‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 386 sur 395 · PAR M. BEL IN DE BALLU · texte numérisé non relu

PAR M. BEL IN DE BALLU

CHANT PREMIER V

(1) Divin mortel. Ijes Romains donnaient à leurs empereurs les litres de divus et de deus ; Oppien, pour les imiter, appelle le jeune Antonin makar, qui ne signifie pas seulement heureux, comme Turnèbe et Riltersbuis l'ont interprété. Ce mot chez les Grecs équivalait à celui de dieu. Il parait que les Romains ont puisé cet usage chez les Perses, qui prodiguaient à leurs souverains les titres les plus magnifiques et les appelaient des dieux, comme on le voit dans JEschile, tragédie des Perse», v. où le chœur dit: « Respectable mère de Xercès, je vous salue; épouse de Darius , vous avez partagé le lit d'un dieu des Perses, et vous êtes la mère d'un de leurs dieux. »

(2) Heureux fruit. Le texte dit à la lettre que « la grande Domna engendra au grand Sévère, mariée avec un heureux époux, grosse d'un heureux enfantement.» Les Grecs aiment cette répétition d'épitbèles; notre langue les évite avec soin.

Cette Domna est Julia Domna , fille de Rasanius , prêtre du soleil, et Syrienne de nation. Sévère, lorsqu'il méditait la révolution qui le fit monter sur le trône, l'épousa après la mort de Marcia, sa première femme, parce que l'horoscope de Julia lui promettait un souverain pour époux. Julie aimait et cultivait les lettres ; elle accueillait les savans et les récompensait. C'est à sa sollicitation que Pbiloslrale composa son roman intitulé : la Vie d'Apollonius de Thyane. Diogène de Laërce lui dédia son ouvrage sur la vie et les opinions des philosophes grecs.

(3) C'est Phcebé dont l'éclat. A la lettre : « C'est une lune qui n'est jamais éclipsée. »Lc surnom de Vénus Assyi ieune fait allusion à la patrie de Julia , qui était de Syrie. Ainsi le poêle la compare à la déesse Astarbéc, fameuse par le temple que les Syriens lui avaient élevé et par le culte qu'ils lui rendaient dans Iliérapolis : il nous reste sur cette déesse et sur son temple une dissertation écrite en ionien , que l'on attribue à Lucien , mais il ne parait pas qu'il en soit l'auteur.

1 Nom avons joint parfois aux noies d'Oppien des fragmrn* sur les animaux dont il parle que nous avons puisés dans les «ruvres d hifloire oalurclle dEldcroiri, historien arabe.

(4) Titan — Apollon. C'est Sévère et Antonin qu'Oppien désigne sous ces noms.

(6) Puisées au sein des mers. Si Oppien dit que les fleuves tirent leurs eaux de l'Océan , c'est que chez les poêles les plus anciens et les meilleurs mythologues, l'Océan est regardé comme le père de toutes les eaux. Celte doctrine fondée sur la saiue physique est enseignée par Homère (I Iliade, I. 21, v. 1115) el expliquée par Platon dans le Phœdan (p. 112, édition de Serraunus.

(c) Les nobles présens. Le texte dit : « Les nobles inventions.»

(7) Dans un sentier pénible. A la lettre . « Dans un rude sentier que nul mortel n'ait foulé dans ses chants.» Oppien est le premier des Grecs qui ail écrit en vers sur la chasse.

(8) Les fêtes triennales. Le grec : « Bacchns des montagnes, triennal. » Ce nom fut donné à Bacchus à cause des sacrifices qu'on lui offrait tous les trois aus dans les fètes instituées par les Béotiens en mémoire de l'expédition de ce dieu dans les Indes cl de son apparition aux hommes , laquelle dura trois ans. (Diodorede Sicile, liv. 4, p. 211.)

(9) Qui baignent l'Aonie. C'csi la Béolie qui fut, comme on le sait, le berceau de Racchus. L'Asopus et l'Ismenus traversaient la plaine de Thèbes.

(10) Sabazius. Car le nom que les Thraces donnaient à Baccbus, selon le scholiasIcd'Arislophane sur les Guêpes, v. g., selon Slrabon (liv. 10. p. 32»), c'est un dieu de Pbrygie : « Sabazius , dit-il , tient aux mystères de Phrygie ; c'est en quelque sorte l'enfant de Rhéa ajouté au cortège de Racchus. » Lucien met aussi Sabazius au rang des dieux étrangers dans Ylcaroménippe, p. 783. Il fait dire à ce voyageur céleste : « L'heure du souper étant venue, Mercure me prit par la main cl me fit asseoir à côté de Pan, à la table des Coribanles, d'Alis, de Sala/.iusel des divinités étrangères. « Mais Diodoie de Sicile rapporte une opinion différente sur Sakizius : « Quelques personnes racontent, dit-il au liv. 4 , p. 112, qu'il y cul un autre Baccbus plus ancien que celui-ci (le fils

NOTES SLR LA CHASSE D'OPPIEN

de Sémélé), fils de Jupiter et de Proserpinc. C'est

celui-là que quelques-uns nomment Satazius

Ses mystères , ajoute plus bas cet historien , n'ont été introduits que dans le plus grand secret à cause delà licence extrême de son culte.» Il parait par laque Diodorc confond Bacchus Sabaziusavcc ltacchus Zagrœus, dont l'auteur des Dionisiaques donoe l'histoire au (i'chantde son poème, etqu'il ne reconnaît que deux Bacchus, au lieu qu'il y en eut trois, comme le témoigne Nonnus Dionys (liv. 48, p. 1300, v.i) : «Athènes célébra Bacchus par de triples mystères ; ses citoyeos formant enfin des chœurs mystérieux , firent raisonner l'airain en l'honneur de Zagrxus , de Bromius et d'Iaccbus. » Selon Orphée ou l'auteur des hymnes publiés sous son nom, Sabazius est Jupiter, père de Bacchus. Ce passage d'Oppien peut faire soupçonner que dans sa première jeunesse il avait composé des poésies dithyrambiques.

(Ji) Fils de Thyonée. Surnom de Somélé; il signifie furieuse. Suivant le scholiaste d'Apollonius de Rhodes (liv. l«r , v. 630 du pneme des //ryonauf**), /Eschyle fut le premier qni donna rc nom à Sémélé dans une tragédie où il la représentait enceinte et transportée d'une fureur bacchique qui se communiquait aux femmes qui lui touchaient le ventre.

(12) La défaite des Parthes. La prise de Ctésipbonte, leur ville capitale. Cet événement arriva, selon Baronius, l'an de Jésus-Christ 107, la troisième année du règne de Septime Sévère. Voici les détails que nous en a conservés Hérodicn (liv. 3): « Sévère, après quelques jours de marche , vint attaquer Ctésiphonle, où résidait le grand roi Artahan (les Parthes comme les Perses donnaient ce titre à leurs souverains). Les Romains, qui avaient surpris les Barbares avant que ceux-ci eussent fait aucun préparatif pour se défendre, tuèrent tout ce qui s'offrait à leur rencontre, saccagèrent entièrement la ville, firent prisonniers les femmes , les enfans , les vieillards. Le roi eut bien de la peine a se sauver avec un petit nombre de cavaliers. Ses trésors lomltèrent entre les mains des vainqueurs , qui pillèrent toutes ses richesses et reprirent ensuite le chemin de Rome. Sévère, continue l'historien , dut plutôt cette victoire à son heureuse fortune qu'à sa bonne conduite et à sa prudence. Il manda ses succès au sénat, auquel il en écrivit en termes magnifiques; il voulut même qu'on consacrât le souvenir de ses combats et de ses victoires par des monumens et des inscriptions. » Ce fut à celle occasion qu'on fit élever l'arc de triomphe sous le nom d'arc de Sévère, et l'un des plus l»eaux monumens de Rome : il subsiste encore ; on peut en voir la figure dans le quatrième tome de Y Antiquité expliquée de D. Montfaucon.

(13) Les bêles à la piste. A la letlre . «Les travaux de la piste qui procurent un grand gain. »

(14) D'un front serein. I* lexlc porte : « De te* sourcils immortels. » Les Grecs plaçaient dans les sourcils l'expression de la joie ou de la douleur.

(is) Un dieu fit jadis présent. Oppien suit ici l'opinion de Xénopbon, qui commence ainsi son Traité de la chasse . « L'art de chasser et d'élever les chiens est une des inventions des dieux Apollon et Diane. »

(16) Trois sortes de chasses. La vénerie , la pèche et l'oisellerie. Oppien en cet endroit donne a la pèche I epilhèle à' aimable , parce que les Romains en faisaient plus de cas que de la chasse. Sallustc môme va jusqu'à nommer ce dernier exercice l'ouvrage d'un esclave (opus servile.) Mais les Grecs pensaient bien différemment : ils n'avaient au contraire que du mépris pour la pèche ; cl Platon , dans ses lois , l'interdit expressément aux jeunes gens bien nés.

(I *) L'enlève. Le grec dit: «Enlève au travers des airs ce danseur marin.» Métaphore très-singulière mais véritable et dont il existe un grand nombre d'exemples dans les auteurs anciens.

(1 8) L'épervier compagnon de ses travaux. Plusieurs savans, entre autres M. de La Curnc de Sainte- Palaie(A/*Vnoir«#ur /'ancienne chevalerie, liv. 3, p. 182), ont pensé que la chasse à l'oiseau était inconnue aux anciens. Ce passage de notre poêle s'élève contre leur sentiment, et plus encore ce que Pline dit d'après Arislotc (liv. 9, chap. 36) : «En Tbrace, dans le voisinage d'Amphipolis , les hommes et les éperviers chasseut de compagnie : ceux-ci font partir les oiseaux des bois et des buissons , et les éperviers qui planent fondent sur eux au moment qu'ils s'en-

(19) Qui sillonnent les plaines de l'air. A la lettre : "Des roseaux qui foulent le sentier de l'air.» Ces roseaux d'oiseleur étaient enduits de glu et servaient principalement à la pipée pour abattre les oiseaux lorsqu'ils volaient autour du pipeur. La manière dont celui-ci les abattait en les frappant est décrite par Pétrone, chap. 40 de sa Satire. Dans le repas de Trimakion on apporte un cochon dont le le ventre était rempli d'oiseaux qui s'envolent aussitôt qu'on lui ouvre le flanc d'un coup de couteau de chasse. Des oiseleurs étaient là disposés de place en place , et avec des roseaux enduits de glu ils allaitaient les oiseaux à leur passage. Ces roseaux s'allongeaient et se raccourcissaient à volonté, paire qu'on les adaptait les uns au bout des autres.

(20) Assimiler cesdifférens travaux. A la lettre: «Chanter ces choses comme étant d'un poids égal.» Telle est la force de l'expression grecque isotalanta.

