GIS
NOTES
était un bommagc rendu au principe humide de la création.
Diane et Ba échus dans les premiers temps avaient porté une tète de taureau , sans doute comme un symbole d'origine orientale.
(10) Le cheval Aréion ou Arion est très-célèbre dans les fables d' Ad ras te. Homère est le premier qui en parle (Iliade , ch. 23, v. 347). Stacc en fait aussi mention (ch. 6, v. 30 1).
Voici ce qu'en dit Pausanias [dreadie, c. 25) : « On rapporte que Cérès eut de Neptune une Tille , dont il n'est pas permis de dire le nom à ceux qui ne sont point initiés, et le cheval Arion. Voilà pourquoi, dit-on, les Arcadiens ont donné les premiers le surnom d'Hippius à Neptune. »
Il cite à l'appui de ce qu'il avance des vers de I'/liade et de la Thébaîde.
Homère dit dans l' Iliade , au sujet d'Arion :
« Non, quand même un héros, derrière toi , exci-
>< lerail le divin Arion, ce rapide coursier d'Adraste ,
» dont la race est immortelle, a
On sait, d'après la Thébaîde , qu'Adraste s'enfuit de Tbèbes :
« Portant des vètemens de deuil et conduit par » Arion aux crins verts. »
Ils prétendent que ces vers indiquent que Neptune était père d'Arion. Cependant Antimaque dit qu'Ai ion était fils de la Terre.
« Adraste , fils de Talaus , descendant de Créthée, >' le premier des Danaens, poussa en avant ses fameux » chevaux , l'agile Cérus et Arion le Thelpusien, que » la Teire elle-même enfanta près du bois d'Apollon » Oncéen pour qu'il devint l'objet de l'admiration » des mortels. »
On peut dire également d'un cheval né de la Terre, qu'il est de race divine, et il peut aussi avoir la crinière verte. On dit encore qu'Hercule, faisant la guerre aux Eléens, demanda ce cheval a Oneus, et qu'il était traîné par Arion lorsqu'il s'empara d'Élis. On ajoute qu'Hercule le donna ensuite à Adraste ; c'est pour cela qu'Antimaque dit en parlant d'Arion :
« Qu'il était alors conduit par Adraste , son troisième maître. »
Apollodore raconte (liv. 3, c. 6, v. S) qu'Adraste, dans la défaite des Argiens , fut seul sauvé par son cheval Arion, que Cérès, transformée en Furie, avait conçu de Neptune. Les scholiastes de l'Iliade (eh. 23, 347) et de Lyeophron (153) lui attribuent la même origine.
Nous remarquerons que, dès les siècles héroïques, on avait l'habitude de donner des noms propres aux chevaux les plus célèbres , et qu'ici le char qui porte Hercule et lolaiiscst traîné par un seul cheval, tandis que les héros de l'antiquité en conduisaient ordinairement deux et quelquefois un troisième attaché
aux autres par une corde et appelé hijypos seiraios, séiraphoros, ou paréoros , comme dans Y Iliade (ch. 8, v. 81).
(20) Suivant Tzelzès, l'orichalque était un mélange formé de l'airain qui, naturellement rougeàtre, devenait blanc par suite d'une certaine préparation. Virgile (J2n., 12, v. 87) dit : album orichalcum ; de même que nous trouvons ici oreichalcoio pkaéinou. Cet hémistiche a été copié par Apollonius de Rhodes (liv. 4, v. 973). Le scboliasle de ce poète dit que l'orichalque est une espèce d'airain ainsi nommée d'un certain Oréius qui la découvrit -, il ajoute que plusieurs auteurs, entre autres Aristote, nient l'existence de oc métal factice, mais que d'autres, comme Stésiebore, Bacchylide et Aristophane le grammairien en font mention, et que d'autres, comme Socrate et Théopompe, dans son vingt-cinquième livre, prétendent que c'était le nom d'uu statuaire. Voici ce que dit Slrabon (liv. 13, c. 1, v. 56) :
« Aux environs d'Andira on trouve une espèce de pierre qui se change en fer par l'action du feu ; ensuite ce fer, mis en fusion avec une certaine terre, produit le faux argent qui, mêlé avec de l'airain, devient ce métal que quelques-uns appellent l'orichalque. »
Des brodequins d'airain, une cuirasse d'or, une épée , un carquois , une lance , un casque , un bouclier, telle est l'armure d'Hercule. Celte description est imitée des passages de X Iliade qui concernent l'armure de Minerve (ch. 5, v, 736), et d'Jgamemnon (en. il, v. 16). Hercule est donc armé ici comme les guerriers d'Homère et comme tous ceuv des âges héroïques. Il n'a point la peau de lion , la massue et l'arc que lui donnèrent la poésie et la sculpture dans les siècles suivans. Alors on voulut le représenter avec le costume de ces premiers temps de barbarie où les hommes n'étaient revêtus que de la dépouille des animaux sauvages , ne combattaient qu'avec des bâtons et n'avaient pour boucliers que des peaux de chèvre. Mais une pareille armure, quoique historiquement elle ait dû précéder l'autre , n'a été qu'une invention postérieure aux siècles d'Homère cl d'Hésiode. La véritable armure antique d'Hercule consistait dans le bouclier, la cuirasse , l'épée et la lance ; telle était également celle des dieux et des déesses. Ce n'est que plus tard que s'opéra un changement dans l'appareil guerrier de ce héros. Suivant Athénée ( 12, p. 512, F.), Slésiehore fut le premier qui lui donna la massue cl la peau de lion. Slrabon prétend (15, p. 1009, B.) que ce fui Pisandre ou un autre chantre des néraclées. Remarquons que Thésée , regardé presque comme un autre Hercule, a été d'abord armé de l'épée, et que l'idée de la massue n'est venue que dans les âges postérieurs.
Malgré son changement d'armure , Hercule conserva encore chez plusieurs |K>ëlcs quelques-unes des
SLR LE BOUCLIER D'HERCULE
anciennes armes quo lui avaient attribuées leschantres des siècles héroïques. Dans les temps même où les jeux de la scène et les monumens de la sculpture le représentaient armé de la massue et chargé de la peau de lion, Sophocle l'appela (Philoctéte , 727) chalcaspis aner (le héros au bouclier d'airain). Mosi hus raconte (Megara , v. 08) qu'AIcmèoe a vu en songe Hercule tovt nu, sans son manteau et sa tunique, et ensuite reprenant les vètemens dont il était rouvert. Apollodore dit (liv. 2, c. 4, $. il) qu'ayant appris d'Eurylus à tirer de l'arc , Hercule reçut de Mercure une épée, d'Apollon des flèches, de Yulcain une cuirasse d'or, de Minerve un manteau , et qu'il coupa lui-même une massue dans la 'irél de Némée. On voit que les poêles et les mythologues ont confondu les dates et les détails de son armure et de son costume. Ce qu'il y a de certain , c'est que l'auteur du Bouclier le montre vêtu et armé comme il l'a été primilivement, comme l'étaient les guerriers des siècles héroïques. Celle circonstance suffirait donc pour attester la haute antiquité de ce poëme, qui présente partout les traditions et la couleur homériques.
(21) Le poëte s'est étendu sur la description des flèches d'Hercule, que dans la suite, on supposa empoisonnées, et que Sophocle {Philoctéte, 106) représente comme inévitables et messagères de carnage. Ici leurs pointes présentent la mort et sont trempées de larmes, des larmes arrachées aux parens de leurs victimes. L'épitbète de lathiphtongoio (qui arrache la voix), appliquée À la mort , ne se rencontre dans aucun autre poëte grec. La description de toute l'armure d'Hercule annonce le travail d'un auteur qui a cherché les images hardies et les effets grandioses.
(22) Voici ce fameux bouclier dans la description duquel le poëte, à l'exemple d'Homère, a donne une ample carrière à son imagination. Ce bouclier est un chef-d'œuvre remarquable par la variété et la profusion des figures , non telles que le poëte les a vues réellement , mais telles que son esprn les a conçues et que son talent les a embellies. Ce n'est donc point d'après les règles sévères de la ciselure qu'il faut examiner et juger ce morceau. Ces personnages qui se meuvent, ces héros qui se poursuivent, celte discorde qui crie, ces serpens qui sifflent, ces Muses qui chantent, tous ces prodiges sont te produit d'un enthousiasme et d'une licence de poëte. Quoique le bouclier d'Achille, dans Homère, soit sans doute supérieur à relui d'Hercule pour le mérite de l'invention et pour la noble simplicité de la poésie , il y a cependant de l'injustice à leur avoir appliqué ce vers de Sannazar :
Ulum tiontincm dieu, hune posuwso deutn.
(23) L'éclat des armes chez les anciens en faisait, connue on sait, un des princi|>aux mérites. Toute la
surface du bouclier d'Hercule, qui était de forme ronde, paraissait donc élincelanlc de divers métaux qui remplissaient les intervalles d'une ciselure à l'autre.
Titano. Comme l'observe Bcrgier , il parait que la peinture en émail n'était pas inventée du temps d'Hésiode : qu'ainsi ce mot ne signifie que de la soudure. Bergicr pense qu'il faut cnlendre par la l'élain , et alors le terme latin stannum en serait dérivé. Les scholiasles expliquent titanos par gupsos ou scirros. Suidas prétend que c'était du gypse on de la poussière du marbre, et il ajoute que c'était une pierre calcinée appelée d'abord titanos et par suite asbestos. Pline dit (Jlist. Nat., 3C , c. 59) : mCognatacalei resgypsum est.» L'usage d'employer le gypse avait fait nailre l'art appelé gupsemplasticé teckné {V. Saumaise, excrc.Plin.). Ici donc le gypse ne sert pas à composer les figures tracées sur le bouclier, mais à séparer cl à distinguer les divers morceaux de ciselure.
Leuco félephanti. L'ivoire , dès les temps les plus anciens , a servi , comme l'atteste Homère , d'ornement aux ouvrages de l'art. Grâce a son emploi dans le bouclier, sa blancheur devait ressortir davantage, mise a côté du fer, de l'or ou de l'acier.
Electro. Ce métal était un mélange d'or el d'argent. Pline en parie ainsi (//. A7.,33,c.2.i) -.«Ubicumque quinia argenti portio est, electrum tocatur. Fit et curà electrum argento addito , et electro aucloritas , Homero teste, qui Mené lai regiam auro electro , argento , ebore fulgere tradit. » Le mot electro a pour nous la signification d'ambre jaune.
Pluchis. C'étaient des lames de fer , d'airain ou d'acier plaquées les unes sur les autres pour défendre les boucliers contre les coups de lance et de flèche, ainsi qu'on le voit dans Y Iliade (ch. 7, 247 ; ch. 18, 481 ; ch. 20, 260); ces lames , qui étaient bleues, s'allongeaient (diélélanio) sur tout le bouclier, quelquefois aussi elles servaient de rempart aux cuirasses. La cuirasse d'Agamemnon (Iliade, ch. tt, 24) était garnie de dix lames d'azur foncé, de douze d'or et de vingt d'élain.
(24) Au milieu du bouclier se dressait un dragon. Pausanias parle aussi [Phocide, r. 26) du bouclier de Ménélas, sur lequel on remarquait le dragon qui parut à Aulis lors du sacrifice et qui fui regardé comme un présage. Pindare dit (Pythique, 8, v. 66) qu'Aieroéon portail devant Thèbes un bouclier que distinguait un dragon tacheté. Dans Y Iliade (ch. 1 1, v. 38), un dragon à trois tètes est figuré sur la courroie a laquelle est suspendu le bouclier d'Agamemnon. Les poètes voyaient dans ce reptile une image propre à inspirer l'effroi dans les combats.
(25) Sur la tcle de ce dragon voltigeait Éris ou la Discorde, fille de la Nuit. Bien n'est plus poétique
NOTES
que la description de cette déesse : elle punit les ennemis téméraires qui osent attaquer Hercule -, euxmêmes descendent dans les enfers, et leurs ossemens pourrissent sur la terre, desséchés par le soleil. Remarquons que le germe de cette pensée peut avoir * existé dans les premiers vers du premier chant de Y Iliade y où Homère dit que la colère d'Achille envoya chez Pluton les âmes illustres d'innombrables guerriers et livra leurs corps en pâture aux chiens et aux oiseaux.
