (ch. 4 , v. SCI ) :

« Pour loi ( c'est Protée qui parle) ton destin n'est poinl.ô Méuélas! 6 nourrisson de Jupiter! de périr dans Argos féconde en coursiers , ni de connaître le trépas. Mais les immortels t'enverront aux Champs- Élyséens, aux extrémités de b terre ; c'est b que règne le blond Rhadamanlhe et que les humains jouissent d'une vie fortunée. Jamais de neiges, jamais de longs hivers, jamais de pluies : l'Océan envoie sans cesse les douces lialcines du Zéphyre pour rafraîchir les hommes. »

Slrahon (liv. i,c. 1) dit que les îles des Bienheureux furent ainsi appelées parce qu'on les croyait heureuses, à cause du voisinage de ces lieux décrits dans l' Odyssée; il les place vis-à-vis la Maurusie , vers le couchant, du côté de l'extrémité occidentale de l'Ibérie. D'après Diodore de Sicile ( liv. S , c. 82 J , le continent opposé à ces Iles ayant élé ravagé par de longues pluies, les fruits de b terre se corrompirent et la famine amena la peste j mais les îles, rafraîchies par un air sain et abondantes en fruits , reudirent leurs habitans heureux (macarious). C'est leur fertilité qui leur valut leur nom; « el quelques uns, ajoute Diodore, disent qu'elles ont élé ainsi nommées des fils de Macaréc et d'Ion qui y régnèrent. En uu mot ces lies dont je viens de parler se distinguaient des lies voisines par leur bonheur , non-seulement dans les anciens temps , mais encore dans notre siècle. »

Pindare, Horace, Silius Ilalicus parlent également du séjour des bienheureux.

Hérodote qui, plus voisin du siècle d'Hésiode que ces auteurs, aurait dû se conformer davantage à sa tradition est cependant celui qui s'en écarte le plus ; il raconte ( liv. 3, c. 26 ) que le territoire de la ville d'Oasis, distante de Thèbcs de sept journées de marche, portait un nom qui signifiait Vile des Bienheureux. Après tout , dans un temps où tout ce qu'on rapportait sur l'Afrique occidentale était vague Jt confus , la renommée avait bien pu placer cette Se dans une de ces oasis du désert qui sont réellement des lies de verdure jetées au milieu d'une mer de sables. Si Hésiode a relégué Vile des Bienheureux par delà l'Océan , c'est que , parlant d'une chose idéale , il a du choisir b contr ée qui, à cause de son éloigne-

SUR LES TRAVAUX ET LES JOURS

meut , se prêtait merveilleusement à tout ce que l.i mythologie avait de singulier et de mystérieux. L'existence et la situation de ce séjour fortuné, où la terre produisait des fruits abondans et délicieux , offrent beaucoup de ressemblance avec le jardin où croissaient les pommes d'or des Hespérides.

(15) La peinture de l'âge de fer dans lequel vécut Hésiode démontre que la corruption et la méchanceté avaient fait d'effrayans progrès depuis l'âge des héros. Peut-être l'auteur, par une exagération permise en poésie , en a-t-il rembruni à dessein les couleurs. Quoi qu'il en soil, il doit y avoir de la vérité dans ce tableau , qui atteste un long intervalle entre les deux siècles d'Homère et d'Hésiode. Le poêle exprime le regret de n'être pas né avant son siècle ou du moins le vœu de ne naître qu'après , comme si les âges futurs devaient être meilleurs. Ce tourment de la pensée qui, fatiguée du présent, a besoin de se reporter vers le passé ou de se lancer dans l'aveuir est commun aux hommes d'une époque de malaise et de transition.

(Ifi) Hésiode, pour compléter la peinture d'un siècle d'injustice et d'impiété , nous montre la Pudeur et Némésis prêtes à s'envoler de la terre vers le ciel; la blancheur de leurs vètemens semble indiquer la candeur et la pureté de leur Ame. Nous observerons de nouveau qu'Homère n'est pas dans l'usage de personnifier ainsi les idées morales. Ce passage a été imité par Juvenal (sat. G).

Credo pudiciliam Saluruo rege moralam In terris visamque diu.

Ittc comité alque du» pariter fugére sorores.

