MITES SUR LE BOL CL] EU D'HERCULE
jours heureux ou néfastes. Properce a dit (liv. 2, élég. 26) :
OuœritU cl cœlo PlMmicum invenU icreno Que «il «telU homini comrooda, qujnquc nul*.
Les Grecs , au rapport de Proclus , regardaient comme propices ou contraires à leurs entreprises nonseulement les jours tout entiers, mais encore les différentes parties de la journée. Proclus ajoute que, par exemple, ils consacraient l'avant-midi aux dieux et et l'après-midi aux héros. Nous ne nous étendrons point sur l'importance qu'ils attachaient à la distinction des divers jours, parce que , suivant Hésiode lui-même, peu d'entre eux en savaient la raison. Ces puériles superstitions faisaient partie de leurs croyances nationales et se transmettaient des pères aux enfans, comme il arrive assez souvent chez les peuples
modernes les plus avancés dans les voies de la civilisation , tant l'homme éprouve le besoin impérieux de croire même à des choses futiles et absurdes!
(35) Hésiode termine ici ses préceptes sur Indication des bons et des mauvais jours ; il ajoute que les autres sont indifférons et que chacun les loue diversement suivant son caprice, parce que, selon Tzctzès, Orphée et Mélampus en avaient vanté d'autres.
La maxime qui couronne le poëmc rachète par sa sagesse et par sa piété ce que toutes ces superstitions offrent de puéril et de ridicule. Après tout, de pareilles superstitions n'occupent que peu de place dans les Travaux et les Jours, dont l'ensemble présente unecollcclion précieuse de préceptes utiles aux travaux de la campagne , à l'exercice de la religion et à la culture de la morale.
NOTES SUR LE BOUCLIER D'HERCULE
(1) Hcrmésianax de Colophon voyait dans le mot lofé le nom d'une amante d'Hésiode que le poêle avait voulu immortaliser : cette hypothèse n'est guère vraisemblable. Nous n'avons pas besoin non plus de réfuter l'opinion de ces critiques qui veulent, comme Guiet et Robinson, que ce mot signifie matinale ou elle seule. Peut-être, comme le suppose Heinrich, le poëte s'adressait-il à sa Muse en ces termes : « Muse ! dis-moi quelle fut cette héroïne ou quelle fut cette autre (é oiê aut qualis). » Leclcrc pense qu'AIcmène pouvait être comparée ici à quelque déesse, comme dans Y Odyssée (ch. 6, v. 102) Nausicaa est comparée à Diane. On peut se livrer à de nombreuses conjectures toutes les fois qu'on manque, comme dans celte circonstance, de preuves solides et d'argumens authentiques. L'opinion qui nous semble le moins s'éloigner de la vérité est celle qui rattache ce début au poème des Megalai éoiai. Nous pensons donc que cette formule i oié établissait un terme de comparaison entre les diverses héroïnes chaînées par le poëte et servait de transition pour passer de l'éloge de l'une à celui de l'autre.
Hésiode dit qu'AIcmène quitta sa patrie, c'est-adire Mycène, que son père Electryun possédait avec Tîryntbe et Midée. Alcmène est appelée Midealis Héroina dans Tbéocrite (1 3, 20 et 24, v. 1).
(2) Le nom d'Akmènc était célèbre dans l'antiquité grecque : il est parlé d'Alcrococ dans Y Iliade (eu. 14,
323, et ch. 19, v.99)etdansl'0dy*fe'0(ch. 2, v. 120, et ch. n,v. 268);cedemierpoëmeconlient(cb. n,v.2 24) une récapitulation des femmes dont la gloire s'était le plus répandue. Les femmes des âges héroïques n'étaient pas, comme elles le furent dans la suite, séparées du commerce des hommes ; elles avaient des occasions do signaler leurs vertus : leurs mariages avec les héros et leurs amours avec les dieux servaient encore a augmenter leur renommée. R y eut donc avant Hésiode des chantres et des rhapsodes qui célébrèrent les héroïnes de l'antiquité, comme après lui on vit paraître l'auteur du poème intitulé ta Naupactica et Pisandre de Camirc , qui composa le poème appelé Héroicai Théogamiai.
