PAR M. BELIN DE BALLU
CHANT PREMIER'
(1) Divin mortel. Les Romains donnaient à leurs empereurs les titres de divus et de deus ; Oppien, pour les imiter, appelle le jeune Antonin makar, qui ne signifie pas seulement heureux, comme Turnèbe et Rittershuis l'ont interprété. Ce mot chez les Grecs équivalait à celui de dieu. Il paraît que les Romains ont puisé cet usage chez les Perses, qui prodiguaient à leurs souverains les titres les plus magnifiques et les appelaient des dieux, comme on le voit dans Mschile, tragédie des Perses, v. 154, où le chœur dit: « Respectable mère de Xercès, je vous salue; épouse de Darius , vous avez partagé le lit d'un dieu des Perses, et vous êtes la mère d'un de leurs dieux. »
(2) Heureux fruit. Le texte dit à la lettre que « la grande Domna engendra au grand Sévère, mariée avec un heureux époux, grosse d'un heureux enfantement.» Les Grecs aiment cette répétition d'épithètes ; notre langue les évite avec soin.
Cette Domna est Julia Domna , fille de Basanius , prêtre du soleil, et Syrienne de nation. Sévère, lorsqu'il méditait la révolution qui le fit monter sur le trône, l'épousa après la mort de Marcia, sa première femme, -parce que l'horoscope de Julia lui promettait un souverain pour époux. Julie aimait et cultivait les lettres ; elle accueillait les savans et les récompensait. C'est à sa sollicitation que Philostrate composa son roman intitulé : la Vie d'Apollonius de Thyane. Diogène de Laërce lui dédia son ouvrage sur la vie et les opinions des philosophes grecs.
(3) C'est Phœbé dont l'éclat. A la lettre : « C'est une lune qui n' est jamais éclipsée. »Le surnom de Vénus Assyrienne fait allusion à la patrie de Julia , qui était de Syrie. Ainsi le poëte la compare à la déesse Astarbée, fameuse par le temple que les Syriens lui avaient élevé et par le culte qu'ils lui rendaient dans Hiérapolis .- il nous reste sur cette déesse et sur son temple une dissertation écrite en ionien, que l'on attribue à Lucien , mais il ne paraît nas au'il en soit l'auteur.
1 Nous avons joint parfois aux notes d'Oppien des fragmens sur les animaux dont il parle que nous avons puisés dans les œuvres d'histoire naturelle d'Eldémiri, historien arabe.
(4) Titan -— Apollon. C'est Sévère et Antonin qu'Oppien désigne sous ces noms.
(5) Puisées au sein des mers. Si Oppien dit que les fleuves tirent leurs eaux de l'Océan , c'est que chez les poètes les plus anciens et les meilleurs mythologues, l'Océan est regardé comme le père de toutes les eaux. Cette doctrine fondée sur la saine physique est enseignée par Homère {Illiade , 1. 21, v. 195) et expliquée par Platon dans le Phœdœn .(p. 112, édition de Serraunus.
(6) Les nobles présens. Le texte dit : «Les nobles inventions.»
(7) Dans un sentier pénible. A la lettre .• « Dans un rude sentier que nul mortel n'ait foulé dans ses chants.» Oppien est le premier des Grecs qui ait écrit en vers sur la chasse.
(8) Les fêtes triennales. Le grec : « Bacchus des montagnes, triennal. » Ce nom fut donné à Bacchus à cause des sacrifices qu'on lui offrait tous les trois ans dans les fêtes instituées par les Béotiens en mémoire de l'expédition de ce dieu dans les Indes et de son apparition aux hommes , laquelle dura trois ans. (Diodore de Sicile, liv. 4, p. 211.)
(9) Qui baignent l'Aonie. C'est la Béotie qui fut, comme on le sait, le berceau de Bacchus. L'Asopus et I'Ismenus traversaient la plaine de Thèbes.
(10) Sabazius. Car le nom que les Thraces donnaient à Bacchus, selon le scholia-ste d'Aristophane sur les Guêpes, v. g., selon Strabon (liv. 10, p. 324), c'est un dieu de Phrygie : « Sabazius , dit-il , tient aux mystères de Phrygie ; c'est en quelque sorte l'enfant de Rhéa ajouté au cortège de Bacchus. » Lucien met aussi Sabazius au rang des dieux étrangers dans Ylcaromênippe, p. 783. Il fait dire à ce voyageur céleste : « L'heure du souper étant venue, Mercure me prit par la main et me fit asseoir à côté de Pan, à la table des Coribantes, d'Atis, de Sabazius et des divinités étrangères. » Mais Diodore de Sicile rapporte une opinion différente sur Sabazius : « Quelques personnes racontent, dit-il au liv. 4, p. 112, qu'il y eut un autre Bacchus plus ancien que celui-ci fie fils
NOTES SUR LA CHASSE DOPPIEN
de Sémélé), fils de Jupiter et de Proserpine. C'est
celui-là que quelques-uns nomment Sabazius
Ses mystères , ajoute plus bas cet historien , n'ont été introduits que dans le plus grand secret à cause de la licence extrême de son culte.» Il paraît par laque Diodore confond Baechus Sabazius avec Bacchus Zagraeus, dont l'auteur des Dionisiaques donne l'histoire au 6e chantde son poëme, etqu'ii ne reconnaît que deux Bacchus, au lieu qu'il y en eut trois, comme le témoigne Nonnus Dionys (liv. 48, p. 1306, v.i) : «Athènes célébra Bacchus par de triDles mystères ; ses citoyens formant enfin des chœurs mystérieux , firent raisonner l'airain en l'honneur de Zagrasus , de Bromius et d'Iacchus. » Selon Orphée ou l'auteur des hymnes publiés sous son nom, Sabazius est Jupiter , père de Bacchus. Ce passage d'Oppien peut faire soupçonner que dans sa première jeunesse il avait composé des poésies dithyrambiques.