NOIES

(il) La murène (la lamproie). Ce poisson, qui a la forme d'un serpent et le corps troué comme une flûte, est très-avide de chair humaine. Il faisait autrefois les délices des Uhles somptueuses de Rome : on le nourrissait à grands frais dans de superbes viviers dont un certain C. Hirrius, fameux par sa gourmandise, fut l'auteur. Gel homme dépensait chaque année des sommes immenses pour la seule nourriture de ses lamproies. Quelques-uns de ces voluptueux poussaient la barbarie jusqu'à faire jeter dans leurs viviers des esclaves vivans afin de mieux engraisser leurs poissons : « Crassus supporta, dit Porphyre (De abstinentia carnis, liv. 3, § 5), la mort de trois de ses en fans et fut plongé dans la plus grande afflictioo de la mort d'une de ses lamproies. » L'histoire naturelle de ce poisson, celle du mormyre, appelé morrne en français , et des mulets ou trigles sera traitée dans les remarques sur le poème de la pèche.

(22) Les panthère* venimeuse*. Selon une opinion de l'antiquité , les panthères recèlent un venin subtil dans leurs griffes; le texte porte simplement: «Le poison des panthères,» et au second chant le poète place ce poison dans leurs dents.

(23) Aux hérissons de mer. Le hérisson de mer est le même que les naturalistes nomment orbis.

(24) Le pluvier. L'oiseau que les Grecs appelaient laros et les Latins gavia est le goiland ou mouette , espèce d'oiseaux aquatiques, palmipèdes, dont le bec est fort, long, étroit, pointu, un peu courbé à l'extrémité. (Voyez le Dictionnaire de ltomare.) C'est par erreur que j'ai traduit ce mot par pluvier.

(25) Ravissent les colombes. Les prennent à la volée par le moyen de leurs roseaux enduits de glu.

(26) Allez porter la guerre. La chasse, qui n'est chez nous qu'une course à cheval, était chez les anciens une véritable image de la guerre. Ils y prenaient un exercice violent capable de former le corps et de l'endurcir aux plus rudes fatigues. Pollux, dans la préface du 5e livre de son Onomasticon, recommande la chasse à son élève Commode, depuis empereur: « Il vous convient, lui dit-il, de vous appliquer a la chasse; ce plaisir est celui des héros et des rois. C'est un exercice qui fortifie le corps, aiguise le courage ; la patience pacifique , l'audace belliqueuse y sont tour à tour employées. La bravoure s'accroît par les dangers : on devient robuste , léger à la course , excellent cavalier. Cet art éveille l'intelligence et fait aimer le travail. » El Porphyre remarque avec raison que les animaux chasseurs sont plus intelligcns que les autres, parce que , dil-il , ils exercent un art qui en leur procurant la subsistance leur fait acquérir des forces et du courage. (Porphyre, De abstinentia,\iv. t, § M )

(27) Les attaques des brigands. On ne doit pas être surpris de ce qu'Oppien dit ici des attaques des brigands : les anciens dans leurs chasses parcouraient une grande étendue de pays, étaient des mois entiers hors de leurs habitations, vivaient et couchaient dans les bois et sur les montagnes. On dit même que Mi- Ibridate, roi de Pont, passa sept ans de suite à la chasse sans entrer dans aucune ville ni dans aucune maison.

(2S)Au dernier solstice. Le texte dit : « Au solstice d'automne.» Ce que nous appelons solstice, d'après les Latins, qui croyaient que le soleil élail immobile, les Grecs l'appelaient retour du soleil. Ils avaient connu et observé dès la plus haute antiquité la marche rétrograde de cet astre , et Homère dit qu'Atlas , père de Calypso , auquel il altrilHie une science universelle, avait élevé dans Pile d'Ogygic deux colonnes sur lesquelles étaient représentés le ciel et la terre (Odyss. liv. 1 , v. 53). Il y avait aussi marqué les solstices (liv. 15, v. 403.)

(29) En foulant la grappe. Le sens de ce vers était fort iuoertaiu , mais je crois l'avoir fixé par une correction assez probable d'après laquelle il faut tiaduirc-.n Lorsque le pressureur danse l'èpilénion sur la grappes de la vigne.» C'était en effet un usage dans l'antiquité de danser sur le pressoir et de fouler la vendange en sautant et en dansant : cette danse s'appelait épilénion , c'est-à-dire la danse du pressoir. Ainsi Tbéocrite, dans l'idylle 7, v. 24, dit : « Allezvous danser ou sauter sur le pressoir de quelque habitant de la ville? » Celle danse était une pantomime qui représentait les différons travaux de la vendange. Voici la description que nous en donne Longus dans sa charmante pastorale des Amours de Daphnis et Chloé (liv. il, p. 61 , édition de M. de Villoison) : « Charmés d'entendre la flûte de Philélas, les bergers gardaient un profond silence. Tout à coup Dryas so lève, il prie le vieillard de jouer un air liacchique et se met à danser une danse de pressoir. On le voyait tantôt couper la grappe et vendanger , tantôt porter des paniers, ensuite fouler le raisin, remplir les tonneaux, boire du vin doux. » On appelait aussi épilénion (la chanson du pressoir) l'air au son duquel on dansait cette pantomime. Athénée, dans la description de la pompe de Ptoléméc Philadelphc ( liv. 5 , p. 1 1 9), en parle en ces ternies : « Suivait un char à quatre roues , long de vingt coudées, large de seize, tiré par trois cents hommes et sur lequel étail établi un pressoir de \ingt-quatre coudées de long cl de quinze coudées de large chargé de grappes de raisin que soixante satyres foulaient en chantant au son de la flûte un épilénion.»

(30) Foici les itistrumens. Il n'est pas possible d« traduire avec exactitude les noms de ces divers ins~

SLR LA CHASSE DOPPIEN.

(rumens et de ces armes employées dans une espèce de ebasse qui nous est peu connue et que depuis plusieurs siècles on a cessé de pratiquer. Contentonsnous d'en prendre une idée en rapprochant ce qu'en ont écrit les auteurs de l'antiquité qui ont précédé ou suivi noire poêle; nous parviendrons peut-être à fixer le véritable sens des termes dont il s'est servi : d'ailleurs celte partie de I antiquité peut piquer la curiosité du lecteur, cl comme elle n'a jamais élé traitée par personne, j'ai cru devoir l'éclaircir autant que mes faibles lumières me le permettraient.

D'abord il faut observer que chez les anciens Grecs, du temps d'Homère , les instrumens de chasse n'élaient que des instrumens de guerre ; on se servait également contre les animaux et contre les ennemis de la bâche , de l'arc, du javelot , de la pique , de la massue. Il parait que ce fut beaucoup plus tard que les Grecs connurent les filets et les pièges. Il fallait alors forcer le giluer à la course ou le combattre corps à corps. Dans les chasses de Cyrus, décrites par Xénopbon, il n'est point parlé de ces ruses que les chasseurs ont employées depuis , ni de ces instrumens qui suppléent à la force et à la vitesse. Ce n'eut pas qu'ils ne fussent déjà connus du temps de Xénopbon ; mais cet admirable historien , toujours fidèle au costume, n'a point voulu prêter au siècle de son héros des inventions qui n'avaient pris naissance que longtemps après. Virgile, il est vrai, n'a pas (ait difficulté de parler de filets en décrivant au 4» livre «le Y Enéide la chasse d'Énéc cl de Didon; maisVirgîle ose en cet endroit du privilège des poêles.

Les filets de chasse en usage chez les Grecs étaient de trois espèces , on les nommait diklua, arkues et enodia. (Je suis obligé d'employer les termes grecs, puisque notre langue n'en a point qui puissent les représenter. ) Ces filets étaient faits avec du lin : le meilleur se lirait d'Egypte, de Carlbage, de Colchide et d'Espagne ; celui des vallées de Cumes était encore fort estimé. Tour donner plus de solidité au li>su du filel, Xénophon veut que le lin dont il est fait soit composé de trois cordes formées chacune de trois fils réunis et tordus ensemble. La première espèce de filet, la plus grande, était le diktuon. Ses mailles étaient composées de seize fils réunis, au lieu que les autres n'en avaient que neuf. (Pollux, I. &.) La longueur de ce filet était depuis dix jusqu'à Irenlc brasses. Xéuophon conseille de ne pas les faire plus longs de (icur qu'ils ne soient trop difficiles à manier. Cependant le poëte latin Gratius veut que le grand Glel ait quarante pas d'étendue (emiron deux cents pieds de roi) et dix mailles de hauteur, (andis que Xénophon en demande trente. Ces mailles pouvaient avoir jusqu'à quatre pouces de largeur, ce qui donnait au filet une hauteur assez considérable pour que les animaux ne pussent pas le franchir.

On ajoutait à ce grand filet une partie que n'avaient pas les autres et que l'on appelait sardonne*. Voici

la définition qu'en donne Pollui : « On ajoute à ces filets des sardonoes qui sont la frange du filet et qui le soutiennent après le dernier rang de mailles à l'endroit où le péridrome et l'épidrome' portent sur les fourches. » Ainsi ces sardonnes servaient à accrocher le filel sur les fourches.

Les filets nommés archue* étaient les plus pelits ; leur forme était celle d'un capuchon et se terminait en pointe. Ils ressemblaient en grand aux bourses dont on se sert aujourd'hui pour prendre des lapins et des renards. Les chasseurs anciens employaient les archuet en les plaçant de dislance en dislance entre les diklua, qui, étendus à travers la plaine sur un long espace, empêchaient le gibier de passer. Alors les animaux cherchaient une issue en courant le long du filet, et quand ils Irouvaiene un archus, ils entraient dans la concavité de celte bourse, qui se fermait par les efforts que l'animal faisait pour passer outre et qui tiraient deux cordes appelés péridrome et épidrome.

L'archus était donc composé de deux parties principales : la bourse, que l'on appelait broehot , dont l'ouverture avait une forme rhomboïde, et le péridrome ou épidrome , corde passée dans la dernière rangée des mailles de cette bourse , tant dans celle d'en haut que dans celle d'en bas ; elle dépassait le filet des deux ailés et servait à la fermer. Cette corde devait être sans nœuds afin de couler plus aisément ; elle régnait le long du grand filet, passée dans des anneaux de corde que l'on ménageait en le faisant : ces anneaux s'appelaient strophia et stropheia.

Les anciens se servaient encore pour leurs chasses d'une troisième espèce de filets dont Oppien ne parle pas, mais qui n'étaient pas d'un moindre usage que les autres. On les plaçait sur les chemins, et pour celle raison ils étaient nommés enodia ; leurs mailles étaient composées de douze fils réunis ; ils avaient une partie appelée mastoi (mamelles) dont j'ignore l'usage.

