‹ Les petits poèmes grecsChapitre 330 sur 358 · OLYMPIQUE PREMIERE · texte numérisé non relu

OLYMPIQUE PREMIERE

(t) A Hiéron, tyran de Syracuse. Hiéron, premier du nom , fils de Dioménès et frère de Gélon et de Thrasybulc , succéda à sou frère Gélon dans la souveraineté de Syracuse, la troisième année de la soixante-quinzième olympiade , environ 478 ans avant Jésus-Christ. Ce prince, sensible aux éloges de Pindare, l'appela à sa cour avec Simonide et Epicharme. Ses liaisons avec ces grands hommes adoucirent la rudesse de son caractère et la sévérité de son gouvernement. Il se déclara le protecteur des arts et des sciences et fit le bonheur des Syracusains. Il mourut après un règne de huit ans et laissa le trône à Thrasybule son frère.

Cette ode fut chantée à Syracuse, dans le palais d'Hiéron, pendant les fêtes qu'il donna à l'occasion de sa victoire. Pindare était présent.

(2) Au Célès. Le Célès ou cheval de selle. Cette victoire était inférieure à celle des chars. Dans le texte grec, après Kelêti, sous-enlendez nikêsanti.

Elien raconte qu' Hiéron, au commencement de son règne, en la soixante-quinzième olympiade, étant arrivé à Pise avec un superbe équipage, Thémislocle, qui présidait à ces jeux comme l'un des Ampihlryons nommés par le peuple d'Athènes, proposa de l'exclure pour n'avoir pas pris parti dans la guerre des Grecs contre les Perses. Cet affront , joint à la satiété du trône , fut la source des ennuis dont parle Pindare. Depuis ce temps, le roi de Syracuse et les autres souverains ne se hasardèrent plus à disputer eux-mêmes la victoire aux jeux de la Grèce ; ils se contentaient d'y envoyer leurs écu.yers et leurs chevaux. C'est pour celte raison que Pindare , tout en louant Hiéron sur sa justice, la sagesse de son gouvernement et son goût pour la musique et les arts, fait partager au coursier Phérénice (pherô nikên — je porte la victoire) l'honneur de cette journée.

(3) L'eau est considérée ici comme élément et principe vital de l'univers, selon la cosmogonie de Thaïes de Milet : « Udôr pantôn arche » , disait ce philosophe. Cette opinion, qui avait eu cours longtemps avant lui et qu'il ne fit que mettre dans un plus grand jour, avait porté les poètes dès les premiers temps à regarder l'Océan comme le père et des

dieux et des hommes et de tous les êtres en général ; c'est ce qui a fait dire à Orphée :

Okeante, theôn gennesin, ihnélôni' anihrôpôn . « Et l'Océan, origine des dieux et des mortels. »

et à Homère :

Polamoio reerra

Okeanou osper genesis panlessi leluktai.

« Les flots de l'Océan , source de tout ce que renferme !a nature. »

Un poète de l'Anthologie avait mis cette jolie inscription au haut d'un bain :

Ailhe se, Pindare, mallon émois ekalhéra reelhrois, Kai ken arision udôr l'oumon ephéslha motion.

« Si vous vous étiez baigné dans mes eaux, ô Pindare! c'eût été d'elles seules que vous eussiez dit qu'il n'y a rien de plus excellent que l'eau. »

Cyrus, autre poëte dont Y Anthologie nous a conservé plusieurs pièces , éleva près d'une fontaine une statue à Pindare et mit au pied ces deux vers :

Pindaron imeroeniapar' udasi Kuros egeirei Ouneka phormizôn eipen, arision udor.