Alcmène était fille d'Électryon et d'Anaxo, suivant Apollodore (liv. 2, c. 4, § &) ; sa mère était, d'après Plutarque (Yie de Thésée, c. 7), Lysidice, fille d« Pélops. Pausanias rapporte (Élide , c. 17) que le poëte Asius disait qu'AIcmène était née d'Amphiaraiis et d'Eriphylc. Ce même auteur raconte que Jupiter emprunta la figure d'Amphitryon pour avoir commerce avec elle ; qu'après sa mort elle fut changé* en pierre ; qu'on voyait son lit à Thèbes parmi les ruines d'une maison ; que son tombeau existait à Mégare près de l'Olympiéum, et qu'elle avait un autel dans le temple d'Hercule à Athènes. Toutes ces traditions ont pu être consignées dans le poème d'Hésiode, dont le temps n'a respecté que le morceau relatif à l'union d' Alcmène avec Jupiter. Homère et Hésiode sopt les
6ii
NOTES
deux sources primitives de la mythologie hellénique.
(3) L'image de celle grâce qui respire dans les cheveux el dans les yeux d'AIcmène comme dans ceux de Venus a pu Cire empruntée d'un passage de Y Hymne à Vénus (v. 174J.
Le verlM! grec aénai répond au verbe Ulin spirare , Horace a dit (ode 4, iî, 19) :
Faciciquto «pirabal amoreï.
Virgile a voulu sans doute imiter Ilésiodedans celte élégante et gracieuse description de Vénus (.En., liv. 1, V. 400) :
Dixit el averleiu roscA ccmcc refukil, Ambrosiiri|uo conte divinum vcrlicc odorcm Spiiavfrc.
(4) Hésiode dit qu'Amphitryon tua volontairement Éleclryon dans une dispute élevée au sujet d'un trou-!peau de bœufs ; d'autres auteurs ont supposé que ce fut par hasard qu'il commit ce meurtre. Voici comment Apollodorc raconte celte histoire (liv. 2, c. 4,
« Eleclryon régnant à Mycènes , les fils de Plérélaiis vinrent avec Taphius réclamer le trùnc de Meslor, le père de sa mère, cl comme Eleclryon le leur refusa, ils enlevèrent ses bœufs. Les fils d'Électryon voulant s'y opposer, il s'engagea une bataille où ils se tuèrent les uns les autres. Il ne se sauva des fils d'Électryon que Licymnius encore très-jeune, et des fils de Plérélaiis que Evérès , qui gardait les vaisseaux. Ceux des Taphiens qui s'enfuirent sur la flotte emmenèrent le* bœufs qu'ils avaient pris et les confièrent à Polyxènc , roi des Eléens. Amphitryon les racheta de Polyxène et les reconduisit à Mycènes ; mais Eleclryon, jaloux de venger la mort de ses enfans, donna h Amphitryon son royaume et sa fille Alcmène, et lui fit jurer de respecter sa virginité jus-* qu'au retour de la guerre qu'il projetait contre les Télébocns. Il alla recevoir les Inrufs, mais l'un d'eux s'élant échappé , Amphitryon lui lança une massue qu'il tenait entre ses mains et qui, ayant frappé les cornes de l'animal, rebondit sur la tète d'Électryon cl le tua. »
Nous lisons la note suivante dans le scfwliasie d'Apollonius de Rhodes (liv. i, v. 747) :
<< L'Ile de Taphos est une dcsEchinadcs où s'établir rcnl les Téléboens, ces premiers habilans de l'Acarnanie, ces peuples adonnés à la piraterie. Étant allés a Argos , ils enlevèrent les bœufs d'Électryon, père d'Alcmènc ; un combat eut lieu, cl Éleclryon y péril avec ses fils ; aussi Alcmène promit-elle sa main à relui qui vengerait le meurtre paternel ; Amphitryon l'ayant venge épousa Alcmène. Cette histoire est clairement expliquée dans Hésiode, m
Jean Diaconus dil qu'Amphitryon tua Éleclryon en le frappant d'un bàlon qu'il avait lancé sur un bœuf. Ainsi on ne voit ni dans Apollodorc, ni dans Je scholiasic d'Apollodorc, ni dans Jean Diaconus,
que le meurtre du père d'Alcmène ail été l'ouvrage volontaire d'Amphitryon. Hésiode dit cependant que ce héros tua Éleclryon d'une manière violente ( iphi damassas) et avec colère ( chosaménos ) . Faut-il croire que les trois écrivains cités plus haut ont puisé les détails de cette mort dans un autre ouvrage d'Hésiode ou dans les poèmes d'un autre auteur ? Ces histoires des siècles héroïques avaient été chantées par un grand nombre de poètes ; elles servirent d'aliment fécond aux Muscs tragique et lyrique. Eschyle avait fait une Alcmène, Sophocle, un Amphitryon; Euripide, une Alcmène et un Licymnius, Pindare (Nétnéenne, io, 26) a chanlé la victoire d'Amphitryon sur les Téléboens.