Quand ces filets ne servaient point on les renfermait dans un sac de peau de veau ou de peau de chien.

Pour les dresser dans la plaine, on les appuyait sur des fourches que l'on nommait en grec staliches, êchalides, schalidômata, en lalin valli , t art , cervi. Elles étaient fermement plantées en terre, de distance en dislance, mais un peu inclinées l'une vers l'autre pour leur donner plus de solidité. Ces fourches étaient de grandeur inégale, suivant l'inégalité du terrain ; leurs pointes devaient être lisses et unies; il n'était pas besoin qu'elles fussent longues , on ne les faisait que par une incision peu profonde.

(3i) Une longue panagre. C'était encore une espèce de filet propre à prendre loulc sorte d'animaux. On n'en sait rien de plus.

' Ce* mon soal expliqué plut ba».

cm

notes

(32) Une lance à trois pointe*. L'arme qu'Oppicn désigne ici est la même que la lance dont Pollux donne la description (liv. 6, segm. 2i). Le Ter de cette lance avait par sa forme quelque ressemblance avec nos hallebardes : il était composé de même de trois parties, dont celle du milieu s'appelait la langue, les deux autres étaient nommées les ailes. Voilà pourquoi Oppien lui donne le nom de lance à trois pointes. Il ne faut pas la confondre avec le trident à lièvre dont il est parlé plus bas.

(33) Une pique de fer. Cet instrument, que les Grecs appelaient siguné ou zibunè, était une pique entièrement de fer en usage chez les Macédoniens et chez les Cypriotes.

(3 \) Un harpon. C'est ainsi que je rends arjwlagon, sur lequel je n'ai trouvé aucun renseignement. L'étymologie de ce mut peut faire penser qu'il désigne un instrument propre à prendre les lièvres.

(36) Des nœuds. Ne serait-ce point des mailles dont il faut faire provision pour raccommoder les filets s'ils venaient a se rompre ?

(3n) De Mazaee ou de Mazie. Ce dernier nom est celui d'une contrée d'Afrique, voisine de la Mauritanie, dont les peuples étaient nommés par les Romains Mazices.

(37) De Cappadoce. Ces chevaux portaient une marque dislinclive et particulière , un cappa ou un i imprimé sur la fesse ou sur l'épaule. Quelquefois on leur imprimait une marque différente , comme une tète d'animal, de bœuf, de singe, de loup, etc. Ces marques désignaient vraisemblablement leur qualité ou leur prix.

(38) Une crinière abondante. Le grec porte -.-Et de son toupet descendent et s'agite sur son front les boucles touffues de ses crins. » Oppien appelle ces boucles chorumboi , mol qui signifie proprement les bouquets de lierre qui croissent en grappes et forment des guirlandes : « \a crinière est, dit Xénophon dans son traité De Re equestri, le plus bel ornement du cheval, c'est la parure que les dieux lui oui donnée. » Les chevaux en sont si fiers que, suivant le même auteur , il faut couper les c. ins aux jumens que l'on veut accoupler avec les ânes : sans quoi elles ne consentiraient jamais à déroger dans leurs amours.— Ses yeux vifs et pleins de feu. Selon Xénophon , les yeux du cheval doivent être saillans pour paraître plus vifs et avoir meilleure vue. — De larges naseaux -.« Des naseaux larges,dil Xénophon, rendent la respiration du cheval bien plus facile que ceux cpii sont qui sont étroits et donnent en même temps a l'animal un air plus vif et plus animé. » — Une bouche médiocrement fendue. Xénophon est

du même sentiment qu'Oppien. Les os de la tête doivent être saillans et la bouche doit être petite : « Il faut encore, ajoule-t-il , examiner si les joues sont douces et molles ou rudes, ou si elles ont d'autres qualités . » — De courtes or«7/f#.« Le sommet de la tète étroit , de très-courtes oreilles donnent un meilleur air au cheval , dit Xénophon. » Le mouvement des oreilles du cheval fait connaître suivant les anciens, les impressions qu'il ressent. — Sur un ctni arrondi. La courbure du cou du cheval est très-exactement décrite par Xénophon, le plus habile écrivain de l'antiquité surl'hippiatrique : « L'encolure en sortant de la poitrine ne doit point tendre en avant comme celle du sanglier, mais, semblable à celle du coq, il faut qu'en s'élevant vers la tète elle soit arrondie avec grâce. »

Voici un portrait du cheval tracé par Eldémiri dans son histoire arabe des animaux.

« Le cheval est naturellement fier, plein d'amourpropre et attaché à son maître. Une des marques de la grandeur et de l'élévation de son caractère , c'est qu'il ne touche point aux restes du fourrage qu'un autre a laissé. On dit que le calife Meronan avait un cheval qui ne se laissait approcher par le palefrenier qu'après le lui avoir permis. Le palefrenier, avant d'entrer dans l'écurie, faisait du bruit en remuant le sac dans lequel il lui donnait l'avoine. Si le cheval hennissait, c'était signe qu'il pouvait entrer ; et s'il entrait sans avoir pris celte précaution et s'être assuré par là de son consentement, l'animal se jetait sur lui.

». La jument est d'un naturel très-ardent ; c'est pour cela qu'elle s'accouple avec le mâle d'une autre espèce. Elle n'est que très-peu sujette au flux périodique. Le cheval peut saillir à quatre ans ; il vit quelquefois jusqu'à quatre-vingt-dix. On remarque qu'il rêve comme les hommes. Il ne boit que de l'eau trouble, et la trouble exprès quand elle est claire. On dit qu'il a la vue très-perçante. S'il marche sur les traces d'un loup, ses jambes s'engourdissent au point qu'il peut à peine se remuer. On voit souvent de la fumée s'élever de son corps. Le cheval , dit-on , n'a point de rate , comme le chameau n'a point de fiel. L'auteur qui fait celle remarque observe à cette occasion que pour se préserver de loutc douleurs dans celle partie du corps, il faut avoir soin de mettre toujours le soulier droit le premier et de l'ôler le dernier.

» Mahomet a dit : « Entre l'instant où Dieu m'a envoyé et celui où j'ai commencé ma mission , il n'y a pas eu plus d'intervalle qu'entre deux chevaux qui courent le prix et dont le vainqueur devance à peine son camarade de l'oreille , c'est-à-dire j'ai obéi à l'instant même où Dieu m'a envoyé pour annoncer sa parole. » On dit de même en proverbe : « Ils sont comme deux chevaux qui se disputent le prix de la course, c'csl-à-dirc ils vont de pair. » On se sert aussi de ces comparaisons : «Avoir la vue plus per-

SUR LA CHASSE D'OPPIEN

çante, èlre plus docile qu'un cheval. » Les Arabes disent encore : « Il est comme un cheval alezan ; s'il avance avec ardeur , il se fait égorger , s'il recule on lui coupe les jarrets. » Celle expression vient de ce que les Arabes regardent les chevaux alezans comme de mauvais augure et croient qu'ils portent malheur à ceux qui les montent. »

PORTRAIT d'un CHEVAL, EXTRAIT b'oM POETE ARABE1.

«Avant même que les oiseaux sortent de leurs nids, je saute sur un agile coursier dont le poil est court cl luisant, qui devance les bêtes les plus légères et les arrête dans leur fuite. Plein de vigueur et de force, il se détourne, il fuit, il avance, il recule en un instant avec la rapidité d'un énorme caillou qu'un torrent impétueux détache et pr écipite du haut d'un rocher. La selle glisse sur son poil rougeâtre et luisant comme les gouttes d'eau qui tombent sur un marbre poli. Lors même que la fatigue a diminué ses forces , il brûle d'une noble impatience, et dans l'ardeur qui l'anime, sa voix entrecoupée imite le bruit de l'eau qui bout dans un vase d'airain. Tandis que les coursiers les plus généreux, réduits aux abois, impriment profondément dans la poussière les traces de leurs pas, il précipite encore sa course légère ; il rcuversc le cavalier jeune et léger et fait voltiger les habits de celui que l'âge a rendu plus pesant... Il a les reins d'une gazelle et les jambes d'une autruche : il trotte comme le loup et galope comme un jeune renard. Ses hanches sont larges et robustes. Sa queue touflue traîne presque jusqu'à terre et remplit tout l'espace qui est entre ses jambes sans incliner plus d'un coté que de l'autre. Lorsqu'il est debout auprès de ma lente, le poli éclatant de son dos est semblable à celui de la pierre sur laquelle on broie des parfums pour une jeune épouse au jour de ses noces cl qui sert à piler les grains de la coloquinte. Le sang des bètes sauvages qu'il a prises à la chasse, et dont ses naseaux sont souillés, imite la couleur d'une barbe (luttante teinte avec du jus de binna *. »

(39) De la trompette. Le texte poitc : «Des longues flûtes.» La flûte des anciens rendait un son militaire ; plusieurs peuples s'en servaient dans les combats, soit pour donner le signal, soit pour exciter le courage des soldats ou pour régler leur marche : « Les Lacédémonicus , dit Lucien ( Traité de la dame , p. 273), combattent au son de la flûte et en mesure ; ils marchent d'un pas réglé. Chez eux la flûte donne le premier signal du combat : aussi ont-ils toujours été vainqueurs quand ils ont été conduits parla

• MoaUaka de Arariolkay*.

' CV*t une plante dont le* Arabes eiprimeni le jui pour teindre leur barbe. Il parait que c'eal le *ouchel ou curcuma qui donne une couleur de pourpre. Le* Espagnol* l'appellent alhrna, nom qu'ils onl pri« des Arabes. On l'appelle en latin cyptrui.

musique et le rythme. » Athénée dit la même chose (p. 627 ). Les Lacédémoniens combattent au son des flûtes, les Crétois au son de la lyre, les Lydiens au son des chalumeaux et des flûtes.

(40) Le courage des humains. Aussi les Égyptiens représentaient un cheval pour exprimer dans leurs hiéroglyphes la bravoure et la franchise. C'est ce que nous apprend Clément d'Alexandrie au &• livre de ses Stromates, p. 667 .

(41) Il gémit. Les chevaux d'Achille pleurèrent la mort de Patrocle et celle d'Achille même. (Homère, Iliade, 17, v. 426, et QuintusCalaber,liv. 3, v. 470.)

(42) A rompu les liens du silence. Le cheval d'Achille, Xanthus, lui prédit que son jour fatal approche. (Iliade y liv. i», v. 408.)