(17J De la peinture des cinq âges du monde, Uésiode passe brusquement à la narration d'un apologue qui semble avoir pour objet de reprocher aux puissans leur iniquité et d'exciter la pitié en faveur des faillies. Tzclzcs dit que le poêle se compare au rossignol, à cause de la mélodie de ses vers , et qu'il assimile ses juges à l'épervier a cause de leur rapacité.

La fable , qui a pour but de fronder nos travers el nos préjugés , de châtier nos vices, de corriger le genre humain en l'amusant, n'a pu naître en Grèce que dans une époque plus civilisée que celle d'Homère : elle annonce un siècle où la complication des intérêts el des liesoins a nécessité l'abus de la force el l'emploi de la ruse. Alors la morale emploie un langage détourné pour faire parler la vérité ; elle ne décoche ses traits que d'une manière oblique ; elle appelle l'allégorie à son aide : ce sont les animaux qu'elle met en scène pour que les hommes ne s'offensent pas de reproches qui ne leur sont point adressés par leurs semblables. L'apologue , qui est un symbole développé, une fiction morale mise à la portée de tout le

monde, a existé dans tous les pays parvenus à une certaine civilisation, dans linde, dans la Perse, chez les Hébreux , en Lydie. Fille de l'Asie centrale, cette mère-patrie du symbole et du despotisme, la fable est venue en Grèce lorsqu'elle a eu des défauts cl des ridicules à censurer , des grands à punir et des petits à venger. Quoiqu'elle appartienne à la même famille que la comédie, elle naquit longtemps avant elle, parce que le petit nombre de ses acteurs la rendait d'abord accessible à toutes les intelligences. C'est dans Hésiode que nous trouvons le premier type de l'apologue grec, qui se trouve placé entre la simplicité majestueuse des âges épiques et la spirituelle malignité de ces lemps où la poésie comique vécut d'allusions politiques ou privées el fit plutôt alliance avec la philosophie qu'avec l'histoire.

(ift) La description d'un pays où la justice est sagement administrée contraste poétiquement avec le tableau des malheurs qui servent de cortège à l'iniquité et à l'injure; l'abondance y règne, la Paix y fleurit, la Paix qui accroît la population que la guerre diminue , la Paix à laquelle Hésiode donne pour ce motif ta belle épilhète de nourrice des jeunes gens. Celte épilhète est une de celles qui dans la langue grecque ont le privilège d'enfermer dans un seul mot une vaste pensée ou une grande image.

(10) Lorsque le poêle dit que les femmes mettent au jour des enfans qui ressemblent à leurs pères, il parle de la similitude physique. On voit que l'adultère souillait quelquefois du lemps d'Hésiode la sainteté du nœud conjugal, puisque la ressemblance des fils avec les auteurs de leurs jours est comptée au nombre des principales preuves qui attestent le bonheur d'un pays où règne la vertu.

Théocrite a copié la pensée d'Hésiode dans son Eloge de Plolêméc, où il dit (43) :

« La femme qui n'aime pas son époux attache toujours sa pensée sur un autre homme ; mais sa race est facile à reconnaître , cl jamais ses enfans ne ressemblent a leur père. »

On se rappelle encore ce passage d'Horace (lib. t , v. 6) :

Kullis polluilur ruu domut slupris ; Nos et lex maculosum edomuit oefas, Laudantur simili proie puerpent ; Culpam pvna pretnit corne».

Et ces vers de Catulle dans son É filial aine de Julie el de Mallius

Torqualus volo partulus, Matria c gremio sua?, rorrigens tencras manu», Oulce rideat ad palrem Seraihiante labello.

SU suo similis pal ri slallio et facile iusciîs Noseitciur ab omnibus Et pudiciliam sua?

Maths indice» ore.

NOTES

(20) Cette pensée est conforme à celle de l'Fcclésiaste : « Sapé univerta civitas mali viri pœnam luit. » On ne peut se dissimuler que ce ne soit accuser d'injustice la Divinité que de ia montrer punissant toute une ville pour le crime d'un seul homme. Proclus cherche a justifier Hésiode en prétendant qu'il a voulu dire qu'une ville entière est châtiée pour n'avoir pas empêché, lorsqu'elle le pouvait, le crime d'un de ses hahitans. Nous croyons plutôt que cette idée d'un mal universel, qui sert de châtiment à une faute particulière, se rattache au dogme antique de l'expiation dans lequel le juste est puni pour le méchant.

