SE D OPPIEN. C
pien indique aussi ce caractère par les mois akremones proteneis (rameaux prolongés). M. de Million n'a point soupçonné celte difficulté; et ce qui vraisemblablement a pu la lui déguiser, c'est la version latine d'Oppien qu'il avait sous les yeux ei qu'il rapporte à la page 392 du tome 5 de l'histoire des quadrupèdes (boubalos Oppiani) : « Dorcade Platycerote corpore inferior , comua non ramosa sicut cervis et capreis sed rupicaprarum simi lia. u Ces mots comua non ramosa sont absolument opposés au texte du poète ; les autres ne s'y lisent point, et je ne sais de quelle version d'Oppien ils ont été tirés.
(34) Ce n'est donc pas aux seuls mortels. Celle réflexion , qui reparait encore au premier chant du poëme de la pèche au sujet des homards, est une allusion délicate au malheur que notre poëte éprouvait lui-même : banni de sa patrie par l'empereur Sévère, H cherche à l'attendrir sur son sort.
(36) Les légères dorcades. Incertain s'il s'agH ki de* chevreuils ou des gazelles , plus communes dans la patrie d'Oppien que les chevreuils, j'ai préféré conserver le nom grec. Cependant je vois que la plupart des naturalistes appliquent au chevreuil \e nom grec dora; et à la gazelle celui de dorkas. L'amitié des perdrix et des gazelles est une fable; il n'esl pas nécessaire d'en prévenir le lecteur.
Voici d'après Eidémiri le portrait de la gazelle ou dorrade (gazdl ou dhaby) •.
« Le mot gazelle vient de l'arabe gazdl s c'esl le nom que les Arabes donnent aux jeunes dorcades.
» Il y a trois espèces de gazelles qui digèrent entre elles par la couleur de leur poil. La première, que les Arabes nomment rém est entièrement blanche ; elle habite les terrains sablonneux et est grasse cl charnue. La seconde espèce, qui a le poil rougeàlre, a le cou très-court et est moins agile que les autres ; elle fait son séjour des lieux élevés et pierreux. Enfin la dernière, qui a le ventre blanc, a le cou et les jambes très-longues.
» Les gazelles ont la vue très-perçante, sont d'un naturel extrêmement timide et prennent aisément la fuite. Quand le mêle veut rentrer dans son gîte, il marche à reculons et porte ses regards de tous côtés pour observer s'il n'est point aperçu par quelque objet capable de lui nuire ou de lui faire craindre pour sa sûreté et celle de ses petits : si quelqu'un le regarde, il demeure dehors ; s'il ne découvre rien, il entre tranquillement.
» Les gazelles aiment le fruit de la coloquinte. Elles boivent volontiers l'eau de la mer et vont se désaltérer sur ses bords. Cet animal n'a point de dents incisives.
' C'est l'auimal que Ici Hébreux nomment rém cl que I on a mal i propo» traduit en latin par unlcorni*.
NOTES
» C'est à la dernière espèce dont nous avons parié | que se doit rapporter la gazelle qui donne le musc. Elle a le poil noir et ressemble aux autres par sa légèreté et la délicatesse de ses jambes ; elle a aussi la corne du pied très-fenduc. Mais ce qui la distingue ainsi que celle de la troisième espèce , c'est qu'elles ont deux dents blanches, qui sortent de leur bouche près de la mâchoire inférieure, qui oui la même apparence que les défenses du sanglier ; ces dents ont environ la longueur qui est entre le pouce et l'index étendus autant qu'ils peuvent l'être \
» Le musc n'est autre chose que du sang qui se rassemble vers le nombril de la gazelle dans un certain temps de l'année et forme une tumeur. La Providence a disposé ces tumeurs pour être la mine où se forme le muse : c'est une production qui se renouvelle tous les ans par la permission du Créateur, comme les fruits des arbres. Tant que dure la formation de cette tumeur, l'animal souffre et est malade. Les habitans de la Mecque plantent, dit-on, des pieux dans la campagne pour que les gazelles viennent s'y frotter et que le musc coule le long de ces pieux-
» Un auteur dit qu'il sort tous les ans de la mer à une certaine époque un poisson qui ressemble à la gazelle. On en fait, dit-il , une pèche considérable, et après avoir tué ceux qu'on a pris , on trouve dans leur nombril un amas de sang : c'est là le musc ; il n'a aucune odeur dans ce pays et ne devient odoriférant que lorsqu'il est transporté dans un autre canton. Ceci est singulier , mais l'origine du musc que nous avons donnée d'abord est plus généralement recon-
» La gazelle porte en arabe le nom de gazâl jusqu'à ce qu'elle ait pris sa croissance et que ses cornes soient formées.
» On dit en proverbe : « Plus assoupi qu'une gazelle, » parce que les jeunes gazelles dorment profondément après avoir teté leur mère.
«Les Arabes disent aussi : « Quitter quelque chose comme la gazelle quitte son gîte. » Ce proverbe se dit des gens timides et poltrons ; il vient de ce qu'une gazelle à qui la frayeur a fait quitter le gîte où elle se met à l'abri des ardeurs du soleil n'y retourne jamais.
» Si l'on fait manger à une femme hautaine et impertinente dans ses discours la langue d'une gazelle sécbée à l'ombre , elle sera guérie de ce viee.
* I-i fiente et la peau de gazelle , brûlées et réduites en poudre , mêlées dans la nourriture d'un enfant, lui donnent de l'esprit , un caractère heureux et une bonne mémoire.
» Le musc affermit la vue , excite la transpiration , fortifie le cœur et le cerveau , détruit les cataractes des yeux et est un très-bon remède pour les palpitations de cœur; c'est une substance sèche et
' C'esl U menire nommée par kt Grecs lichtu.
chaude. Le meilleur vient du Tibet. On corrige la trop grande chaleur du musc , dangereuse pour les tempéramens chauds, en le mêlant avec du camphre. Le musc est un bon contre-poison ; il n'a d'autre inconvénient que de jaunir le teiot : pris dans les alimens , il occasionne une soif dévorante. La chair de gazelle est très-bonne à manger et est préférable à tout autre gibier ; c'esl un aliment sec et chaud.
Les poètes arabes faisant l'éloge d'une femme comparent sa voix et la douceur de ses yeux à celles d'une gazelle.
(36) // est des espèce* de chèvre* et de brebis. Les traits sous lesquels Oppien peint ces animaux, apparemment très-connus de son temps, sont trop vagues, trop généraux pour déterminer le nom particulier de ces brebis et de ces chèvres. On peut seulement rappeler à celle espèce le mouflon, le bélier surnommé strepsikéros, le mouton de Barbarie, Yibex de Gesner.
(37) Au milieu de leurs cornes. Voici encore une tradition fabuleuse répétée par plusieurs auteurs ; par Arislotc (//. an., liv. i, ch. S), qui ne la rapporte que pour U réfuter et nous apprendre qu'elle doit naissance à un certain Alcmaeon de Corinlhe , dont les ouvrages remplis de traits merveilleux étaient fort accrédités chez les Grecs. Pline n'a pas laissé échapper celte fable absurde ; il la rapporte au livre 8, chap, 40, en citant pour son garant Archélaus, qui vivait longtemps après Arislote et sous le règne d'un Plolémce. Mais ces auteurs, à la différence d'Oppien, disent que c'est par les oreilles que les chèvres sauvages ont leur second canal de respiration, et notre poêle approche plus de la vérité qu'eux.
// est une race de brebis rousses. Celles-ci me paraissent être les moulions, dont le principal caractère est d'être vêtus d'un long poil plus semblable à celui de la chèvre qu'à la laine de la brebis. On trouve encore aujourd'hui celle espèce dans les iles de U Grèce. Il est vrai qu'elle n'a pas le nombre de cornes qu'Oppien leur attribue-, mais les cornes, soit par leur nombre soit par leur disposition , ne forment point un caractère assez constant pour établir une différence réelle de race ou d'espèce : le climat, la nourriture, mille circonstances peuvent influer sur celte exubérance naturelle. On voit en France des brebis à quatre cornes qui ne sont point différentes de nos brebis ordinaires, et en Islande on en voit qui en portent jusqu'à huit.