(1 1) Fils de Thyonée. Surnom de Sémélé ; il signifie furieuse. Suivant le scholiaste d'Apollonius de Rhodes (liv. 1er , v. 636 du poëme des Ar go naules), iEschyle fut le premier qni donna ce nom à Sémélé dans une tragédie où il la représentait enceinte et transportée d'une fureur bacchique qui se communiquait aux femmes qui lui touchaient le ventre.
(12) La défaite des Parthes. La prise de Ctésiphonte, leur ville capitale. Cet événement arriva, selon Baronius, l'an de Jésus-Christ 197, la troisième année du règne de Septime Sévère. Voici les détails que nous en a conservés Hérodien (liv. 3): « Sévère, après quelques jours de marche , vint attaquer Ctésiphonte, où résidait le grand roi Artaban (les Parthes comme les Perses donnaient ce titre à leurs souverains). Les Romains, qui avaient surpris les Barbares avant que ceux-ci eussent fait aucun préparalif pour se défendre, tuèrent tout ce qui s'offrait à leur rencontre , saccagèrent entièrement la ville, firent prisonniers les femmes , les enfans , les vieillards. Le roi eut bien de la peine à se sauver avec un petit nombre de cavaliers. Ses trésors tombèrent entre les mains des vainqueurs , qui pillèrent toutes ses richesses et reprirent ensuite le chemin de Rome. Sévère, continue l'historien , dut plutôt celte victoire à son heureuse fortune qu'à sa lonne conduite et à sa prudence. Il manda ses succès au sénat, auquel il. en écrivit en termes magnifiques; il voulut .même qu'on consacrât le souvenir de ses combats et de ses victoires par des monumens et des inscriptions. » Ce fut à celte occasion qu'on fit élever l'arc de triomphe sous le nom d'arc de Sévère, et l'un des plus beaux monumens de Rome : il subsiste encore ; on peut en voir la figure dans le quatrième tome de Y Antiquité expliquée de D. Moutfaucon.
(ï 3) Les bêles à lapisle. A la lettre .- «Les travaux de la piste qui procurent un grand gain. »
(14) D'un front serein. Le texte porte : « De tes sourcils immortels. » Les Grecs plaçaient dans les sourcils l'expression de la joie ou de la douleur.
(15) Un dieu fit jadis présent. Oppien suit ici l'opinion de Xénophon, qui commence ainsi son Traité de la chasse ; « L'art de chasser et d'élever les chiens est une des invenlions des dieux Apollon et Diane. »
(16) Trois sortes de chasses. La vénerie , la pêche et l'oisellerie. Oppien en cet endroit donne à la pêche l'épithèle d'aimable , parce que les Romains en faisaient plus de cas que de la chasse. Salluste même va jusqu'à nommer ce dernier exercice l'ouvrage d'un esclave (opus servile.) Mais les Grecs pensaient bien différemment : ils n'avaient au contraire que du mépris pour la pêche ; et Platon , dans ses lois , l'interdit expressément aux jeunes gens bien nés.
(1 7) L'enlève. Le grec dit: «Enlève au travers des airs ce danseur marin.» Métaphore très-singulière mais véritable et dont il existe un grand nombre d'exemples dans les auteurs anciens.
(18) L'épervier compagnon de ses travaux. Plusieurs savans, entre autres M. de La Curne de Sainte- Palaie {Mémoires sur l'ancienne chevalerie, liv. 3, p. 182), ont pensé que la chasse à l'oiseau était inconnue aux anciens. Ce passage de notre poëte s'élève contre leur sentiment, et plus encore ce que Pline dit d'après Aristote (liv. 9, chap. 36) : «En Thrace, dans le voisinage d'Amphipolis , les hommes et les éperviers chassent de compagnie : ceux-ci font partir les oiseaux des bois et des buissons, et les éperviers qui planent fondent sur eux au moment qu'ils s'envolent.