Dans le tahleau de la vengeance de Jupiter, Hésiode semble avoir emprunté plusieurs traits des saintes Ecritures qui mettent au nombre des chàtimens divins la famine et ta peste, la stérilité des femmes et l'cxlcrniinaiion des armées; dans Y Iliade, le courroux d'Apollon deY naine également la peste dans le camp des Grecs. L'hémistiche apophtinousi de laoi est visiblement calqué sur celui de Y Iliade, oleconlo de laoi (ch. 1, v. 10).

(21) Josèphc dit, en parlant du nom de loi (contre A pion, liv. 2, c. 15) que: « ce nom n'élail pas connu anciennement chez les Grecs, témoin Homère qui ne s'en est servi dans aucune de ses poésies. » Comme Lcclerc l'a remarqué , le hasard a voulu que le mot nomos (loi) ne fût pas employé par Homère , qui n'a pas compris dans ses ouvrages la langue grecque tout entière , de même que nous ne trouvons point dans Virgile beaucoup d'expressions que nous lisons dans les meilleurs écrivains de son siècle. L'assertion de Josèpbe est encore fausse, puisque Hésiode s'est servi du mot nomoi; et certes quoique Hésiode n'ait pas été le contemporain d'Homère ses |»oëmes n'en appartiennent pas moins à la hante antiquité de la littérature grecque. Nomos vient de Némésis, distribution, partage, suivant Hétychius et le scholiasle de Venue (II. ch. 20, 249) : alors le mot de loi n'avait probablement pas un sens absolu comme aujourd'hui. On appela lois de Jupiter les coutumes dont on ignorait l'auteur à cause de leur vétusté. Ainsi , dans YAntigonedc Sophocle (S. 4S&), Anligone, qui avait enseveli son frère Polynice malgré la défense de Créon, dit à ce prince:

« Cet arrêt ne m'avait point été dicté par Jupiter ni pria Justice, compagne de ces divinités infernales qui ont prescrit aux hommes de pareilles lois. Je ne croyais pis que tes décrois eussent assez de force pour qu'un mortel violât les lois des dieux , ces lois non écrites , tuais immuables. Ce n'est ni d'aujourd'hui ni d'hier qu'elles sont nées ; elles subsistent éternellement , et personne ne connaît leur origine. »

(22) Dans Y Histoire de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres (Y. 3, p. 122) on lit la noie suixanle: < Hésiode exhorte Persês son frère

au travail ; or , M. l'abbé Sévin observe que l'épithète de dion genos ne saurait lui convenir , parce que les poêles ne la donnent d'ordinaire qu'à des personnes distinguées par leur naissance ou par des actions héroïques. Perses n'avait ni l'un ni l'autre de ces avantages; et quand il les aurait eus, qui s'imaginera qu'Hésiode l'ail ici traité avec tant d'honneur, lui qui, partout ailleurs , se plaint de ses injustices et qui ne le désigne jamais que par l'épithète injurieuse d'extravagant et d'insensé. Il y a donc toute apparence que cet endroit a été altéré ; ainsi, à la place de dion génos (descendu des dieux), il vaudrait beaucoup mieux lire Diou génos (fils de Diul). Cette leçon sauve tous les inconvéniens , et de plus elle cadre parfaitement avec le témoignage des anciens qui font tous Hésiode et Perses fils de Dius. »

On peut répondre à cette note que les anciens poètes donnaient quelquefois l'épithète de divin à de simples mortels , comme pour rappeler la communauté d'origine entre les hommes et les dieux , dont Hésiode a parlé (5. 109) : ils s'en montraient même si prodigues que l'auteur de Y Odyssée l'applique à un gardeur de pourceaux, dion suboten. Ixs guerriers de Y Iliade, en s'injuriant avant le combat, s'appellent mutuellement fils des dieux ou rejetons de Jupiter. Celte dénomination en effet était plutôt générique qu'individuelle. Hésiode a donc pu appeler son frère dion génos, quoiqu'il l'accuse souvent de folie , de paresse et de perversité.