(43) Donna un souverain aux peuples de la Perse. Après que Darius, fils d'Hystapes, eut tué le mage Smerdis, qui avait usurpé le trône de Perse, les sept nobles persans résolurent d'élire pour roi celui dont le cheval hennirait le premier en entrant dans les faubourgs de la ville. Olbaarès , éruyer de Darius, attacha pendant la nuit, à l'endroit convenu, une jument qu'aimait le cheval de son maître et la lui fit saillir : le lendemain ce cheval hennit en arrivant et Darius fut aussitôt salué roi.

(44) On dit qu'autrefois. Celle histoire se trouve dans Mlien (De nat. anim., liv. 4 , cb. 7), qui a suivi Oppien dans la marche de son récit. Aristote, Pline et Anligonus Caryslius en font aussi mention et nous apprennent que le souverain auquel celte aventure arriva était roi de Scylhie, mais aucuu auteur ne l'a nommé.

(45) Les chetaux d'Ibérie. Les anciens donnaient le nom d'Ibérie a deux contrées fort différentes cl fort éloignées l'une de l'autre, à l'Espagne, ou plutôt à sa partie méridionale, qui s'étend depuis les colonnes d'Hercule jusqu'au fleuve Ibérus (l'Élire) ; la seconde Ibéne était située entre la Colchide et l'Albanie : c'est la province que nous appelons aujourd'hui Géorgie.

(4 G) Ils font résonner la plaine. Oppien fait connaître par ce trait la bonté du pied des chevaux d'Ibérie, car, suivant la remarque de Xénopbon, le bruit que fait le cheval en courant est une preuve de la bonté de ses pieds. La comparaison suivante est tirée du poème des Bassariques de Dionysius de Samos.

(47) Le coursier de Aisée. Il y eut deux villes célèbres dans l'antiquité qui portèrent le nom de Niséc, l'une située en Attique au-dessous de Mégare , l'autre en Asie dans la Médic : c'est de celte der-

NOTES

nièrc dont il s'agit ici. Ses chevaux passaient pour les plus beaux et les meilleurs de l'univers : elle nourrissait dans ses plaines un haras si nombreux que du temps d'Alexandre il se montait à cinquante mille chevaux ; auparavant il était bien plus considérable. Ces chevaux étaient destinés au service des rois de Perse et à celui de leurs favoris, auxquels ils accordaient la permission d'en user. Le préseul d'un tel cheval était si estimé que Lucien , en parlant de l'historien Ctésias, qui avait été médecin d'Artaxerce, roi de Perse, dit que l'on ne doit point attendre la vérité d'un historien qui espère recevoir en présent du roi de Perse la robe persane, un collier ou un cheval de Nisée.

(48) On les appelle orynge$. On ne peut pas douter, d'après la description qu'Oppicn fait de cet animal , que ce ne soit le même que le zèbre décrit par liuflbn.

(49) Maie d'un ton plus bas. Le texte dit : « O mon génie ! descends maintenant dans le sentier des chiens. »

(50) Dites quels sont ceux. Les anciens Grecs, c'est-à-dire ceux du temps deXénophon, rappelaient* deux espèces générales toutes les espèces particulières de chiens propres à la chasse : la première était appelée castoride et la seconde alopëcide. Castor, qui aimait beaucoup la chasse, avait dressé cette prenùère espèce et lui avait donné son nom ; l'autre, produite, à ce que croyaient les Grecs, par une chienne et par un renard, portait le nom de cet animal. Mais les connaissances des Grecs s'accrurent depuis ; plusieurs auteurs suppléèrent a ce qui avait échappé aux anciens, et Xénophon le jeune, plus connu sous le nom d'Arrien, malgré la précaution qu'il a prise de se nommer dans son ouvrage, composa un traité sur les chiens de chasse, surtout sur les chiens gaulois, qui n'avaient pas été connus du premier Xénophon. Les poêles qui ont écrit avant ou après Oppien reconnaissent comme lui un grand nombre d'espèces de chiens de chasse :

Mille canum pairie, duclique ab origine moreu, Cuiquciua,

dit Gralius (Cynég., v. 154). Claudien (De Cons. Stiliehonis, v. 297 et suivans) nomme avec des épithèles caractéristiques plusieurs espèces de chiens, et Pollux (Onom. liv. 5, ch. I), donne une liste de ceux qui sont le plus estimés ; les amateurs peuvent la consulter.

Voici le portrait du chien tracé par Eldémiri : « Le chien semble former une classe intermédiaire entre les bêtes carnassières et les animaux connus sous le nom générique de bestiaux. Il tient des premières en ce qu'il se nourrit de chair, et des au 1res par ses mœurs et sa manière de vivre en société avec

l'homme. On en distingue deux espèces , le chien domestique et celui qu'on nomme selouki du nom d'une ville de l'Arabie heureuse, mais ces deux espèces ont les mêmes caractères. On remarque que cet animal rêve durant son sommeil. La femelle est sujette à des écoulemens périodiques : elle porte soixante jours ou environ ; ses petits naissent aveugles, et leurs yeux ne s'ouvrent que douze jours après leur naissance. Le mâle sent les aiguillons de l'amour plutôt que la femelle : celle-ci peut être couverte À un an et quelquefois plutôt. Le nombre de ses petits et la variété de leurs couleurs répond au nombre des mâles qui l'ont couverte et à la couleur de leur poil. Le chien a l'odorat plus fin que tous les autres animaux : il suit très-bien à la piste; il préfère la charogne à la viande fraîche, mange des excrémens et retourne à ce qu'il a vomi. Il y a antipathie singulière entre le chien et l'hyène. Le chien a l'instinct de défendre son maître et de garder sa maison en son absence comme en sa présence, la nuit comme le jour. Il n'y a pas d'animal qui veille avec plus d'exactitude lors même qu'il est pressé par le besoin de dormir. Il dort plus ordinairement durant le jour, où sa vigilance est moins nécessaire : pendant son sommeil, il a l'oreille plus alerte au moindre bruit que le cheval, et il est plus difficile de le surprendre que la pie. Ses paupières demeurent toujours enlr'ouvcrles et ne sont point repliées l'une sur l'autre parce que son sommeil est très-léger : cela vient de ce que sa cervelle est froide en comparaison de celle de l'homme.

» La sagacité de cet animal est si grande qu'il connaît les personnes d'un étal distingué, les respecte et n'aboie point contre elles, tandis qu'il aboie contre les nègres et les gens pauvres ou mal vêtus et les écarte de son chemin. Il témoigne son amitié par ses caresses et le mouvement de sa queue et s'attache si fortement à son maître que lorsqu'il l'appelle après l'avoir battu, il vient aussitôt à lui. Si l'on joue avec lui , il mord doucement sans faire aucun mal ; ses dénis sont si fortes qu'elles peuvent serrer une pierre el la retenir. Le chien est susceptible d'instruction. Il en est que l'on accoutume à tenir un chandelier sur leur tète sans se remuer même pour prendre la nourriture qu'on leur jette jusqu'à ce qu'on le relire. Cet animal dans certains temps est sujet à la mélancolie.

« L'n écrivain arabe raconte l'aventure suivante : « Un voyageur passant proche d'un Iwurg vit un tombeau d'une construction magnifique sur lequel était gravée celle inscription : « Si tu désires savoir à quelle occasion ce monument a été élevé, entre dans le bourg voisin . c'est là que tu l'apprendras. »

» Il y entra en effet , mais il ne se trouvait personne qui pût satisfaire sa curiosité; enfin on l'adressa à un vieillard âgé de plus de deux cents ans I qui lui raconta l'histoire suivante, qu'il disait tenir

SUR LA CHASSE D OPPIEN

de son père : « Un roi de ce pays, lui dit-il, avait un chien qui ne le ne quittait jamais ; il avait aussi une jeune esclave muette et entièrement percluse des deux jambes. Il sortit un jour pour se promener dans un de ses jardins et fit attacher le cbien, ne voulant pas qu'il le suivit. Pendant son absence, son cuisinier lui prépara un mets Tait avec du lait, suivant l'ordre qu'il lui en avait donné, l'apporta dans l'endroit où étaient l'esclave et le chien et l'y laissa sans couvrir le vase. Lorsqu'il se fut retiré, un énorme serpent s'approcha du vase, et après avoir bu, il y rejeta ce qu'il avait pris et se relira. Le roi, étant de retour, se disposait a prendre son repas et ne comprenait rien aux signes que l'esclave Taisait pour l'empêcher de toucher au mets qtf on lui avait apprêté : le chien commença alors à aboyer en poussant des hurlemens affreux et a s'agiter dans sa chaîne avec tant de violence qu'il semblait prêt à s'étrangler. Le prince, supris de cette fureur, le fit détacher, et aussitôt le cbien sautant sur sa main Gt tomber le morceau qu'il portait déjà à sa bouche. Il voulait le faire battre à coups de fouet, mais l'animal enfonça sa tète dans le vase qui était devant le prince et n'eut pas plutôt goûté de ce qui était dedans qu'il fut renversé par terre et sa chair tomba en morceaux. Le roi comprit alors par les signes de l'esclave tout ce qui était arrivé. Il punit le cuisinier qui avait laissé le vase découvert et fil jeter ce qui était dedans ; en même temps il donna ordre d'enterrer le chien , d'élever ce monument sur le lieu de sa sépulture et d'y graver l'inscription que vous avez lue. »

» On rapporte aussi ce trait remarquable d'un chien qui appartenait à un habitant de Bagdad. Cet homme , qui s'amusait à élever des chiens et à les dresser, en avait un auquel il était plus particulièrement attaché. Comme il sortait un jour de grand matin pour quelque affaire, ce chien le suivit et ne voulut point le quitter, quelque chose qu'il fit pour le renvoyer. Chemin faisant, il passa dans un lieu où demeuraient plusieurs de ses ennemis : ceux-ci profitèrent de ce qu'il élait sans armes pour l'attaquer ; ils se saisirent de lui, l'emmenèrent dans leur maison , le firent mourir et jetèrent son corps dans un puits dont ils bouchèrent l'ouverture. Le cbien, qui qui les avait suivis, avait été témoin de tout re qui élait arrivé : its le maltraitèrent et le mirent dehors. Aussitôt il retourna chez son maître en aboyant, mais on n'y fit aucune attention. La mère de celui qui avait été assassiné , voyant que son fils ne revenait point, ne douta pas qu'il ne fût péri, et après s'être acquittée de ce qu'elle devait à sa mémoire, elle chassa de sa maison tous les chiens qu'il élevait. Celuici ne voulut point s'éloigner et demeura près de la porte. L'n jour qu'il était couché en cet endroit suivant sa coutume, un des assassins de son mailre vint à passer; il l'aperçut, et sautant sur lui, il lui déchirait les jambes avec ses griffes et le mordait.