(19) Qui sillonnent les plaines de l'air. A la lettre : «Des roseaux qui foulent le sentier de l'air.» Ces roseaux d'oiseleur étaient enduits de glu et servaient principalement à la pipée pour abattre les oiseaux lorsqu'ils volaient autour du pipeur. La manière dont celui-ci les abattait en les frappant est décrite par Pétrone, chap. 40 de sa Satire. Dans le repas de Trimalcion on apporte un cochon dont le le ventre était rempli d'oiseaux qui s'envolent aussitôt qu'on lui ouvre le flanc d'un coup de couteau de chasse. Des oiseleurs étaient là disposés de place en place, et avec des roseaux enduits de glu ils abattaient les oiseaux à leur passage. Ces roseaux s'allongeaient et se raccourcissaient à volonté, parce qu'on les adaptait les uns au bout des autres.
(20) Assimiler ce&différens travaux. A la lettre: 1 «Chanter ces choses comme étantd'un poids égal.»
Telle est la force de l'expression grecque isotalanla.
NOTES
(21) La murène (la lamproie). Ce poisson, qui a la forme d'un serpent et le corps troué comme une flûte, est très-avide de chair humaine. Il faisait autrefois les délices des tables somptueuses de Rome : on le nourrissait à grands frais dans de superbes viviers dont un certain C. Hirrius, fameux par sa gourmandise, fut l'auteur. Cet homme dépensait chaque année des sommes immenses pour la seule nourriture de ses lamproies. Quelques-uns de ces voluptueux poussaient la barbarie jusqu'à faire jeter dans leurs viviers des esclaves vivans afin de mieux engraisser leurs poissons : « Crassus supporta, dit Porphyre {De abstinentia carnis,Xxv . 3, § 5), la mort de trois de ses enfans et fut plongé dans la plus grande affliction de la mort d'une de ses lamproies. » L'histoire naturelle de ce poisson, celle du mormyre, appelé morme en français , et des mulets ou trigles sera traitée dans les remarques sur le poëme de la pêche
(22) Les panthères venimeuses. Selon une opinion de l'antiquité , les panthères recèlent un venin subtil dans leurs griffes; le texte porte simplement: «Xe poison des panthères,» et au second chant le poète place ce poison dans leurs dents.
(23) Aux hérissons de mer. Le hérisson de mer est le même que les naturalistes nomment orbis.
(24) Le pluvier. L'oiseau que les Grecs appelaient laros et les Latins gavia est le goiland ou mouette , espèce d'oiseaux aquatiques, palmipèdes, dont le bec est fort, long, étroit, pointu, un peu courbé à l'extrémité. [Voyez le Dictionnaire de Bomare.) C'est par erreur que j'ai traduit ce mot par pluvier.
(25) Ravissent les colombes. Les prennent à la volée par le moyen de leurs roseaux enduits de glu.
(26) Allez porter la guerre. La chasse, qui n'est chez nous qu'une course à cheval, était chez les anciens une véritable image de la guerre. Ils y prenaient un exercice violent capable de former le corps et de l'endurcir aux plus rudes fatigues. Pollux, dans la préface du 5e livre de.son Onomasticon, recommande la chasse à son élève Commode, depuis empereur: «Il vous convient, lui dit-il, de vous appliquer àla chasse; ce plaisir est celui des héros et des rois. C'est un exercice qui fortifie le corps, aiguise le courage ; la patience pacifique , l'audace belliqueuse y sont tour à tour employées. La bravoure s'accroît par les dangers : on devient robuste , léger à la course , excellent cavalier. Cet art éveille l'intelligence et fait aimer le travail. » Et Porphyre remarque avec raison que les animaux chasseurs sont plus intelligens que les autres, parce que, dit-il, ils exercent un art qui en leur procurant la subsistance leur fait acquérir des forces et du courage. (Porphyre, De abstinentia,\W. i, § 14.)
(27) Les attaques des brigands. On ne doit pas être surpris de ce qu'Oppien dit ici des attaques des brigands : les anciens dans leurs chasses parcouraient une grande étendue de pays, étaient des mois entiers hors de leurs habitations, vivaient et couchaient dans les bois et sur les montagnes. On dit même que Mithridate, roi de Pont, passa sept ans de suite à la chasse sans entrer dans aucune ville ni dans aucune maison.
(28)Au dernier solstice. Le texte dit : « Au solstice d'automne.» Ce que nous appelons solstice, d'après les Latins, qui croyaient que le soleil était immobile, les Grecs l'appelaient retour du soleil. Ils avaient connu et observé dès la plus haute antiquité la marche rétrograde de cet astre, et Homère dit qu'Atlas , père de Calypso , auquel il attribue une science universelle, avait élevé dans l'île d'Ogygie deux colonnes sur lesquelles étaient représentés le ciel et la terre (Odyss. liv. l , v. 53). Il y avait aussi marqué les solstices (liv. 15, v. 403.)