Quant au père d'Hésiode et de Persès, Hésiode ne cite son nom nulle part , malgré l'occasion qui s'en présentait naturellement dans l'endroit où il parle de ses voyages et de son commerce (&. 632). La généalogie de notre poëte ne peut avoir guère plus de certitude que celle d'Homère. Moschopule prétend qu'il faisait remonter sa race jusqu'à Orphée et à Calliope. Ce qu'il dit de son père , qu'il représente comme un pauvre marchand , ne serait point un motirde ne pas croire a la noblesse d'une pareille origine : l'infortune et l'indigence étaient souvent le partage des héros, des rois cl des chantres de l'antiquité.

D'après ces considérations, nous pensons qu'il faut maintenir la leçon de dion génos, qui d'ailleurs a obtenu l'assentiment de Leclerc, de Lo^sner, de Gaisford et de M. lioissonade.

(23) Socratc, au rapport de Xénophon (Mémorab. Socratis, liv. i), avait l'habitude de ré|>étcr ce vers. Horace a exprimé une pensée analogue en s'adressant à Mécène délivré d'une maladie dangereuse :

Uedderc YiclinuM Xdemqme votivam mémento ; •Nos huoailem lerietnas agnam. (Lit. Il, od. iT.)

On ne saurait trop admirer la sagesse de ces préceptes de religiou et de morale , qui , de la bouche d'Hésiodo, onl passé dans la mémoire de ses contemporains et se sont disséminés ensuite dans loute

SLR LES TRAVAUX ET LES JOURS

l'antiquité grecque ou romaine. Quelques-uns nous semblent trop nus et trop vulgaires, parce que les élémens de notre civilisation moderne sont la recherche et l'affectation ; mais c'est à leur simplicité même, c'est à leur forme proverbiale qu'ils ont dû leur privilège de vivre dans le souvenir des hommes. Le poème des Travaux et de» Jour* est donc précieux non-seulement à cause du mérite d'une poésie forte et concise, mais parce qu'il nous offre un code moral , un résumé philosophique du siècle d'Hésiode. C'est là que le poëte a consacré en beaux vers les maximes de vertu que les sages et tes penseurs opposaient de son temps à l'invasion de l'impiété et du vice. Ilésiode a été l'hiérophante de la morale chez les anciens Grecs, comme Homère avait été le chantre de leur histoire.

(24) Dans quelques éditions on lit deiné , mais le sens indique que la véritable leçon est dcili. Le vin est meilleur au milieu du tonneau qu'au commencement ou au fond : aussi Hésiode conseille-t-il aux buveurs de ménager le milieu afin de prolonger leur jouissance. On peut consulter, sur le sens de ce passage, l'iularque (le Banquet de* sept gage*, 3, 7) et Macrobe (7, Saturn., c. i2).Tzetzè8 et Proclus disent qu'Hésiode fait ici allusion à une fête grecque appelée Pothoigie et célébrée en l'honneur de Bacchus, fête pendant laquelle les maîtres ouvraient leurs tonneaux et permettaient à tous les esclaves et a tous les mercenaires de boire avec eux en commun. Dans cette hypothèse, le poëte donnerait aux inlendans de la maison le conseil de modérer l'empressement des buveurs, lorsque leur première soif est calmée, pour que les plaisirs de la fête durent plus longtemps. Suivant Proclus, d'autres commentateurs voyaient dans l'image du tonneau divisé en trois parties , une allégorie de l'enfance , de la virilité et de la vieillesse : Hésiode aurait voulu faire entendre qu'il faut consacrer le premier et le dernier âge au plaisir et l'âge mûr au travail. Nous doutons que le poëte ait eu cette pensée. Ces préceptes sur la boisson , comme tous les autres, ne doivent être pris que dans leur signification naturelle et en quelque sorte physique.

Hésiode dit qu'il faut toujours donner à nos amis le salaire convenu quand il nous ont rendu un service, soit afin de prévenir tout sujet de querelle , soit pour ne pas abuser de la bienveillance d'un ami indigent qui ne voudrait pas accepter une récompense égale à sa peine. Il parait que cette maxime n'appartient pas en propre à Hésiode, comme nous l'apprend Plutarquc au commencement de la Vie de Thésée, où il dit en parlant de Piltbée, aïeul de ce héros : « Il jouit plus que tous ses contemporains de la réputation d'un homme plein de raison et de sagesse. Cette sagesse avait le caractère et la force de relie qui valut tant de gloire à Hésiode, surtout à cause de ses sentences du poëmc des Travaux. Un

de ces préceptes est attribué à Pillhée : «Alitthot, etc.» Arislole le philosophe a rapporté aussi ce fait.