(s) On voit dans Hésiode comme dans Homère que si les meurtrière étaient contraints de fuir leur patrie , ils trouvaient un asile dans les pays voisins. Hésiode ne dil pas qu'Amphitryon, réfugié à Thcbes, se soit fait purifier par Créon , comme le rapporte Apollodorc (liv. 2, c. 4 , § G) et comme le voulait le mode d'expiation établi pour les supplians, témoin dans Hérodote (liv i , c. 35 ) l'histoire du phrygien Adraste qui , ayant tué son frère involontairement, trouva un refuge à la cour de Crésus.
(C) L'auteur de l'Odyssée parledcs Taphiens comme dépeuples navigateurs et pirates (cb. 1, v. 105, 181, 419; cb. 14, v. 452 ;ch. t5, v. 427 et ch. 16 V. 426), mais il ne fail pas mention des Téléboens. Ces deux peuples iiabitaieol la même contrée. Comme Hésiode ne dit pas qu'Amphitryon dans son expédition contre eux se soit servi de vaisseaux , on peut conjecturer qu'à celle époque les Téléboens habitaient encore le continent de l'Acarnanio, d'où ils passèrent dans l'une des Iles Ecbinades , situées vis-à-vis ce continent. Les Téléboens, qui faisaient partie des Lélèges, étaient plus anciens que les Taphiens. Suivant Apollodorc ( liv. 2, c. 4, § 5), Taphius, fils de Neptune et d'Hippothoé , fonda Taphos et donna à ses peuples le nom de Téléboens parce qu'il était allé loin de sa patrie ( oti télon lés palridos ébc ). On lit dans le scholiasle d'Apollonius de Rhodes (liv. 1 v. 747) que, d'après Hérodote , Hippolhoé et Neptune eurent un fils nommé Ptérélas qui fut père de Téléboas et de Taphus , el que ce dernier donna son nom à l'île de Taphos , dont les habilans prirent de tous deux la dénomination de Taphiens et de Téléboens. Quel que soit le plus ou moins de vraisemblance de ces diverses élymologies, on voit que du temps d'néslode ces deux peuples n'en formaient qu'un seul , ou que du moins ils habitaient l'un {Très de l'autre ; car il est possible qu'alors les Taphiens fussent déjà établis dans l'Ile de Taphos el que les Téléboens demeurassent encore sur le conlincnl de l'Acarnanie. Ces peuples, dans la suile, occupèrent un grand nombre d'ilcs el entre autres celle de Caprée, comme nous l'apprennent Virgile
SL R I.E UUl'CLIUK l) HERCLLE.
Gi:»
(ASn. , 7, 733) et Silius lUlicus (7, 418). Dès l'origine, ils s'étaient adonnés au brigandage, et ils étaient venus enlever les bœufs d'EIcctryon , dont ils avaient tué les enfans. Alcmène, fille de ce roi , avait promis de n'accorder ses faveurs a Amphitryon qu'après qu'il aurait vengé la mort de ses frères. Amphitryon fit donc dans leur pays une expédition qui passa pour un des plus beaux exploits de l'antiquité. Pindarc parle de celle guerre (Nêméenne. 10, v. 25) et Hérodote rapporte (liv. 5, c. 59) qu'il vit dans le temple d'Apollon Ismétiien un trépied dédié aux Thébains avec cette inscription en lettres cadméennes :
AMNIITRTOX M'A COSSACRE A SOS RETOUR DE LA GUERRE CONTRE LES TÉub0E*S.
(7) Hésiode appelle les Locricns Anchéimckoi (combattant de près) , ce qui est contraire à ce qu'Homère dit de ces peuples ( Iliade, ch. 13, v. 713).