« Sur le bord de ces eaux , Cyrus éleva une statue à Pindare pour avoir dit dans une de ses odes que l'eau est la plus excellente chose du monde. »

(4) Mais ô ma muse. Le grec porte philon êtôr, qu'il faut prendre ici dans une signification un peu différente de celle qu'ils ont coutume d'avoir: pour commencer d'abord par le mot philon , on sait qu'il veut dire cher, tandis qu'il signifie ici mon-, c'est ce qu'ont remarqué les meilleurs grammairiens. Nous en avons un exemple dans Q. Calaber. Ce poëte, parlant des femmes de Lemnos qui avaient trempé leurs mains dans le sang de leurs époux, dit :

Philous ana dôrnal' ahoilas Kteinon anêlegeôs

« Elles remplirent leurs maisons de carnage et égorgèrent impitoyablement leurs maris. »

Homère , dans le 2e chant de X Iliade, met ces paroles dans la bouche d'Ulysse lorsqu'il s'emporte contre Thersite :

Méd' eli telemachoio palêr keklémenos eién Ei me ego se labon apo menphila eiiuala dusô.

« Que je ne sois plus le père de Télémaque si le saisisbaut moi-même je n'arrache tes vOtemcns. »

NOTES

De même , au 3e chant, il a dit en panant de Paris saisi de frayeur à la vue de Ménéias :

Kaleplégé philon éior.

« Il fut frappé d'épouvante dans son cœur.

(5) Si lu veux chanter. Il semble qu'après avoir énoncé les deux premières comparaisons à peu près en ces mots : « L'eau est le premier des élémens l'or est le plus précieux des métaux , » Pindare devait naturellement ajouter : « et le soleil est le plus lumineux de tous les astres. » Nos poêles d'aujourd'hui n'eussent pas manqué de s'assujettir à cette exactitude. Mais au gré du poêle grec , un arrangement si méthodique et si uniforme eût senti la prose et la monotonie. Il s'abandonne donc à son enthousiasme, et par un tour extraordinaire, auquel on ne s'attend point, il rend son lecteur attentif, et il se sauve lui-même de la langueur où il serait nécessairement tombé par trop de symétrie. Cependant un tour si poétique et si beau n'a pu échapper à la censure; on a trouvé cet endroit obscur. Mais « lorsque Pindare débute par des comparaisons , sa coutume est de n'en pas faire d'abord l'application , mais d'insérer quelque image lumineuse qui mette encore dans un plus grand jour l'excellence de la chose comparée et de passer ensuite aux rapports qu'elle peut avoir avec les choses auxquelles il la compare, » ce qui lui arrive parce qu'il est comme entraîné par le feu de son imagination et par la fécondité de son génie : « Ethos de esti Pindarô, me ois prooimiazelai sugkrilikois , toutois la sugkrinomena eulheôs epagein -. alla metaxu tina eikona apodeiktinên tes beltiôsêos parentithetai, liai outô ton sugkrisin epipherei. Poiei de touto, thermos fis on kai polunous epi ta noêmala. »

[Schol. Pind.)

(6) Aux doctes enfans de la sagesse , c'est-à-dire aux poètes. Les anciens regardaient la poésie comme une espèce de philosophie.

(7) Ta lyre dorienne. Pindare écrivait dans le dialecte dorien.

(8) Le stade était bâti tout près des rives du fleuve Alphée.

(9) De ce Lydien. Pélops était fils de Tantale, roi de Lydie. Son père, ayant reçu les dieux chez lui, voulut par un forfait inouï éprouver leur divinité : il tua son fils Pélops et le leur servit avec d'autres viandes qu'il leur présenta à sa table. Les dieux, ayant connaissance de ce crime, ne touchèrent point aux mets. Cérès, absorbée par la douleur que lui causait la perte de Proserpine sa fille , fut la seule qui en mangea. Jupiter rendit la vie à Pélops et lui remit une épaule d,'ivoire à la place de celle que Çérès avait

mangée. Tantale, après le meurtre de son fils, fut précipité dans les enfers et Pélops se retira chez iEnomaùs, roi de Pise. Plus tard il soumit par les armes plusieurs peuples voisins et donna son nom au Péloponèse.

( 1 0) Sipyle. Ville de la Lybie, au nord-ouest, près du Méandre, primiitvement nommée Céraunie de keraunos (foudre), parce que la hauteur du mont Sipyle sur lequel elle est située y attirait souvent la foudre.

(1 1) Ganymède, filsde Tros, était d'une si grande beauté que Jupiter l'enleva pour en faire son échanson à la place d'Hébé , déesse de la jeunesse.