(38) Telle est aussi la couleur faute dont brille le subus. Quelques recherches que j'aie faites sur le subus, rien n'a pu m'indiquer ni le nom moderne ni l'espèce de ce quadrupède , qu'Oppien met dans la classe des chèvres et des brebis sauvages. U parait
SLR LA CHASSE D'OPPIEN
m6me que ce poélc est le seul auteur de l'antiquité qui ait parlé du subus. Les recherches du savant Gesner n'avaient pas été plus heureuses, et il avoue (p. 871) qu'il ignore quel peut être cet auimal. Bodin, dans son commentaire d'Oppicn , ne trouve aucune difficulté à reconnaître le bélier strepsikeros de Pline dans le subus, et à cette erreur il en ajoute une plus grossière en disant qu'Aristole parle du subus et le décrit. On ne manquera pas de dire que cet animal doit être rangé parmi les monstres éclos du cerveau des |M>«lcs ; mais je ne saurais me persuader qu'Oppien nous eût donné une description si particulière de la forme et des mœurs de ce quadrupède s'il ne l'eut réellement connu ; il n'aurait pas répété au poème de la Pèche (liv. 6) ce qu'il dit ici de l'inclination des poissons pour le subus : il est vrai que dans ce second poème il ne parle que des chèvres en général. Enfin je crois qu'il est plus prudent d'avouer notre ignorance sur cet objet que de risquer des conjectures hasardées ou de traiter de fabuleux ce qui échappe à nos faibles connaissances.
(39) Les gelinottes. Attagas est selon M. de Buffon le francolin de Béton, qui n'est autre que la gelinotte. Alexandre de Myndes, cité par Athénée (liv. », page 387), donne une excellente description de cet oiseau. En voici la traduction : « Il est un peu plus petit que la perdrix , taché sur le dos d'une couleur rousse un peu plus foncée que celle de l'argile (cuite). Les chasseurs le prennent à l'aide des chiens à cause de la pesanteur de son vol, car il a les ailes courtes. C'est un oiseau pulvérateur qui produit beaucoup et qui vit de graines. » Aristophane , dans sa comédie des Oiseaux, a fait de l'altagas un oiseau de marais; mais le témoignage d'un poète comique n'est d'aucun poids en histoire naturelle. D'ailleurs les Athéniens donnaient souvent aux plantes et aux animaux des noms différons de ceux qu'employaient les autres peuples de la Grèce , et il se peut qu'Aristophane donne le nom û'attagas à un oiseau différent que celui qu'Alexandre de Myndes a décrit sous ce nom. Artstote range aussi l'attagas parmi les oiseaux pulvérateurs , et son témoignage est décisif.
(40) L'outarde. C'est M. de Buffon qui le premier a dissipé par une savante critique les ténèbres dont la nomenclature de cet oiseau était environnée. Les auteurs anciens et modernes confondaient sans cosse Vdtis et Vôtos. M. de Buffon a démontré que ce premier nom appartenait a l'outarde et le second au hibou. Le témoignage d'Oppien confirme de la manière la plus précise le sentiment de ce grand naturaliste, et l'on ne saurait caractériser l'outarde d'une manière plus heureuse que l'a (ait notre poète. Cet oiseau est en effet le seul qui porte une espèce de barbe d'un duvet Irès-Gn depuis la naissance du bec jusque dessus l'oreille. Ce caractère avait échappé à. Aristolc,
qui décrit ainsi cet oiseau dans Athénée (liv. 9) : « L'outarde est de la classe des oiseaux de passage et des fissipèdes; il a trois doigts, sa grosseur est celle d'un grand coq et sa couleur celle de la caille ; il a la tète allongée, le bec pointu, le cou mince, les yeux grands, la langue osseuse ; mais il n'a point de jabot. » L'amitié de l'outarde et du cheval est célébrée par plus d'un auteur.
(4 ! ) Le perroquet. L'historien Ctésias est le premier des Grecs qui ait parlé de cet oiseau qu'il nomme bittakos (Fragm. de {'Histoire de l'Inde , Bibliot. de Photius, p. 144). Ce qu'il dit de la faculté qu'a le perroquet d'imiter le langage des hommes a dû parai- Ire fabuleux aux Grecs , chez lesquels cet oiseau n'est devenu commun qu'après l'expédition d'Alexandre aux Iodes.
(42) C'est te féroce oryx. La plupart des auteurs de l'antiquité qui ont parlé de l'oryx avant Oppien en ont dit si peu de chose qu'il est aisé de voir que cet animal ne leur était connu que de nom. Aristole le range dans la classe des animaux monocornes qui ont le pied fourchu (De parti bug anitn., liv. 3, ch. 2). Pline copie Aristole et n'ajoute aux paroles du philosophe que pour rapporter suivant son usage les fables les plus ridicules (Voy. liv. 8, cb. M, et liv. 10, c. 73). B en est cependant quelques-uns qui peuvent nous servir de guides dans la recherche du quadrupède auquel ils ont donné le nom d'oryx. Hérodote, cet historien auquel on a tant reproché de mensonges et qui nous apprend tant de vérités , en rangeant l'oryx dans la classe des pazans, des bubales, des gazelles, nous donne une assez juste idée de cet animal (Voyez JUelpom., ch. 192). Il semble même indiquer le nombre de ses cornes en le mettant au nombre de ces quadrupèdes qui en ont deux , et désigner leur forme en disant que les Phéniciens se servent des cornes de l'oryx pour faire les branches de leurs lyres. On voit par là qu'Hérodote est éloigné de reconnaître l'oryx pour un animal qui n'a qu'une seule corne : il n'eût pas manqué d'avertir le lecteur de celte circonstance, lui qui, quelques lignes plus haut , en partant des ânes que produit l'Afrique, asoin de prévenirqu'ils ne sont pas de ceux qui portent des cornes. A son témoignage, je joins celui de Diodore de Sicile (liv. 3, p. 194), qui ne parle des cornes de l'oryx qu'au pluriel et ne remarque point que cet animal soit monocorne , singularité bien digne d'être remarquée. Mais il y a plus : bien loin que tous les anciens fassent de l'ory x un animal qui ne porte qu'une seule corne , jElien (De nat. anim., liv. 15, ch. 14) dit qu'il existe des oryx qui en ont quatre. Columelle compte l'oryx parmi les cerfs et les différentes espèces de chèvres. Le seboliaste de Juvénal (sur la satire il* du livre 4, v. 1 40) compare l'oryx au bubal. De celte foule de témoignages , il
NOTES
résulte que l'oryx n'est qu'une chèvre sauvage ; mais à quelle espèce de ces chèvres paralt-il appartenir ? Je pense que c'est à celle du chamois , ou plutôt que l'oryx des anciens n'est autre que cet animal. Tous deux portent les mêmes caractères , la même couleur, un jaune pale, qui est celle du lait au printemps, comme s'exprime notre poêle -, et ce qu'il faut bien remarquer, tous deux ont les joues marquées de noir : c'est la seule partie de leur (ace qui en soit teinte. Ce caractère appartient exclusivement au chamois ; ce dernier a comme l'oryx d'Oppien les cornes noires , très-aiguës et courbées à leur extrémité ; leurs mœurs sont les mêmes : ils se plaisent à mener une vie sauvage sur les rocher» escarpés et dans les forêts les plus touffues, ils sont intrépides et très-difficiles à chasser ; enûn tout concourt à prouver l'identité de ces deux animaux. La seule difficulté qui s'élève est sur la grosseur de l'oryx, qu'Hérodote (I. c.) compare à un bœuf et Oppicn à un rhiaocéros ; mats on peut répondre qu'Hérodote parle des oryx d'Afrique, sans doute plus gros que ceux d'Europe , et qu'Oppien se sert d'une emphase poétique ou n'avait vu que de jeunes rhinocéros : cet animal jusqu'à sept ans n'excède pas la taille d'un bœuf.