(29) En foulant la grappe. Le sens de ce vers était fort incertain , mais je crois l'avoir fixé par une correction assez probable d'après îaquelle il faut traduire: ((Lorsque le pressureur danse l'épilénion sur les grappes de la vigne.» C'était en effet un usage dans l'antiquité de danser sur Je pressoir et de fouler la vendange en sautant et en dansant : cette danse s'appelait épilénion , c'est-à-dire la danse du pressoir. Ainsi Théocrite, dans l'idylle 7, v. 24, dit : « Allezvous danser ou sauter sur le pressoir de quelque habitant de la ville? » Cette danse était une pantomime qui représentait les différens travaux de la vendange. Voici la description que nous en donne Longus dans sa charmante pastorale des Amours de Daphnis et Chloé (liv. il , p. 61 , édition de M. de Villoison) : « Charmés d'entendre la flûte de Philétas, les bergers gardaient un profond silence. Tout à coup Dryas se lève, il prie le vieillard de jouer un air bacchique et se met à danser une danse de pressoir. On le voyait tantôt couper la grappe et vendanger , tantôt porter des paniers, ensuite fouler le raisin, remplir les tonneaux, boire du vin doux. » On appelait aussi épilénion (la chanson dupressoir) l'air au son duquel on dansait cette pantomime. Athénée, dans la description de la pompe de Ptolémée Philadelphe (liv. 5, p. 119), en parle en ces termes : « Suivait un char à quatre roues , long de vingt coudées, large de seize, tiré par trois cents hommes et sur lequel était établi un pressoir de vingt-quatre coudées de long et de quinze coudées de large chargé de grappes de raisin que soixante satyres foulaient en chantant au son de la flûte un épilénion.»
(30) Voici les instrumens. Il n'est pas possible de traduire avec exactitude les noms de ces divers ins-
SUR LA CHASSE D'OPPIEN
trumens et de ces armes employées dans une espèce de chasse qui nous est peu connue et que depuis plusieurs siècles on a cessé de pratiquer. Contentonsnous d'en prendre une idée en rapprochant ce qu'en ont écrit les auteurs de l'antiquité qui ont précédé ou suivi notre po'ëte; nous parviendrons peut-être à fixer le véritable sens des termes dont il s'est servi : d'ailleurs cette partie de l'antiquité peut piquer la curiosité du lecteur , et comme elle n'a jamais été traitée par personne, j'ai cru devoir l'éclaircir autant que mes faibles lumières me le permettraient.
D'abord il faut observer que chez les anciens Grecs , du temps d'Homère , les instrumens de chasse n'étaient que des instrumens de guerre ; on se servait également contre les animaux et contre les ennemis de la hache , de l'arc, du javelot, de la pique , de la massue. Il paraît que ce fut beaucoup plus tard que les Grecs connurent les filets et les pièges. Il fallait alors forcer le gibier à la course ou le combattre corps à corps. Dans les chasses de Cyrus, décrites par Xénophon, il n'est point parlé de ces ruses que les chasseurs ont employées depuis , ni de ces instrumens qui suppléent à la force et à la vitesse. Ce n'est pas qu'ils ne fussent déjà connus du temps de Xénophon ; mais cet admirable historien , toujours fidèle au costume, n'a point voulu prêter au siècle de son héros des inventions qui n'avaient pris naissance que longtemps après. Virgile, il est vrai, n'a pas fait difficulté de parler de filets en décrivant au 4e livre deYÉnéide la chasse d'Enée et de Didon; maisVirgile use en cet endroit du privilège des poètes.
Les filet-s de chasse en usage chez les Grecs étaient de trois espèces, on les nommait diktua, arkues et enodia. (Je suis obligé d'employer les termes grecs, puisque notre langue n'en a point qui puissent les représenter. ) Ces filets étaient faits avec du lin : le meilleur se tirait d'Egypte , de Carlhage , de Colchide et d'Espagne; celui des vallées de Cumes était encore fort estimé. Pour donner plus de solidité au tissu du filet, Xénophon veut que le lin dont il est fait soit composé de trois cordes formées chacune de trois fils réunis et tordus ensemble. La première espèce de filet, la plus grande, était le dilituon. Ses mailles étaient composées de seize fils réunis, au lieu que les autres n'en avaient que neuf. (Pollux, 1. 5.) La longueur de ce filet était depuis dix jusqu'à trente brasses. Xénophon conseille de ne pas les faire plus longs de peur qu'ils ne soient trop difficiles à manier. Cependant le poète latin Gratius veut que le grand filet ait quarante pas d'étendue (environ deux cents pieds de roi) et dix mailles de hauteur, tandis que Xénophon en demande trente. Ces mailles pouvaient avoir jusqu'à quatre pouces de largeur, ce qui donnait au filet une hauteur assez considérable pour que les animaux no pussent pas le franchir.
On ajoutait à ce grand filet une partie que n'avaient pas les autres et que l'on appelait sardonnes. Voici
la définition qu'en donne Pollux : « On ajoute a ces filets des sardonnes qui sont la frange du filet et qui le soutiennent après le dernier rang de mailles à l'endroit où le péridrome et l'épidrome1 portent sur les fourches. » Ainsi ces sardonnes servaient à accrocher le filet sur les fourches.