(l2)En morceaux. Le texte porte amphi deutatay que Bœckh et d'autres interprètes traduisent par frusta (morceaux). En effet, quand on découpe une forte pièce de gibier, on commence par retrancher les gros membres , puis on découpe le reste du corps en plusieurs parties auxquelles on fait subir une troisième dissection, etc. De telle sorte que, d'après l'expression de Pindare, on pourrait appeler la première dissection des membres ta prôta kreôn , la seconde ta deutera kreôn, et toutes celles qui s'ensuivront ta deutata, les parties plus que deuxièmes.

(13) Les dieux admirent Tantale à leur table avant qu'A eût commis son crime.

(14) Ces trois grands criminels sont Ixion, Sisyphe et Tityus.

OLYMPIQUE

(1) Cette ode fut chantée à Agrigente, en Sicile, dans les fêtes qui suivirent la victoire de Théron.

(2) Ce prince était fils d'OEnésidame, de Béotie , descendant de Cadmus, fondateur deThèbes. Il tient un rang considérable dans l'histoire de Sicile. Il donna sa fille en mariage à Gélon, tyran de Syracuse, et épousa lui-même la fille de Polyzèle, frère d'Hiéron. Cette double alliance forma d'abord une étroite amitié entre les deux maisons; mais lorsque Gélon fut mort, Hiéron lui succéda dans. le gouvernement de Syracuse. Ce prince ayant conçu des soupçons contre son frère Polyzèle, Théron prit le parti de son beau-père et il s'éleva à ce sujet de grands et de longs différends entre le tyran de Syracuse et ceUii d'Agrigenle; mais ils se terminèrent par la sage entremise du poêle Simonide. Pour rendre leur bonne intelligence plus durable, ces princes la cimentèrent d'une nouvelle alliance : Hiéron épousa la sœur de Théron.

(3) Agrigente ou Aeragas (de akra extrémité gês de la terre , ou mieux prémices de la terre , à cause de la fertiljlé de son territoire), ville de Sicile, au mi-

DES OLÏMPIQUES.

lieu de la côte méridionale , sur le monl Acragas et | à dix-huit stades de la mer. Elle était célèbre par ses richesses et sa nombreuse population, qui s'élevait à deux cent mille âmes. Vers l'an 408 avant Jésus- Christ, les Carthaginois la prirent et la saccagèrent.

(4) Quem virum aut heroa lyrâ, vel acri Tibia sûmes, celebrare Clio , QuemDeum? (Horace.)

La gradation de Piudare est plus juste et plus naturelle que celle du poëte latin.

(5) Des prémices , etc. Hercule , au rapport de la fable , fonda les jeux olympiques des prémices du butin qu'il fit sur le roi Augias. On sait que ce roi injuste lui avait refusé la récompense promise pour avoir nettoyé ses étables.

(6) Hospitalier. Pindare ne manque jamais de louer ses héros de leurs vertus hospitalières il était souvent admis à leur table.

(7) Les rives sacrées. Agrigente fut nommée la ville sainte à cause d'un temple de Proserpine qui s'élevait sur les bords du fleuve Acragas lorsque les aïeux de Théron fondèrent leur colonie.

(8) Non tatnen irritum

Quodcumque relro est efficiet (Jupiter) neque Diffienget, infectumque reddet,

Quod fugiens semel hora vexit.

(Horace,, lib. 3, Od. 29.)

(9) Les filles de Cadmus. Elles étaient quatre, mais Pindare ne parle ici que de Sémélé et d'Ino. Sémélé, poussée par la jalouse Junon, demanda à Jupiter qu'il se montrât à elle dans tout l'éclat de sa gloire. Le père des dieux la satisfit à regret et parut devant elle armé des éclairs et de la foudre. Sémélé fut aussitôt consumée par le feu. Mais Jupiter la mit au rang des immortelles sous le nom de Thioné.