(43) Nout pensons qu'il vaut mieux les appeler des cornes. Les anciens ont été fort partagés sur le nom et la nature des défenses de l'éléphant. Les uns, comme Oppien, les regardaient comme des cornes, d'autres les appelaient des dents. Du nombre des premiers est Pausanias, qui semble avoir fourni à notre poète la plus grande partie des preuves qu'il apporte en faveur de son système; il enseigne dans ses Éliaques (liv. i, ch. 12) que les défenses de l'éléphant ont leurs racines sur le sommet de la téte; il prétend l'avoir observé sur le crâne d'un éléphant qu'il a vu en Campante dans un temple de Diane. Cette observation ne parait pas exacte. Ce qu'il dit ensuite, que les dents de l'éléphant s'amollissent au feu, qu'on les travaille au marteau , qu'on les ploie comme des cornes et qu'on étend leur surface , est contredit par l'expérience. L'ivoire brûle au feu et se réduit en cendres loin de s'amollir ; il casse sous le marteau , et l'on ne peut le travailler qu'avec le ciseau et la scie. Mais peut-être les anciens connaissaient-ils l'art de le fondre et de le rendre malléable : à cet égard , le témoignage d'Oppien et de Pausanias , qui assurent ce fait, est singulièrement fortifié par le silence de Pbilostrale, qui, réfutant l'opinion de ceux qui prennent les défenses de l'éléphant pour des cornes , ne répond en aucune manière à cet argument tiré de la ductilité de l'ivoire [V oy. Pbiloslrate, De viiaJpollonii Thyan., liv. 2, ch. 6). Une différence essentielle entre les dents ordinaires et les défenses de l'cléphanl, c'est que les premières, si par hasard elles se cassent, pourrissent et ne se réparent point dès qu'elles ont
perdu l'émail. Celles de l'éléphant se réparent et croissent de nouveau par lames longitudinales.
(44) De deux oreilles creuses et découpées. Le texte dit : « De deux petites oreilles. » C'est-à-dire qu'elles paraissent petites en comparaison de la grosseur énorme de l'animal.
(45) Ses pieds ne sont point égaux. Oppicn se trompe quand il dit, d'après Aristole, que les jamlies antérieures de l'éléphant sont plus élevées que celles de derrière. jElicn les avait mieux observées, car il dit précisément le contraire (De nat. «rn.,1. 4, c. 31), et son témoignage est confirmé par M. de Buflbn : « La conformation des pieds et des jambes est encore singulière et différente dans l'éléphant de ce qu'elle est dans la plupart des autres animaux. Les jambes de devant paraissent avoir plus de hauteur que celles de derrière ; cependant celles-ci sont un peu plus longues. » La peau de l'éléphant est assez bien représentée par Oppien ; mais ce qu'il dit de sa dureté extrême, qui la fait résister au tranchant du fer, esl une emphase poétique.
(46) y oix animale. J'ai risqué cette expression sans laquelle il n'est pas possible de traduire théreios eulé.
(47) Les cygnes chantent douloureusement. On a traité jusqu'ici de fable ce que les anciens ont dit du chant du cygne. Il est cependant une espèce de rygnesebanteurs, et personne n'en doute plus depuis que Al . l'abbé Demongez, de l'Académie des belles-lettres, a publié un mémoire sur les cygnes sauvages qui s'étaient abattus dans les jardins de Chantilly. La musique de ces cygnes n'est pas à la vérité aussi mélodieuse que les poètes le prétendent, mais enfin ils chantent et cela suffit pour disculper l'antiquité.
(48) Le rhinocéros. Parla comparaison qu'Oppien fait de la taille de l'oryx avec celle du rhinocéros , il est évident qu'il n'avait connu cet animal que fort jeune. On peut dire la même chose de Strabon, qui nous a donné une assez bonne description du rhinocéros, dont il compare la grosseur à celle du taureau (liv. 1 6, page 533). En effet jusqu'à l'âge de sept ans il n'excède pas cette taille, mais il devient ensuite deux fois plus gros. Aristote ne parle nulle part du rhinocéros, d'où l'on peut conclure que de son temps ce quadrupède était inconnu aux Grecs. AgaUrchis de Cnide, qui vivait sous le sixième Ptolémée, vers la cent cinquantième olympiade, deux cents ans avant Jésus- Christ , esl le premier auteur grec qui ait parlé du rhinocéros. Les Romains le virent pour la première fois dans leur cirque dans les jeux que donna le grand Pompée, suivant le témoignage de Pline ; depuis, les anciens l'ont fréquemment décrit et paraissent l'avoir
SUR LA CHASSE D'OPPIEN
bien connu; mais ce qui doit nous étonner, c'est qu'aucun n'ait parlé d'un caractère particulier de cet animal , dont les pieds sont partagés en trois parties revêtues chacune d'une sole semblable à celle du bœuf.
(49) Son front couronné d'une chevelure. C'est une erreur, le rhinocéros n'a de poil qu'à l'extrémité de sa queue ; mais cette erreur appartient moins à Oppien qu'aux copistes de son poème, qui ont écrit kallikumoisi pour poululwnoisi , mot par lequel Oppien exprimait les rides profondes et les replis dont le rhinocéros a la face et les épaules couvertes. A l'égard des taches pourpres dont Oppien parle ensuite , elles sont également répandues sur tout le corps ; ce sont des incrustations ou lubérosités dont les plus larges sont sur les épaules et sur la croupe. (V oyez M. de Huflbn,tome 4, p. 332.)
(50) Tous lei rhinocéros sont mâles. Tradition fabuleuses. Ce qui suit sur la génération spontanée des huîtres , des aphyes et des strombes ou colimaçons de mer est tiré d'Arislole (Hist. des anim. , liv. 6 , ch. 15).
(51) Les panthères. C'est le petit panthère ou Vadire, ainsi que l'a prouvé M. de Buflbn (tome G, p. 200).
(52) Tuèrent les monstres. Celte fable est rapportée différemment par Apollonius de Rhodes (liv. 2, v. 282). Zélés et Calais ne tuèrent point les harpies, ils les poursuivirent jusqu'aux Iles Strophades et leur laissèrent la vie à la prière d'Iris, qui promit avec serment que jamais les harpies ne reviendraient troubler les repas de Phinée.
CHANT TROISIÈME
(i) Jadis les Curetés. Cette fable est connue ; on sait d'après le témoignage des poètes que les Curètes dansaient la pyrrbique autour du berceau de Jupiter et par le bruit de leurs armes empêchaient que les cris de cet enfant ne fussent entendus de Saturne (Callimaqtie, hym. 1, v. 52 et suiv. — Lucien, DeSaltatione , page 272). Les mythologues donnent à Jupiter différentes nourrices : les uns nomment Adrastic, sœur des Curètes, et les nymphes Méliades; d'autres prétendent que la chèvre Amalthée le nourrit de son lait. Callimaque fait nourrir Jupiter du miel des abeilles qui habitaient les monts Panacrés, situés en Crète, et par celte raison appelle ces abeilles panacrides, d'où quelques commentateurs ont imaginé une abeille nommée Panacride , parce que le poëte s'exprime par figure au singulier et dit l'abeille de Panacrée pour les abeilles. Biais il est une autre opinion plus curieuse , celle d'Agalhocle le Babylonien qui, au lieu d'une chèvre et d'une ruche, donne
pour nourrice à Jupiter une truie, laquelle par ses grondemens couvrait les cris du jeune dieu , et par cette raison toute l'espèce de ces animaux était sacrée chez les Crétois. L'ouvrage dans lequel Agatbocle rapporte cette opinion est cité par Athénée (liv. 9, p. 275, F., sous le titre d'/Iist. de Cyzique, lit. premier. — (En protô péri Kuzihou).
(2) Sur les vastes bords du Tigre. Le texte porte de l'Ister, c'est-à-dire du Danube. C'est une erreur de géographie, puisque l'Arménie n'est point arrosée
(3) Une foule innombrable. Oppien ne veut pas dire que les lions d'Afrique vont par troupes , mais seulement qu'ils sont très-nombreux dans cette contrée. Notre poète ne pouvait pas ignorer que le lion est un animal solitaire et que le temps de ses amours est le seul où il consente à vivre en société avec sa femelle. Les anciens avaient fait celte observation : elle se trouve dans JElien (De nat. anim., liv. 4, ch. 13).
(4) Une couleur cyanée. Ccst-à-dire un bleu oliscur.
(5) // était noir. Pline (liv. 8, ch. 17) assure que les seuls lions de Syrie sont noirs ; il se trompe, les lions d'Afrique sont aussi de cette couleur.