Les filets nommés archues étaient les plus petits ; leur forme était celle d'un capuchon et se terminait en pointe. Ils ressemblaient en grand aux bourses dont on se sert aujourd'hui pour prendre des lapins et des renards. Les chasseurs anciens employaient les archues en les plaçant de distance en dislance entre les diktua, qui, étendus à travers la plaine sur un long espace, empêchaient le gibier de passer. Alors les animaux cherchaient une issue en courant le long du filet, et quand ils trouvaiene un archus, ils entraient dans la concavité de cette bourse, qui se fermait par les efforts que l'animal faisait pour passer outre et qui tiraient deux cordes appelés péridrome et épidrome.
L archus était donc composé de deux parties principales : la bourse, que l'on appelait brochos , dont l'ouverture avait une forme rhomboïde, et le péridrome ou épidrome, corde. passée dans la dernière rangée des mailles de cette bourse , tant dans celle d'en haut que dans celle d'en bas ; elle dépassait le filet des deux côtés et servait à la fermer. Cette corde devait être sans nœuds afin de couler plus aisément; elle régnait le long du grand filet, passée dans des anneaux de corde que l'on ménageait en le faisant : ces anneaux s'appelaient strophiaet stropheia.
Les anciens se servaient encore pour leurs chasses d'une troisième espèce de filets dont Oppien ne parle pas, mais qui n'étaient pas d'un moindre usage que les autres. On les plaçait sur les chemins, et pour cette raison ils étaient nommés enodia ; leurs mailles étaient composées de douze fils réunis; ils avaient une partie appelée masloi (mamelles) dont j'ignore l'usage.
Quand ces filets ne servaient point on les renfermait dans un sac de peau de veau ou de peau de chien.
Pour les dresser dans la plaine, on les appuyait sur des fourches que l'on nommait en grec staliches, schalides, schalidômala, en latin valU, vari, cervi. Elles étaient fermement plantées en terre, de distance en dislance, mais un peu inclinées l'une vers l'autre pour leur donner plus de solidité. Ces fourches étaient de grandeur inégale, suivant l'inégalité du terrain ; leurs pointes devaient être lisses et unies; il n'était pas besoin qu'elles fussent longues, on ne les faisait que par une incision peu profonde.
(31) Une longue panagre. C'était encore une espèce de filet propre à prendre toute sorte d'animaux. On n'en sait rien de plus.
1 Ces mots sont expliqués plus ba3.
(32) Une lance à trois pointes. L'arme qu'Oppien désigne ici est la même que la lance dont Pollux donne la description (liv. 5, segm. 21). Le fer de cette lance avait par sa forme quelque ressemblance avec nos hallebardes : il était composé de même de trois parties, dont celle du milieu s'appelait la langue, les deux autres étaient nommées les ailes. Voilà pourquoi Oppien lui donne le nom de lance à trois pointes. Il ne faut pas la confondre avec le trident à lièvre dont il est parlé plus bas.
(33) Une pique de fer. Cet instrument, que les Grecs appelaient sigunê ou zibunê, était une pique entièrement de fer en usage chez les Macédoniens et chez les Cypriotes.
(34) Un harpon. C'est ainsi que je rends arpalagon, sur lequel je n'ai trouvé aucun renseignement. L'étymologie de ce mot peut faire penser qu'il désigne un instrument propre à prendre les lièvres.
(35) Des nœuds. Ne serait-ce point des mailles dont il faut faire provision pour raccommoder les filets s'ils venaient à se rompre ?
(36) De Mazace ou de Mazie. Ce dernier nom est celui d'une contrée d'Afrique, voisine de la Mauritanie, dont les peuples étaient nommés par les Romains Mazices.
(37) De Cappadoce. Ces chevaux portaient une marque distinclive et particulière , un cappa ou un 2 imprimé sur la fesse ou sur l'épaule. Quelquefois on leur imprimait une marque différente , comme une tète d'animal, de bœuf, de singe, de loup, etc. Ces marques désignaient vraisemblablement leur qualité ou leur prix.