Leclerc reproche à l'auteur du Bouclier d'y avoir entassé plus d'images qu'il ne pouvait en contenir et de l'avoir rempli d'objets qui se meuvent d'euxmêmes. On peut lui répondre : i» que la Torcutique pouvait aisément ciseler une grande quantité d'objets sur un bouclier proportionné sans doute a la taille et à la force des hommes des âges héroïques ; 2° que l'artiste n'avait eu besoin que de représenter la Discorde avec des ailes déployées pour lui donner l'apparence d'un è(rc qui volait dans les airs. Ainsi pour figurer des guerriers qui se poursuivaient ou qui poussaient des cris, il lui suffisait de les montrer avec le corps penché ou la bouche cnlr'ouverte. D'ailleurs toutes ces images doivent être prises dans un sens figuré. Ajoutons que comme il s'agit d'une armure fabriquée par Vulcain, l'ouvrage d'un dieu autorise la supposition de toutes les merveilles de l'art.
(26) Les diverses personnifications de lotîtes les circonstances du combat peuvent avoir été l'ouvrage plutôt de l'imagination du poète que du talent de l'ouvrier. Proioxis est l'action de poursuivre, palioxis est celle de se retourner.
(27) Le combat des Lapilbes et des Centaures aux noces de Pirilhoùs et d'Hippodamîe a été célébré par le chantre de Y Odyssée (ch. 21-295) et par une foule d'autres poètes. Il a servi de sujet à un grand nombre de bas-reliefs et de peintures. En effet, Thésée , héros indigène des Athéniens , s'élant distingué par sa victoire remportée sur les Centaures , les artistes d'Athènes mettaient une sorte d'amour-propre national à représenter ce combat.
Les Lapilbes et les Centaures étaient deux peuples <dc Thessalie ou plutôt , comme le pense Clavier (Histoire des premiers temps de la Grèce, 1. 1, p. 279, seconde édition), tes Centaures avaient la même origine que les Lapilbes, car, d'après Diodore de Sicile (liv. 4, c. G9), ils étaient fils deCcntaurus, frère de Lapithès; il parait qu'on appelait ainsi ceux des Lapitbes qui avaient les moyens d'entretenir un cheval. L'équilation devait être connue alors dans la Thessalie, où l'on pratiquait la chasse aux taureaux décrite par Hcliodorc (OEthiopiquesX 10, p. 428) etqui a donne naissance au nom de Centaures , composé des deux mots centein laurous (piquer les taureaux). Les Centaures n'avaient pas de rois, tandis que les Lapilhes en avaient,
comme étant le peuple principal. Dans le dénombrement du deuxième chant de Y Iliade (740) , les Lapilhes marchent sous les ordres de Polypetés et de Léontée. Cette nation, qui était une colonie des Pélasges de la Thessalie , occupait un vaste pays entre la Phlbiotidc, le Pinde, l'Olympe et la Perrhébie. On trouve dans Ylliade la liste des Lapithes (ch. I , v. 262) ; celle du Bouclier d'Hercule en contient quatre nouveaux : Uoplée , Phalèrc , Prolochus et Mopsus ; mais elle ne parle point de Polyphème. Le vers relatif à Thésée est le même dans les deux poèmes.
Quelques commentateurs ont pris titarision pour un nom propre de Lapilhe, mais ce mot n'est qu'un adjectif qui se rapporte a Mopsus, filsd'Ampyx, et dérive du nom de la patrie de ce héros, comme le dit Jean Diaconus : « apo litarésiou topou -, » soit du Titarèse , fleuve de Thessalie, dont Ylliade parle (ch. 2-751) , soit du mont Tilarus d'où ce fleuve descend. Ainsi Apollonius de Rhodes a dit de Mopsus (ch. t , v. 05) :
« La vint aussi Mopsus le Titarésicn , que le fils de Latone avait rendu savant parmi tous les augures dans l'art d'interpréter le vol des oiseaux. »
Orphée (Argon., v. 12c) le place au nombre des Argonautes :
« Et Mopsus, venu de Titarus ; Mopsus, que Arégonis , mariée a Ampyx , mit au jour sous un hêtre de Chaonie. »
Lycophron (Alexandr. 881) a dit avec une légère différence -.
« Mopsus Tiléronien. *»
Les noms des Centaures sont Pélréus, Asbole, Arctus, L'rius, Mimas, Périmède cl Dryalc ; ils ont pour armes des massues. La massue eu effet convenait à ces guerriers encore farouches et sauvages qu'Homère appelle des monstres habilans des montagnes (//. ch. I, 268) et tout hérissés de poils (II. ch. 2, 743). Ces dénominations ont pu faire naître longtemps après Homère et Hésiode l'idée de les représenter comme étant moitié hommes et moitié chevaux.
(28) « L'expression de « Muses de la Piérie, » dit Heinrich , n'a pu venir d'Hésiode ni dans cet endroit ni au commencement du poëme des Travaux et des Jours. Un poète d'Ascra aurait dit : « Les Muses de l'Hélicon, » comme au début de la Théogonie : « Les Muses, dont le culte fleurit d'abord dans la Tbrace et la Piérie , étant venues en Grèce , établirent leur séjour sur l'Hélicon , montagne de Béotic. » Or croira-t-on qu'un poêle voisin de cette montagne ait mieux aimé tirer la dénomination des divinités de son pays du nom de leur demeure , qui était la plus éloignée et dont le souvenir avait presque péri de son temps? « Voilà un nouveau motif de supposer que la description du Bouclier d Hercule n'est pas l'ouvrage d'Hésiode.
SUR LE BOUCLIER I) HERCULE
(29) Celle action de rejeter l'eau par les narines est conforme aux habitudes des dauphins, dont Pline a dit (liv. 9, 7) : « Cùm famé conciti, fuçientem in vada ima persecuti piscetn , diutiùs spiritum continuer e, ut arcu emissi , ad respirandutn etnicant , ianiâque viexsiliunt, ut plervmque vela navium transvotent. »
(30) Théocrilc (Idylle t, v. 39) nous montre également un pécheur ciselé sur une coupe :
« A côté d'eux sont un vieux pécheur et un roc escarpé sur lequel un vieillard s'empresse de traîner un vasle filet pour le lancer dans les eaux cl ressemble à un homme qui se livre avec vigueur à de pénibles efforts. »
La description qui se trouve dans le Bouclier d'Hercule a quelque chose de plus gracieux et de plus doux que celle deTbéocrite : ce n'est pas ici un vieillard qui, sur une roche escarpée, se fatigue à traîner de lourds filets, c'est un pécheur assis sur le rivage , guettant paisiblement les poissons et prêt à jeter te filet qui doit les saisir ; une telle occupation est plutôt un plaisir qu'un travail.
(31) Le tableau de Persée poursuivi par les Gorgones est l'objet le plus important du Bouclier, d'a- Iwrd parce que le poète semble y avoir apporté un soin particulier, ensuite parce que Persée, fils de Jupiter et de Danaé , étant l'aïeul d'Hercule , c'est a dessein que son image a été mêlée aux autres peintures. La fable du combat de Persée avec les Gorgones est d'origine argienne ; elle a dû être chantée par les anciens poètes les plus illustres , quoiqu'il n'y en ail que de rares vestiges. Homère ne cite le nom de Persée qu'une fois (Iliade, ch. 14, 319), et il ne parle que d'une seule Gorgone (Iliade, ch. 5, 74 1 ; ch. 8 , v. 349, et ch. il, 36); ce qui a fait dire à Hésychius, in Gorgô, qu'il avait ignoré la fable de Danaé, de Persée el des Gorgones. Pausanias rapporte (Élide, ch. 1 8) que sur le coffre de Cypsélus les Gorgones étaient représentées poursuivant Persée qui volait comme elles. L'image de Persée est ciselée sur le bouclier d'Achille dans X Electre d'Euripide (v. 458, 463), et Stace (Achilleid., 3, 7) a Tait une élégante description d'un tableau dont il est le sujet. L'histoire de Persée est racontée en détail par Apollodore, qui a suivi le récit de Phérér.ydc, conservé en partie par le scholiaslc d'Appollonius ( I. 4. 1091 et 1515).
(32) Celle expression : « // volait comme la pentie », est imitée du passage suivant de Y Iliade (ch. 1 5,
« Comme s'élance la pensée d'un homme qui, après avoir parcouru beaucoup de pays, se dit dans son esprit prudent :« J'étais ici, j'étais là,» et se rappelle une foule de souveuirs. » Ainsi l'auteur de Y Odyssée a
dit (ch. 7, 36) •. « Leurs vaisseaux sont rapides comme l'aile ou la pensée. »
On lit dans l'hymne a Apollon (v. 186) : « De là il s'élance de la terre vers l'Olympe comme la pensée et monte dans le palais de Jupiter. »
Et dans l'hymne à Mercure (v. 43) :
• Comme une rapide pensée traverse l'esprit de l'homme tourmenté de nombreux soucis. »
Malgré ces exemples, de pareilles comparaisons entre un objet physique et un objet moral ne se présentent que rarement chez les poètes primitifs ; elles sont au contraire très-fréquentes dans les poêles de seconde main.
(33) La tète de Méduse avait été d'abord un objet effrayant , comme le prouvent plusieurs passages de \' Iliade et de YOdyssée (Iliade, ch. 5, 74 1 , et ch. 1 1, 36; Odyssée, ch. 1 1, 633); c'est lorsque le culte se dépouilla de ses premières formes laides et horribles qu'on lui attribua les traits de ta beauté. Pindare a dit (Pyth., 12, 28) « euparaou crata Medoisas. » L'auteur du Bouclier a suivi la tradition primitive.
(34) Aidés (Plulon) veut dire l'invisible. Son casque empêchait donc celui qui le portail d'être vu. Comme Minerve le prend dans Y Iliade (ch. 5, 845) pour échapper aux yeux de Mars , de même Persée s'en couvre pour tromper la poursuite des Gorgones, de Sthéno el d'Euryale , qui cherchent à venger la mort de leur sœur Méduse. Ces Gorgones étaient si bien ciselées que leur marche semblait faire retentir le bouclier. La hardiesse de cette image prouve la différence qui règne entre les beautés naïves el simples d'Homère el la poésie souvent ambitieuse et recherchée des âges suivans.
(35) Kir es signifie les destinées , il ne faut pas les confondre avec les Parques (lUoirai). Homère , qui les appelle kéres lhanatoio, n'en a mis qu'une seule (kéra) dans le bouclier d'Achille (//., ch. v. 18, 535). Virgile a dit (AZn.% I. 8 , 692) : « Tristcsque ex œthere Dira*. » Ces déesses sont la personnification des désastres sanglans qui ont lieu dans les combats : la blancheur de leurs dents , les ongles qui arment leurs mains, leur avidité à boire le sang, comme Mars dansYIliade (ch. 5, 289 et ch. 22, 267) j tout en elles conspire à répandre la terreur ; on trouve dans celle peinture un débris de la férocité de ces premiers siècles, où une barbarie presque sauvage régnait dans les liatailles.
L'expression « bail' onuchas me'galous » du vers 254 a pu faire naître celle dcVirgile =;« Injecere manum Parcœ. » (<En.t 10 y. 4 19.)
(3G) Les trois Parques sont ici distinguées par leurs noms, comme dans la Théogonie (v. 2i7 et
NOTES
003). Homère ne connaissait pas encore leurs diflërens noms. Elles sont appelées Kataklvthes dans Y Odyssée (ch. 7, 197) , attendu que le nom de Clotho , que dans la suite on n'attribua qu'à une seule , était , dans l'origine , commun à toutes les trois. Alroposest représentée comme la plus vieille. Elles n'étaient pas toutes du même Age : il en est d'elles , sous ce rapport, comme des Harpies, des Grâces et des Nymphes.
(37) La description du combat est poétiquement couronnée par l'image de la Tristesse qui plane sur tout le champ de bataille et rassemble en eltc seule toutes les horreurs que la guerre engendre. La Tristesse est pâle, parce que ses forces sont épuisées et consumée par la faim , parce que le combat a duré longtemps ; elle chancelé sur ses genoux , se roule dans le sable et s'agite en proie aux convulsions du trépas. Cette personnification de la tristesse est tout entière pleine de beautés hardies et fortes ; la poésie est comme son sujet , sombre , énergique et grave.
(38) Homère a décrit pareillement dans le Bouclier d' Achille les jeux et les fêtes d'une ville en temps de paix {Iliade, ch. 18, 490); et Quintus de Smyrnc a imite cette description (liv. i> , 60). Le tableau tracé par le chantre du Bouclier d'Hercule est rempli d'éclat et de richesse.