(«) Les lions n'éprouvent pas le besoin de manger tous les jours. 11 ne faut pas prendre ceci trop à la lettre. Oppien a suivi une opinion fabuleuse fondée sur ce que le lion peut passer plusieurs jours sans manger, parce qu'il prend beaucoup de nourriture à la fois. Aristote en (ait l'observation (Hist. des anim., liv. 8, ch. 5) : « Le lion, dit-ii, est un animal Carnivore, comme sont toutes les bètes sauvages dont les dents sont pointues. Il mange avec avidité et avale des morceaux considérables sans les broyer; il reste ensuite deux ou trois jours sans prendre de nourriture, et son estomac chargé d'alimens le rend capable de cette abstinence. » Pline n'a point balancé d'adopter la fable en disant (liv. 8. ch. 1G) que les lions ne mangent que deux jours l'un. —Vcsci alternis diebus.
Voici le portrait du lion tracé par Eldémiri : « Parmi les l>ètes féroces, il n'en est point de plus célèbre que le lion. Il a sur les autres animaux la supériorité d'un roi que sa force, son intrépidité, sa fierté, son agilité et la férocité de son naturel rendent également redoutable. De là vient que son nom est employé pour exprimer la force, le courage, la bravoure, la grandeur d'âme et la violence.
» Il y en a de plusieurs espèces : « J'en ai vu une, dit Aristote, qui a quelque ressemblance avec la figure de l'homme; son poil est d'un rouge foncé et sa I queue est faite comme celle du scorpion. * Il existe
702 »v une autre espèce qui approche de la figure du bœuf et qui a des cornes noires de la longueur d'un palme. La lionne, disent les écrivains qui ont traité de l'histoire naturelle, ne met bas qu'un seul lionceau. En sortant du ventre de sa mère, il est comme une masse de chair privée de sentiment et de mouvement : il demeure dans cet état trois jours entiers sous la garde de sa mère. Le père au bout de ce temps vient souffler ' sur lui, ce qu'il continue jusqu'à ce qu'il ail fait naître en lui le mouvement et la respiration. Alors ses membres se forment et se séparent de la masse , sa figure se développe et la mère vient l'allaiter. Ses yeux ne s'ouvrent que sept jours après sa naissance. A l'âge de six mois il commence à chercher lui-même sa nourriture. Le lion supporte la faim plus aisément que les autres animaux sauvages, et il n'en est aucun qui ail moins besoin d'eau. Il ne mange point ce qui a été pris par un autre et ne retourne jamais à la proie qu'il a une fois abandonnée après s'en être rassasié. Lorsque la faim le presse, il se livre à la férocité de son caractère ; mais lorsqu'il n'est point tourmenté par le besoin de nourriture , il est assez doux. Jamais il ne goûte de l'eau dans laquelle un cbien a bu. 11 se contente de mordre et de déchirer sa nourriture avec ses dents sans la mâcher et il a très-peu de salive, ce qui est cause que son baleine est très-puante. Sa timidité n'est pas moins fameuse que sa hardiesse : le chant du coq, la vue d'un chat, le bruit d'un chaudron retiraient, el lorsqu'il aperçoit du feu il demeure interdit. Le lion est farouche et ne (ait société avec aucun autre animal, sans doute parce qu'il n'en trouve aucun qui puisse aller de pair avec lui. Si l'on met la peau du lion sur celle des autres animaux , celles-ci se dépouillent de tout leur poil. Le lion, quelque affamé qu'il soit, n'approche point d'une femme qui a ses règles. Il est très-sujet à la fièvre et vit fort longtemps ; la chute de ses dente est un signe de vieillesse.
» On dit en proverbe : « Plus noble, plus généreux, plus agile qu'un lion. » On se sert aussi de son nom pour désigner quelque chose de terrible , comme dans ces vers d'un poëte :
« Un jour je m'étais approché de leurs tentes le cœur dévoré d'une flamme cruelle : « Ne crains-tu donc point, me dirent-ils, la colère de notre lion. — Hélas ! leur répondis-je » le cœur d ua mortel esl ' toujours où repose l'objet de son amour. »
» On dit aussi en proverbe : « Les lions de Schara-,» c'est un lieu où ils sont en grand nombre. Un pocie a dit:
« Celui qui tend un piège a l'honneur de ma femme est comme celui qui attaque les lions de Schara pour ravir leurs petits. »
» Si un homme se Droite tout le corps de graisse de
« t e tcilc dit *ur lui ou dan* lui. Peul-ctrc celle dernière ir.duetion esl-elle plu» eiicle , et rauleur veut dire «pptremmenl dam %a bouche ou set naseaux.
lion , les bêles féroces le fuiront et ne lui feront aucun mal : sa voix fera mourir les crocodiles »
(7) A la puissante vertu de la torpille. La torpille est un poisson du genre des raies; elle a la propriété d'engourdir le bras de celui qui la touche. Nous en parlerons plus au long dans le poëme de la pècbe. Il n'est pas besoin d'avertir que ce que le poêle dit ici de la paite du lion est fabuleux et que cet animal ne doit qu'à la force extrême de ses muscles la supériorité qu'il a sur les autres animaux.
(8) Éprouve cinq fois les douleurs de Lutine. Le grec dit à la lettre : « Dénoue sa ceinture, » expression figurée qui ne peut eu français s'appliquer aux animaux et par laquelle les Grecs désignaient l'accouchement. A l'égard de la fécondité de la lionne el de ses cinq portées, plusieurs auteurs de l'antiquité ont suivi celte opinion. Aristole l'adopte , mais pour les lions de Syrie simplement {Hist. des anim. , liv. 6, ch. 31). Voyez aussi A£lien (De nat. anim., liv. 4 , ch. 34) el Manuel Pbile (Injambis de prop. anim., p. 136). Le même Aristole enseigne (liv. 6, ch. 31) que les lionnes ne mettent bas qu'une seule fois l'année, au printemps. Leur gestation est de sept mois, selon Pbiloslrate te d'Apollonius, liv. i, ch. i6).Gesner adopte ce sentiment (De quadr., p. 579). jElien el Manuel Phile prétendent que les lionnes ne portent que deux mois. La taille du lion et le temps qu'il lui faut pour parvenir à sa pleine croissance prouvent suffisamment qu'iElien n'a enseigné qu'une erreur.
(9) C'est une opinion absolument fausse. Hérodote esl le plus ancien auteur qui ait enseigné que la lionne ne mettait bas qu'un seul petit durant toute sa vie. Il suffira de rapporter ses paroles pour les réfuter : ■ La lionne, dit-il dans sa Thalie (p. 251 , édition de Wesseling) , la lionne, cet animal si fort et si terrible, ne devient mère qu'une seule fois durant sa vie, car en mettant au jour son lionceau elle perd sa matrice. La raison est que lorsque le fœtus commence à s'agiter dans le sein de sa mère , ses ongles déjà très-aigus déchirent l'enveloppe qui le contient ; plus il devient fort, plus il l'attaque et la déchire , et lorsque la lionne est près de mettre bas , il n'y reste plus rien d'entier. » Anligonus Caryslus a adopté aveuglément l'opinion d'Hérodote (Mirab. synagoge, ch. 25) ; Aulugelle, plus prudent, la révoque en doute au ch. 7 du liv. 13 de ses Nuits attiques -, mais Aristole n'a point balancé à la ranger au rang des fables absurdes (Ilist. des anim., liv. 3, cb. 3i).
(10) Les redoutables panthères se divisent en deux espèces , la panthère proprement dite et l'once. Elles diffèrent entre elles non-seulemenl par la teille cl la longueur de la queue, mais la couleur de la peau el la (orme des taches dont leur robe esl semée: celle
SUR LA CHASSE D'OPPIEN
des panthères est de couleur fauve, ses taches sont rondes, noires, larges , faites comme un anneau ou une rose dont le reinlre est peint des mêmes couleurs. L'once au contraire a le poil plushlanr. et parsemé de taches longues, répandues par faisceaux et sans ordre. Cet animal est bien moins féroce que la panthère, cl les Orientaux les forment à la chasse comme les chiens. Arislote a remarqué que l'Asie était la pairie des panthères et qu'on n'en trouvait aucune en Europe {Hùt. des anim., liv. 8, ch. 28). Les Grecs distinguaient par deux noms différens le mâle et la femelle de ces animaux : ils appelaient le mâle perdait» et la femelle pardalis; de même les Latins nommaient la femelle variam et pantheram et le maïe pardum (Pline, liv. 8, ch. 17). Quelques modernes, entre autres le savant père Hardouin a cru que ce dernier nom désignait notre léopard ; mais c'est une erreur, et il parait que cet animal n'était pas connu des anciens.