(38) Une crinière abondante. Le grec porte :«Et de son toupet descendent et s'agite sur son front les boucles touffues de ses crins. » Oppien appelle ces boucles chorumboi , mot qui signifie proprement les bouquets de lierre qui croissent en grappes et forment des guirlandes : « La crinière est, dit Xénophon dans son traité De Re equestri, le plus bel ornement du cheval, c'est la parure que les dieux lui ont donnée. » Les chevaux en sont si fiers que, suivant le même auteur , il faut couper les cins aux jumens que l'on veut accoupler avec les ânes : sans quoi elles ne consentiraient jamais à déroger dans leurs amours. — Ses yeux vifset pleins de feu. Selon Xénophon , les yeux du cheval doivent être saillans pour paraître plus vifs et avoir meilleure vue. — De larges naseaux : « Des naseaux larges, dit Xénophon, rendent la respiration du cheval bien plus facile que ceux qui sont qui sont étroits et donnent en même temps à l'animal un air plus vif et plus animé. » — Unebouche médiocrement fendue. Xénophon est
NOTES
du même sentiment qu'Oppien. Les os de la tète doivent être saillans et la bouche doit être petite : « Il faut encore, ajoute-t-il , examiner si les joues sont douces et molles ou rudes, ou si elles ont d'autres qualités.» — De courtes oreilles. «Le sommet de la tète étroit , de très-courtes oreilles donnent un meilleur air au cheval , dit Xénophon. » Le mouvement des oreilles du cheval fait connaître suivant les anciens, les impressions qu'il ressent. — Sur un cou arrondi. La courbure du cou du cheval est très-exactement décrite par Xénophon, le plus habile écrivain de l'antiquité sur l'hippiatrique : « L'encolure en sortant de la poitrine ne doit point tendre- en avant comme celle du sanglier, mais, semblable à celle du coq, il faut qu'en s'élevant vers la tête elle soit arrondie avec grâce. »
Voici un portrait du cheval tracé par Eldémiri dans son histoire arabe des animaux.
« Le cheval est naturellement fier, plein d'amourpropre et attaché à son maître. Une des marques de la grandeur et de l'élévation de son caractère , c'est qu'il ne touche point aux restes du fourrage qu'un autre a laissé. On dit que le calife Meronan avait un cheval qui ne se laissait approcher par le palefrenier qu'après le lui avoir permis. Le palefrenier, avant d'entrer dans l'écurie, faisait du bruit en remuant le sac dans lequel il lui donnait l'avoine. Si le cheval hennissait, c'était signe qu'il pouvait entrer ; et s'il entrait sans avoir pris cette précaution et s'être assuré par là de son consentement, l'animal se jetait sur lui.
» La jument est. d'un naturel très-ardent ; c'est pour cela qu'elle s'accouple avec le mâle d'une autre espèce. Elle n'est que très-peu sujette au flux périodique. Le cheval peut saillir à quatre ans ; il vitquelquefois jusqu'à quatre-vingt-dix. On remarque qu'il rêve comme les hommes. Il ne boit que de l'eau trouble, et la trouble exprès quand elle est claire. On dit qu'il a la vue très-perçante. S'il marche sur les traces d'un loup, ses jambes s'engourdissent au point qu'il peut à peine se remuer. On voit souvent de la fumée s'élever de son corps. Le cheval, dit-on , n'a point de rate , comme le chameau n'a point de fiel. L'auteur qui fait cette remarque observe à cette occasion que pour se préserver de toute douleurs dans cette partie du corps, il faut avoir soin de mettre toujours le soulier droit le premier et de l'ôter le dernier.
» Mahomet a dit : « Entre l'instant où Dieu m'a envoyé et celui où j'ai commencé ma mission , il n'y a pas eu plus d'intervalle qu'entre deux chevaux qui courent le prix et dont le vainqueur devance à peine son camarade de l'oreille , c'esl-à-dire j'ai obéi à l'instant même où Dieu m'a envoyé pour annoncer sa parole.» On dit de même en proverbe : «Us sont comme deux chevaux qui se disputent le prix de la course , c'est-à-dire ils vont de pair. » On se sert aussi de ces comparaisons : « Avoir la vue plus per-
SUR LA CHASSE D'OPPIEN
çante, être plus docile qu'un cheval. » Les Arabes disent encore : « Il est comme un cheval alezan ; s'il avance avec ardeur , il se fait égorger , s'il recule on lui coupe les jarrets. » Cette expression vient de ce que les Arabes regardent les chevaux alezans comme de mauvais augure et croient qu'ils portent malheur à ceux qui les montent. »
PORTRAIT D'UN CHEVAL, EXTRAIT d'un POETE ARABE1.
