‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 384 sur 395 · SUR LES IDYLLES DE BION · texte numérisé non relu

SUR LES IDYLLES DE BION

et le long des murailles saintes , des paniers de jonc , des vases d'argile , des corbeilles de bronze , d'or ou d'argent, suivant l'opulence des temples, étaient ranges et couverts de jeunes tiges , de pousses tendres et verdoyantes que développait dans un terreau choisi et meublé l'action d'une chaleur concentrée, étalaient autour du l«l et faible Adonis renaissant une image de la végétation printanière : du blé , du fenouil , des mauves, de la laitue, tels étaient les principaux élément de ces jardins improvisés que quelques jours avaient suffi pour faire naître, que quelques jours devaient flétrir. De là l'expression proverbiale du jardin d'Adonis chètoi Adônidos , si célèbre chez les Grecs depuis Euripide et Platon jusqu'aux temps de La décadence des lettres , pour désigner des jouissances frivoles ou peu solides. (Biogr. univ., partie mythologique au mot Adonis. Ces pages ne sont qu'un extrait d'un article assez long.)

(2) Apparemment ces mots que Bion répète si souvent et auxquels il semble s'assujettir étaient consacrés aux plaintes qu'on faisait dans ces fêles , et c'était , si j'ose le dire , une espèce de formule et de refrain appuyé sur un ancien usage. Aussi Aristophane, dans sa f.ysislrale, après avoir dit qu'on célébrait ces fêles d'Adonis dans les maisons, ajoute (pie la femme d'un certain Démocrate disait en dansant : « Héla»! héla»! Adam* '. »

t. guni d'orcltoumctie Ai al, Adùnln p/ifW/i.

l'n refrain si lugubre et si plaintif convenait fort bien à la tristesse de ces fêles, dans lesquelles on se servait aussi d'une espèce de petite flûte d'un son plus triste et plus lugubre que les aulrcs. Ces flûtes, qui élaient nommées giggrainoi autoi , du mol fli^re** qui , en langue phénicienne, veut dire Adonis, selon Athénée et Pollux, avaient clé inventées apparemment pour ces fêles ; le son des autres flùles ne paraissant ni assez lugubre ni assez plaintif. Ce n'étaient pas même les Phéniciens seuls qui s'en servaient , les Carions aussi les employaient dans leurs pompes funèbres, à moins que la Carie, dit Athénée, ne se doive prendre en celle occasion pour la Phénicie, ainsi que dans les poésies de Corinne et de Barchilidc. C'esl de ce même mol qui , en langue phénicienne , signifie Adonis, qu'on avait nommé giggrauia une espèce de vers Irisles et plaintifs. On peut consulter sur ces flùles Athénée (liv. K ), qui cilc "Xénophon; Poilus (liv. S, chap. 10) cl Eustalhius (sur le 17* liv. de Y Iliade). Hesychius s'éloigne un peu des autres : m Giggriai auhri mikroi mois proton manthanousi, dil-il ; — les flùles gingriennes sont de petites flûtes sur lesquelles on commence d'apprendre. »

(3) Longepierre traduit ainsi la seconde partie de ces vers :

Ah ' Vénus . ah ' Vénus r dam ees vive» alarmes Us Amours gémissani versent aussi des larmes.

Puis il ajoute : « Cet endroit peut avoir plus d'uu sens parce qu'on peut rapporter la préposition epi du verbe epaiazousin à plus d'une chose. On peut la rapporter d'abord à Vénus même et dire que le» Amour» pleurent avec elle, ou à la |iersonne qui prononçait celle plainte et qui, après avoir dit « Ah ! Fénus , ah ! Fénus / - ajoute « les Amour s disent la même chose et gémissent avec moi: » Ainsi, j'ai voulu me servir d'une expression générale qui convint à l'uu et à l'autre de ces sens. On pourrait encore l'expliquer de celte manière : « Les Amours disent aussi en gémissant! Ah! Fénu»,ah! y ému! » Mais à parler sincèrement, celle explication me parait un peu forcée, et d'ailleurs il faudrait retrancher la virgule qui sépare le mot eutheurian de celui qui le suit. »

Comme il n'y a pas de virgule dans l'édition de M. Boissonade, nous avons cru devoir suivre le dernier sens dont parle Longepierre.