La ville dont il s'agit ici a sept portes, quoiqu'il soit difficile de concevoir comment le sculpteur avait pu rendre à la fois visibles les sept portes dont cette ville devait être entourée. Comme le pense Diaconus , il est vraisemblable qu'il est question de Thèlies , puisque le Bouclier est fabriqué pour un héros tbébain. D'ailleurs Thèbes est ordinairement désignée de cette manière, comme dans Ovide {Métam., 13, «85). qui dit au sujet d'une coupe ornée de figures ciselées :
Urbi eril, el seplem postes osuodere porU», II» pro nomine era.nl et qus forci Ma, docebaot.
Remarquons que l'idée du nombre sept a pu être communiquée à la Grèce par la Perse, qui en avait fait un symbole religieux. Dans la doctrine persane il y avait parmi les symboles une échelle ayant sept sortes de divers métaux el au-dessus une huitième, lesquelles avaient rapport au soleil, à la lune, aux astres et au passage des âmes dans ces planètes. On se rappelle les sept enceintes d'Ecbatanc distinguées chacune par une couleur différente, les sept portes de l'antre de Milhras, les sept pyrées ou autels des monumensdecedieu, les sept Amchaspaods ou Génies invoqués par les Perses et les sept notes de la musique sacrée. Le nombre sept était un nombre mystique dans beaucoup d'autres religions orientales.
(39) Toute l'idée de celte pompe nuptiale est imi-
tée de \' Iliade; les expressions en sont même quelquefois empruntées textuellement, comme cet hémistiche : « Polu* de humenaiot oror«.»L'épithèle pote* signifie que l'hymne d'byménée était chanté par beaucoup de voix. Dans la suite cet hymne s'appela Ilarmateion mélos, parce qu'on avait l'habitude de traîner les jeunes vierges sur des chars pour les mener à leurs nouveaux époux , comme nous le voyons ici.
L'emploi de la cavalerie , dans les âges héroïques, n'était point encore applique aux batailles; mais, comme on a dû monter sur les chevaux avant de les atteler à des chars , l'équitation était déjà connue. Seulement il parait que les exercices équestres formaient un art qui se pratiquait en temps de paix et comme objet rie divertissement. Ainsi Ajax , dans Y Iliade (ch. 1S, v. 679), est comparé à un cavalier qui dirige quatre chevaux en sautant tour à tour sur chacun. Le chantre du Bouclier nous montre également l'équitation exercée non par des guerriers qui combattent, mais par des hommes qui s'occupent à lutter entre eux. La description de cet art a été embellie par la muse de Virgile (<£♦»., 7, 162) cl d'Ovide {Mét. G, 218).
(40) Après avoir décrit la course des chars, le poëte nous montre, à l'exemple d'Homère [Iliade, ch. 18, v. 606) , l'Océan coulant autour du bouclier, parce qu'alors on le considérait comme un fleuve. Rien n'est plus gracieux que l'image des cygnes qui folâtrent sur ses ondes. Le verbe épuon, que Virgile semble avoir voulu paraphraser ainsi {/En. , 1 1 ,
Danl sonltum ratici per stagna loquacia cyeni, doit s'entendre moins du chant des cygnes que du bruit qu'ils produisent en agitant leurs tètes et leurs ailes. Heinricb doute que le verlie âpuein, qui signifie en général faire du bruit, puisse signifier chanter en particulier. Ce vcrl« entraîne la même idée que l'adverbe klaggêdon qu'Homère applique aux cygnes qui jouent sur les bords du Caystre (//., ch. 2, v. 463). C'est à tort que quelques poêles ont vanté l'harmonie du chant de ces oiseaux ; il est donc vraisemblable que l'auteur du Bouclier n'a voulu parler que du bruit qu'ils faisaient en nageant.
(41) Minerve vient au secours d'Hercule ; la protection qu'elle accordait à ce héros est une chose connue dans l'ancienne mythologie. Nous n'en citerons d'autre preuve que le passage de V Iliade (ch. 8 , v. 382) où Minerve rappelle qu'elle a secouru Hercule dans l'exécution des travaux que lui avait imposés Eurysthce.
(4?) Voici une note de Tzctzès : « Lyngéc était roi d'Argos ; il fut père d'Ahas, A bas d'Acrisius , Acrisus de Danaé ; de Danaé vint Perscc, de Pcrsée Al-
StTl LE BOUCLIER D'HERCULE.
céc, d'Alcéc Élection et Amphitryon; d'Amphytrion Hercule, d'Iphiclus lolaiis. »
Hercule et lolaiis ayant les mêmes ancêtres , Minerve les appelle tous les deux Lunkeos genei ( race de Lyncéc). L'orthographe primitive exige qu'on lise Lunkéot, comme dans le scholiasle de Lycophron qui rapporte ce vers (l 124). Cette leçon est confirmée par l'assentiment de Heyne, de Ueinricb, de Gaisford et de M. Boissooade.
(43) Robinson dit à propos du conseil que Minerve donne à Hercule de blesser Mars :
« Les poètes célèbrent partout l'inimitié de Minerve et de Mars. Au cinquième chant de l'Iliade, Minerve excite Diomède à blesser ce dieu ; au vingtième, elle lui est opposée dans le combat des dieux et elle le renverse. Les poêles en effet désignaient ainsi la lutte de la sagesse et de la fureur guerrière. Mais on peut s'étonner ici que, lorsqu'au cinquième chant de P Iliade Dioné énumère les maux que les hommes ont fait éprouver aux dieux et surtout le châtiment que Mars lui-même avait subi de la part des Alcides , Homère ait passé sous silence cette histoire si fameuse (la blessure de Mars par nercule), de même que l'autre histoire qu'Hésiode raconte plus bas (v. 358) (la rencontre de Mars et d'Hercule devant Pylos). »
(44) Minerve dit à Hercule qu'il ne lui est pas permis d'enlever l'armure de Mars ; cependant Hercule raconte ailleurs (366) qu'il la lui a déjà ravie. Pour concilier ces deux passages, Heinrich prétend que le poète n'a suivi ici que sa propre imagination, tandis qu'il s'est conformé plus bas a la tradition la plus ancienne et par conséquent la plus barbare, qui rapportait qu'Hercule avait dépouillé Mars de ses armes toutes sanglantes (entra brotoenta. )
(45) Heinrich s'étonne que le poêle fasse remonter Minerve sur son char lorsqu'il n'a pas raconté qu'elle en était descendue , et il pense qu'il y a une lacune dans l'endroit (v. 324) où elle s'approche d'Hercule cl d'Iolaiis pour leur parler. Heinrich n'a pas réfléchi que Minerve n'a point de char et qu'elle ne fait que monter sur celui des deux guerriers, auprès de qui elle reste afin de les encourager, et qu'elle les quille à la fin du poème, quand ils sont vainqueurs , et se relire dans l'Olympe.
Minerve lient dans ses mains la victoire et la gloire. Si on s'attache au sens littéral de ces expressions, on doit entendre qu'elle porte une pelile slaluedela Victoire, comme Phidias l'avait représentée a Athènes , comme le Jupiter -Olympien tenait dans sa main droite une statue de la Victoire en ivoire et en or. Mais un pareil sens n'est point conforme à la simplicité de la poésie antique, qui ne personnifie pas ainsi la Victoire. Le poète a voulu dire seulement qu'elle amenait avec elle le succès et la gloire. Ainsi nous
voyons dans Homère (Iliade , ch. 5 , 503) Belloue parcourant l'armée troyenne en portant le désordre, et dans Mimnerme (Fragm. 2 , v. 6) les Destinées portant l'une la vieillesse funesle et l'autre la mort.
On ne doit voir dans ces diverses expressions que des images et des allégories poétiques dont la sculpture chercha plus tard à matérialiser la pensée. C'est sans doute ce passage relatif à Minerve qui donna l'idée de la faire adorer à Athènes sous le nom de Niképhoros et de la représenter avec une stalue de la Victoire à la main. Elle s'appelait aussi Niké ( la Victoire), comme Pallcstent Sophocle (Philoctèle , 134), Euripide (Ion., 457, 1529), Aristophane (Lysistrata, 317) etPausanias (Attique, ch. 42).
(46) Cette comparaison de Cycnus et de Mars avec la flamme ou la tempête est imiléc d'un vers de 17/iade (ch. 13, v. 39).
Tout ce passage, comme la description du reste du comltat, porte l'empreinte homérique ; il y a identité dans le fond de la pensée et les formes du style. Signalons toutefois une différence : dans V Iliade, c'est toujours pour répandre l'effroi et pour présager des désastres que Jupiter secoue l'égide ; ici Minerve agite cette armure pour inspirer de l'audace et de la conGance aux chevaux d'Hercule. On trouve une belle imitation de ce morceau dans YÉnéide (lib. 12, v. 332) où il s'agit de Marsan lieu de Minerve :
Sanguioetu Mavors super iitcrepat alque furenlca, Bell» idovciu, immiiltl cquou ; illi œquore aperto Aine Nolot zephyrumque Tolant. Ceroll uhima puliu Thraca pedum
Ces derniers mots sont la paraphrase de l'hémistiche : « Peristonachize de gaia. »
(47) Trachine était une ville de la PhthioUde, située sous le mont OEta. Voici ce qu'en dit Hérodote (Polymnie, c. 99) :
« La ville de Trachine est éloignée de ce fleuve Mêlas de trois stades; elle est bâlie sur l'espace le plus large qui dans tout le pays se trouve entre la montagne el la mer ; cet espace forme une plaine de vingl-dcux mille plèthres. Dans la chaîne de monts dont le territoire deTrachis est entouré, on remarque, au midi de la ville, une ouverture à travers laquelle le fleuve Asopus coule au pied de la montagne. »
(48) Céyx, qu'il ne faut pas confondre avec l'autre Céyx, fils de Lucifer et mari d'Alcyonc, était roi de Trachine et l'un des descendans de Dorus , fil* d'Hellen. Hésiode, d'après le scholiasle d'Apollonius de Rhodes (liv. 1, v. 1290), avait fait un poème intitulé les Noces de Céyx. Le poëte ne dil pas pour quel molif Hercule se rend auprès de ce roi ; selon
ApoHod01"* (|iv- *. c- 7» $ °). ce fu* P°ur avoir ,,HS dans un festin chez OEnée, Eunome, fils d'Archilelès.
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D'après Pausanias (A (tique, c. 32), il quiUait Tirynthc et fuyait Eurysthée. Peut-être, comme le conjecture Diaconus, allait— il se plaindre à Céyx de la conduite de son gendre Cycnus envers les étrangers qui apportaient des offrandes à Apollon, ou lui déclarer la guerre, d'après les conseils de ce dieu. On ne sait donc si la rencontre d'Hercule et de Cycnus est préméditée ou involontaire. Il parait cependant que c'est Cycnus qui pousse son char contre Hercule pour l'attaquer, comme il agissait envers tous les voyageurs.
(49) Hercule et Cycnus descendent de leurs chars pour combattre, selon l'usage antique ; les écuyers rapprochent les deux attelages afin de contempler la lulle et de secourir le vaincu. Sans doute toute la description du combal est pleine de beautés larges et d'images brillantes ; mais l'accumulation de ces images et des comparaisons semble révéler le travail d'un rhapsode qui se tourmente pour produire de grands effets. La poésie d'Homère, malgré son abondance et sa richesse , a quelque chose de plus naïf , de plus inspiré. Dans V Iliade, Homère n'a devant les yeux que la nature ; dans le Bouclier d'Hercule, le poêle ne fait trop souvent que la copie des tableaux homériques; la plupart de ses comparaisons sont empruntées de Ylliade : témoin d'abord celle du vers 373, qu'Homère a inventée le premier {Iliade, ch. 13, 137). Voici les plus célèbres imitations que plusieurs poètes ont* faites de celte comparaison :
« Comme du faite élevé d'une grande montagne , de lourds rochers se précipitent en roulant les uns sur les autres et dans leur rapide chute entraînent un grand nombre de chênes à la haute chevelure, de pins et de peupliers aux profondes racines, jusqu'à ce que ces confus débrisarrivent tous dans la plaine, etc.» {Le Bouclier d Hercule, v. 373.)
Ac veluti, monlii samm de verlice prœccp» Cùm ruit avulaum vcnlo, kii turbidui auslf r Proluit, aul annis solvit aublapsa vcluslas ; Fertur in abruplum magno mons improbus artu. Exultalqur solo; sylvas, armenta, virosque Involrem aecum.
{Vhrçd.,£.n., 13, 88i.)
Sic ubi nubiforum monlis Uni» aul nova ventia Solvil hyema, aul vicia ailu non pcrluhi œtaa ; Desilil horrendua campo timor, arma, virosquo Limite non uno, longwaque robora se ni m Pratcipilani, landeroquc cxhaualiu turbine feaso, Aul vallctn cavat aul mrdios interripit amnes.