'«Avant même que les oiseaux sortent de leurs nids, je saute sur un agile coursier dont le poil est court et luisant, qui devance les bêles les plus légères et les arrête dans leur fuite. Plein de vigueur et de force, il se détourne, il fuit, il avance, il recule en un instant avec la rapidité d'un énorme caillou qu'un torrent impétueux détache et précipite du haut d'un rocher. La selle glisse sur son poil rougeàlre et luisant comme les gouttes d'eau qui tombent sur un marbre poli. Lors même que la fatigue a diminué ses forces, il brûle d'une noble impatience, et dans l'ardeur qui l'anime, sa voix entrecoupée imile le bruit de l'eau qui bout dans un vase d'airain. Tandis que les coursiers les plus généreux, réduits aux abois, impriment profondément dans la poussière les traces de leurs pas, il précipite encore sa course légère ; il renverse le cavalier jeune et léger et fait voltiger les habits de celui que l'âge a rendu plus pesant... Il aies reins d'une gazelle et les jambes d'une autruche : il trotte comme le loup et galope comme un jeune renard. Ses hanches sont larges et robustes. Sa queue touffue traîne presque jusqu'à terre et remplit tout l'espace qui est entre ses jambes sans incliner plus d'un oôté que de l'autre. Lorsqu'il est debout auprès de ma tente, le poli éclatant de son dos est semblable à celui de la pierre sur laquelle on broie des parfums pour une jeune épouse au jour de ses noces et qui sert à piler les grains de la coloquinte. Le sang des bêtes sauvages qu'il a prises à la chasse, et dont ses naseaux sont souillés, imite la couleur d'une barbe flottante teinte avec du jus de hinna a. »
(39) De la trompette. Le texte porte-: «Des longues flûtes.» La flûte des anciens rendait un son militaire; plusieurs peuples s'en servaient dans les combats, soit pour donner le signal, soit pour exciter le courage des soldats ou pour régler leur marche : « Les Lacédémoniens , dit Lucien ( Traité de la danse , p. 273), combattent au son de la flûte et en mesure; ils marchent d'un pas réglé. Chez eux la flûte donne le premier signal du combat : aussi ont-ils toujours été vainqueurs quand ils ont été conduits parla
1 Moallaka de Amriolkays.
1 C'est une plante dont les Arabes expriment le jus pour teindre leur barbe. II paraît que c'est le toucliet ou curcuma qui donne une couleur de pourpre. Les Espagnols l'appellent alhena, nom qu'ils ont pris des Arabes. On l'appelle en latin qjperui
musique et le rythme. » Athénée dit la même chose (p. 627). Les Lacédémoniens combattent au son des flûtes, ïes Cretois au son de la lyre, les Lydiens au son des chalumeaux et des flûtes.
(40) Le courage des humains . Aussi les Egyptiens représentaient un cheval pour exprimer dans leurs hiéroglyphes la bravoure et la franchise. C'est ce que nous apprend Clément d'Alexandrie au 5e livre de ses S tr ornâtes, p. 667.
(41) Il gémit. Les chevaux d'Achille pleurèrent la mort dePatrocle et celle d'Achille même. (Homère, Iliade, 17, v. 426, etQuintusCalaber,liv. 3, v. 470.)
(42) A rompu les liens du silence. Le cheval d'Achille, Xanthus, lui prédit que son jour fatal approche. (Iliade, liv. 19, v. 408.)
(43) Donna un souverain aux peuples de la Perse. Après que Darius, fils d'Hystapes, eut tué le mage Smerdis, qui avait usurpé le trône de Perse, les sept nobles persans résolurent d'élire pour roi celui dont le cheval hennirait le premier en entrant dans les faubourgs de ia ville. Olbaarès, écuyer de Darius, attacha pendant la nuit, à l'endroit convenu, une jument qu'aimait le cheval de son maître et la lui fit saillir : le lendemain ce cheval hennit en arrivant et Darius fut aussitôt salué roi.
(44) On dit qu'autrefois. Cette histoire se trouve dans JElien (De nat. anim. , liv. 4 , ch. 7) , qui a suivi Oppien dans la marche de son récit. Aristote, Pline et Antigonus Caryslius en font aussi mention et nous apprennent que le souverain auquel cette aventure arriva était roi de Scythie, mais aucun auteur ne l'a nommé.
(45) Les chevaux d'Ioérie. Les anciens donnaient le nom d'Ibérie à deux contrées fort différentes et fort éloignées l'une de l'autre, à l'Espagne, ou plutôt à sa partie méridionale, qui s'étend depuis les colonnes d'Hercule jusqu'au fleuve Ibérus (l'Èbre); la seconde Ibérie était située entre la Colchide et l'Albanie : c'est la province que nous appelons aujourd'hui Géorgie.
(46) Ils font résonner la plaine. Oppien fait connaître par ce trait la bonté du pied des chevaux d'Ibérie, car, suivant la remarque de Xénophon, le bruit que fait le cheval en courant est une preuve de la bonté de ses pieds. La comparaison suivante est tirée du poëme des Bassariqucs de Dionysius de Samos
(47) Le coursier de Nisée. Il y eut deux villes célèbres dans l'antiquité qui portèrent le nom de Nisée, l'une située en Atlique au-dessous de Mégare , l'autre en Asie dans la Médie : c'est de cette der-
NOTES
mère dont il s'agit ici. Ses chevaux passaient pour les plus beaux et les meilleurs de l'univers : elle nourrissait dans ses plaines un haras si nombreux que du temps d'Alexandre il se montait à cinquante mille chevaux ; auparavant il était bien plus considérable. Ces chevaux étaient destinés au service des rois de Perse et à celui de leurs favoris, auxquels ils accordaient la permission d'en user. Le présent d'un tel cheval était si estimé que Lucien , en parlant de l'historien Ctésias, qui avait été médecin d'Artaxerce, roi de Perse , dit que l'on ne doit point attendre la vérité d'un historien qui espère recevoir en présent du roi de Perse la robe persane, un collier ou un cheval de Nisée.