(4) Il y a mol à mot dans le grec : « Et t énus chante tristement par toute» le» colline» et par toute la ville. » Cet endroit peut recevoir deux sens : ou l'on peut entendre véritablement par le mot de F énus celle déesse même, qui, troublée de douleur à cause de la mort d'Adonis , se plaignait de celle perte et courait dans la campagne et dans la ville la plus prochaine du lieu où Adonis venait d'être tué, ou bien l'on doll rapporter la chose à la fausse Vénus, c'està-dire à la personne qui dans ces fêtes représentait cette déesse et dont l'emploi était d'imiter ce qu'on supposait que l'amour et la douleur avaient fait faire autrefois à Vénus. Deux raisons me feraient croire ce dernier sens plus véritable que l'autre : l'une est fondée sur le mol aeidei (chante) dont Bion se sert en cet endroit, car il esl peu convenable aux transports effectifs de la véritable Vénus et il se peut fort bien appliquer à la douleur feinte de la fausse, parce que ces plaintes se chantaient ou entières ou du moins en partie, ainsi qu'il parait par les Syracusiennes deThéocritc; l'autre raison est tirée du mot ptolin. Il rnc semble que si Bion avait voulu parler de la ville la plus voisine du lieu où Adonis fut tué, il l'aurait nommée et ne s'en serait pas tenu à une appellation si générale. On ne donne ces sortes d'appellations qu'à des choses si connues de lous ceux parmi lesquels on écrit qu'ils ne peuvent prendre le change et qu'il n'est pas besoin de rien ajouter de plus particulier. Il y a plus c'esl que les Siciliens , parmi lesquels Bion a passé sa vie, appelaient Syracuse la ville par excellence el la Sicile Vile. Ainsi, il me parait presque certain que c'est de Syracuse qu'on doit entendre cet ana ptolin el par conséquent attribuer tout ceci à la fausse Vénus. Au reste je crois qu'il est inulile de dire pourquoi j'ai traduil :

El V< ous en lous lieux «fît il une vois plaintive, au lieu de :

El d une Toii plaintive en tous lieu» Vénus clianir .

NOTES

J/csprit se porlc d'abord à entendre ici par Vénus relie déesse , parce que tout ce qui précède immédiatement s'y rapporte en effet, et il ne trouverait pas sa douleur aussi vive qu'elle le doit être si l'on disait d'elle qu'elle chante en se plaignant. Ainsi je me suis servi d'expressions générales afin qu'on put encore rapporter ceci à la véritable Vénus.

Il pouvait y avoir, du temps de Bion, de l'art et de la grâce à confondre ces deux Vénus et à passer ainsi lotit d'un coup de l'une à l'autre. Dans ces siècles où la crédulité dont étaient prévenus les spectateurs de ces fêtes pour des représentations qui faisaient partie de leurs mystères et dans lesquelles tous les sens étaient agréablement émus par des objets touchans qui flattaient tout à la fois leur cupidité et leur religion ; dans ces siècles, dis-je, où la crédulité captivait la raison en partie là-dessus , l'esprit entrait bien mieux dans l'application de ce qu'avaient de commun cl de différent la véritable cl la fausse Vénus. Il se faisait même un plaisir de passer de lui-même et sans être arrêté de l'une h l'autre , et ces ebaugemens avaient pour lors le charme de la vérité sans avoir le dégoût de l'obscurité et de l'emharras. Mais un lecteur qui est de sang-froid et qui ne se trouve pas dans la prévention où étaient ceux qui envisageaient ces choses comme des mystères n'aime point qu'on le transporte ainsi d'un objet à un aulrc , au lieu de l'y conduire insensiblement.

Kcc le praslereal Yeneri pion tus Adonis.

a dil Ovide (Artis amatoria», 1 , 75), et ce poëtc invite les amans à fréquenter le temple de Vénus où l'on célébrait les fêles d'Adonis , selon le rite syriaque. Racine le fils, dans son poëme de la Religion , rappelle ces fêles funèbres en l'honneur d'Adonis :

Que de gemistemen» et de lugubres cris ! U flllea de Sidon ! tous pleures Adonis ; Une denl sacrilège en a flétri les charmes. Et sa mort tous les ans renouvelle vos larmes.