Aussi quelques commentateurs pensent-ils qu'il faut lire Enchémachoi , (combattant avec la lance). Nous n'avons cru devoir rien changer au texte ordinaire. Hésiode n'a peut-être point parlé des mêmes Locriens qu'Homère; car, suivant Pausanias, il y avait les Locriens Hypocnémidiens , les Locriens Ozoles, et ceux d'Opunte, de l'île d'Atalante, de Tbronium et d'Italie; ces divers peuples devaient différer de mœurs et d'usages. Les Locriens Ozoles étant voisins non-seulement de la Phocidc , mais encore des Tapbiens et des Téléboens , à qui Amphitryon fit la guerre, furent probablement ceux qui accompagnèrent ce héros avec les Béotiens et les Phocéens, tandis que ce furent les Locriens d'Opunte qui allèrent au siège de Troie sous les ordres d'Ajax, fils d'Oïlée.
(8) Amphitryon, suivant Apollodore (liv. 2, c. 4, S 5) , était fils d'Alcée et d'Hipponome, fille de Ménécéc. D'après Pausanias (Arcadie, c. 14 ), les Phénéates disaient qu'Alcée avait eu Amphitryon de !«aonomé, fille de Gunéus, et non de Lysidico, fille de Pélops.
(o) Le mont Typhaon , qui devait être placé entre l'Olympe et Thèbes , peut-être dans la Phocide , n'étant mentionné par aucun auteur, Lerlerc a proposé de lire Tilphosion, parce que le mont Tilpbosius existait en Béotie à cinquante stades d'Haliarte , suivant Pausanias ( Béotie, c. 33). Bocbart conjecture que Tilpbosius était un surnom de l'Uélicon.
Quant au mont Pbicius , il ne laisse pas de doute sur son existence ; les poètes et les mythologues en parlent fréquemment. Situé en .Béotie, près de Thèbes, il tirait son nom du mot éolique Phix, qui est le même que celui de Sphix. Celait la que le Spbinx avait séjourne.
Hésiode semble avoir voulu présenter l'image grandiose de Jupiter arrivant en deux pas de l'Olympe au
Typhaon et du Typhaon au Phicius. Le prodige d'une telle marche, admissible quand il s'agit d'un dieu , fait ressouvenir de Neptune qui, dans Y Iliade (cb. 13, v. 20) franchit en trois pas une vaste distance. Ainsi, dans Pindare ( Pythique 3, 75 ), Apollon d'un seul pas accourt arracher son fils Esculapc des flancs de sa mère inanimée.
Ces miracles de vigueur et d'agilité , que la poésie grecque attribuait souvent aux divinités , étaient un débris de la croyance primitive, qui en avait fait des êtres pourvus de formes gigantesques et de forces prodigieuses. Ce ne fut que par degrés que les dieux se rapprochèrent davantage de la nature humaine.
(I o) Le fond de ce mythe est dans Homère (Iliade , ch. 10, v. 08, etc.). Hésiode ne dit point que Jupiter, pour mieux tromper Alcmène, emprunta la figure d'Amphitryon, ces sortes de métamorphoses n'étant point conformes au génie de la mythologie grecque primitive. Ce fait aura été imaginé par des poètes postérieurs, qui l'ont fourni à Apollodore (liv. 2, c. 4, § 8 ) et à Diodorc de Sicile ( liv. 4, c. 0 ). Ces deux écrivains rapportent que Jupiter demeura trois nuits avec Alcmène , et de là vint le surnom de 'lïiesperoi appliqué à Hercule. Il passa neuf nuits et neuf jours auprès d'elle, suivant Clément d'Alexandrie ( Protrrpt., p. 28 ) et Arnobe (Conlrà gent., p. 145 ), et deux nuits seulement d'après Ovide (Amorum, liv. i, él. J3, v. 415) et Properce (liv. 2 él. 18, v. 25). Hésiode dit qu'il ne resta qu'une seule nuit dans sa couche. Ainsi les traditions s'amplifient et se dénaturent à mesure qu'elles s'éloignent de leur première source.