{Siai, Thtbald., 1, v. ni.)
« Lorsque d'une montagne élevée tombe un rocher immense que l'infatigable Jupiter, en lançant sa foudre terrible, a précipité d'en haut; tandis qu'il se brise dans les épaisses forets et dans les longues vallées dont les profondeurs retentissent au loin , la frayeur égare dans les Irais les taureaux ou les autres troupeaux qui paissaient exposés a sa chute, et tous cherchent à fuir le choc violent et funeste du
rocher qui roule : ainsi, etc. » (Quinlus de Smyrnr,
ch. 2, 379.)
Quai faaso lalor cb' o la vecebiena Salve da un monte, o avelle ira do venli ; Ruinos dirupa, o porta e gpezza Le aelvc c colle caac anco gli armenti.
(Le Tasse.)
Si nous avons cité ces diverses imitations , c'est pour montrer combien elles s'éloignent de l'esprit de leur modèle : elles ont en général pour but de signaler les ravages que la chute du rocher produit parmi les forêts , les troupeaux, les cabanes et les habilans de la campagne, tandis nu' Homère ne s'altarhe qu'à représenter les accidens de cette chute qui du haut de la montagne descend jusque dans la plaine. Le poêle primitif en effet ne retrace que les objets qui sont devant ses regards ; sa pensée ne s'étend pas au delà de leur observation matérielle. C'est quand la poésie compte déjà plusieurs siècles d'existence qu'elle devient métaphysique et qu'elle tente d'approfondir les causes et de peindre les effets.
(50) Les cris des deux combaltans font retentir tous les pays voisins. Les cités dont il est ici question appartiennent à la Thessalie. La ville des Myrmidons est rhthic, le séjour de Pélée et la patrie d'Achille , appelée également Murmidonén a$tu dans Y Odyssée (ch. 4, v. 9), et qui du temps de Diaconus n'était autre que Pharsale. S'il faut en croire Velléius Paterculus (liv. 3), toute la contrée qui dans la suite reçut le nom de Thessalie s'appelait d'abord Myrmidonum civitat, le mot polis s'employant dans le sens de chôra. Eschyle (les Perses , 487) a dit Thcssalôn polisma pour désigner la Thessalie ellemême. La ville dTaolcos ou d'Iolcos avait été fondée par lolcos, fils d'Amyt us. Selon Etienne de Dyzance (V. lôlkos), Crelhée, fils d'Éole , s'en empara et s'y établit ; Homère et Hérodote en parlent (Iliade , ch. 2 , 712 , et ch. 5, 94). Arné, ville de Béolie dans Homère (//., ch. 2, 507), existait aussi en Thessalie, suivant Slrabon (liv. 9, p. 630, c. C33, H.) et Pausanias, qui rapporte [Béolie, c. 40) qu'elle tenait son nom d'Arné, fille d'Éole. Hélice, ville d'Achaïc (Uérodoic, liv. 1, 145, et Pausanias, Achaïe , c. 34), fut submergée deux ans avant la bataille de Lcuclres. Slrabon (liv. 8, p. 690; dit qu'il est question dans Hésiode de la ville d'Hélice située en Thessalie, et il fait évidemment allusion au poème du Bouclier d'Hercule. Quant à Anlhée, c'est un nom appliqué à des villes, soit de l'Acbaïe, soit de la Mcssénie ; le poète appelle celle-ci poiéessa ( fertile ca hcibes); Homère (Iliade, ch. 9. 151-293) lui donne l'épilhclc de balhuleiinos (aux gras pâturages); mais ce ne peut être la même ville, malgré la ressemblance des épilhèles. Celle dont parle Homère n'était pas située en Thessalie : elle faisait partie du royaume d'Agamemnon, puisqu'elle est une des cités que ce roi promet à Achille pour désarmer sa colère.
SUR LE BOUCLIER D'HERCULE
(51) C'est pour célébrer un grand événement que Jupiter fait pleuvoir des gouttes de sang, comme dans Ylliadc (ch. 8, t7i;ch. il, 63, eleb. 1G, 459); ces pluies de sang étaient rangées au nombre des prodiges et des présages : tantôt elles semblaient une marque d'honneur et de protection que Jupiter accordait aux hommes : ainsi il fait pleuvoir du sang dans \' Iliade pour honorer son fils Sarpédon tué par Patrocle, et dans le poème du Bouclier pour annoncer la victoire que son fils Hercule remportera sur Cycnus ; tantôt elles servaient de prélude à quelque événement funeste : ainsi daus le vingt-septième chant des Dionysiaques de Nomius , une pluie de sang présage aux Indiens leur défaite dans la bataille que Dériade va livrer à Bacchus.
(52) La saison de l'été est ici désignée par le chant des cigales, par la maturité du millet, qui se couronne d'épis et du raisin qui se colore sous les feux du soleil : on voit qu'il s'agit de l'époque de la plus grande chaleur. Homère est le premier qui ait parlé du chant harmonieux des cigales (//. , ch. 3, 152), qu'il représente assises sur des arbres. L'auteur du Bouclier dit également en parlant de cet animal : « ozo éphézotnénos», et il ajoute que la féconde rosée lui sert de nourriture. Anacréon nous montre de même la cigale, qu'il appelle le doux messager de l'été, buvant la rosée sur le sommet des arbres cl chantant comme un roi.
Saint Grégoire de Naziance parle aussi du chant de la cigale.
Le poêle dit que l'été est la saison où l'on sème le millet , tandis que nous voyons dans Columelle (2, p. 18 ; 1 1 , 2 , 33) et dans Virgile (Géorgiques, 1 , 2 ic) que les anciens le semaient au priulemps, a la Gn du mois de mars.
Le verbe aiollontai indique le changement decouleur du raisin qui mûrit. Cette expression a peutêtre donné à Horace l'idée des vers ( 2V5, 9, 12) par lesquels il cherche à détourner un ami de soupirer pour une vierge non encore nubile ••
Toile cuptclinem Immilii uv*; Jim libi lividoa
r-urpurco varitu colore.
Le vers 399 se trouve dans un fragment du poëme des AJegalai eoiai conservé par Athénée (10, p. 423). C'est à tort , comme le pense M. Kceppcn , qu'il a été intercalé dans le poëme du Bouclier. Celle conjecture est encore confirmée par l'existence du mol oia qui , étant neutre , ne peut se rapporter au substantif féminin omphakês.
(53) Voici encore une comparaison dans le genre de celle du v. 373. Mais ici le poëte semble avoir voulu plutôt décrire les obstacles opposés au rocher qui roule que le* désastres causés par sa chute. Il y
a I caucoup de rapport entre ce passage cl le morceau suivant de Quintus de Smyrne (liv. i, v. 69C) :
* Comme , lorsque la pluie rapide ou la foudre de Jupiter détache d'un lieu escarpé une pierre d'une grosseur immense, sa chute précipitée fait rclcnlir les vallons ; emportée par un bruit continuel , elle roule et rebondit mille fois , jusqu'au moment où , arrivée dans la plaine , elle s'arrête toul à coup malgré son désir. »
Quoique le fond de ces deux comparaisons soit le même, on voit dans celle de Quiutus de Smyrne une versification qui cherche à prêter du senlimei-l aux objets inanimés. Ainsi la pierre ne s'arrête que malgré elle.
(54) Celte épilhèle Brisarmalos (qui fait plier les chars ) est également appliquée à Mars dans l'hymne homérique a cette divinité (v. t). La poésie supposait que les dieux et les déesses faisaient plier les chars sous le poids de leurs corps , qu'on croyait plus grands et plus robustes que ceux des simples mortels. Ainsi Minerve, dans I7tazd«(ch. 5, 838), fait crier l'essieu d'un char. Ovide dil la même chose d'Apollon ( Alét. , 2 , 101). Les vaisseaux semblent fléchir également lorsqu'ils portent un dieu ou même un héros , comme Bacchus ( Hymne homérique à Bacchus, 17, 18) ou comme Énée {£n. , c, 413).
(55) Lcclerc observe qu'il est étonnanl qu'Hercule, après avoir tué Cycnus , gendre de Céyx , ose aller chez ce roi, qui se montra très-sensible à la perte de Cycnus, puisqu'il lui rendit, avec son peuple, de magnifiques honneurs funèbres. On peut répondre à cette remarque qu'Hercule avait une double excuse du meurtre de Cycnus : d'abord la nécessité où il s'était vu réduit de repousser la force par la force , ensuite la vengeance qu'il avait lirée des outrages de Cycnus envers Apollon. Cette visite d'Hercule à Céyx avait été le sujet d'un poëme lyrique de Barchylide , dont Alhënéc (4 , p. 178, B.) nous a consené un fragment, le discours du héros à son arrivée.
(50) L'Anaurus était un fleuve de Thcssalic dont Euripide fait mention en rappelant le meurtre de Cycnus {Hercule furieux, 3»0). On voil par là que les anciens regardaient comme un grand malheur pour les morts d'être privés de leurs tombeaux par suite de l'inondation des fleuves ou de toul autre accident. Si l'Anaurus engloutit la tombe de Céyx, ce fut par l'ordre d'Apollon , jaloux de se venger des outrages de Céyx envers les voyageurs qui lui apportaient des offrandes. Apollon semble ainsi avoir voulu détruire le souvenir du brigandage et du crime. Il y a peut-être dans ce mythe un sens physique que la tradition et la poésie out converti en une allégorie religieuse.
NOTES
(S7) Qelques traducteurs ont eu tort de rendre le mot Puthoi par celui de Delphes, dont le nom ne se trouve ni dans l'Iliade ni dans \' Odyssée , et qui n'existait pas curore , à ce qu'il parait , du temps où le Bouclier d'Hercule a élé composé. Clavier, dans un mémoire sur les oracles des ancien?, imprimé dans letroisièmevolumede sonllistoire de» premiers temps de la Grèce, pense que la fondation du temple de Delphes n'a eu lieu qu'après la guerre de Troie, a l'époque de l'établissement des Doriens dans la Dryopide, qui prit alors le nom de Doride : « Le Parnasse, dit-il, et ses environs étaient déjà habités par quelques nations doriennes, comme les Méliens de Trachine et les Doriens, sujets d'Autolycus. Ces peuples se réunirent pour ériger en commun un temple a Apollon , leur divinité tutélaire , ce qui fut le principe de l'amphiethyonie de Delphes. 11 est bien possible que les prêtres de ce temple se mêlassent dès lors de prédire l'avenir, à l'exemple de ceux de Dodone ; mais l'oracle ne prit une forme régulière que longtemps après , et j'ai de fortes raisons pour croire qu'elle lui fut donnée par Lycurgue. »
Le temple et l'oracle de Kelpbes n'existaient donc pas du temps de la guerre de Troie. Quant au nom de Pytho , il ne se trouve que deux fois dans Y Iliade
et deux fois dans Y Odyssée , et parmi ces quatre pas sages, ceux où il s'agit de ce temple et de cet oracle (Iliade, ch. 9, v. 401 ; Odyssée, ch. 8, v. 81) ont été reconnus pour avoir été interpolés. Or, il est vraisemblable que du temps d'Hésiode il n'y avait pas encore d'oracle établi à Pytho , qui s'appela Delphes dans la suite , quoique plusieurs traditions poétiques assignent à cet oracle l'antiquité la plus reculée.