(i I) Cet animal a le» cuisses charnue». La panthère est décrite d'une manière très-exacte par Arislote (De physiognomiat p. 1 176). Il observe qu'elle a la face assez courte, la gueule très-fendue, les yeux petits, mais plus élincelans que ceux du lion ; le cou long, effilé ; le dos large, les reins et les cuisses fournies. On a débité beaucoup de contes au sujet des panthères : on a prétendu qu'elles exhalaient une odeur qui attirait les autres bêtes et servait à les leur faire prendre. (Voyez Arislote , Problem. , p. 748 ; Antigonus de Carystic, ch. 37 . )
Une autre foi» je dirai. Au quatrième livre.
(i 3) La double espèce de lynx. Nous connaissons aujourd'hui ces deux espèces. La petite s'appelle le caracal-, on le nomme aussi le pourvoyenr du lion, parce qu'il chasse de compagnie avec le lion et lui aide à découvrir le gibier. Les grands lynx retiennent ce nom et sont tels qu'Oppien les décrit. Les uns et les autres portent un caractère qu'il est étonnant que notre poète ait passé sous silence : c'est un long pinceau de poil à l'extrémité de l'oreille. JElien n'a pas manqué ce trait caractéristique en parlant du lynx (liv. M, ch. 6).
( 1 4) Lisez : « Le glaucu» aux yeux brillant. » Le glaucus des anciens est suivant Rondelet le desbio, ■I est bleu, et c'est de cette couleur que son nom de glaucu» lui a été donné. Il a de plus le ventre blanc, les écailles petites, et, ce qui peut former un caractère, il a à l'extrémité de la nageoire dorsale une pointe qui avoisine la tète et tournée en sens contraire de celles de la nageoire. Ce caractère convient aux trois espèces de glaucu» données sous ce nom par Rondelet. Arislote parle de ce poisson (Hùt. des anim. y liv. 8, ch. 13) et dit qu'il se cache pendant l'été durant soixante jours, qu'il a peu d'appendices à Pesto- I
mac. Oppien , dans le poeme de la pèche , célèbre particulièrement l'amour que le glaucus porte à sa postérité (liv. i, v. 749, où nous parlerons plus en détail de ce poisson).
Le phoque est un poisson amphibie. ( Voyez les remarques de M. Camus sur Arislote , p. 632.) Philostrate dit que ce poisson aime tellement ses petits qu'une phoque qui avait mis bas un petit mort, pénétrée de douleur, se priva de nourriture pendant trois jours ; fable bien digne de la Vie d'Apollonius de Thyane, dans laquelle elle se trouve (liv. 2, ch. 8).
L'orfraie est le grand aigle de mer.
(ic) Se» pattes. Le grec dit : « Se» main» et ses pieds ressemblent aux pieds et aux mains de l 'homme. » Arislote dit la même chose (livre 2, ch. i).. Mais celle main de l'ours est une main très-informe, le pouce n'est pas séparé des autres doigts comme dans la main de l'homme, ce qui n'em pèche pas l'ours de saisir follement et de lancer des pierres avec une adresse merveilleuse.
(17) Ne sont qu'à moitié formés. Toute l'antiquité semble avoir adopté cette fable. Le seul Arislote en parle avec plus de réserve : « L'ours , dit-il au liv. o, ch. 30, produit ses petits moins gros qu'une belette, mais plus forts qu'un rat : ils sont sans poils et aveugles, leurs membres no sont presque pas articulés. » Le philosophe n'a garde de dire que l'ours les forme en les léchant. A l'égard de Pline , il prétend que les oursons à leur naissance ne « sont qu'une masse de chair blanche et sans forme, sans poil, sans yeux, à laquelle l'ours donne une figure en la léchant. » (L. 8, c. 36). La raison pour laquelle les ours se plaisent à se lécher les uns les autres est vraisemblablement la transpiration salée qui sort de leur peau.
(1 8) L'ours craint la rigueur de l'hiver. La plupart des anciens ont observé que l'ours aimait le froid et n'habitait point les pays chauds , ce qui n'est vrai que des ours noirs , animaux frugivores, bien différera, par le caractère moral, des ours bruns dont Oppien fait ici la description. On croit communément que les ours noirs n'ont point été connus des anciens; cependant ce n'est qu'en leur accordant cette connaissance que l'on peut concilier le sentiment de Pline (liv. 8, ch. 36), qui assure que les ours n'habitenl point les pays chauds et qu'on n'en trouve point en Afrique, avec celui ù' Hérodote (Melpomène, ch. 191), qui affirme le contraire. Mais cette contradiction disparaît si l'un a parlé des ours noirs, qui n'habitent effectivement que les régions les plus froides, et l'autre des ours bruns , que l'on trouve dans les climats les plus chauds.
(19) Chantons à présent l'onagre. L'onagre n'est point le zèbre, comme l'a enseigné le dernier éditeur
NOTES
d'Oppien, M. Schneider. Déjà M. de Buflbn avait averti de la différence essentielle qui est entre ces deux animaux : « Le zèbre, dit-il (t. 5, p. 177 de son Hi$t. des quadr.), n'est point l'animal indiqué par les anciens sous le nom d'onagre. » Celui-ci n'est autre que l'ane ordinaire en état de liberté ; il est plus grand , plus fort et plus beau parce qu'il n'est point déshonoré par le joug de l'esclavage et qu'il vit sous un climat plus favorable , dans les belles contrées de l'Asie et de l'Afrique.
(20) // a l'air gai. Si l'on veut adopter la corrcclion que je propose , osté péléiphaidros au lieu d'ostépéléiphe,\\ faut traduire -.«lia les yeux brillons. »
(21) Mais il est lui-même une pâture délicate pour les animaux carnassiers. Parmi ces animaux carnassiers, il faut comprendre l'homme , car les anciens faisaient un cas particulier de la chair de l'onagre. Xénophon {Expédition du jeune Cyrus, liv. I , p. 151 ) dil que cette chair ressemble beaucoup à celle du cerf, si ce n'est qu'elle est plus délicate encore. Nous voyons dans Y Ane de Lucien qu'on avait fait présent à un homme riche d'une cuisse d'ànc sauvage comme d'un morceau recherché cl digne d'une table somptueuse. Le cuisinier , par sa négligence , ayant laissé dévorer cette cuisse par des chiens et voulant se pendre de désespoir , sa femme lui conseille d'égorger l'âne des prêtres deCybèle, d'en prendre la cuisse et de la servir à sou maître comme celle de l'ane sauvage. Les onagres les plus délicats étaient, selon Pline (liv. 8, ch. 44), ceux d'Afrique, que les Latins appelaient lalisiones.
(22) Boisson chérie. Le grec dil à la lettre : » Le vin pur des animaux » C'est une imitation de Virgile {Giorg. 3, v. 629) :
PocuU mol fontef liquidi.
(23) Le moment ou elle sera délivrée de son fruit. Le grec dil : « Quand le petit tombe aux pieds de sa mire. »
(24) Ce n'est point l'affreuse tête de Méduse. Il est assez plaisant de voir un âne citer la fable. Ce trait est de mauvais goût et décèle la jeunesse de l'auteur, qui parait avoir voulu imiier Euripide dans les Phœnissiennes (v. 458), où Jocaste dit à Polynlce qui regarde son frère d'un œil courroucé : «Adoucissez, mon fds, la sévérité de vos regards et contenez votre colère. Ce n'est point la tète affreuse de la Gorgone qui se présente à vous, c'est un frère. »
(25) Thésée. Qui dévoua son fils Ilippolylc à la vengeance des dieux, sur les calomnies de Phèdre.
Alhamas, irrité par les délations d'ino sa seconde
épouse, exila Phryxus et Hellé qu'il avait eus de sa première femme. Hygin (fab. 4 et 5) dit que , dans un accès de fureur, il tua à la chasse son fils Léarque.
Thémislo , fille d'Hypséus et seconde femme d'Athamas , selon Hygin , tua ses propres enfans en croyant tuer ceux d'une rivale (fab. 45).
(2C) La race énorme des hippagres. Dans ce vers, polu marque moins le nombre que la grosseur et l'énormité de la taille. Mais quels sont ces hippagres dont le nom signifie à la lettre chevaux sauvages ? Il est aisé de s'apercevoir , en lisant la description qu'en fait Oppien, qu'elle ne convient à aucune des espères de chevaux connues , et ce que Bodin et d'après lui Rittersheim disent des chevaux sauvages de la Scylhie ne mérile pas qu'on s'y arrête.