En vain cet homme faisait effort pour se débarrasser, il ne pouvait y réussfr, non plus que les passans qui étaient accourus à son secours. La mère de relui qui avait été tué entendant un grand tumulte sortit pour voir quelle en était la cause ; elle vil un des gardes de la porte de la ville qui s'était approché et disait : « Sans doute ce cbien n'attaquerait point cet homme s'il n'avait quelque sujet de haine contre lui. » Cette femme , frappée de ces paroles et de la fureur avec laquelle le cbien tenait cet homme, le regarda attentivement et le reconnut pour un des ennemis de son fils; elle soupçonna que c'était peut-être lui qui l'avait fait mourir et ne voulut point le laisser aller : on les conduisit donc devant le calife Radhibillab , et elle l'accusa en sa présence du meurtre de son fils. Le calife l'envoya en prison après l'avoir fait battre de verges sans qu'il se fût avoué coupable. Le chien le suivit et demeura à la porte de la prison ; quelques jours après , le calife fit mettre le prisonnier en liberté. Il ne fut pas plulôt sorti de la prison que le chien le saisit de nouveau comme il avait fait la première fois. Cet acharnement causa une grande surprise à ceux qui en furent témoins , et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'on parvint à le délivrer. Le calife, informé de ce fait , donna ordre de laisser aller l'accusé et chargea un de ses officiers de le suivre et de mener le chien avec lui. Quand il fut rentré chez lui, l'officier du calife se bdta de le joindre et y entra aussi avec le chien , mais quelque perquisition qu'il pût faire, il ne vit aucune trace du crime. Le cbien cependant aboyait et cherchait avec inquiétude aux environs du puits où les meurtriers avaient jeté le cadavre : on en donna avis au calife , qui ordonna de rouvrir le puits. Cet ordre fut exécuté et on y trouva le cadavre. Le mailre de la maison , arrêté et conduit devant le prince, avoua son crime et déclara ses complices : il fut mis à mort ; les autres s'enfuirent et on ne put pas découvrir le lieu de leur retraite. »

» Le chien est sujet à la rage maladie qui est une espèce de folie accompagnée de fureur. On connaît l'animal qui en est atteint aux symptômes suivans. Ses yeux rougissent, sa vue s'obscurcit, ses oreilles deviennent fiasques et pendantes , la langue lui sort de la bouche, sa salive est très-abondante et il coule une humeur de ses narines ; il a la tète penchée, le milieu du dos relevé en bosse , l'épine du dos contournée et la queue toujours entre les jambes ; il marche avec un air triste et craintif , on dirait qu'il est ivre. Quoique pressé de la faim et de la suif, il ne mange ni ne boit, et s'il voit de l'eau, il s'en éloigne avec fureur, quelquefois même il en meurt d'épouvante. Aperçoit-il quelque objet qui l'effraie, il saute dessus sans aboyer. Les autres chiens évitent sa ren-

1 Le nom de celle maladie dans la langue arabe est dérive o> celui du cbieo ; kelb signifie un cbien, el ktleb, la rage.

NOTES

contre, et s'il approche d'eux, ils remuent la queue et tremblent devant lui. Dans cet état, il attaque les hommes.

» Celui qui a été mordu par un rhien enragé tombe dans un état effrayant. Une des suites les plus funestes de sa maladie, c'est qu'il craint l'eau au point de se laisser mourir de soif plutôt que d'en approcher ; il ne cesse de demander a boire, et lorsqu'on lui en présente, il ne veut point y toucher. Quand « cite maladie a fait de grands progrès, on trouve dans l'urine du malade des matières qui ont la forme de petits chiens.

» L'auteur du livre intitulé Abrégé de médecine distingue deux espèces de maladies connues sous le nom de kéleb. Il dit que l'une est une sorte de lèpre à laquelle sont sujets le chien , le loup, l'hyène , le chacal et le renard, et que l'autre est un genre de folie dont les chiens sont attaqués et qui leur donne la mort ; il ajoute que la morsure du chien malade est mortelle pour tous les animaux , excepté pour l'homme, qui peut en guérir. L'âne et le chameau sont aussi sujets à cette maladie.

«Alkazonini dit, dans son livre des Merveilles de la nature, qu'il y a dans un village du territoire d'Alep un puits, nommé le puits de la rage, dont les eaux guérissent les personnes mordues par des chiens enragés ; ce puis est très-fameux : « J'ai appris, ditil, d'un des habilans du lieu que ces eaux ne procurent la guérison que lorsqu'on en boit dans les quarante jours après l'accident , et j'en ai vu moi-même l'effet sur trois personnes qui, ayant été mordues par des chiens enragés, burent de cette eau : deux furent guéries, mais la troisième, qui n'en but que plus de quarante jours après sa blessure, en mourut. Ce puits fournit à la boisson des habitans. »

» Les chiens de l'espèce nommée sélouki ont cela de particulier que lorsqu'ils sentent de près comme de loin l'odeur d'une gazelle, ils discernent si elle vient devant ou derrière eux et savent distinguer le pas du mâle de celui de la femelle ; ils connaissent aussi si un homme est véritablement mort ou s'il fait semblant de l'être.

» Les Grecs n'enterrent point un mort qu'ils ne se soient assurés s'il l'est en effet par ce moyen. Ils font approcher du mort un chien de celte espèce cl connaissent par la manière dont il le flaire s'il est rivant ou mort. Quelques-uns disent que celle propriété n'appartient qu'au chien qu'on nomme kolthi ou chien chinois et qui est une variété du sélouki , dont le corps est petit et les jambes extrêmement courtes. I-a femelle du sélouki est plus aisée à dresser que le mâle ; c'est le contraire du fahd ou loup cervicr.

a On lit dans l'Alcoran cette expression proverbiale : « Semblable au chien, il aboie, soit qu'on l'attaque, soit qu'on le laisse tranquille'. «. On attribue

• Cor., ch. T. v. 178.

aussi à Mahomet cette sentence : « Celui qui reprend ce qu'il a donné est comme le chien qui retourne à son vomissement. >»

» Les A rabes ont plusieurs façons de parler prises des qualités de cet animal, telles que celles-ci : « PI us a rare, plus docile, plus impudent, plus bas, plus recon na issan t qu'un chien. » Ils ont encore un proverbe qui signifie à la lettre pisser plus souvent qu'un chien et qui petit s'entendre dans le sens littéral ou signifier une nombreuse postérité, car le mot qui désigne cette action dans le langage des A rabes indique dans le style figure l'opération par laquelle les animaux se reproduisent, comme on le voit dans l'histoire du calife Abdelmelic ben Meronan. Il rêva qu'il était dans le sanctuaire où le prophète avait coutume de faire sa prière et qu'il profanait la sainteté de ce lieu en satisfaisant à ce besoin naturel ; ce songe s'étant répété jusqu'à quatre fois, l'interprète qu'il consulta lui répondit qu'il signifiait que quatre de ses enfans recevraient la couronne après lui. Cette interprétation se vérifia par le règne consécutif de ses quatre fi's, Wélid, Soliman, Ilescham et Yezid.

» On se sert aussi de ces expressions figurées : « Engraissez votre chien , il vous mordra ; laissez jeûner votre chien, il vous suivra. » La première revient à celle-ci : « Méfiez-vous de celui à qui vous aurez rendu quelque service ; » l'autre indique la conduite que l'on doit tenir vis-à-vis des gens qui n'ont que des sentimens bas et intéressés.

» Les Arabes disent encore : « Lâchez le chien contre le cerf, c'est le moyen d'être tranquille, ». c'est-àdire « Laissez les hommes bons ou médians se disputer entre eux, et pour vous prenez le chemin de la paix et du salut; » ou bien : « Si l'occasion favorable se présente, saisissez-la et ne la négligez pas. »

(fil) Les chiens de Péonie. Ces chiens forts et vigoureux ne servaient pas seulement à la chasse , on les dressait à la guerre aussi bien que ceux de Magnésie. Les anciens, comme nos aïeux les Gaulois , avaient l'usage barbare d'instruire les chiens à déchirer les hommes. Pline [H. nat., liv. 8, ch. 40) : « Propler bella Colophonii itemque Carlabalenses cohortes canum habuere -, eœ firimie ditnicabani in acie nunqvam detrectantes. » Au surplus ces chiens sont ceux de Pannonie ; c'est ainsi qu'il faut traduire au lieu de Péonie.

(62) VJusonie , c'est-à-dire d'Italie, principale' ment ceux de Toscane, qui étaient les plus célèbres. Némésianus en parle dans son Cynégéticon, v. 231 .

(53) De Lacédémone. Ces chiens étaient fort vantés chez les anciens à cause de leur vélocité et de leur courage. Aristote observe que la femelle de celte espèce et celle des chiens molosses sont d'un caractère plus heureux que le mâle, et suivant le même auteur,

SI R LA CHASSE IVOPPIEN

tes chie ns nés d'un mâle molosse et d'une mère de Laconie l'emportent sur les autres par leur courage. Les chiens de Laconie passaient pour avoir le flaire excellent, puisque Sophocle {Ajax Meut., v. 7) compare Ulysse , qui observe toutes les démarches d'Ajax, au chien de Laconie qui suit le gibier à la piste. — Celles, c'est-à-dire gaulois. Les anciens n'ont connu ces chiens qu'un peu tard. Xénopbon n'en parle point, ce qui a engagé Xénopbon le jeune, autrement Arrien , à (aire sou Traité de la chasse , comme il le dit lui-même au ch. 2. Gralius parle des chiens celles déjà célèbres de son temps , qui était celui d'Auguste (Cynég., v. 156) :

Mais il est douteux que les chiens dont Gralius parle soient les chiens gaulois, et Ulilius, commentateur de ce poêle, ne le croit pas; il ne croit pas non plus que ceux dont parle Xénophon le jeune soient les véritables chiens gaulois, mais il se trompe à cet égard. Ce Xénopbon, au ch. 3, dit que ces chiens s'appelaient Egousiai du nom d'un peuple de la Gaule : or ce nom est celui des Segusiani , babilans de la Bresse (Voyez César, De bello galt., liv. 7, p. 332, edit. varior), ou de Grenoble, suivant Henri Estienne {Schediasma 2 , liv. 4). A l'égard de la forme et du caractère de ces chiens, Xénopbon ou Arrien nous nppreod qu'ils sont velus , désagréables à l'œil , que les meilleurs sont les plus laids , que leur voix est plaintive , et que quand ils rencontrent la trace de la béte, ils la suivent, non pas avec colère comme les autres, mais en jetant des aboiemens douloureux. Il est une autre espèce de chiens gaulois ; ils excellent pour la course ; on les appelle vertraga dans la langue du pays, nom qui exprime leurs qualités, suivant Arrien : ceux-là sont beaux , tout est agréable en eux, les formes du corps , les yeux , le poil , la couleur. Nous avons encore ces deux espèces : la première est celle des chiens moutonnés, diflerens des barbets, et dont les chasseurs (ont un grand cas ; la seconde est celle de nos chiens courans ordinaires.