Aristotc ( Morale, liv. 9, c. i ) cite les premiers mots de ce vers qui était devenu proverbial.

Plutarque cite le vers (de vitioso Pudore i i , p. 533 B).

(2 5) Phèdre a imité ainsi celle pensée : «Periculotum est credere et non credere.» (L. 3,

(26) L'épithète pugottolo* signifie nate* exornans. Il s'agit probablement des parures indécentes dont les femmes de mauvaise vie surchargeaient leurs robes par derrière , quoique Tzetzès et Proclus disent qu'on peut aussi entendre par là les bracelets et les bagues dont elles aimaient à se parer. Cette épitbclc annonce, comme le dit Mosebopule , une courtisane qui s'habille pour la débauche. Suidas lui donne la signification de meretrix.

Ce passage atteste d'une manière frappante la disparité qui règne entre les deux siècles d'Homère et d'Hésiode. Dans V Iliade on ne trouve que déjeunes captives qui servent de maîtresses à leurs vainqueurs ; dans les Travaux et le* Jour* on voit des courtisanes impudiques se prostituant aux hommes débauchés. La le plaisir des sens a pour excuse le droit de la guerre ; ici les loisirs de la paix ont produit la corruption d'une vie efféminée et dissolue.

(27) Après avoir tracé les règles de la justice, Hésiode nous propose comme moyen de la conserver le travail, qui seul peut norjs préserver du vice et de la pauvreté. La plus utile des occupations , l'agriculture est le premier objet de ses chants ; la navigation ne viendra qu'après. A la partie morale de son poëine il fait donc succéder la partie économique, mais sans avoir l'intention de diviser son ouvrage en deux livres; celle division n'existe ni sur les anciens manuscrits ni dans les notes des scholïasles. Si l'on voulait absolument séparer le |>oëmc en deux parties , il faudrait plutùt , pour se conformer à l'esprit de son double litre, ne faire commencer la seconde qu'au vers sept cent vingt-trois, où le poëte passeà la définition des bons et des mauvais jours; mais une telle distinction a été inconnue à toute l'antiquité. Le* Travaux et le* Jour* n'ont pas été composés de la même manière que les Géorgiques, dont les quatre premiers vers annoncent la division en quatre chants. Hésiode, qui n'écrivait pas plus qu'nomèrc, n'a pas songé davantage à diviser son ouvrage en plusieurs livres ; pour cela il aurait fallu que l'écriture eût été en usage : or il chantait ses poëmes en les improvisant devant tout un peuple. C'est dans la seule mémoire des hommes que le dépôt s'en est conservé, mais non sans éproover des perles d'une part et sans recevoir beaucoup d'additions de l'autre. La poésie de ces anciens chantres

SUR LES TRAVAUX ET LES JOURS

de la Grèce était donc étrangère, par sa nature mèiue, à ces combinaisons de plans, à ces calculs de l'art auxquels nous attachons une si grande importance ; elle ne suivait d'autre loi que l'inspiration.

(28) Hésiode dit à Perses qu'il lui faudra débarrasser ses urnes des toiles d'araignée pour signifier que ta récolte sera abondante. En effet, dans les années de stérilité cette précaution devient inutile, puisque tous les rases destinés à renfermer le blé ne sont pas alors nécessaires. La poésie antique ne dédaignait point les images simples et vulgaires, même en trai- i tant les sujets les plus relevés : ainsi Télcmaque dit à son père dans Y Odyssée (ch. 15, v. 35) : « Sans doute la couche d'Ulysse languit abandonnée et remplie d'odieuses toiles d'araignée. »

Properce a dit (2,5):

Scd non immerito t el«»il «ranci (anum.

Catulle , pour décrire une bourse vide, emploie celle métaphore pittoresque:

Nam tui Calulli Plenui saceulus cal arancarum.