S'il m'est permis de dire ici mon sentiment , je pense que ces chevaux sauvages ne sont autres que ceux que les anciens appelaient chevaux du IS'il et hippopotames. Ne serait-il pas étonnant qu'Oppien eut passé tout à fait sous silence un animal aussi célèbre dans l'antiquité? Mais si tous les traits dont le poëtc s'est servi pour caractériser son hippagre conviennent parfaitement à l'hippopotame, s'il a suivi les opinions et même les erreurs des écrivains précédens qui ont parlé de ce fameux animal, il demeurera pour constant que sous le nom d'bippagre, Oppien a voulu décrire le cheval du Nil. Premièrement , selon notre poêle, l'bippagre habite les confins de l'Ethiopie, c'est-à-dire entre l'Egypte et l'Ethiopie. Ce sentiment est celui d'Hérodote (liv. 2, cb. 71) cl de Diodore de Sicile (liv. i, p. 42), qui donnent pour patrie à l'bippopolame l'Egypte supérieure. Nicandre ( v. 56C de ses 'Mteriaca), Nonnus (I. 26, p. 690 de ses Dionysiaques) et la plupart des écrivains modernes enseignent la même chose. Les hippagres d'Oppien ont la bourbe armée de deux dents saillantes cl recourbées. L'hippopotame, suivant Hérodote, Diodore, Aristotc {Ilist. des anim., I. 2, c. 7), porte de pareilles défenses et est du genre des animaux que les Grecs appellent chauliodontas. Ce qu'Oppien dil du pied de l'bippagre, qu'il n'esl pas renfermé comme celui des chevaux dans une sole , mais qu'il est divisé en une double pince comme celui du cerf, se retrouve entièrement dans les auteurs que je viens de citer et c'est une erreur qui leur est commune ; ils parlent encore de la crinière de l'hippopotame à peu près dans les mêmes termes qu'Oppien nous décrit celle de l'bippagre , excepté qu'ils ne disent pas , comme le poète , que cette crinière règne depuis le sommet de la tète jusqu'à l'extrémité de la queue. Les mœurs sauvages et le caractère indomptable de l'bippagre d'Oppien conviennent parfaitement au tableau que Diodore nous fait des mœurs et du caractère de l'hippopotame. Tous ces traits réunis et comparés prouvent par leur ressemblance que, sous deux noms différens , l'hippopotame et l'bippagre sonl le
SLR LA CHASSE D'OPPIEN
ror»
même animal. Je ne puis mieux terminer cet article qu'en traduisant ici une description de l'hippopotame faite par un auteur grec anonyme et que le savant J.-Caes. Boulanger a publiée , d'après un manuscrit , dans sa Dissertation sur les jeux du cirque , dissertation comprise dans les antiquités grecques et romaines recueillies par Grxvius et Gronovius ( t. 9, page 730, édil. de Florence) : « L'hippopotame, dit l'écrivain anonyme, a le ventre et les pieds du cheval, excepté que la sole en est fendue ou divisée en deux pinces. Sa queue est épaisse, peu garnie de poils, aussi bien que tout le reste de son corps. Sa tète est arrondie , ses mâchoires sont plus petites que celles du cheval. Il a les naseaux très-creux , et le souffle qui s'exhale par leur cavité ressemble à des tourbillons de fumée qui sortent d'une cheminée. Sa bouche est fendue jusqu'à ses tempes. Il a en outre deux dents saillantes semblables à celles du sanglier. C'est un animal prodigieusement voracc : une moisson entière peut à peine assouvir sa faim. Sa taille est celle d'un taureau. Pour le chasser , on observe les lieux qu'il fréquente, on y creuse des fosses qu'on recouvre de branchages légers sur lesquels on répand de la terre.»
(27) Les noirs habitons de l'Inde. Ce sont les Ethiopiens , car l'Ethiopie est quelquefois appelée l'Inde occidentale, par la raison, dit Philostrale (Fie d Apollonius , livre 3, ch. 6) , que les Éthiopiens tirent leur origine de l'Inde. Ce dernier pays est quelquefois appelé Ethiopie orientale , comme nous l'apprend Servi us , commentateur de Virgile, sur le *• livre de Y Enéide , v. 481 : « Duœ sunt Althiopiœ, una circa ortum solis , altéra circa occasum, id est, Mauritania, quant nu ne dicit. Dicta est jEthiopia à colore populorum, quos solis etcinitas torret. »
(28) L'hyène. La nomenclature de cet animal est extrêmement variée chez les auteurs anciens. Aristote l'appelle glanos au livre 8, ch. 6 de Y/tist. des Anim. Clésias, dans son ffist. de l'Inde, et Porphyre (De abstinentia, I. 3, § 4} la nomment crocolla. Ce nom est, selon Clésias, celui que lui donnent les Indiens. Strabon (lib. 10) nous apprend qu'on l'appelle quelquefois kunolucos , parce qu'elle lient du chien et du loup. Enfin elle est nommée belbus par quelques auteurs latins , entre lesquels on distingue Capitolinus (p. 677, édition dite des variorum.)
(29) Elle ne jouit de la lumière que lorsque nous l'avons perdue. Les anciens Grecs appelaient héméralopie cette disposition vicieuse des organes de la vue qui, trop faibles ou trop irrités pour soutenir l'éclat du jour, ne distinguent les objets qu'aux approches de la nuit. Il est douteux que l'hyène soit habituellement sujette a cette maladie.
(30) L'autre a le dos arqué. Il est assez étonnant qu'Arislole ait oublié ce caractère particulier à l'hyène, dont il donne d'ailleurs une assez bonne description (//. an., liv. 6, ch. 32, clliv. 8, ch. 6). Il est superflu d'avertir le lecteur que ce que notre poète raconte ensuite de la vertu des peaux de l'hyène et du loup est purement fabuleux.
(31) Tantôt mâle, tantôt femelle. Ce qui a pu donner naissance à cette fable ridicule, rapportée sérieusement par une foule d'auteurs et réfutée par Aristote , c'est que le mâle a sous la queue une raie assez profonde semblable à la vulve de la femelle. (Aristote, Dégénérât. anim., liv. 3,ch. 6, p. 1 103. B.)
(32) Près des rocs élevés de l'Amanus. C'est ainsi qu'il faut lire, et non Près des bords. L'Amanus est une chaîne de montagnes qui divisent la Cilicie et la Syrie.
(33) On l'appelle Chrysus. C'est-à-dire loup doré. M. de Buflbn croit que ce loup doré d'Oppien est le thos d' Aristote et le chacal ou schiagal des Orientaux. Mais Oppien distingue expressément le thos du loup doré.
(34) Le tigre au corps noble et superbe. Le tableau qu'Oppien nous trace ici du tigre est le plus vrai de tous ceux que l'antiquité nous a laissés de cet animal ; et notre poète est le seul qui ait donné au tigre le véritable caractère qui le distingue de la panthère, de l'once et du léopard, en disant que sa peau est embellie par diverses guirlandes, c'est-à-dire par de longues bandes tirées de la tête à la queue.
(35) C'est le plus prompt à la course. Le tigre s'élance et bondit plutôt qu'il ne court : « La vélocité du tigre est terrible, dit Pline (liv. 8, ch. 18); on la connaît lorsqu'on lui enlève pendant son absence toute sa portée , qui est toujours nombreuse : le ravisseur, monté sur un excellent coursier, fuit à toute bride ; mais dès que la femelle (le mâle est peu attaché à ses petits) trouve son repaire abandonné , elle accourt sur les traces du ravisseur, le joint et le force à lui jeter un de ses petits ; elle le prend aussitôt dans sa gueule, le porte à sa demeure, revient encore , en reprend un second, jusqu'à ce que le cavalier, parvenu à son vaisseau, s'éloigne cl la laisse sur le rivage, où elle fait éclater sa fureur et ses regrets. » C'est parce moyen que les Romains se procuraient des tigres vivans pour combattre dans les jeux du cirque. On employait encore une autre ruse pour avoir des tigres sauvages et dans la force de l'âge : on fabriquait une large boite dont le fond était occupé par un miroir ; autour de cette boite on dressait une enceinte de fileîs, dans lesquels les chasseurs poussaient l'auimal ; celui-ci , en arrivant à la boite , voyait dans le mimir
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'image de la campagne, croyait pouvoir passer outre et s'élançait dans la boite, dont un homme, placé derrière, fermait aussitôt le couvercle. On voit une représentation de cette espèce de chasse dans Y/tntiquité expliquée de 1>. Montfauoon.