(11) Les rois cl les princes des siècles héroïques faisaient consister dans leurs troupeaux leur principale richesse ; ils ne dédaignaient pas de les visiter et de les soigna- eux-mêmes. Amphitryon, après une longue absence cl une guerre pénible , devait donc n'avoir rien tant à cœur que de revoir ses troupeaux et ses bergers. Mais Hésiode nous le représente tellement amoureux de sa femme qu'il néglige pour cllo un si vif plaisir. Ce passage, tout en nous offrant dans l'amour d'Amphitryon pour Alcmène l'idée d'une époque où le sentiment conjugal se perfectionne, nous montre , jusque dans la preuve de cet amour, un reste de la simplicité et de la rudesse des premiers âges , puisqu'il n'y a qu'une épouse qui puisse l'emporter sur des troupeaux dans le cœur de ce guerrier. Il y a la , comme dans presque tout Hésiode , le mélange de deux sociétés , la fusion de deux époques.
(12) Hésiode compare la joie d'Amphitryon rentrant dans sa maison à celle d'un homme échappé à un dur esclavage ou à une dangereuse maladie. Ainsi, dans XOdytséc (ch. 5, v. 304), Ulysse, errant sur
CIG
KOTES
la nier, quand il aperçoit le rivage , éprouve autant de plaisir que des fils dont le père revient à la vie :
« Lorsque des enfans voient renaitre un père chéri qui, abattu par la maladie, en proie à des maux cruels, a langui longtemps consumé de souffrances et vaincu par une terrible divinité , ils se réjouissent de ce qu'enfin les dieux l'ont affranchi de ses douleurs : ainsi Ulysse aperçoit avec joie la terre et les forêts. »
(U) Ces deux vers (65 et SG) ne présentent qu'une froide répétition de ce qui a été déjà dit ; comme ils sont cependant nécessaires pour servir de lien à ce qui va suivre , il est probable qu'ils ont été interposés par le rhapsode ou par le diaskévaste qui a réuni les deux parties du poome.
Malgré l'addition de ces deux vers, on sent qu'il y a une lacune immense entre le début du poëme et sa continuation. Est-il croyable que le même poète ail passé brusquement de la naissance d'Hercule à son coml»al avec Cycnus ? n'aui ait-il pas donné quelques détails sur son enfance et sur ses autres exploits? Hésiode avait parlé plus longuement de ce héros dans son poénic des Mégalai cotai, comme l'atteste le fragment conservé par Aspasius (Ad Arist. tth. Nicom., 3, p. 43) et dans lequel Alcmôno dit à Hercule :
« 0 mon fils! le puissant Jupiter t'a rendu le plus infortuné et le plus généreux des hommes. »
C'est donc ici que finit le morceau des Mégalai éoiai qui a survécu à la perle des autres , et c'est également ici que commence le poëme d'un antique rhapsode qui a célébré le combat d'Hercule contre Cycnus, combat peut-être oublié par d'autres chantres cl qui a intercalé dans son récit la description du I ouclicr.
(M) Il y a dans les fables grecques trois Cycnus : l'un, fils de Neptune et de Céyx, qui fui lue par Achille , l'autre fils de Mars et «le Pyrènc , cl le troisième fils de ce même dieu cl de Pélopie. Apollodore (liv. 2, c. 6, § il ) dit qu'Hercule, près du fleuve Echédore , rencontra , le second, qui le défia au combat, et que Mars ayant voulu prendre la défense de son fils , la foudre tomba au milieu d'eux et les sépara. Il raconte aussi ( liv, 2, c. 7, §7) qu'à son passage à Itone , Hercule fut provoqué par le troisième et le tua dans un combat singulier ; mais il est vraisemblable , comme le remarque Clavier, qu'Apollodorc d'un seul combat en a fait deux , et qu'il a été trompé par la différence du nom que les auteurs ont donné à la mère de Cycnus. C'est du fils de Mars et de Télopie qu'il s'agit dans le Bouclier d'Hercule. Telle est l'opinion de Heyne ( Obscrrationes ad Apollodnrum, p. 170) , car Apollodore prétend qu'il fut tué près d'Ilone , et Hésiode dit qu'il se trouvait dans le bois consacré à Apollon Pagaséen , lequel |