Leclerc pense que le poëroe du Bouclier ne se terminait point ici et qu'il lui manque beaucoup de choses à la fin ainsi qu'au commencement. Certes , nous sommes loin de croire à l'unité de conception de ce poëme, puisque nous pensons que le début appartient à Hésiode et que le reste est l'ouvrage d'un autre diantre; mais le fragment qui concerne le combat d'Hercule et de Cycnus nous semble former un tout ; en effet , la célébration des funérailles de la victime en est le complément naturel. L'Iliade n'al-elle pas également pour conclusion les honneurs funèbres rendus à Hector? L'auteur du Bouclier ajoute même qu'Apollon se vengea des impiétés de Céyx en faisant disparaître sa tomba sous les eaux de l'Anaurus. On dirait qu'il ait voulu terminer son
NOTES SUR LES FRAGMENS
(1) nesiode est l'auteur le plus ancien qui parie de I.inus, de ce vieux chantre qui, avec Eumolpe, Orphée et Musée, fonda la secte de ces poètes sacerdotaux dont les chants civilisèrent la Grèce encore sauvage. Ici la poésie sert, comme dans tous les poèmes primitifs, à confirmer les récils de l'histoire. Diodore de Sicile (Bibliothèque historique, liv. 3 , c. 67) raconte que Linus fut l'inventeur de la poésie grecque , qu'il transporta le premier dans sa langue les lettres phéniciennes, célébra les exploits du premier Bacchus et d'autres faits mythologiques , eut pour disciples Hercule, Thamyris et Orphée , et fut tué d'un coup de lyre par Hercule, qu'il avait frappé pour le punir de sa lenteur à apprendre la musique. Selon dément d'Alexandrie (S tr ornâtes, 1, p. 330), Hésiode, après avoir dit que ce Linus possédait tous les talens, ajoute qu'il était aussi habile dans l'art de la navigation. Apollodore (Bibliothèque, I. I, c. 3, $ 2) prétend que Linus naquit, comme Orphée , de Calliope et d'OEagre , mais qu'il passait comme lui pour fils d'Apollon : il s'accorde avec Diodore de
Sicile sur la manière dont il périt (Bibliothèque, I. 2, c. 4, $9). Pausanias' (Béotie, c. 29) rapporte qu'il y eut deux Linus, l'un né d'Uranie et d'Amphimarus, fils de Neptune, et tué par Apollon, parce qu'il avait osé se comparer à ce dieu pour le chant, et le second nommé le fils disménius et tué par Hercule enfant, a qui il enseignait la musique.
Le même auteur dit que les Grecs avaient une chanson sur les malheurs de Linus, ce qui est conforme au fragment d'nésiode ; qu'après sa mort le deuil se répandit même parmi les nations barbares , et qu'il existait chez les Égyptiens une chanson de Linus à laquelle ils donnaient dans leur langue le nom de Mnuéros. Hérodote (Euterpe, c. 79} parle aussi du cantique de Linus qui se chantait en Egypte comme en Phénicie , à Cypre et en d'autres pays ; il ajoute que ce cantique porte différens titres suivant la différence des contrées , mats qu'il s'accorde toujours arec celui que les Grecs connaissent sous le nom de Linus ; enfin il ne peut s'expliquer d'où tes Égyptiens ont pris ce nom. J. Leclerc cherche à de-
SUR LES FRAGMFJVS.
montrer la cause de celle élymologie. En remarquant que dans la langue phénicienne lin signifie gémissement, surnom donné à Linus à cause de la douleur que sa perte excita parmi ses disciples et parce qu'il avait reçu à une époque où les lettres phéniciennes venaient de s'introduire en Grèce, il prétend que cet hymne funèbre portait en Egypte le même nom que dans la Phénicie et dans la Grèce, ces trois contrées ayant entre elles beaucoup de rapports de langage et de moeurs.
Ce fragment sur Linus prouve encore l'existence d'une civilisation grecque antérieure au siècle d'Homère. A celle première époque, la poésie est un présent céleste ; son inventeur est fils d'Uranie, de l'une de ces Muses filles de Jupiter et de Mnémosync ; son nom est sacré parmi les hommes , et longtemps après sa mort sa mémoire obtient un culte dans les cérémonies de la religion comme dans les pompes des festins. Le contraste de cet hymne de deuil qui précède et accompagne les banquets et les danses n'a-t-fl pas quelque chose d'auguste et d'attendrissant ? La poésie était toute l'occupation, toute la pensée, toute la vie de ces Grecs, peuple jeune et enthousiaste -, elle présidait à leurs travaux et à leurs plaisirs : avant de commeocer leurs repas, les convives trouvaient dans leur voix des notes graves et tristes pour pleurer le plus ancien de tous leurs poêles. Rien u'est tout a la fois plus instructif et plus poétique que cette image de la mort associée aux joies de la vie.
(2) Le grand élymologiste (p. 523, 1. 8) loue, sans nommer Hésiode, une partie de ce beau fragment. C'est à tort , suivant la remarque de Rubnkeoius , qu'Heinsius acbangé knuoe (la gale) en kruosQe froid) ; mais il a eu raison de transformer, pour la mesure du vers, kaleschèn en kateschethen. Celte maladie, qui était probablement une espèce de lèpre, fut une vengeance divine qui tomba sur les filles de Prétus , appelées , suivant Apollodore (I. 2; c. 2, § 2)Lysippc, Iphiooé et Iphianasse ; suivant Elicn ( Histoires diverses, 1. 3, c. 42), Elegé et Célèné , et suivant Servius (ad Virg., Ëglog. 6, v. 48), Lysippe, Hipponoé et Cyrianasse. Apollodore (loco cit) dit que, parvenues a l'âge de puberté, elles devinrent folles : selon Hésiode, pour avoir méprisé les mystères de Bacchus, ou selon Acusilas, pour avoir oulragé une statue de Junon. Apollodore s'est peut-être trompé involontairement en admettant pour cause de leur folie le courroux de Bacchus , une telle tradition ayant pu se glisser dans l'un de ces nombreux poèmes composés et répandus sous le nom d'Hésiode. Comme il ne nous est parvenu aucun fragment d'Hésiode qui la confirme ou qui la fasse soupçonner, nous sommes autorisés à la rejeter avec d'autant plus de raison que la cause de leur maladie est spécifiée dans le vers d'Hésiode que Suidas cite comme relatif aux filles de Prétus :
« A cause de leur honteux libertinage , elles perdirent la tendre fleur de leur beauté.)»
Celle opinion semble encore justifiée par] le passage où Elien (Histoires diverses, 3, 42) dit que la reine de Cypre les rendit impudiques. Hésiode, dans le Catalogue des Héroïnes, dit que Junon punk leur lil>ertinage effréné en souillant par une maladie impure la beauté de leur tète. On peut donc croire que les déréglemens où les entraîna Vénus excitèrent la colère et la vengeance de Junon. Les vers daoa lesquels Hésiode décrit leur mal , sont pleins d'une âpre énergie. Leur sombre et forte couleur rappelle les plus beaux passages de la Théogonie.
(8) Dans l'endroit de Y Iliade à propos duquel Eustathe cite ce vers , il s'agit du Cépbise dont les sources se trouvent auprès de la ville de I.ilée, en Phocide. Le schohaste de Venise (II., 2; Catal., 29) l'attribue comme Eustbate à Hésiode. Runkhenius observe qu'il fait partie de l'hymne homérique à Apollon ( v. 241 ); mais on peut croire qu'Hésiode s'en est servi également : Strabon en effet (lib. 9, c. 3, $ 17 ) dit que ce poète avait décrit longuement le cours du Cé phise. On doit songer d'ailleurs qu'a une époque où la poésie était chantée et non pas écrite , les poêles devaient s'emprunter mutuellement une grande quantité de vers. Homère, qui a été tant de fois copié par ses successeurs, n'a-t-il pas lui-même copié quelques-uns de ses devanciers ? Tous les vers qui servaient non pas à exprimer le langage de la passion ou un sentiment individuel, mais à caractériser les dieux, les héros et les pays, étaient en quelque sorte entrés dans le domaine public. Un poêle ne passait donc point pour un plagiaire lorsqu'il ne faisait qu'user de la propriété commune. De là le retour des mêmes epithèles et des mêmes formes, et celle identité de couleur que revêtait la poésie d'une même époque.
(4) On ne peut connaître ni même conjecturer de* quel héros nésiode veut parier. Comme il s'agit de Péon qui possède le secret de guérir tous les maux', sans doute il est ici question d'un homme blessé dans les combats el près de mourir si Apollon ou Péon ne vient à son secours. Ce. fragment est peut-être tiré du poème de /' Héroogonie ; malgré sa brièveté, on y retrouve le caractère de la poésie épique.
(5) D'après Homère , les plus célèbres enfaos de Nestor sont Antiloque et Tbrasymèdc ; les autres étaient ( Odyssée, 3, v. 413 ) Echéphron, Slratius, Persée, Arétus et Pisistrate. Nestor les avait eus d'Eurydice, l'ainéc des filles de Clymène, suivant le témoignage d'Homère {Odys., 3. 452). Eustalbe (ad IL, 2., 296, 25) raconte qu'après la mort d'Eurydice, Nestor épousa Anaxibie, sœur d'Agamemnon ; cependant on voit dans Pausanias (il, 29) et dans le seboliaste d'Euripide (Orestt, 764) que celte Aoaxi-
NOTES
hic fui l'épouse de Strophius el la mère de Pyladc. Apollodorc ( Bibl. I, c. 9, § 0) prétend que Nestor épousa Ana\ilHe, fille de Craliéus, et qu'il en cul sept fils el deux filles , Pisidicc et Polycasle. H ne fait pas mention de l'Eurydice de VOdyssée. En donnant à Nestor Polycasle pour fille, il aura probablement suivi Uésiode, car Homère n'en parle point. Quant àTélémaque, qui n'est pas marié dans l'Odyssée, si Hésiode lui donne Polycasle pour femme, on voit, d'après Eustalhe (CJd., 16, p. 17, 96, v. 597), qu'Aristotc, dans son ouvrage sur le Gouvernement des Ilhaciens, cl Hellanicus disaient qu'il avait épousé Nausicaa, fille d'Alcinous. Ces récits contradictoires prouvent combien plus une époque est antique, plus les traditions s'accumulenl les unes sur les autres. Chaque âge «joute aux faits que lui a transmis l'âge précédent. Placés comme nous le sommes à une si longue dislance, il nous est bien difficile de reconnaître ce qui appartient à chaque siècle en particulier. Nous ne pouvons nous former de ces temps reculés qu'une idée générale.
(C) Voici la traduction de la note d'Euslalhe. « Il ( Homère ) appelle Argos poiudijw'on ( brûlante de soif), ou comme étant très-rcgrellée par les Grecs, ou parce qu'on raconte qu'elle était alors privée d'eau. On dit qu'elle en fut pourvue dans la suile , soit parce que Neptune ouvrit les fontaines de Lerne à cause de sou amour pour Amyroone, de laquelle provinrent dans Argos les eaux amymoniennes , soil parce que les Danaïdes venues d'Égyptc enseignèrent aux babilans l'art de creuser des puits. Ainsi Hésiode:
Argos, Miudron con Danaai polwsen roudron. Slrabon (I. 8, c. 0) cite ce même vers, mais sans en nommer l'auteur et avec quelques changemens :
Argot anudron eon Danaal tbe«an Argos coudroo. Suivant lui, la ville d'Argos, bâtie dans un lieu privé d'eau, renfermait beaucoup de puits dont l'in venlion était duc aux Danaïdes ; quatre de ces puits étaient consacrés et honorés d'une manière spéciale Slrabon parle de la fontaine Amymone qu'on montrait aux environs de Lerne, marais situé cnlre Argos ctMycène. Apollodoief/Wo/., 2,c. I ,§4) raconte ainsi la fable relative à celle fonlame : « Le pays étant dépourvu d'eau parce que Ncplune avait tari toutes les fontaines, dans ^ colère contre Inaehus qui avail attesté que la contrée appartenait à Minerve, Danaé envoya ses filles puiser ailleurs de l'eau ; l'une d'elles (Amymone), cherchant une source , lança un trail contre un cerf et atteignit un satyre endormi. Ce satyre s'éveilla el désira s'unir avec elle ; mais il s'enfuit à l'aspect de Ncplune : Amymone se livra à ce dieu, et Neptune lui découvrit les fontaines de Lcrnc.» Dans Euripide (Phéniciennes, p. 1 os) la fontaine jaillit de terre sous un coup du trident de Neptune. Quelle que soit l'origine d'une semblable fable , le vers d'Hé-
siode esl un débris de poésie précieux pour l'histoire; en nous montrant Danaé procurant de l'eau à une ville qui en manquait , il nous donne une idée de la civilisation égyptienne , qui , fertilisant les contrées arides, transporte le bienfait des arts sur le sol de la Grèce.
(7) Ce fragment, lire du Catalogue et conforme au récit de Slésicbore , comme nous l'apprend Slrabon , fait conjecturer à ce géographe que c'est d'Arabus que l'Arabie a pris son nom. Quel élait cet Arabus? Sans doute un puissant béros, puisqu'il devait la naissance a un dieu et à la fille d'un roi , à Mercure et à Thronie. L'épithète de bienfaisant appliquée à Mercure peut étonner les lecteurs habitués à le regarder comme le dieu tulélaire des marchands cl des voleurs. Qu'ils songent que ces attributs de bonté ou de méchanceté que la mythologie grecque donna à ses dieux el à ses déesses furent presque tous des inventions postérieures aux premiers temps du polythéisme. Dans les siècles d'Homère el d'Hésiode , les divinités ne se cachaient pas encore sous ce voile de symboles et d'allégories dont les tragiques et les autres mylhographes les surchargèrent : Mercure n'était pas plus le dieu de l'éloquence ou le protecteur du vol que Vénus ou Diane n'élail l'emblème de l'amour ou de la chaslelé. On appelait donc Mercure bienfaisant parce que, élanl supérieur aux hommes, il pouvait, comme toulcs les dit inilés, les secourir el les proléger.