Le nom du tigre lui est donné à cause de son extrême promptitude et vient , suivant Varron (De linguâ lai., liv. 4, n° 20), d'un mol arménien qui signifie flèche.
(36) Qui croira jamais. C'e>t avec raison qu'Oppien rejette celle fable ridicule, que plusieurs graves auteurs ont enseignée sérieusement. Varron {De Jt. R., liv. 2) prélend que les cavales d'Espagne et de Lusitanie sont fécondées par le vent.
(37) C'est une opinion commune. 11 n'esl pas nécessaire d'avertir le lecteur que cette opinion est fausse. Oppien parait l'avoir puisée dans le Trailé de la Chasse de Xénophon, ch. 17; il n'a fait pour ainsi dire que mettre en vers le texte de cet auteur, quePollux parait aussi avoir copié au ch. 12 du liv. & de son Onomasticon.
(38) Les porcs-épics. Cet animal, appelé hystrix par les anciens, parait avoir été confondu par quelques-uns avec le hérisson (echinus), dont cependant il diffère essentiellement par la grosseur aussi bien que par la forme ; la seule ressemblance qui soit entre ces deux animaux , c'est que l'un et l'autre a le corps revêtu de piquans. Le nom de porc-épic pourrait faire croire qu'il y a quelque similitude avec le porc ; il n'a cependant que peu de rapports avec ce quadrupède : ses pieds sont divisés en doigts, tandis que ceux du porc sont partagés en deux pinces ; il n'a point le museau allongé du porc , son mufle est arrondi. Ainsi Claudien a enseigné une erreur lorsqu'il a dit dans son petit poërac du Port-épic, v. h :
Os longius tlli Assimilai porcum.
Les porcs-épics sont plus petits que les loups, et si Oppien semble les égalera ces animaux, c'csl par une erreur de copiste , car il faut lire au v. 393 tôn d'outoi megelhos au lieu de tônd' êtoi , ainsi que je crois l'avoir prouvé dans les notes latines.
(39) Lichneumon. C'est l'animal que l'on appelle aujourd'hui la mangouste et que les Egyptiens nomment en leur langage rat de Pharaon, quoiqu'il n'ait aucun rapport avec le rat-, il ressemble plutôt à la belette. [V oyez sa description dans l'hist. des quad. de M. de Buflbn, tome c, p. 133.)
(40) Aussitôt il se roule dans le sable. Strabon (liv. 17, p. 558) décrit à peu près dans les mêmes termes qu'Oppien la ruse que l'iehneumon emploie contre le crocodile : « Les ichneumons . dit-il , dé-
truisent les crocodiles. Lorsqu'ils voient ceux-ci ouvrir au soleil leur vaste gueule, ils s'élancent dans ce gouffre, rongent les entrailles du crocodile et sortent par son ventre. » Ce que Pline semble avoir traduit liv. 8, ch. 25 : « Crocodilum somno pressum conspicatus ichneumon, per easdem fauces ut telum aliquod immissus, erodit alvum. »
(40) Voici te piège qu'il tend à l'aspic. Ce combat de l'iehneumon et de l'aspic est totalement emprunté d' A ristote (ffist. an., liv. 9, ch. 6) ; mais le philosophe n'y croyait pas lieaucoup. iElicn , Nicandre, Antigonus Caryslius et une foule d'autres auteurs ont orné leurs écrits de cette fable.
(41) Le renard. Cet animal est trop connu pour nous y arrêter. La ruse qu'il emploie pour prendre les oiseaux est décrite par Oppien au poéme de la Pêche (liv. i, v. 108).
(42) En qui la panthère est unie au chameau. C'est de cette réunion que les Grecs avaient nommé cet animal camelopardalis , nous l'appelons aujourd'hui girafe d'après les Orientaux. La description qu'en donne ici Oppien est une des meilleures que nous ayons.
(43) Ils ont un long cou. Héliodoredit de même : « Son cou mince s'allongeait comme celui d'un cygne. »
(44) De courtes oreilles. Ni Strabon ni Iléliodore ne parlent des oreilles du camelopardalis. Belon, qui avait vu cet animal, assure que les oreilles de la girafe sont tout à fait semblables à celles de la vache et de même grandeur ; par conséquent elles doivent paraître fort petites pour un animal dont la lèto est si élevée.
(45) Dépourvue de crinière. Oppien est ici d'une exactitude admirable. En effet dans les descriptions modernes de la girafe et dans les différentes figui es qu'on en a tracées, la crinière, qui esl fort courte, ne commence qu'à la naissance du cou.
(4C) Deux cornes qui ne sont pas de la nature des cornes ordinaires. C'est ainsi que je traduis outi kéras kéroen « Ce n'est pas une corne de corne » En effet, suivant les meilleurs naluralislcs modernes , les cornes de la girafe sont d'une nature osseuse, roulées en spirale, revêtues de poils qui semblent èlreadhérens; leur hauteur est à peu près de six pouces ou un peu plus. Ces cornes, comme le dit Oppien , croissent au milieu du front , au-dessus des tempes.
(47) Du passereau et du chameau. D'après celle
SIR LA CHASSE DOPPIEN
opinion, les Grecs nommaient l'autruche stroutiocamélos. Les Arabes lui donnent encore aujourd'hui un nom qui signifie aussi oiseau-chameau, (folles Extraits de l'hist. mit. d'Eldémiri.)
(48) // faut le poursuivre à l'aide de» courtiers. iElien (De nat. anim., liv. 14, ch. 7) décrit ainsi la chasse de l'autruche. Cet oiseau se prend en le forçant arec des chevaux. Sa course est circulaire et excentrique ; les chevaux l'atteignent en lui coupant le chemin. On le prend encore en guettant le moment où il va visiter ses œufs pour voir s'ils sont éclos, car il ne les couve point : il les dépose seulement dans le sable, et l'ardeur du soleil les fait éclorc. Quand il croit que ses petits sont nés , il vole à eux les ailes étendues ; alors les chasseurs, placés en embuscade , le percent à coups de traits. Oppicn, dans le poème de la Pèche (1. 4, v. 630), dit que l'autruche est si stupide qu'elle croit se dérober à la vue des chasseurs en se cachant la tète dans des buissons.
CHANT QUATRIÈME
(1) Au fils de notre Jupiter. Le texte porte : « Au fils de Sévère notre Jupiter. » C'est ainsi qu'au commencement du poème, il appelle Sévère le Jupiter de l'Ausonic.
(2) Chacun d'eux connaît. « Chaque animal , dit Porphire (Deabstin., livre 3, § », p. 223), connaît ce qui fait sa force et sa faiblesse, il fait usage de l'une et protège l'autre : la panthère attaque avec les dents , le cheval avec le pied , le bœuf avec ses cornes , le coq avec ses éperons , le scorpion avec sa queue. »
(3) Je célébrerai séparétnent les pièges. Celait , sans doute un des objets du &• chant , lequel est perdu.
(4) Ces coursiers nourris en Lybic. Nous en avons parlé en détail dans les remarques sur le i" chant.
(6) Dépend tout le succès de la chasse. Le texte dit à la lettre : « C'est vers les toiles qu'il faut diriger le gouvernail de la chasse." Oièia est au pluriel, parce que les vaisseaux des anciens avaient plusieurs gouvernails ; les monumens en offrent un grand nombre de ce genre.
(o) Et éviter son souffle. C'est-à-dire ne pas [se mettre sous le vent.
(7) Et rendent leurs travaux inutiles. Ceci suppose que l'intention des chasseurs est de prendre les animaux vivans en les poussant vers les toiles et en
les faisant tomber dans les filets. Autrement, il me semble qu'ils pourraient tuer les animaux qui viennent à leur rencontre , et que lêurs travaux ne seraient pas inutiles.
(8) Dans un abîme sans issue. J'ai traduit conformément à la correction de M. Schneider, qui lit anostétoio au lieu d'anôistoio (inopiné). Mais je reviens à cette dernière leçon , la seule avouée par les manuscrits cl qui peint mieux l'imprudence du lion.