Ch.

(5) Outre le sens naturel de ce vers qui est d'autant plus beau qu'il est plus passionné, on peut dire encore que Bion fait parler ainsi Vénus par rapport a ce dernier baiser que donnait à un mourant la personne qui lui était la plus chère. Ce baiser était , comme l'on sait, l'un des devoirs les plus considérables qu'on rendait aux mourans, cl les anciens se persuadaient qu'ils recueillaient ainsi l'âme avec les derniers soupirs , comme il parait par les vers suivons de Bion : •< Ainsi ton esprit et ton âme passeront doucement de ma bouche en mon cœur.»

Si qui* super ha h lus errai ,

Ore lopam,

disait la soeur de Didon. Au reste, il y a dans le grec : « Passeront dans mon foie. » Les anciens menaient le siège de l'amour dans le foie peut-être parce qu'ils éi.iienl faussement persuadés que c'élait dans celle

partie du corps que se faisait le sang. (On peut voir les remarques sur la 3e ode d'Anacréon.)

(C) Je boirai de l'amour , dit le grec. Cette même expression se trouve dans une belle épigramme de l'Anthologie (\t\re 7, épig. 209, édil de Grotius). Julien d'Egypte dit aussi dans une autre épigramme , quoique dans un sens un peu différent, qu il but l'amour.

(7) Ce vers peut êlre entendu de deux manières : ou en rapportant ces mots : tout ce qu'il yadr beau à Adonis , c'est-à-dire Adonis, qui est tout ce qu'il y a de beau, descend auprès de toi ; ou en assurant que la pensée de Bion est la même qu'Ovide a exprimée plus généralement lorsqu'il a fait dire à Plulon et à Proserpine, par Orphée :

Tcndimus hue omnes ; hase est domus ultima, vosque llumani gencris lougissima régna tendis.

Bion, donnant des bornes un peu plus étroites à celte pensée, dit que tout ce qu'il y a de beau descend aux enfers, et Caiullc, à son exemple :

Al vobis roale sit, mal» ténèbre Orci , qua? ommla belta devoralis.

Et certainement les plus belles choses durent en effet ou semblent durer moins que les autres, soit parce qu'on les regrelte davantage ou qu'on s'apercoil plutôt et qu'on se sou vient plus longtemps de leur perle.

Au reste, le premier de ces deux sens me parait bien meilleur que l'autre ; il n'y a qu'à faire réflexion sur ce qui précède et sur ce qui suit. Vénus dit : « O Proserpine '. reçois mon époux ; que ton destin est heureux auprès du mien ! car tout ce qu'il y a de beau descend auprès de toi ! »

Malgré l'observation de Longepierre, j'aimerais mieux suivre le premier sens avec Sehwebcl , à cause de la signification du verbe katarréin : il s'emploie spécialement pour exprimer le cours des fleuves et doit se prendre ici dans un sens métaphorique pour exprimer un grand nombre d'homme : « Tcndimus hue omnes. »

U y a mot à mot dans le grec : « Et ma ceinture ensemble a péri. » Celle ceinture élail la source des charmes et des plaisirs ; ainsi Junon , Junon ellemême voulant plaire à son époux , crul ne le pouvoir faire sans celle ceinture qu'elle demanda à Vénus. (l'oyez la belle description qu'en fait Ilomère dans le

I h- livre de l'Iliade.)

(SjlIvitKs ou Hymkncs était invoqué dans les chants du mariage par le refrain « hymen , d hymenae ! »

II est devenu dans les poètes un fils d'Uranus, ou bien d'Apollon et de Calliopc, ou mieux encore de Baechus et de Vénus. Dans cette dernière généalogie , il se trouve le frère de l'Amour. Les romanciers mythologiques en ont fait depuis , les uns un jeun 2 homme qui fut tVnsé le jour de ses noces dans sa maison et en

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