Crétois. jElien, dans son Traité sur la nature des animaux, fait ainsi le portrait du chien de Crète : « Il est léger, saule facilement , comme étant élevé dans les montagnes. » Il est rapide à la course, a le flaire excellent, suivant Arrien, ch. 3.

(54) Les Àmorgéens. Cesl-à-dire de l'Ile Amorgo, l'une des Cyciades.

(55) Les Molosses aux yeux brillant. La force, le courage cl même la férocité forment le caractère de ce cbien, dont A£lien dit : « Le chien molosse est le plus colère de tous les chiens, comme les hommes de ce pays sont les plus colères de tous les hommes. » (Voyez De nat., an. liv. 3 , ch. 2 , et liv. 12, ch. 20.) Celte race desrendait , selon les poêles , d'un cbien d'airain que fabriqua Vulcain ,

qu'il anima et dont il fit présent à Jupiter. Celui-ci le donna à Europe , Europe à Minos, Minos à Procris, Procris à Cépbale. {Voyez Pollux, Onom. liv. s , seg. 39.) Au surplus les naturalistes s'accordent assez à reconnaître noire malin dans le chien molosse.

(56) Les amours de la murène et de la vipère sont une fable de l'antiquité.

(57) Caressent à coups de pied. C'est de celle manière que les chevaux font l'amour ; on esl même obligé de les déferrer alors pour qu'ils ne se blessent pas.

(58) Chetauchent. Le grec porte ephippeuousi et il m'a été impossible de traduire autrement.

(59) Et des rapports plus marqués. « Junge pares, » dit Gralius, v. 263, Némésianus, v. 1 14 : «f/uic parilem submitte marem , » et dans les Géoponiques, livre 19, ch. I : « Unissez un mile et une femelle de nature el de taille semblables , et prenez garde que des chiens sortis d'une même mère ne s'accouplent ensemble, h

(60) Toutefois les races excellentes. Cette opinion n'est pas juste. Le véritable moyen de perfectionner les races , c'est de les croiser.

(Gt) Un beau chien. Il semble qu'Oppien n'ait fait ici que mettre en vers la description que Xénophon fait du chien courant (p. 570, ligne 4 1). Je vais la traduire afin qu'on puisse la comparer à celle de notre poète et faciliter en même temps l'intelligence de ce morceau , que le traducteur latin a singulièrement défiguré : ■ Il faut d'aUird au cbien une tète longue, mais légère , camuse, nerveuse, et donl les muscles soient follement prononcés dans la partie inférieure du front. Ses yeux doivent être noirs et brillans, son front sera large el grand, la séparation des sourcils profonde ; que ses oreilles soient petites, unies el minces à leur extrémité; qu'il ail un cou long, flexible, arrondi, une poitrine large cl fournie à l'endroil où elle quitte les épaules, les omoplates peu distantes; à l'égard des pattes, celles de devant courtes, droites, arrondies cl nerveuses ; que les jointures en soient saillantes ; les cotes doivent être peu rentrées et tournées obliquement à leur extrémité; ses reins peu charnus ne seront ni trop longs ni trop courts , mais entre deux ; les flancs ne doivent être ni gras ni desséchés , les cuisses seront arrondies et charnues par derrière , bien ouvertes en haut , en dedans elles joindront les flancs. » Xénophon veut encore aux chiens une queue droite qui balle sur les cuisses , peu rude au toucher et donl le poil crie sous la main. C'est ainsi du moins que j'explique ces mots :

NOTES

ouras makras, orihas, liguras, mériaias, mê skieras. J'ai rassemblé dans mes notes latines d'autres descriptions que l'on peut encore comparer à celle-ci.

Des prunelles d'un bleu tendre. « Les yeux du chien, selon Arrien, ch. 4, doivent être grands, élevés, nets, brillans et d'un regard imposant. Les meilleurs sont ceux en qui l'on voit briller plus de feux et qui lancent des éclairs comme ceux des panthères, des lions et des lynx. Les yeux noirs n'ont que le second rang; on peut placer au troisième les yeux Meus (ta charûpa), car ces yeux ne sont point un mauvais signe dans les chiens , surtout lorsqu'ils sont clairs et vifs. » Arrien dit ensuite, au ch. 5, qu'il avait un chien dont les yeux étaient de cette couleur et qui avait d'excellentes qualités-, il était si vif à la course et si ardent à la chasse qu'il pouvait prendre quatre lièvres par jour. Ces grands talens, la douceur de son caractère et son attachement pour son maître lui ont mérité, au jugement de celui-ci , que son nom parvînt à la postérité, qui saura , dit-il, que Xénophon l'Athénien (véritable nom d'Arricn) avait une chienne appelée Hormé , d'une vitesse extrême, parfaitement instruite et consacrée aux dieux.

(C2) // en est d'autres. Ceux-ci nous sont connus sous le nom de dogues de forte race, ou bouldogues, comme les appellent les Anglais, c'est-à-dire chiens à taureaux. Il est probable qu'Oppicn indique ici la race des chiens d'Albanie et de l'Inde, célèbres dans l'antiquité pour leur force et leur valeur. iElien dit de ces chiens, comme notre poêle, qu'ils bravent toutes les hèles féroces, combattent contre les lions, répondent à leurs rugissemens en aboyant , soutiennent leur assaut , leur rendent morsure pour morsure, et sont quelquefois vaincus, quelquefois vainqueurs. Le même auteur dit encore qu'ils excellent à découvrir la trace des hèles fauves, que les tigres s'accouplent avec eux , et qu'à la troisième génération , il en résulte des chiens assez doux pour être apprivoisés. Celte opinion fabuleuse se retrouve dans Aristotc (ttist. an. , liv. 8 , ch. 38), mais ce philosophe ne la croyait pas. Slralion parle aussi de ces chiens de l'Inde, qui sont , dit-il (livre «&» p. 48iJ, d'un courage et d'une force surprenans. Alexandre en reçut cenl cinquante en présent de Sopilhès , roi d'Allwnie ; il en fit combattre deux contre un lion , qu'ils vainquirent. Xénophon ( Cyneg. p. 57») recommande ces chiens pour chasser le sanglier.

(63) Ne permettez jamais. Celte opinion de notre poëtc est mal fondée , et contraire à ce qu'enseigne Xénophon, Cyneg., p. 676, où ildil expressément: « Lorsque les chiens sont nés, il faul les laisser sous la mère ; car les soins d'une étrangère ne font point profiler ; mais le lait des mères , leur haleine ,

leurs tendres caresses, sont très-favorables. » Arrien est aussi du même sentiment.

(64) Donnez à vos chiens. Ceci est encore pris de Xénophon l'ancien , qui donne pour exemple une liste de quarante-sept noms de deux syllabes.

(C5) Le silence. Remarquez la douceur de cette transition, qui est des plus heureuses.

(Gfi) Les plantes desséchées. Le texte dit: « Les plantes et les fleurs vieillissent. »

(67) // est une espèce. A la seule description de ces chiens, j'ai reconnu nos bassets, et je ne sais comment Bodin et Rillcrshuis ont pu y voir les dogues d'Angleterre.

(68) Les peuples sauvages de la Bretagne. Les anciens habitans de l'Angleterre se peignaient le corps avec le jus d'une herbe que les Grecs appellent isatis , de laquelle on exprime un suc d'un jaune verdâlre. Celte plante est, je crois, la même que Vherba lutea de Dalechamp, en français la gaude ou l'herbe aux teinturiers. Les Latins la nommaient vitrum, comme on le voit dans ce passage de César {De bello gall., liv . S, p. 1 7 1 , edit. variorum) : « Omnes verô se Britanni vitro inficiunt quod cœrvleum cfllcil colorent , aique hoc horribiliori sunt in pugna adspectu. » De là ces peuples ont été appelés Pietés par les Romains.

(69) Les nomment Agasses. Guill. Cambden, dans son Histoire d Angleterre, p. 190, prétend que ces chiens sont les mêmes que les Anglais appellent aujourd'hui a gase hond. Mais M. Schneider doule beaucoup que l'article a soit aussi ancien dans la Lingue anglaise.

CHANT SECOND

(i) Chez les mortels, le héros qui trancha. Xénophon , que notre auteur a pris pour guide lorsqu'il attribue l'invention de la chasse aux centaures, Xénophon , dis-je , ne nomme point Persée au rang des premiers chasseurs, et j'ignore d'où Oppicn a pu tirer la tradition qu'il suit ici. Selon Xénophon, les dieux Apollon et Diane, pour récompenser Chiron de son amour pour la justice , lui communiquèrent l'art de la chasse ; il cul pour élèves dans cet art Céphalc, Esculape, Mélanion, Nestor, Ampbiaraùs, Péléc , Télamon et plusieurs autres parmi lesquels on ne voit point le nom de Persée. Les premiers inventeurs de la chasse furent les Phéniciens , si nous en croyons le récit de Sanchoniaton rapporte , d'après la traduction grecque de Philon de Biblos , par Eusèlie de Phamphilie (Préparation érangé-

SLR LA CHASSE DOPPIEN

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tique, liv. i,p. 35) : « Longtemps, dit-il, après la naissance d'Hypsuranius naquirent Agrée etllaliée, inventeurs de la pèche et de la chasse. Cest d'eux que les pécheurs et les chasseurs ont tiré leur nom. » On admirera sans doute la conformité qui se trouve entre ces deux noms prétendus phéniciens et les noms grecs alieù et agreutai , elle me servira peut-être à prouver quelque jour que ce récit de l'antique Sancbonialou n'est qu'un roman de Pbilon adapté à certaines circonstances et inventé pour déprimer les Grecs, qui s'attribuaient une trop haute antiquité et l'invention des sciences. Selon le poëte Nonnus (Dionysiaques, liv. 5, p. 162), Aiistée fut l'inventeur de la chasse, des filets, des fourches et de l'art de suivre les bêles à la piste. [Voyez dans les notes latines le passage de ce poêle.) Les Crétois s'attribuaient aussi cette invention. (Diodore de Sicile , livre &, p. 334.)

(2) Les Oryx. Espèce de chèvre sauvage dont nous parlerons par la suite.

(3) Méléagrs , qui tua le sanglier de Calydon. (F oyez son histoire dans Homère, Iliade, liv. 0, v. 530.) Atalante l'accompagnait a cette chasse et porta la première blessure au sanglier. [Voyez les mythologues.)

(4) Les héros qui les premiers frayèrent les sentiers de la chasse. Le grec dit: « qui furent les conducteurs de la chasse. »

(5) Autant un doua; sommeil. Imitation de ces beaux vers de Virgile :

Qiule «opor fessl» in gramine , qualo per œitum Dulcis aquœ salieole litira rcslinguere rivo.