(8) Homère est le premier aulcur qui parle de la roche d'Olèuc(/7., lib. 2, v.Ci7),illa place dans le voisinage d'Élis. Pausanias { Élide , c. 20) d'il qu'il existait en Elide une roche olénienne ainsi nommée d'un habitant du pays savant dans l'art de féquilalion. It rapporte aussi (Achaie, c. 18) qu'à 40 stades de Dyrnc, on trouve l'endroit où le fleuve Pirus se jelte dans la mer, et qu'il y avail autrefois près de ce fleuve une ville appelée Olènc. Suivant Slrabon f lib. 8, c. 3, § 10) , on conjecturait que la roche olénienne était la montagne que de son temps on appelait Scollis , montagne pierreuse, voisine de Dymc cl d'Elis. Le fragment d'Hésiode doit avoir de l'autorité même dans une question géographique ; on pcul donc supposer, d'après le voisinage du fleuve Pirus cl de la roche olénienne mentionnée dans ce vers , que celte roche était située dans l' Élide.
(9) Suivant Slrabon, qui, dans sa description de la Crète , nous a conservé ce fragment , Hésiode dit que Hécateus cl une fille de Phornnéé eurent cinq filles d'où naquirent les nymphes Oi éades, les Satyres et les Curèles. Nous ne répéterons pas ici tout ce qui a été dit sur la lubricité cl sur l'intempérance des Satyres ou sur les danses sacrées de ces Curètes , qui ont été confondus avec les Coryhanlcs et avec les Dactyles de l'Ida et donl les mythes ont été aussi mêlés aux fables phrygiennes et créloises. Nous re-
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marquerons seulement que l'origine de ces traditions remontait à la plus haute antiquité , puisqu'elles ont été célébrées par Hésiode. Le nom de dieu que ce poète donne aux Curèles s'accorde avec la qualité de devins que leur attribuèrent les mythologues postérieurs.
Il y a dans ce fragment quelque chose qui indique une époque de religion primitive cl une importation du culte oriental. Leclcrc pense que le mot saturoi vient du phénicien schatar, qui chez les Arabes signifie molester, parce que les Satyres ne jouissaient de» Nymphes ou des femmes qu'après les avoir lassées de leur poursuite. 11 croit aussi que FépilbeteorcAMiéres (danseurs) appliquée aux Curetés a sa racine dans le mot phénicien charar (danser).
(lO)Strabon (lib. 14, c. I ,§ 27) raconte que Calchas à son retour de Troie visita l'oracle d'Apollon Clarien, et qu'y ayant rencontré Mopsus , fiU de Manlo , fille de Tirésias , il lui proposa l'énigme du figuier, cl péi il de chagrin après avoir entendu sa réponse. Suivant Strabon, Phérécydc rapporte que Calchas demanda à Mopsus combien décochons portait une truie pleine ; que Mopsus répondit qu'elle en portait trois, dont l'un était une femelle , et que le nombre s'étant trouvé juste , Calchas en mourut de dépit. D'après le même auteur, Sophocle, dans sa pièce intitulée lîelenët apaitesis ( la Réclamation d'Hélène ) , disait qu'il était dans la destinée de Calchas de mourir lorsqu'il aurait trouvé un devin plus savant que lui, et il transportait dans la Cilicie le théâtre de sa dispute cl de sa mon.
ta singularité de l'énigme rapportée par Hésiode, cl dont il est difficile de saisir le sens . attesterait seule, quand bien même nous manquerions d'autres preuves, la disparité de l'âge d'Homère et de celui d'Hésiode. En cfTel , l'obscurité de la pensée, la tendance de la poésie vers la recherche et l'ambiguïté, cette lutted'espi il établie entre deux devins , ce Calchas qui meurt de chagrin parce qu'il a rencontré un rival plus habile, toul cela n'indiquc-l-il pas une époque où les Muses ont moins pour but d'émouvoir les nations, en célébrant les grands événemens guerriers et populaires , que de piquer la curiosité d'un peuple oisif par des inventions futiles et bizarres? Dans ['Iliade , Calchas interroge le vol des oiseaux , prophétise en plein air, conduit la flotte des Grecs et demeure dans leur camp, où il n'est pas moins guerrier que deviu. Ici Mopsus et Calchas se rencontrent à l'oracle d'Apollon , probablement dans l'enceinte d'un temple ;<Hs ne viennent pas consulter le dieu sur le sort des peuples : ils s'amusent a se porter un défi, et le vaincu péril de honte et de douleur, tant la superstition lui faisait attacher de prix à la gloire de son art ! Dans le siècle d'Homère, les caractères, les passions, le culte, toul est extérieur. Dans celui d'Hésiode , la civilisation a depuis longtemps introduit la dissimulation et la ruse ; les croyan-
ces sont moins vives ; les formes de la viennent plus compliquées , plus minutieuses; la divination acquiert plus d'importance: on sent déjà que la puissance des prêtres ne lardera point à s'établir; enfin la superstition commence à succéder à la foi, la recherche à la simplicité , une poésie spirituelle el réfléchie à ces chants naïfs et spontanés qui, en sortant de la bouche d'un seul homme, semblaient s'échapper du cœur de tout un peuple.
(11) Pausanias, en rapportant ce fragment, dit qu'il appartient à l'auteur du poëme que les Crées nomment Mégalai éoiai. Quoiqu'il puisse sembler singulier qu'il ne nomme pas Hésiode , ce n'est qu'à ce poêle que ces vers peuvent être attribués. Cet Orchomène , qu'il ne faut pas confondre avec un autre Orchomène fils de Lycaon {Jpollodore^ lib. 3, c. 8, § i), était, suivant Pausanias (Béotie, ch. 30), fils de Minyas el donna son nom à sa ville. Ce fui sous son règne qu'Hyellus, exilé d'Argos pour un meurtre, vint se réfugier auprès de lui. Orchomène lui céda le canton où furent depuis le bourg d'Uyelle et le territoire adjacent.
Pausanias en disant que cet Uyettus, meurtrier de Molyre, qui avait séduit sa femme, est le premier homme connu qui ait tiré vengeance d'un adultère , ajoute que dans la suite Dracon, législateur des Athéniens , plaça celte sorte de vengeance au nombre des actions qui ne devaient pas être punies. Cette loi de Dracon atteste que de son temps le sentiment moral avait fait des progrès dans l'esprit des Grecs el que la société, plus civilisée quoique plus corrompue , regardait comn»c un crime digne du dernier châtiment l'injure faite à la sainteté du mariage. Dans les temps primitifs, la violation de la loi conjugale n'était pas considérée comme un délit plus grave que tous les autres ; le meurtrier de l'homme qui l'avait outragé par un adultère n'inspirait pas plus de pitié , ne méritait pas plus d'excuses que le meurtrier d'un homme innocent : comme un coupable, il était obligé de fuir sa patrie. Convenons cependant qu'à une époque où les femmes ne jouaient qu'un rôle subalterne el vivaient renfermées dans le cercle de leurs devoirs el de leur existence domestiques , ce genre de délit ne devait pas être fréquent, ou du moins l'honneur des époux n'y attachait pas une grande importance, puisque cet Hyellus était, selon Pausanias, le premier mari qui eût tué le séducteur de sa femme. C'est dans la maturité ou la vieillesse des sociétés que les délicatesses de Pamour-propre s'augmentent avec la violence des passions et avec la corruption des mœurs.
(12) tas deux premiers vers de ce fragment sont cités par Tzetzèset les trois derniers par le scholiaslc de Pindare (Fylh. 4, 252). Ce passage faisait partie du poème de la Généalogie de* héros.
Dans l'édition de Leclerc et dans plusieurs autees,
NOTES
on lit ainsi le premier vers : « Hellènes dégenonto themistopoloi basilics. » Leclerc conjecturait cependant qu'il (allait lire Hellénos. S'il avait consulté le texte du scholiaste, il aurait eu la satisfaction de voir cette hypothèse confirmée. Il est étonnant que Robinson et Gaisford aient écrit themistopoloi basilics, lorsqu'il y a dans TzeUès themistopolou basileou. Ces deux mots se rapportent à Hellen.
Au second vers , Hcinsius avait mis Choros. Leclerc propose avec raison d'écrire Doros. Tel est effectivement le nom qu'Apollodore donne à l'un des fils d'Hellen (lib. I, c. 7, § 9) ; il appelle les deux autres Xuthus et Éole comme dans Hésiode. Quant à Hellen, Il rapporte qu'il eut ces trois fils de la nymphe Orséis et qu'il fut le premier enfant de Deucalion et île Pyrrba ; il ajoute que quelques-uns le disaient fils de Jupiter.
Robinson a changé les deux derniers mois de cet hémistiche :
Kai hupcrthumoi périkéri,
en un seul root, Pcri&is. C'est le nom de ce Périérès qui, d'après Apollodore (lib. i, c. 7, § 3), était avec Crétbéus, Athamas, Sisyphe et Salmonée au nombre des enfans qu'Éole eut d'Énarète, fille de Déimaque. Apollodore en nomme deux autres dont Hésiode ne parle pas , Déwn et Magnes.
L'épilhèle de themistopoloi ( dispensateur des Ipis) et celle de ad\kos (inique) , également appliquées a Salmonée, peuvent sembler une contradiction du poète ; mais on doit songer que les Grecs donnaient ordinairement aux rois les, mêmes qualités, comme celle de thémistopoloiou de diotrophoi, (nourrissons de Jupiter) ; par là ils voulaient désigner un des attributs généraux de la royauté, ce qui ne les empêchait point d'appeler un monarque démoboros (dévoraleur de peuple), comme dans Homère (//., c. 1, v. 231), ou dûrophagos (mangeur de présens), comme dans Hésiode ( les Travaux et les Jours, v. 80 ) : autre chose en effet était le caractère du souverain, autre chose la conduite particulière de l'homme. N'oublions pas d'ailleurs que l'habitude de chanter les vers favorisait le retour des mêmes épithèles appliquées aux mêmes personnages. Une poér sie chantée rend agréables et presque nécessaires des répétitions qui ne seraient que fatigantes et inutiles dans une poésie écrite
(13) Ce fragment est vraisemblablement la source première où Pindare a puisé sa fable sur Pélée et sur A caste, fils de Pélias et roi d'Iolcbos. Le poëte ne rapporte pas le motif de la vengeance que ce roi exerça contre Pélée. Suivant Apollodore (lib. 3, c. 13, S 3), Astynamie, femme d'Acasie, devenue amoureuse de Pélée, el honteuse d'un refus, l'accusa d'avoir tenté de^ la séduire. Acaste furieux le conduisit a la chasse sur le Pélion où il le laissa endormi |
après avoir caché son épée. Pelée, s'élanl réveillé , chercha son arme et tomba entre les mains des Centaures ; mais il fut sauvé par Chiron. Le scholiaste d'Apollonius de Rhodes rapporte celte fable à peu près de la même manière (lib. i, v. 224) ; seulement il diffère sur le nom de la femme d'Acasie , qu'il dit s'être nommée Critbéis , ou Hippolyle , comme l'appelle Pindare ( JVVm. 4, v. 03 ). Il raconte que Mercure ou, selon d'autres, Chiron, voyant Pelée désarmé sur la montagne où Acaste l'avait aliandonné pour qu'il servit de pâture aux bêtes féroces , lui donna une épée magnifique avec laquelle ce héros , rentré dans la ville, égorgea Acaste et son épouse.
On doit remarquer la ressemblance qui existe entre l'aventure de la femme d'Acasie et de Pélée et celle de Bellérophon (Iliade, c. 6, v. 160), qui fut aussi aimé d* A niée, femme de Prétus, et accusé par elle auprès de son mari d'avoir voulu profaner sa couche. I*c type de ces deux histoires est peut-être l'histoire de Joseph et de la femme de Putiphar. L'Egypte et la Grèce eurent des points de contact nombreux. En parcourant la route de l'antiquité, on trouve souvent les mêmes jalons dispersés loin les uns des autres.
(14) Comme Hésiode, Pindare (Ncm. 3, v. 93) dit que Chiron éleva Jason. Chez les poêles, presque tous les héros les plus fameux ont le Centaure pour maître.