Junon haïssait Ino parce qu'elle était sœur de Sémélé. Cette déesse implacable ordonna à Tisiphone de troubler l'esprit d'Athamas, époux d'Ino. Ce prince dans un transport de fureur ayant tué son fils Léarque, Ino pour se dérober à la fureur de son mari se précipita dans la mer avec Mélicerte , son autre fils. Les dieux, touchés de son sort, la changèrent en une déesse marine sous le nom de Leucothoé. Mélicerte fut de même changé en un dieu marin sous le nom de Palémon.

(10) Et leurs mains fratricides. Etéocle et Polynice étaient fils d'OEdipe. Après la mort de leur père , ils convinrent de régner alternativement une année. Etéocle monta le premier sur le trône par droit d'aînesse ; mais lorsqu'il eut goûté pendant un an les douceurs de la royauté, il ne voulut plus céder la couronne a son frère. Polynice implora le secours

d'Adraste, roi d'Argos, dont il épousa la fille, et marcha contre ïhèbes à la tête d'une armée commandée par six autres braves capitaines. Etéocle confia la défense de la ville à un pareil nombre de guerriers et se chargea lui-même de combattre son frère. Enfin les deux frères convinrent de terminer leur querelle par un combat singulier , où ils se battirent avec tant d'acharnement qu'ils se portèrent l'un à l'autre un coup mortel.

(11) Thersandre, fils de Polynice, était un des sept Epigones qui mirent le siège devant Thèbes. Longtemps après il alla au siège de Troie. Il avait épousé Démonasse, fille d'Amphiaraiis.

(12) Tu partageas encore la gloire. C'est le sens qu'indiquent omoklaron et plus bas koinai , qui montrent évidemment qu'il y a une double victoire et que chacun des deux frères remporta la sienne , l'un à Olympie, l'autre dans l'Isthme et à Delphes.

* (13) Cette réflexion profonde Le texte porte

merimnan agroteran (une méditation de chasseur, c'est-à-dire d'homme qui semblable au chasseur songe aux moyens de s'assurer de sa proie); agroteran rappelle le mot latin venari pour appetere vehementer.

(14) Habitèrent trois fois , etc. Pindare veut ici parler de la métempsycose ou transmigration des âmes, dont Virgile et Ovide ont exposé le système :

Animœ quibus altéra fato

Corpora debentur

Scilicet immemores supera ut convexa révisant, Rursus et incipiant in corpora velle re\erti. {JEn. 6.)

Morte carent animœ, semper que priore relictâ Sede, novis domibus vivunlque habitantque vicissim. (Oyide Méiam. 15.)

es tris a évidemment rapporté aux trois difféiens passages qu'après la mort subissait l'âme de l'homme dans les corps des animaux terrestres, aquatiques et aériens : elle employait trois mille ans à cette triple transmigration, après quoi elle revenait animer le :orps de l'homme.

(15.) Dans ces îles fortunées. Les Canaries , îles de la mer Atlantique, à l'ouest de la Mauritanie. Les anciens n'en eurent jamais qu'une faible connaissance. Selon Plularque, ils y plaçaient les Champs-Elysées.

(1G) Que la nature a instruit par ses leçons. Horace dit :

Kalurâ fieret laudabile carmen an arte Quœsilum est. Ego nec sludium sine divite vcnâ, Kec rude quid prosit video ingenium , allerius sic Altéra poscil opcm res, et conjurai amice.

(Art poétique.)

NOTES

(17) Dont les bruyantes clameurs. Il est évident que Pindare désigne par ces paroles ses jaloux détracteurs, Simonide et Bachylide son neveu. Ces deux poètes s'efforçaient par tous les moyens possibles d'affaiblir l'estime qu'on faisait des ouvrages de Pindare, et il paraît qu'à son tour celui-ci ne les épargnait pas.

(18) Des hommes comblés de ses faveurs. Capys et Hippocrate, proches parens de ïhéron et même comKiS de ses bienfaits, prirent les armes contre lui et engagèrent un grand nombre de personnes dans .eur révolte ; mais Théron battit les rebelles et les fit rentrer dans le devoir.

(19) . . . Neque enim numéro comprendere refert. Quem qui scire velit, Libyci velit aequoris idem Dicere quàm multa Zephiro lurbenlur arenae.

(Virg. Georg. 2.)

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