(Eclog. 6,v. 16.)

(6) Chantons ces fréquens et terribles combats. Tout ce morceau est imitation du 3« livre des Géorgiques.

(7) Les taureaux de Phrygie. Oppien leur attribue deux caractères principaux, d'avoir une éminenceou bosse sur le dos et de remuer les cornes à volonté. Ce second caractère est suspect, quoique indiqué par d'autres auteurs, tels qu'Aristote (Hist. anim., livre 3, ch. 0), Antigonus Carystius (Mirabilium synagoge, «h. 81)» cl jElien (De anim., liv. 2, ch. 20), lequel dit la même chose des taureaux d'Erythrée. A l'égard du premier caractère , c'est celui de plusieurs autres espèces de taureaux , principalement du zèbre décrit par M. de Buflbn, t. S, p. 110. Mais cette dernière espèce est trop petite pour convenir à la description de notre poëte; celle description s'accorde bien mieux avec celle que Pline nous a laissée des bœufs de Syrie et de Carie

(livre 8, ch. 4 à) : « Syriaeis non sunt palearia , sed gibber in dorso. Carici quoque in parte Asiœ fasdi tisu , tubere super armos eminenle , luxatis comibus, excellentes in opère narrantur ; cœtero nigri coltris candidite ad laborem damnantur. » Sans pouvoir rien affirmer de précis sur ces taureaux , il paraît qu'on peut les rapprocher de l'espèce du bison et du bonasus décrit par Aristote au livre 9, ch. 45 de Y Histoire des animaux, et dont nous parlerons bientôt.

(8) Ceux d'Aonie. Les caractères qu'Oppien donne à ces animaux , l'ongle d'une seule pièce , ta corne unique qui croit au milieu de leur front , annoncent que ce ne sont point des taureaux mais des licornes ou monocéros , animaux fabuleux , donl cependant plusieurs auteurs ont assuré l'existence et décrit la forme. Strabon, d'après Ooésicrite, les appelle ippous monokerâtas elaphorkranous (chevaux à tète de cerf et qui n'ont qu'une seule corne). Cet animal, dont les pieds ont vraisemblablement été mal observés par les anciens, paraît être le même qiw celui dont parie César (De bello gallico, liv. 6, page 246) : « On trouvé , dit-il , dans les forêts de Germanie un bœuf qui a la forme du cerf et est monocorne, c'est-à-dire que ces cornes réunies en une seule pièce depuis la racine, s'élèvent en droite ligne audessus de son front, et à une certaine hauteur se partagent en deux rameaux fort étendus. » Je pense que c'est le renne que César veut décrire en cet endroit. Ce quadrupède , aujourd'hui retiré dans les forêts du Nord , habitait autrefois celles de la Germanie , selon M. de Buflbn (t. &, p. 232). Pline (Histoire naturelle, livre 8, ch. 21) reconnaît, comme Oppien , des bœufs solipèdes et qui n'oot qu'une corne ; mais il leur donne , ainsi que Strabon cité ci-dessus , l'Inde pour patrie : « In Indiâ et boves solidisungulis unicornes. » D'où je pense qu'il faut lire dans Oppien oi Indoi au lieu d'Aonioi qu'on lit aujourd'hui et d'ai Onoi que propose Bochart (p. 932 de son Hierozoicon) sans faire attention que ce mol , dont la première syllabe est brève , rompt la mesure du vers. Ces taureaux de l'Inde me paraissenl avoir beaucoup de rapport avec la description que Pline (liv. c.) fait du monocéros; et cette description appartient par plusieurs traits essentiels au rhinocéros. Quoi qu'il en soit, on sera peut-être curieux de savoir quelle était chez les anciens la chasse du monocéros. JeanTzetzès, dans ses Histoires (chiliade 5, v. 398), nous a conservé une description de cette chasse que peut-être il a prise dans le 5e livre du poëme d Oppien. Comme ce livre est perdu , je vais traduire le passage de Tzelzès .• « Le monocéros porte "ne corne sur le milieu du front. Cet animal aime passionnément les odeurs. On le chasse de cette manière. Un jeune homme déguisé en fille, exhalant l'odeur des parfums les plus exquis , va se placer dans

NOTES

les Houx fréquentés par ce quadrupède. Les chasseurs se tiennent en embuscade à peu de distance. L'odeur des parfums attire bientôt le monocéros auprès du jeune homme; il le caresse. Celui-ci lui cou» vrc les yeux avec des gants de femme parfumés. Les chasseurs accourent à l'instant, saisissent l'animal sans qu'il fasse de résistance , lui coupent sa corne, qui est un excellent alcxipbarmaque , et le renvoient sans lui faire d'autre mal. »

(9) Que produit la Chersonnèse. Les anciens géographes reconnaissent cinq Chersonnèses : celle du Péloponèsc, celle de Thrace, celle de Tauride, la Cimbrique, et la Chersonnèse d'or située dans la presqu'île méridionale de l'Inde, que nous nommons aujourd'hui presqu'île de Malaca. Mais outre ces cinq Chersonnèses , on donnait encore ce nom à la ville d'Apaméc en Syrie, parce qu'elle était environnée en forme de péninsule parle fleuve Orontès. Plus anciennement elle portait le nom de Pharnace-, elle prit ensuite celui de Pclla , d'une colonie macédonienne sortie de l'ancienne Pella , qui vint s'y établir. Elle reçut depuis le nom de Chersonnèse , et enfin celui d'Apamée. C'est Strabon qui nous apprend tous ces détails au 16* livre, p. 617, de sa Géographie.

(10) Mènent une vie sauvage. La description qu'Oppien fait de ces taureaux me ferait penser qu'il désigne ici les buffles si M. de Buffon n'assurait d'une manière précise que cette espèce était absolument inconnue aux anciens , quoiqu'elle soit aujourd'hui très-commune en Grèce et en Italie (t. 6, pages 45 et Si). Cependant en comparant les traite sous lesquels M. de Buffon a peint le buffle et ceux dont Oppien se sert pour caractériser les taureaux de Syrie, on est frappé de la vive ressemblance qui se trouve entre ces deux tableaux: c'est la même nature , la même forme et surtout le même caractère indomptable. Je voudrais que M. de Buffon nous eût appris comment il a pu se faire que ces animaux, communs en Grèce et en Italie, aient pu être inconnus aux anciens habitans de ces contrées. Il faut encore rapprocher des taureaux de Syrie d'Oppien celui que César décrit sous le nom û'urus au livre 6 De bcllogallico, p. 218 : « li sunt magnitudine paullo infra elepftantos, specie et colore et figuré tauri, magna vis eorum, magna velocitas. » Puis il ajoute « qu'ils attaquent indifféremment tout ce qu'ils rencontrent, hommes ou animaux; qu'ils sont indomptables et ne peuvent s'apprivoiser, les élevat-on dès la plus tendre jeunesse : leurs cornes diffèrent de celles des autres taureaux par la grandeur, la forme et la nature. » Cet animal ne peut être ni le bison d'Oppien ni le bonasus d'Aristote, car il n'a pas cette crinière qui fait le caractère principal du bison. César n'aurait pas

manque ce dernier coup de pinceau, sans lequel le portrait de l'animal était imparfait. N'est-ce que notre taureau ordinaire dans l'étal de nature? Non : celui-ci se révolte contre le joug, le nôtre s'accoutume insensiblement à le porter. Ce caractère indomptable, qui est essentiellement celui des buffles, méfait penser que ce sont eux qu'Oppien a décrits sous le nom de taureaux de Syrie et César sous le nom d'urti«.

(11) Les amena jadis d'Eurythie. Ancien nom de Cadix. L'enlèvement des boeufs de Géryon esl raconté par Apollodore au 3* livre de sa Bibliothèque mythologique.

(12) Aux pieds du mont Emblon. Le nom de celte montagne et celui du mont Dioclès sont inconnus aux géographes anciens. M. Schneider pense que le Dioclés est le même que le Liban , et I Emblon le mont Casius en Séleucie.

(13) L Orontès toujours débordé. Ce fleuve s'appelait plus anciennement Typhon et devait ce nom , selon les poêles , au géant Typhon changé eu serpent sur ses bords par Jupiter ; ensuite il prit le nom d' Orontès, d'un certain Orontès Indieu dont le corps fut trouvé dans le fleuve. {Voyez celte histoire dans Pausanias , Arcadie, p. 261.) Euslathe, sur Denis Périégètes, v. 019, prétend que l'Oronlès fut ainsi appelé par l'empereur Tibère et qu'il se nommail auparavant Draeon. Mais il parait qu'Eusiathe se trompe , car Pomponius Mêla, qui vivait bien des années avant Tibère , appelle le fleuve Orontès (liv. I, ch. 12, p. 78). Enfin selon Strabon (livre |6), le nom de Typhon que portait ce fleuve fut changé en celui d' Orontès du nom même de celui qui le premier y construisit un pont.

(i 4) De ee beau lac. Le grec dil : « De ce lac aux beaux cheveux , » par allusion aux roseaux dont il était couvert. Comme le poète l'a personnifié plus haut , il soutient ici la métaphore.

(16) Le noir rivage de la Syrie. Celte épithèlo noir exprime, simplement la fécondité. Hérodote (EuterpCj ch. 12) fait entendre que le rivage de la Syrie n'est pas noir, car il dit de celui de l'Egypte, qui l'était, qu'il ne ressemble ni à celui de la Lybie ni à celui de l'Arabie et de la Syrie.

(ta) Franchissant les barrières de glace. A la lettre : « Rompant le frein blanc de /torée.» Le poêle indùrue par la l'impétuosité du Danulw lors de sa débâcle.

(17) Elles poussèrent un horrible cri. Celte expression pourra paraître bien hardie en français ap-

SUR LA CHASSE D OPPIEN

pliquée à des rives ; mais l'image m'a paru trop belle pour ne pas la conserver tout entière : c'est d'ailleurs une imitation de ce vers de Virgile {Géorg., liv. 3, v. 261) :

(it)Que l époux de Déidamie. Achille.

(19) En langage du Permette. A la lettre: « En chant de Pimplée. » Pimplée est une montagne de Thrace sur laquelle les Muses faisaient leur séjour aussi bien que sur l'Hélicon. C'était la demeure ordinaire d'Orphée.