liois n'était pas éloigné de celle ville ni de celle de Tracbinc, cl que son tombeau fut détruit par l'Anaurus, fleuve de Thcssalic, donl Euripide ( Hercule furieux, v. 386) parle également. Le combat d'Hercule cl de Cycnus , qui cependant n'est pas classé parmi les douze travaux d'Hercule, a été célébré par les sculpteurs, les historiens et les poêles. Suivant Pausanias (Laconie, c. 18), il était Gguré sur le trône d'Apollon Amycléen. Pausanias avail vu ( Attique, c. 27 ) dans la citadelle d'Athènes une autre sculpture dont le même combat était le sujet. Diodore de Sicile eu fait mention (liv. 4, c. 37 ). Pindarc en parle ( Olympique» 10, v. 19) et il dit (pic la force d'Hercule fléchit un moment sous celle de Cycnus; en effet, d'après le scholiastc de Pindarc ( loc. cit.), Stésicbore avait composé un poëme lyrico-épique , iutilulé Cycnus , dans lequel le résultat du combat était la retraite d'Hercule. Hésiode ne dit rien de celte fuite , que probablement Stésicbore aura imaginée pour rehausser la gloire de son héros. Stésicbore racontait dans son poëme que Cycnus tranchait les tètes des voyageurs et en construisait un temple à Apollon. Hésiode se contente de dire qu'il se plaçait en embuscade pour dépouiller les étrangers qui vouaient consacrer à ce dieu des offrandes el des hécalomltes. Pausanias rapporte (Attique, c. 27) qu'il avail tué beaucoup de |iersonncs , entre autres Lycus de Thrace , cl qu'il promettait un prix à celui qui pourrait le vaincre. La conduite de Cycnus rappelle la férocité de ces premiers siècles, où les hommes, confiant dans leur force el libres du frein des lois , infestaicul les routes el dressaient des embûches aux voyageurs. Cycnus est le brigand qui ravage la terre , Hercule est le héros qui la délivre ; ils sont la personnification l'un d'un reste de Itarbaric , l'autre d'un commencement de civilisation.
(là) L'Apollon Pagaséen était l'Apollon adoré à Pagase , ville de Tbcssalie , appelée dans la suite Dcmélrie , située au nord du golfe Pélasgiquc cl d'où les Argonautes partirent pour la Colrhidc. Hygin dit, d'après Ollimaque, qu'ils y avaient érigé un temple à ce dieu. Le scholiastc d'Apollonius de Rhodes rapporte (ch. i, v. 238 ) que cette ville s'appelait ainsi , parce que le navire Argo y avait été fabriqué (apo tou ecai pepechtai tén Argo) , et que Scepsius prétendait que son nom provenait des sources dont ses environs étaient arrosés (apo tou pégai* perirréesthai tous topous). Ce nom a pu aussi lui être donné par l'Hyperboréen Pagasus, qui, suivant une tradition consignée dans Pausanias ( Phocide, ch. 6 ), avait fondé avec A gyéus l'oracle de Delphes.
liien n'est plus poétique que l'image du bois cl de l'autel d'Apollon que l'aspect de Mars el de ses armes remplissent d'une clarté soudaine. C'est ordinairement |>ar leur éclat que les dieux chez les poêles
SUR LE BOUCLIER D'HERCULE
trahissent leur présence ; témoin ce passage de l'Odyssée (ch. 19, 33).
Pallas, portant un flambeau d'or, répandait une lumière magnifique. Alors Télémaque se bile de s'adresser à son père :
« 0 mon père! certes un grand prodige Trappe mes regards. Les murs de ce palais , ces superbes lambris, ces poutres de sapins ; ces hautes colonnes brillent à mes yeux comme une flamme étincelante. Sans doute une des divinités qui habitent le vaste Olympe est descendue parmi nous. »
Le prudent Ulysse lui répond ainsi :
" Tais-loi ! modère ton impatience et ne m'interroge pas. C'est ain.-û que les habitons de l'Olympe ont coutume de nous apparaître. »
Dans l'hymne à Cérès , cette déesse manifeste sa présence de la même manière (275):
« A ces mots , la déesse change sa figure et sa taille et se dépouille de la vieillesse ; la beauté se répand autour d'elle, une suave odeur s'exhale de ses voiles parfumés, un vif éclat s'échappe de son corps immortel et ses blonds cheveux voltigent sur ses épaules. Tout le palais se remplit alors d'une splendeur semblable aux éclairs. »
Virgile environne aussi Vénus d'une lumière divine { .En., liv. i, v. 40C) :
Diiii cl averten* rosca cerviec rcfulsil.