(9) Une cage. Le texte dit : « Des palais composés d'osiers fortement tordus (eustropha tukta melathra). » On voit bien que.c'est une emphase poétique.
(10) le lion redoute surtout le brillant éclat de la flamme. Telle est aussi l'observation d'Aristote (Histoire des anim., livre 9, ch. 44). Ce que l'on dit du lion est vrai : le feu est ce qu'il redoute le plus, ainsi qu'Homère l'a dit dans son poème (Iliade, liv. «7, v. CC3 , et liv. 2, v. 547). vElien (au 12* liv. ch. 7, De nat. anim.) fait une remarque semblable : « Le lion, dit-il, craint le feu extérieur, parce qu'il est intérieurement rempli de feux. »
(i i) Le désespoir dans le cœur. A la lettre : « Rongeant son cœur. » Manière de parler empruntée d'Homère.
(12) Par une semblable ruse les pécheurs. Cette espèce de pèche se trouve détaillée dans le 4' livre des Halieutiques , v. Clo.
(13) Les peuples de Maryandye. Il ne faut pas confondre ces |>euples, hahilans de l'Inde , avec les Maryandiniens situes sur la rive orientale du Ponl- Euxin. Le véritable nom de ceux dont parle Oppieti est Marundes (Maroundai) -. c'est ainsi que les nomme Plolémée (liv. 7 de sa Géographie, ch. 2). Oppien a changé ce nom en Maruamlès , à cause du dialecte ionien dans lequel il écrit ; ou peut-être faut-il lire en cet endroit Marounrea au lieu de Maruanrea.
(14) rouées au culte de Bacchus. L'expression grecque signifie : « Qui aime à boire du vin. » Le texte ajoute à cette épithèle celle d'oschophore*. (> surnom \ ient d'une cérémonie usitée dans les fêtes de Bacchus à Athènes. Nous trouvons une description très-détailléc de cette cérémonie , appelée Oschophorie, dans la Chrestomathie de Proclus , dont Photius nous a conservé plusieurs fragmens dans sa Bibliothèque, p. 930. Ce morceau m'a paru assez intéressant pour être mis sous les yeux des lecteurs qui aiment à étudier l'antiquité dans ses imrurs et dans ses usages : « Les vers oschophoriques, dit Pro-
NOTES SUR LA CHASSE D0PP1EN
dus (variant des différentes sortes de vers usités chez les Grecs, se chantent chez les Athéniens. Deux jeunes gens , habillés en femmes et portant des branches de vigne chargées de raisin , mènent le chœur : nette branrhe s'appelle osché, et de ce nom est venu celui des vers. Thésée fut, dit-on, le premier qui célébra cette fête lorsqu'il s'offrit volontairement à s'embarquer pour la Crète et délivra sa patrie du tribut douloureux qu'elle payait à Minos. 11 l'institua pour rendre grâce à Minerve et Bacchus, qui lui étaient apparus dans l'île de Dia (aujourd'hui Naxie) ; il employa pour la célébrer deux jeunes gens qui avaient été élevés à l'ombre, c'est-à-dire dans la prison du labyrinthe, et qui furent les ministres de celte cérémonie religieuse. Chez les Athéniens, la pression allait du temple de Bacchus à celui de Minerve Sciriadc; le chœur suivait les jeunes gens, et les adolesccns de chaque tribu disputaient le prix de la course. La récompense du vainqueur était de goûter à la coupe nommée Pentaplc , composée d'huile , de vin, de miel, de fromage et de farine. » Celle fèle , selon le témoignage de Plularquc, se célébrait en l'honneur de Bacchus et d'Ariane, au temps où l'on fait la cueillette des fruits. Ou admettait au sacrifice et à la cérémonie des femmes qu'on appelait Déipnophores (qui apportent le repas) et qui représentaient les mères des jeunes gens que le sort avait nommés pour aller en Crète. {Payez Plutarque, Vie dcThésée, p. 48, édition de Benke.)
(15) Ino nourrit Bacchus. La première nourrice de Bacchus fut Alacris , fille d'Aristée, s'il faut s'en rapporter au poëte Apollonius de Rhodes (Argonautes , liv. 4 , v. 1 134), et selon Nonnus (Dionysiaques, liv. 48), ce fut Minerve qui, malgré sa virginité , allaita Bacchus.
> (16) Sur une montagne que les mortels appelaient alors Méros. Cette montagne était située dans l'Inde, près de la ville de Nyssa , à peu de distance du Gange. Le nom de celte montagne, qui signifie cuisse, a probablement donné lieu à la tradition mythologique par laquelle les |>oëles enseignent (pie Bacchus fut déposé dans la cuisse de Jupiter pour y attendre le terme de sa naissance. Arrien, dans son Histoire de l'Inde, ch. I (si cet ouvrage est d'Arrien), semble adopter l'opinion contraire et dire que la montagne fut ainsi nommée de l'événement arrivé à Bacchus. Euripide explique cette fable d'une manière assez curieuse et prétend que le nom de Méros est dit par corruption pour oméros , mot grec qui signifie otage. Voici la raison qu'il en donne et comme il s'exprime dans sa tragédie des Bacchantes, v. 286, où Tirésias dit à Penlhéc :
« Vous insultez à ce dieu par vos ris lorsqu'on vous dit qu'il a été enfermé dans la cuisse de Jupiter ; mais je vais vous apprendre combien cette opinion est juste. Lorsque le souverain de l'Olympe eut
dérolié ce jeune enfant aux feux de son tonnerre, il le transporta dans lescicux, d'où la jalouse Junon voulut bientôt l'exiler. Mais Jupiter, comme un dieu puissant, rendit les ruses de Junon inutiles, et séparant une portion de terre environnée d'air, il y déposa Bacchus et le donna pour otage de la fin de ses débats avec Junon. De là les hommes ont dit que ce dieu avait été durant quelque temps nourri dans la cuisse de Jupiter; ils prirent occasion de jouer sur le mot , de ce que Jupiter s'élant raccommodé avec Junon , lui avait donné Bacchus pour otage. » Au surplus il parait , par le récit d'Oppien , qu'il place en Béotie la montagne de Méros. Si cela est, c'est une erreur de géographie.
(17) Aussitôt lesmilaa;. J'ignore quelle est cette plante que les uns prennent pour l'if, d'autres pour le buis, d'autres pour une espèce de cbène vert, comme nous l'avons déjà observé sur le premier chant. Homère, ou l'auteur de l'hymne à Bacchus imprimé sous le nom d'Homère, rapporte un semblable prodige lorsque les pirates tyrrhéniens veulent enlever Bacchus. (Voyez aussi Nonnus, Dionysiaques, liv. 45, p. il 66, et Ovide, Métamor., liv. 3, v. 644.)
(18) C'est lui qui le premier. Apollonius (Argonautes, liv. 4, v. 1 132) attribue également à Aristée diverses inventions utiles, telles que l'art de recueillir le miel, de faire de l'huile avec des olives, etc.
(10) D'un bâton qu'il avait coupé. Le même prodige est rapporté par Nonnus (Dionysiaques, liv. 48, p. 1282). Euripide l'attribue à une Bacchante dans sa tragédie de ce nom, v. 70 1 .
(20) O Bacchus! allume la foudre de ton père. « Le feu, dit Lucien dans son petit traité intitule Bacchus, le feu est l'arme de Bacchus; il l'a ravi à la foudre de son père. »
(21) Ce Penthée dont le nom est funeste. Le nom de Penthée signifie deuil, ou plutôt ce nom approche de penthos qui a celle signification. Une allusion semblable au nom de Penthée se trouve dans la tragédie des Bacchantes d'Euripide, v. 367 : « Vous vous appelez Penthée ; prenez garde que le deuil (penthos) n'entre dans votre maison. » (t'oyez aussi le vers 508 de la même tragédie.)
(21) On attache à cette corde. L'usage de cette corde chargée de bandelettes de pourpre et de plumes de différentes couleurs était d'effrayer les animaux qui auraient voulu sortir par le côté du demicercle que traçaient les filets et les toiles. On l'appelait en latin formido, comme les Grecs l'appelaient dcïma, qui a la même signification. Celte corde était soutenue dans sa longueur sur de petites fourches que les latins appelaient ancones, ralli, vari, cervi. Nous en avons déjà parlé au t" livre.