(20) On donne à ceux-ci le nom de bitont. ïjes naturalistes anciens qui ont parlé du bison le désignent tous par un caractère auquel il est impossible de se méprendre , cette crinière dont il est revêtu depuis le haut de la tête jusqu'au milieu du dos, qui retombe sur ses épaules et couvre son poitrail. C'est à ce caractère que Gesner, et d'après lui M. de Buffon, ont reconnu dans le bison le bonasus d'Aristote. L'opinion de ces deux illustres modernes et les preuves dont ils l'ont appuyée sont trop connues pour nous y arrêter davantage. {Voyez la description du bonasus au livre 0 , ch. 4& de Y Histoire des animaux d'Aristote, et dans l'excellente traduction que M. Camus vient de donner de cet ouvrage.)

(21) Telle la porte le lion. Arislote, au livre 2 , ch. t de YHitl. det an., compare aussi la chevelure du bonasus à la crinière du lion.

(22) Autti subtiles que det langues de feu. C'est ainsi que j'entends puriglôchines, que M. Schneider dit ne point entendre. La disposition des cornes du bison est bien différente, selon Oppien, de celle observée par Arislote , qui dit expressément {De partib. anim. , livre 3 , ch. 2) que les cornes de ces quadrupèdes sont courbées et inclinées l'une vers l'autre, de manière qu'elles leur sont inutiles pour se défendre. Mais cette disposition n'est pas un caractère essentiel , elle peut varier suivant les individus et selon les circonstances. L'auteur du traité De mirabilibut auscultât, dit que les cornes du bolinthus, le même animal que le bison, sont tournées en bas (katettramména) et que leur pointe est voisine des oreilles. {V oyez la 6g. du bonasus dans Gesner, p. 13J.)

(23) Semblable à cet instrument. La lime. Je n'ai rien trouvé dans les auteurs sur l'àprcté de la langue du bison. En général les boeufs ont la langue fort rude.

On aurait lieu de me faire un reproche si je finissais l'article du bison sans rien dire de la manière

| dont les anciens le prenaient à ta ebasse. Sans doute qu'Oppien en avait parlé dans le &° livre de ce poème; mais comme ce livre est perdu, nous y suppléerons par un passage de Pausanias tiré de la description de la Pbocide ( page 828 , édition de Kuhnius). Je ne me sers point de la traduction de l'abbé Gédoio : « Le bison, dit-il, est de tous les animaux féroces le plus difficile à prendre vivant -, les filets ne sont point assez forts pour résister à son impétuosité. Voici de quelle manière on le chasse. Après avoir trouvé un terrain qui a de la pente et qui descend dans une cavité, les chasseurs commencent par l'environner d'un rempart solide ; ensuite ils étendent sur ce terrain, à l'endroit où il monte et jusqu'à celui où il devient uni, des peaux nouvellement écorebées : si l'on n'en a pas , on se sert de peaux sèches que l'on rend glissantes en les humectant arec de l'huile. Après cela ceux des chasseurs qui sout meilleurs cavaliers poursuivent les bisous et les poussent vers celte enceinte. Ces animaux n'ont pas plutôt mis le pied sur les premières peaux qu'ils glissent sur le terrain incliné et tombent dans la cavité. On tes abandonne là pendant trois ou quatre jours, et le cinquième, lorsque la faim et la fatigue ont épuisé leurs forces et dompté leur férocité, des hommes qui ont l'art d'apprivoiser les bêles sauvages leur présentent un fruit de pin greffé , dont auparavant ils ont ôté les petites enveloppes, car ces animaux ne voudraient pas alors goûter d'aucune autre nourriture ; enûn on leur passe des liens autour du corps et on les emmène. » C'est ainsi qu'on les prenait pour les faire combattre aux jeux du cirque.

(24) Le cerf. Son nez a quatre ouvertures. Cela est faux, et je ne sais dans quel auteur Oppien a puisé celte fable. Les narines du cerf sont larges et très-ouvertes.

(25) N'est arméque de faibles pointes. A la lettre : -De pointes émouttéet. » Aristote {Départ, anim., liv. 3, ch. 2) dit que les cornes du cerf lui sont plus nuisibles qu'utiles pour sa défense à cause de l'étendue de leurs rameaux.

Voici ce que dit Eldémiri du cerf, qu'il appelle aussi ayyil :

« Le Lois du cerf ne commence à pousser que lorsqu'il a atteint l'âge de deux ans. Ses bois sont d'abord droits comme deux pieux ; à la troisième année ils se séparent en plusieurs rameaux et continuent à croître de la sorte jusqu'à l'âge de six ans : on dirait alors que ce sont deux arbres qu'il porte sur sa tète. Depuis cet âge il jetle son bois tous les ans , et il en croit de nouveaux à la place ; quand le nouveau est formé, il s'expose à l'ardeur du soleil pour le durcir.

» Arislote dit que l'on prend cet animal en chantant. Tant qu'il enlend chanter, il ne se laisse point

NOTES

aller au sommeil. Les chasseurs se servcnl île ce moyen pour l'occuper cl le distraire ; ils s'approchent par derrière, cl lorsqu'ils le voient tranquille et les oreilles pendantes, ils le prennent Ses hois sont solides et n'ont aucun creux dans l'intérieur. D est peureux et potiron de son naturel ; il mange beaucoup de serpens et les avale toujours par la queue. Il jette ses hois tous les ans. Ceci arrive par une disposition particulière de la Providence, qui a prévu l'utilité que les hommes en retireraient : son hois en effet guérit toutes sortes de maladies, sert au soulagement des femmes enceintes , et facilite l'accouchement, brûlé el pétri avec du miel, il chasse les vers du corps des enfans. Tout ceci est tiré des livres d'Aristole. L'ayyil esl sujet à devenir très-gros el se relire alors dans des lieux déserts de crainte de tomber entre les mains des chasseurs

» Un poêle a dit en parlant de son amante : « Si je te fuis, ce n'est pas par un superbe dédain, et mon amour n'en esl pas moins violenl, quoique je détourne de loi mes regards -. je te fuis comme l'animal qui tourne autour d'une source d'eau et n'ose en approcher parce qu'il sait qu'il y trouverait une mort certaine : dévoré par la soif, la crainte du trépas l'arrête, il se contente de la regarder de loin ; il détourne ses yeux avec un air d'indignation , et d'instant en instant il jette sur elle un coup d'oeil d'amour el de passion. »

» Sur quoi le commentateur fait celle remarque : c'est du cerf que le poëte veut parler. Cet animal mange des serpens durant les chaleurs de l'été, et celte nourriture lui cause une fièvre brùlanle dont l'ardeur le porte à chercher quelque ruisseau. Mais sitôt qu'il trouve de l'eau, il s'abstient d'en goûter et tourne lout autour, se contentant d'en aspirer la vapeur. S'il buvait dans cet instant , l'eau venant à se mêler avec le venin qu'il a dans les entrailles lui causerait la mort. Ce n'est que lorsque le temps a dissipé le venin qu'il satisfait sa soif sans danger. « Ainsi, dit le poêle, je m'éloigne de (a société, quelque peine qu'il en coûte à la violence de mon amour, comme cet animal s'abstient de l'eau qu'il désire passionnément par la crainte du trépas. »

» N. B. Les Hébreux se servaient de la même comparaison et exprimaient la force de l'amour par l'ardeur avec laquelle le cerf cherche une source d'eau. De là vient celle expression du psalmisle : «Qucmadmodumdesiderat certus ad fontes a quorum, Ua desiderat anima mca ad te, Deus. »

• Voici le pasfape d'Arisloïc : « On prend, dil-ll, les cerf» en chaulant ou en jouant de la Oûlc : c'ait le moyen dont on se «cri pour les attirer et le* surprendre. Tandis qu'un de* chasseur* chante sans se cacher, un autre s'approche secrélemcul et le nappe par derrière au signal que lui donne son camarade. Si le cerfUent les oreilles droites, il entend Ires-bien el il esl impossible de le surprendre ; mais ail les lient baissées, on le tue facilement. (Aristotc, Il ht. anim.. I. ».)

' Ceci est encore tire d'Arif lotc au même chapitre ci-devant cite.

Il u'esl pas vrai, comme l'enseigne Oppicn, que la castration fasse lomlier le bois des cerfs et les change en femelles. On ne peut cependant lui faire un reproche de paraître adopter celle fable : sa qualité de poëte est son excuse. Aristote a fait à l'égard de la mutilation du cerf celle judicieuse observation , confirmée par l'expérience : « Un cerf coupé avaut l'âge où le bois croit n'en aura jamais. Si son bois est déjà né, il demeure fixé à la hauteur qu'il avait alors, el ce bois ne tombe plus. (Ifist. anim., liv. 9, ch. 50.) » Porphyre enseigne aussi la même doctrine dans son Traité de l'abstinence de la chair (liv. s, p. 233 ) cl compare les accidens que la castration occasionne sur les animaux à ceux qu'elle cause à l'espèce humaine ; d'où l'on voit que les anciens avaient sur ces objels des idées li ès-saines. Il ne faut pas, comme on ne le fait que tiop souvent, accuser d'ignorance l'antiquité lout entière d'après les fables d'un poëte ou l'erreur de quelques écrivains.

La saisit et la presse avec ses pieds de devant. Que n'ai-jejm traduire « et la presse dans ses bras -, » mais noire langue ne s'élève pas à celle hardiesse : nous n'osons pas dire les bras d'un animal. Ce qu'Oppicn dit ici de la fuite de la biebe est vrai jusqu'à un certain point, et Arislole [Hist. anim., liv. 5, ch. 2, el liv. c, ch. 9) enseigne que la femelle du cerf, ainsi que celle du taureau, ne souffre qu'avec peine l'approche du mile (propter nimiam genitalis membri tintigincm) et qu'elle ploie les reins (quando semen recipiunt) , mais que la biebe emporte le cerf sur son dos el que le niale n'achève son accouplement qu'en courant ; voilà ce qui appartient à l'imagination du poëte, lequel en celte qualité peut employer les traditions fabuleuses, toujours plus agréables que la vérité.

(26) Et les enterrent. Fable ridicule que l'on peut pardonner à un poëte et que des philosophes n'ont pas eu honle de répéter sérieusement : Théophraste (De animalibus qua> dicuntur invidere, p. 474). et Pline (liv. 2, ch. 32) , qui a chargé son ouvrage de tous les contes absurdes qu'il a pu rassembler. Arislole rapporte aussi cette fable, mais ce philosophe témoigne assez qu'il n'en croit rien.

(27) Les cerfs sont amphibies. Il est aisé de voir qu'Oppien n'attache pas au mot amphibie le sens que nous lui donnons ordinairement en français. Il suffit que le cerf nage avec facilite et traverse une étendue d'eau considérable pour que le poêle lui attribue le nom d'un animal qui vit dans les deux élémens. La navigation des cerfs est attestée par plusieurs auteurs anciens, Pline, ;Elicn, Arlémidore, Jean Tzelzês. Le témoignage de ces écrivains peut être justement suspect , néanmoins le fait ne parait pas absolument impossible.

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