(15) Ce fragment était , suivant le scholiaste, le début du poëme sur les préceptes de Chiron pour l'éducation d'Achille. Pausanias (Béolie, c. 31) met ce poëme au nombre des ouvrages attribués à Hésiode. Comme il appartient au genre didactique, on doit le regarder comme le produit el l'expression d'un siècle où la poésie antique s'éloignait de son but primitif, qui était d'émouvoir plutôt que d'instruire , de célébrer les événemens historiques et non de tracer des préceptes de morale.
(16) Le scholiaste nous apprend que le père des deux héros dont parle Hésiode était Halirrbotbius, fils de Périérès el d'Alcyone. Apollodore ( lib. 3, c. 1 4, § 2) fait mention d'un autre Halirrbotbius, fils de Neptune et de la nymphe Euryte , qui , voulant violer Alcippe, fille de Mars et d'Agraule, fut surpris et tué par Mars.
(17) Ce fragment, suivant le scholiaste de Sophocle, appartenait au poëme des Mégalai éoiai. Suivant lui, on croyait que le pays de Dodone était le même que l'Hellopie. Strabon, qui cite le premier et le cinquième vers (lib. 7, c. 7, § 10), dit que Philochore rapporte la même chose. Le nom à'Hellopie venait peut-être des Selles (Selloi ou Elloi), qui avaient rendu célèbre celte contrée : car, scion Hésychius ,
SUR LES FRAGMENS
ella élail te siège de Jupiter à^Dodooe , c'est-à-dire l'es« abeau où se plaçaient ks ministres de ce dieu , lorsqu'ils révélaient l'avenir.
Runkhenius propose de lire ainsi le sixième vers :
T*a de ieiu édetescn eou chréslèrion uinai,
et de mettre au septième vers nat'enau lieu de naion, suivant la leçon de Valckener.
Ceschangemens nous semblent heureux. Il n'en est pas de même de celui que Ruukbeuius propose pour le huitième vers, qu'il écrit ainsi :
EdOiOq epicbloniois mantcia paota phéronlai.
Ces remarques sont peu importantes : ce qui mérite d'être observé , c'est la conformité du sens des deux derniers vers avec ce passage tiré de l'hymne homérique à Mercure , 540 :
« Si quelque mortel ( c'est Apollon qui parle ) vient a moi , guidé par le chant ou par le vol des oiseaux choisis , mes ordres lui seront propices et je ne le tromperai point ; mais si l'un d'eux, se conCanl à des oiseaux trompeurs, veut interroger mon oracle malgré ma volonté et désire en savoir plus que les dieux immortels , je lui prédis que son voyage sera inutile, et pourtant je recevrai ses dons. »
Ce passage prouve à ta fois que les hymnes attribués à Homère portent une date moins antique et qu'ils n'ont précédé que de peu de temps les poèmes d'Hésiode. Dans l'hymne à Mercure et dans le fragment d'Hésiode , Apollon et Jupiter sont encore avides de présens, comme dans Y Iliade-, mais ils attachent plus d'importance aux augures favorables tirés du vol des oiseaux : la divination est devenue un art plus sacré. Hésiode surtout nous révèle un changement dans l'essence et dans les formes du culte. C'est dans le creux d'un hêtre que repose l'oracle ou plutôt l'image de Jupiter. Tous les mortels se font un devoir de le consulter. La divinité s'entoure d'un mystère plus profond pour inspirer un respect plus religieux.
(18) Apollodorc (livre 3, c. Il, § i) s'est conformé à la tradition d'Hésiode en disant que Ménélas eut d'Hélène Hermione et Nicostrate. Tausanias {Corinthie , c. 13) prétend que c'est d'une esclave que Ménélas avait eu ce Nicostrate et un autre fils nommé Mégapenlhès , le même dont parle Homère (Od., 4, 10). On lit dans les scholies de Venise (/(., 3, v. 176) qu'Hélène avait donné à Ménélas un fils appelé Morrapbius selon Diélbus, ou Nicostrate d'après Cinélbon. Homère (Odyssée, ch. 4 , v. 12, et Iliade, cb. 3 , 176) dit qu'Hélène n'avait pas eu d'autre enfant qu'Hermione: Hésiode lui en donne deux ; d'autres poêles en ont encore augmenté le nombre. Ainsi les vieilles traditions tantôt s'accroissent, tantôt diminuent, et presque toujours s'altèrent avec le temps.
(19) Probablement, comme le dit Etienne de Byzance, ce fragment est extrait du second livre d'Égi' mius, poëme très-ancien que les plus habiles critiques ont attribué à Hésiode ou à l'un de ses rivaux nommé Cercops de Milct. Ce poëme était consacré à Egimius, roi des Doriens, dont les enfans contribuèrent au retour des Héraclides dans le Péloponèse pour reconnaître tes services rendus à leur père par Hercule, car nous voyons dans Apollodore (liv. 2 , c- 7i S 7) qu'Egimius , étant en guerre avec les Lapilbes et se trouvant assiégé, fut secouru et sauvé par Hercule, qui tua leur chef Coronus. Le rérit de Diodore de Sicile (liv. 4, c. 37) s'accorde avec relui d'Apollodore. Suivant le seboliaste d'Apollonius (liv. I, v. 77), les Eubéens s'appelaient Abanies, du nom d'un héros appelé Alias, qui avait probablement régné sur eux. Strabon (liv. 10 , c. 1, S 3) rapporte que l'Eubée fut anciennement appelée Macris et Abantis : « Aristotc, dit-il, prétend que les Thraces, venus d' A bas en Pbocidc, fondèrent une colonie dans l'Ile et nommèrent Abantes ceux qui i'omipaieot ; d'autres font dériver ce nom d'un héros, comme l'Eubée dut sa dénomination a une héroïne .'.De même que le nom de boos aulé (la retraite des boeufs) est resté à un antre situé sur le rivage qui est tourne vers la mer Egée et où l'on dit qu'Io accoucha d'Epaphus, c'est peut-être une cause semblable qui a valu ce nom a l'Eubée. Un autre de ses noms fut celui d'Oché , nom que porte la plus grande des montagnes de celle Ile. » Si nous nous bornons a examiner le fragment d'Hésiode, nous y trouverons un indice presque certain que cette dénomination de VEubée est venue de la fable d'Io, car il était question de cette fable dans le poëme d'Êgimiui, comme le prouvent l'assertion d'Etienne de Byzance ei les quatre vers sur Argus, qui nous ont été conservés par le seboliaste d'Euripide et qui se rattachent au même poëme. La métamorphose d'Io en vache, l'allégorie de ce personnage d'Argus, a qui Hésiode donne quatre yeux et qui ne dormait jamais, la siugularilé de l'origine du nom de l'Eubée, tout cela nous paraît entièrement conforme à l'esprit d'un siècle ami des fictions et du merveilleux.
Hésiode donne à l'Eubée l'épitbète de divine parcs que cette Ile élail consacrée à Junon.
Quand il rapporte que les dieux l'appelaient autrefois Abantis, il semble rappeler que les noms les plus anciens étaient toujours attribués aux dieux, comme Homère nous le fait entendre souvent dans \' Iliade en établissant une distinction enlre la bogue des dieux et celle des hommes. Lorsqu'il nous dit quo Jupiter donna à cette lie le nom de l'Eubée, il nous montre l'époque où une nouvelle religion, victorieuse de l'ancien culle , introduisit ses changemens dans l'Olympe comme sur la terre. C'est sous le règne de Jupiter que le polythéisme grec trouva enfin le point d'appui qui le fixa d'une manière certaine et durable.
NOTES
(20) Eurygyès est le même héros qu'Androgée, Gis de Minos. Apollodore raconte ( I. -1 , c. 15, $ 7) qu'il vainquit lous ses rivaux dans les Panathénées, mais qu'Égée l'envoya contre le taureau de Marathon, qui le fil pci ir, ou que, d'après une autre tradition, étant allé à Thèl*s aux jeux funèbres de Laïus, il fut tué dans une embuscade par ceux qui devaient lui disputer le prix. Properce (liv. 2, I, G3 ) suppose" qu'il fut ressuscité par Esculapc. Pausanias dit (Attique , c. 28} .|uc Minos vengea sa mort sur les Athéniens ; il parle (Attique, c. t) d'un autel nommé Y autel des héron que les Athéniens dédièrent à Androgée. Suivant Hésycbius, Mélésagoras disait qu'on célébrait dans le Céramique des jeux funèbres en son honneur. Bien n'est plus touchant qu'un tel hommage rendu à ce héros, mort dans la fleur de son âge. Hésiode l'appelle Y enfant de la sainte Athènes, comme si la ville tout entière adoptait sa gloire et pleurait son souvenir avec la tendresse et la douleur d'une mère.
Hunkheuius conjecture avec raison qu'il faut rapporter à Androgée ce fragment où le poêle semble déplorer une mort prématurée.
(21) Plularquccitc ce vers a propos de Thésée, qui abandonna Ariane dans l'île de Naxos, parce qu'il s'était { pris d'amour pour Églé. Suivant lui, Héréas de Mégarc prétendait que Pisistrate avait fait retrancher ce vers du poëme d'Hésiode, de môme que pour faire plaisir aux Athéniens il avait intercalé le vers suivant dans le onzième chanl de YOdytsée (630J :« Thésée cl Péiïlhous, glorieux enfans des dieux. »
On voit parla que les poèmes recueillis par l'ordre de Pisislralc n'ont souvent qu'une authenticité problématique, puisque ce roi, jaloux de flatter l'orgueil des Athéniens, tantôt en ôtail les passages injurieux à la mémoire de leurs ancêtres et tantôt en ajoutait d'aulres qui pouvaient augmenter encore la gloire de leurs anciens héros.
Un passage d'Athénée ( 13, p. 557 ) confirme ce que dit Plularque. Le voici : « Hésiode rapporte que Thésée épousa légitimement Hippé cl Eglé en faveur de laquelle il viola les sermens qu'il avait faits à Ar iane, comme le dit Cercops. »
(22) Ccs vers, où il est question de l'art de la divination, étaient p?ul-etre compris dans la Mélampodie.
(23) Ces deux vors semblent se rattacher au passage précédent , car ils ne peuvent s'appliquer qu'a Jupiter. Quel que fût du temps d'Hésiode le respect qu'inspiraient les devins, leur puissauce n'était pas comparable a celle du roi de tous les dbu\ , de ce Jupiter dont ils ne pouvaient pénétrer les desseins ni «uspendre la volonté. Nous avons préféré la hvon to , approuvée par Gaisford, h celle de séu , qu'a-
dopte M. Boissonade. Il nous a semblé plus naturel de rapporter la première a Jupiter que d'appliquer la seconde soit à un devin soit à un autre homme à qui le p >cte s'adresserait.
(24) Ce bizarre fragment, qui a été imité par Callimaque et qui a inspiré Ovide, est extrait de la Mélampodie. Voici ce qu'Apollodorc (lib. 3, c. 6, v. 7) dit à ce sujet : « Hésiode rapporte que Térésias, ayant trouvé à Cyllène deux serpens accouplés et les ayant blessés , devint femme d'homme qu'il était : mais ayant retrouvé ces mêmes serpîns encore acccouplés, il redevint homme. Aussi Jupiter cl Junon, se disputant pour savoir qui, de l'homme ou de la femme , jouissait de plus de plaisir en amour, le choisirent pour arbitre. Il répondit que des dix-neuf parties qui composaient la jouissance , l'homme en éprouvait neuf et la femme dix. Junon , à cause de celte réponse, le priva de la vue, mais Jupiter lui donna le talent de la divination. - Apollodore cite, h l'appui de cette fable, les deux vers d'Hésiode. Heync propose de corriger le commencement du dernier , en mettant Ennea d' au lieu de tas deka, attendu, dit-il , que de dix parties , quand on en ôle une , il en reste neuf. Il se fonde principalement sur ce que Phlégon {de Mirabilyc i) dit que Térésias répliqua que des dix parties qui composent la jouissance, l'homme en goule une seule cl la femme en éprouve .. neuf. La leçon proposée par Heyue offre sans doute quelque vraisemblance -, nous croyons cependant qu'on doit conserver le texte ancien, dont le sens parait le plus véritable. Hésiode, en effet, a voulu dire que l'homme n'obtenait qu'une partie de la jouissance , mais que la femme la savourait tout entière. Or celle jouissance n'aurait pu être complète si elle n'eût été composée que de neuf parties : il fallait que la femme les éprouvât toutes les dix. D'ailleurs le mot dont se sert le poète , cmiriplési, exprime l'action d'accomplirune chose dans son entier.