(IC) Dans l'Antigone de Sophocle (i 1 80), l'épouse de Créon est Eurydice ; ici elle s'appelle Héniocbé : »c n'est pas la première fois que nous avons remarqué des différences de noms dans les mythes grecs. Créon d'ailleurs a pu avoir plusieurs épouses, comme l'observe Hcinrich.
Héniocbé est appelée lanupéplos (au long voile), comme Hélène dans Y Iliade (ch. 3, v. 230).
(17) Cet hémistiche « iou men phretuu éxéléto » est pris de l'Iliade (ch. 4 , v. 234, et ch. 10, v. 137).
Si l'on voit souvent dans les poêles les dieux ôler aux hommes l'esprit de sagesse, leur inspirer de fatalcs passions el même les entraîner au crime, de pareilles fictions ne sont point des traits d'impiété : elles attestent seulement que les Crées s'étaient fabriqué des dieux à leur image el qu'ils leur prêtaient quelquefois tous les défauts de l'humanité. La pensée d'Homère a été copiée ou imitée par plusieurs poètes : d'abord par l'auteur du Bouclier d'Hercule, ensuite par Eschyle, dont Platon rapporte ce passage :
« La Divinité fournil un motif de perte aux mortels lorsqu'elle veut ruiner de fond en comble leur maison. »
Et par un auteur tragique inconnu dont Grolius cite les paroles dans ses Excerpta, p. 4C1 :
« Lorsque la Divinilé prépare des malheurs à un
homme, elle commence par égarer l'esprit à l'aide duquel il délibère. »
Les saintes Écritures, comme les poésies grecques , nous montrent la Divinité aveuglant les hommes, leur fermant les oreilles cl leur endurcissant le cœur. Le Jébovah de la Bible est jaloux, sanguinaire, violent comme les dieux du paganisme.
(18) On sait que les anciens poètes ont donné aux fleuves la forme de taureaux et qu'ils les ont appelés laurocranous ou tauropodas. Horace a dit ( liv. 4 , od. 14, 26) :
Tauriformis volvitur Aufldus.
Et Virgile, (Géorg. 4, v. 37 IJ :
cornus vullu
Eridanui
On a cherché la cause de cette image symbolique tantôt dans le bruit des ondes comparé au mugissement des taureaux, tantôt dans les détours et les sinuosités des fleuves, semblables aux cornes de ces animaux, tantôt dans la fertilité des champs dont le Ixpuf fut l'emblème chez les anciens ; des fleuves , celte image a passé à Neptune, qu'on a nommé Tauréos, comme s'il était représenté sous la forme d'un taureau.
C'est dans ce sens que Grœvius a pris cette épitbèle à laquelle se rapporte celle de Tauroeranos que , dans Oreste, Euripide applique à l'Océan. Selon Voss , l'épilhète de Tauréos indique que Neptune fournil leur nourriture aux taureaux dans les pâturages situés sur des rivages peu élevés, de même que ce dieu est appelé Jlippiosou Hippoposêidôn parce qu'il abreuve les chevaux de ses ondes. Mais une pareille explication n'est confirmée ni par les témoignages des écrivains ni par les monumens de l'art. On doit plutôt, comme le veut Heinricb, ajouter foi aux paroles de Tzetzès, qui prétend que dans les villes de la Béolic, et surtout à Onchestc, on immolait des taureaux à Neptune, qui reçut de là le surnom de Tauréos.
Il y avait, suivant Uésychus, des fêtes consacrées à Neptune cl apt>clées Tauréa. Athénée parle d'une fête de ce nom célébrée à Éphèse, dans laquelle des jeunes gens tout nus , qui présentaient les coupes , s'appelaient Tauroi. C'est la qualité des victimes immolées dans cette fête qui lui a valu son nom et à Nej>lunc l'épilhète de Tauréos.
D'où les Grecs ont-ils emprunté cet usage de sacrifier des taureaux ? Il est probable que c'est de la religion persane. Dans leZend-AvesIa, Milhras immole le taureau, qui est le symbole de la génération et de la vie et dont les cornes produisent tous les fruits ; il lui ouvre le sein pour donner un passage aux eaux fécondées. Il y a donc analogie entre ce taureau primitif qui porte en lui-même les germes de toutes choses el l'élément de l'eau qui répand la fertilité. De là est venue chez les Grecs la coutume d'immoler des taureaux en l'Iiouncur des fleuves el de la mer. Ce rite