(20) Chalceion thocon signifie un endroit où l'on fabrique l'airain , un atelier de forgeron. Ces boutiques , comme nous l'apprend Proclus , étaient sans portes ; tout le monde pouvait y entrer et s'y chauffer ; les pauvres y passaient la nuit. Quant au mot lâché , voici ce que rapporte Harpocration : Anliphon dit en son discours contre Nicoclès : « On appelait (leschés) Lâchas certains lieux publics où les oisifs venaient s'asseoir en foule. »

Ilomère a dit : « Tu ne veux pas aller dormir dans la boutique d'un forgeron ou dans quelque lesché. »

Cléanthe, dans son ouvrage sur les dieux, dit que les leschés étaient consacrées à Apollon , qu'elles devinrent semblables aux exédres (assemblées de gens de lettres) et que quelques-uns reconnaissaient un dieu surnommé Leschinorion.

Les leschés, où l'on se rassemblait pour causer et se chauffer pendant l'hiver, étaient pour les Grecs ce qu'étaient pour les Romains les stationes et les tonstrina. Proclus dit qu'il y en avait dans Athènes trois cent soixante. On donnait aussi ce nom aux écoles et aux lieux de réunion des philosophes. Pausanias (Phocidc, c. 2b ) dit que les Dclphiens avaient appelé ainsi un édifice renfermant les tableaux de Polygnole. Du temps d'Hésiode, il ne faut entendre par là que les endroits publics où se rassemblaient les oisifs. Hésiode conseille donc à Persèsde ne pass'y arrêter ; il lui interdit également l'entrée des ateliers de forgerons, parce que l'homme assis devant un foyer contracte l'habitude de la mollesse et de l'oisiveté. Un passage de Xénophon, dans ses OEconomiques , atteste que les arts sédentaires pratiqués à l'ombre des arbres ou auprès du feu étaient regardés par les anciens comme propres à énerver l'esprit et le corps et comme in-

dignes de l'homme. L'agriculture passait pour l'occupation la plus noble , parce que c'est en plein air qu'elle s'exerce. La vie antique était presque tout extérieure.

(30) Hésiode compare les animaux à un homme courbé par la vieillesse. L'épithète de Tripodi fait sans doute allusion à l'énigme du Sphinx rapportée par Diodore de Sicile (liv. 4) :

« Quel est l'être qui est à la fois bipède, tripède et quadrupède? OEdipe répondit que le sujet de cette énigme était l'homme qui, encore enfant, se traînait sur quatre pieds , qui n'en avait que deux lorsqu'il était grand, et qui, devenu vieux, en avait trois, parce qu'il se servait d'un bâton à cause de sa faiblesse. »

(31) Ces préceptes , relatifs à la manière de se préserver du froid, ne sont curieux qu'en ce qu'ils nous donnent une idée exacte des vètemens dont les Grecs se couvraient du temps d'Hésiode. Un manteau de laine, des brodequins de cuir de bœuf, une peau de chèvre jetée sur les épaules ne formaient pas une parure bien élégante ; mais nous devons songer que c'est aux babitans de la campagne que s'applique surtout ce costume. Le luxe des habillcmcns avait dû naître déjà dans les villes remplies de riches oisifs et de femmes débauchées.

(32) Cet usage de se laver les mains avant d'offrir des libations à Jupiter et aux autres dieux existe également dans Y Iliade. L'origine de celte pratique religieuse remonte sans doute jusqu'à l'Inde, où les peuples du Gange se purifiaient par de fréquentes ablutions. Nous regardons maintenant comme des superstitions puériles des préceptes dont l'oubli dans les dogmes de la théocratie antique suffisait pour irriter la vengeance céleste.

(33) Celle défense de se moquer des mystères pendant les sacrifices indique que la religion, loin d'être extérieure comme dans Y Iliade, tendait à se renfermer dans le cercle des cérémonies superstitieuses. Alors elle n'était plus accessible à toutes les intelligences les plus vulgaires et elle avait des secrets qu'on ne pouvait tourner en ridicule sans offenser les dieux.

(34) Ces superstitieuses idées de bonheur et d'infortunes attachées à tel ou tel jour provinrent sans doute des Cbaldéens , qui , d'après l'observation des astres, imaginèrent des rapports entre les mouvemens célestes et les evénemens terrestres ; elles ne furent point particulières aux seuls habitons de la Grèce : elles passèrent chez les Romains , comme nous l'atteste Pétrone, qui rapporte dans le Banquet de Trimalcion (c.30) qu'on voyait suspendus à deux poteaux deux tableaux dont l'un représentait le cours de la lune et les imagos des sept étoiles, et marquait les

Page 1