Ce fragment est curieux en ce qu'il porte encore l'empreinte d'une époque où le plaisir des sens avait tant de charmes et de puissance que Jupiter et Junon même se disputaient pour savoir quel sexe en éprouvait davantage. Dansées temps à demi civilisés, les hommes ne recherchaient dans l'amour que la jouissance physique. Si un rival ou un vainqueur leur enlevait leurs esclaves, ce n'était pas leur cœur qui gémissait d'une telle perte , c'était leur orgueil qui souffrait et s'indignait de se voir arracher la récompense de leur valeur. L'habitude d'une vie guerrière ou politique les avait rendus indifférens à ces égards et à ces soins qu'exige la compagnie assidue des femmes. Le siècle d'nésiodc nous montre bien, il est vrai , les femmes liées davantage au sort des hommes et troublant déjà la société parles désordres de leur mauvaise conduite, mais il ne faut pas en conclure que les plaisirs matériels ne conservassent pas
tout leur empire : les passions avaient gardé quelque chose de violent et de brutal qui rappelait une époque voisine de la barbarie. Rien n'annonçait encore ces temps où, sous Périclès, les femmes exercèrent tant d'influence sur la vie privée et sur la destinée de l'état.
(25) Uarpocralion attriliue ce vers à Hésiode, d'après le témoignage d'Hypéridc, qui prétend qu'il se trouvait dans le poeme sur Auloclès. Il est cité par Aristophane le grammairien. L'idée philosophique qu'il renferme est pleine de sagesse et de vérité. Le mérite de sa concision , qualité nécessaire au genre didactique , le range parmi le petit nombre de ces vers qui résument quelquefois tout un siècle. Il n'a pu être composé qu'à une époque où la poésie, commençant à s'allier avec la morale , s'attachait moins aux faits qu'à la pensée.
Le poeme d'Autoclès, d'où il est extrait, était probablement un poème d'une nature semblable à celle du poeme des Travaux et des Jour$. Hésiode devait s'adresser à Autoclès pour lui donner des conseils de morale, comme il s'adresse à Perses pour l'exhorter au travail.
' (20) Apollonius Dyscolus, dans son Traité sur les Pronoms, nous apprend que la particule tin, en |>erdant quelquefois le tau, conserve la même valeur.
Hésychius dit que l'usage de cette particule est très-rare cl que in autô signifie ta même chose que autos autô. Ces sortes de pléonasmes sont dans le géuic des langues grecque el latine.
Apollonius Dyscolus ne cite que les cinq premiers mots de ce vers sans désigner le héros auquel ils se rapportent. D'après le siholiastc d'Apollonius de Rhodes ( lib. 4 , v. &7 ) , il s'agit d'Endymion , né d'Aélhlius , fils de Jupiter et de Calyscé , qui avait reçu de Jupiter le privilège de fixer lui-même le moment où il voudrait mourir. Les idées sur le pouvoir du Destin s'étaient déjà modifiées depuis Homère jusqu'à Hésiode. Jupiter, dans V Iliade , cherche quelquefois à dominer le Destin; mais le Destin finit toujours par l'emporter , parce qu'il est la marche nécessaire des événemens , l'inévitable enchaînement des causes et des effets qui réagissent les uus sur les autres. Ici nous voyons un héros qui reçoit la faculté de décider lui-même l'heure de sa mort : la destinée elle-même cède à l'ascendant du pouvoir que les dieux coufèrent aux
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dée répandue dans l'antiquité sur la commune origine des hommes el des dieux et consignée dans les poèmes d'Hésiode.
On dirait que celte communauté de repas cl d'assemblées dont parle ce fragment fait supposer une époque antérieure à l'âge d'or , l'époque où les habitans de ia terre et du ciel vivaient confondus.
(27) Schœfer pense que cet hémistiche n'est qu'une variante du vers 50 des Travaux et des Jours; mais Apollonius Dyscolus rapportant qu'il est tiré du Iroisièn>c chant d'un poeme d'Hésiode, M. Iloissonadc a cru devoir le comprendre parmi les fragmeus.
(28) Nous trouvons ici une nouvelle preuve de l'i-
(20) On trouve ce vers dans Aristote et dans le seboliaste d'Eschyle (les Suppliantes, 444), qui le cite sans nom d'auteur. Dans Suidas ( in aiké pothoi ) , Apollon le prononce en prophétisant sur Aurélien. Les vers de ce genre, que la justesse de leur morale et leur brièveté popularisent comme des proverks , courent risque d'être attribués à d'autres qu'à leur véritable auteur et appliqués à d'autres sujets qu'à ceux auxquels ils se rapportaient primitivement.
(30) Apollodore ( lib. 3, c. 9, S 2) dit que, suivant Hésiode el quelques autres, Atalantc n'était pas fdlc d'Iasus, mais de Schcnée. L'épi t hèle qu'Hésiode lui douoe, podokê*, s'accorde avec ce que la fable raconte de sa vitesse à la course. Cet hémistiche est probablement extrait du poème des Megalai éoiai.
(31) On voit dans les scholics de Venise que ces vers , tirés du Catalogue des Héroïnes, se rapportent à la fi.le d'Agénor. Heync {II. t. G, p. 5G4) pense que Démodocé est la même que Démonice , filllc d'Agénor et d'Épicaste, dont Apollodore parle (liv. i,c. 7, S 7).
(32) Apollonius, en disant que l'on emploie le mot pkoibon dans le sens de kalharon (pur), cite ce vers, qu'il attribue à Héliodore. Villoison a substitué le nom d'Hésiode à celui d'néliodorc , et ce changement est confirmé par le témoignage du grand élymologiste (p. 796) et d'autres grammairiens. Il est impossible de deviner de quel fleuve il est ici question. La marche du vers est assez embarrassée à cause de la place qu'occupe le mol kéras ( bras de rivière). En voici la traduction littérale en latin :
(33) Constantin Porpbyrogénèlc, en citant ce passage , dit que la Macédoine a reçu son nom de Macédon, fils de Jupiter el de Thyia, fille de Deucalion Suivant Hellanicus, ce héros était fils d'Êolc. Apollodore cl Pausanias ne disent rien de lui.
(34) M. Boissonade prend té Méliboia pour le nom (Tune femme, de Mélibée, qui fut, d'après Apollodore (I. 3, c. 8, <5 l ), la fille de l'Océan et l'épouse île Pélasque. Il est permis d'élever quelques doutes sur celte opinion. Dans une telle hypothèse, Mélibée aurait enfanté Phellus , et aucun poète ou mythologue ancien ne lui donue un fils de ce nom. Ne serait-il pas plus naturel de croire qu'il s'agit de ta
NOTES SUR LES FRAGMENS
ville de Mélibée dont Apollonius de Rhodes fait mention (lib. l, &92 ) et qui , suivant le scholiaste [ibid), était située dans la Thessalie ? La construction de la phrase nous semble favoriser celte interprétation :
Phtllon eummelicn Uké lé Méllbota.
L'expression de téké enfanta ne peut se rapporter qu'a une femme , et ce verbe ne peut être gouverné par un substantif dont le cas est le datif ou l'ablatif. On doit donc , selon nous , traduire ainsi : « Elle enfanta dans Mélibée Pbellus, habile a manier la lance.» Quelle était celte femme, mère de Pbellus? r'cst ce qu'on ne saurait deviner. Un vers isolé ne peut rien nous apprendre.
(36) Ce fragment, dont il est impossible d'expliquer le sens, se trouvait, selon Hérodianus Dindyraus, dans le deuxième livre d'Hésiode, en deuterd. Peut-être, comme le conjecture M. Boissonade, désigne-t-il ainsi le second chant du Catalogue des Héroïnes.
(36) Hérodianus Dindyraus dit que cet hémistiche est tiré du troisième livre, en tritô. Il s'agit peut-être encore du troisième chant du Catalogue des Héroïnée. L'obscurité de ce fragment ne saurait pas plus s'éclaircir que celle du précédent. Nous avons donné a nouthos la valeur du mot notkoe , qui signifie faux, illégitime, vain. Les grammairiens disent nothos logismos (un faux raisonnement). Suidas prend le mol de nothos dans le sens de xénos (étranger).
(37) Ce fragment, que Galien nous a conservé comme étant rapporté par Chrysippe, peut servir de variante et de développement aux passages de la Théogonie qui concernent le mariage de Jupiter avec Métis (v. 886) et l'enfantement de Vulcain par Junon (v. 937). Plusieurs vers de la Théogonie reparaissent dans ce fragment, dont le texte est trèscorrompu et le sens quelquefois très-obscur. Runkhenius en a corrigé heureusement l>eaucoup de parties (Epist. crit. , p. 100) ; mais il avoue avec franchise qu'il n'a su comment le corriger tout entier. M. Boissonade a ajouté quelques corrections. Son texte est celui que nous avons préféré; cependant nous avons suivi pour la dernière phrase une ponctuation différente, qui consiste à placer un point a la fin du dix-septième vers et seulement uoe virgule à la fin du dix-huitième ; en cela nous avons adopté le «ens proposé déjà par Runkhenius : ce n'est pasTbémis, mais Métis qui, dans le corps de Jupiter , fabriqua une égide pour Minerve , qui s'élança tout armée du cerveau de son père, comme l'atteste l'hymne homérique (v. 6) consacré à celte déesse. Celle fable de Métis renfermée dans le corps de Jupiter est consignée dans l'hymne orphique qui nous a été conservé par Stobcc (Éctog. , liv. i, p. 40, Hccrcn) et qui se \crminc ainsi :
• Il est une force, un dieu, grand principe du tout , un seul corps excellent qui embrasse tous ces êtres, le feu, l'eau, la terre et l'élber , la nuit et le jour, et Métis la créatrice première et l'Amour plein de charmes. Tous ces êtres sont contenus dans le corps immense de Jupiter. »
(38) Aspasius, dans ses Commentaires sur Aristote, dit que le mot ponéros s'emploie dans le sens de épiponos (lat>orieux), et de dtutuchës (malheureux), et il cite comme un exemple ce fragment des Mégalai éoiai où Alcmène, s'adressanl à Hercule, l'appelle le plus infortuné cl le plus généreux de tous les hommes. L'existence de ce fragment est un nouveau motif de croire que le poème du Bouclier d'Hercule n'est pas complet, qu'il règne une lacune considérable entre le récit de la naissance d'Hercule et celui de son combat avec Cycnus. Les vers conservés par Aristote se rattachaient vraisemblablement à celte partie du poëme qui ne nous est point parvenue et qui devait célébrer les travaux et les exploits du fils d'AIcmène.
(3D) Clavier, qui rapporte ces vers dans les notes de son Histoire des premiers temps de la Gréée (tome 3, p. 18), observe avec raison que la tradition contenue dans ce passage diffère de celle que nous offrent les autres poèmes d'Hésiode. En effet, suivant la Théogonie (v. 676) et les Travaux et les Jours (v. 60), Pandore avait épousé Epimétbée; il n'est point question de son union avec Jupiter, ni de son fils Grœcus: elle fut mère de Pyrrha, femme de Deucalion. Il ne serait pas cependant impossible qu'Hésiode eût voulu parler ici d'une autre Pandore que de celle qui fut formée par l'ordre de Jupiter. Clavier observe encore que, dans la Théogonie (v. 1012), Agrius et Latinus sont fils d'Ulysse et de Circé, et non pas de Pandore et de Jupiter. Mais le fragment dont il s'agit ne dit pas, comme il le prétend, que Jupiter ait eu de Pandore Agrius et Latinus. Clavier aurait dû s'apercevoirqu'il fallait placer un point après ces deux noms : Agrion êde Latinon, lesquels se rattachent probablement k une phrase précédente qui finit la , et non pas k celle qui concerne Pandore et qui commence ainsi : « Sourè d'en, etc. » Sa première observation suffit donc pour faire soupçonner l'authenticité des vers cités par Lydus. Comme on ne les trouve dans aucun écrivain plus ancien que cet auteur, Clavier pense qu'ils ont été forgés même depuis la translation de l'empire k Constanlinopte. Malgré ces justes soupçons sur leur légitimité, nous avons cru devoir les rétablir -, ils ne sont pas compris dans les éditions de Gaisford et de M. Boissonade. En voici le texte :
Jgrionédcballnon.
Kowé * en mtgaroui açanou IXukaiiono* Pandore DU pairi ihcoii semunlori panton Ulctoch en philotcil tike Graikon menecharmtn.
NOTES DES OLYMPIQUES