(48) On les appelle orynges. On ne peut pas douter, d'après la description qu'Oppien fait de cet animal, que ce ne soit le même que le zèbre décrit par Buffon.
(49) Mais d'un ton plus bas. Le texte dit : « 0 mon génie ! descends maintenant dans le sentier des chiens.
(50) Dites quels sont ceux. Les anciens Grecs, c'est-à-dire ceux du temps de Xénophon, rappelaient à deux espèces générales toutes les espèces particulières de chiens propres à la chasse : la première était appelée castoride et la seconde alopécide. Castor, qui aimait beaucoup la chasse, avait dressé cette première espèce et lui avait donné son nom ; l'autre, produite, à ce que croyaient les Grecs, par une chienne et par un renard, portait le nom de cet animal. Mais les connaissances des Grecs s'accrurent depuis ; plusieurs auteurs suppléèrent à ce qui avait échappé aux anciens, et Xénophon le jeune, plus connu sous le nom d'Arrien, malgré la précaution qu'il a prise de se nommer dans son ouvrage, composa un traité sur les chiens de chasse, surtout sur les chiens gaulois, qui n'avaient pas été connus du premier Xénophon. Les poêles qui ont écrit avant ou après Oppien reconnaissent comme lui un grand nombre d'espèces de chiens de chasse .•
Mille canum patriae, ductique ab origine mores, Cuique sua,
dit Gratius (Cynëg., v. 154). Claudien (De Cons. Stilichonis, v. 297 et suivans) nomme avec des épithètes caractéristiques plusieurs espèces de chiens, et Pollux (Onom. liv. 5, ch. 1), donne une liste de ceux qui sont le plus estimés ; les amateurs peuvent la consulter.
Voici le portrait du chien tracé par Eldémiri : « Le chien semble former une classe intermédiaire entre les bêtes carnassières et les animaux connus sous le nom générique de bestiaux. Il tient des premières en ce qu'il se nourrit de chair, et des autres par ses mœurs et sa manière de vivre eu société avec
l'homme. On en distingue deux espèces , le chien domestique et celui qu'on nomme selouki du nom d'une ville de l'Arabie heureuse , mais ces deux espèces ont les mêmes caractères. On remarque que cet animal rêve durant son sommeil. La femelle est sujette à des écoulemens périodiques : elle porte soixante jours ou environ ; ses petits naissent aveu • gles , et leurs yeux ne s'ouvrent que douze jours après leur naissance. Le mâle sent les aiguillons de l'amour plutôt que la femelle : celle-ci peut être couverte à un an et quelquefois plutôt. Le nombre de ses petits et la variété de leurs couleurs répond au nombre des mâles qui l'ont couverte et à la couleur de leur poil. Le chien a l'odorat plus fin que tous les autres animaux : il suit très-bien à la piste; il préfère la charogne à la viande fraîche, mange des excrémens et retourne à ce qu'il a vomi. Il y a antipathie singulière entre le chien et l'hyène. Le chien a l'instinct de défendre son maître et de garder sa maison en son absence comme en sa présence, la nuit comme le jour. Il n'y a pas d'animal qui veille avec plus d'exactitude lors même qu'il est pressé par le besoin de dormir. Il dort plus ordinairement durant le jour, où sa vigilance est moins nécessaire : pendant son sommeil, il a l'oreille plus alerte au moindre bruit que le cheval, et il est plus difficile de le surprendre que la pie. Ses paupières demeurent toujours entr'ouverles et ne sont point repliées l'une sur l'autre parce que son sommeil est très-léger : cela vient de ce que sa cervelle est froide en comparaison de celle de l'homme.
» La sagacité de cet animal est si grande qu'il connaît les personnes d'un état distingué, les respecte et n'aboie point contre elles, tandis qu'il aboie contre les nègres et les gens pauvres ou mal vêtus et les écarte de son chemin. 11 témoigne son amitié par ses caresses et le mouvement de sa queue et s'attache si fortement à son maître que lorsqu'il l'appelle après l'avoir battu, il vient aussitôt à lui. Si l'on joue avec lui, il mord doucement sans faire aucun mal ; ses dents sont si fortes qu'elles peuvent serrer une pierre et la retenir. Le chien est susceptible d'instruction. Il en est que l'on accoutume à tenir un chandelier sur leur tête sans se remuer même pour prendre la nourriture qu'on leur jette jusqu'à ce qu'on le retire. Cet animal dans certains temps est sujet à la mélancolie.
» Un écrivain arabe raconte l'aventure suivante : « Un voyageur passant proche d'un bourg vit un tombeau d'une construction magnifique sur lequel était gravée cette inscription : « Si tu désires savoir à quelle occasion ce monument a été élevé, entre dans le bourg voisin .- c'est là que tu l'apprendras. »
» Il y entra en effet, mais il ne se trouvait personne qui pût satisfaire sa curiosité; enfin on l'adressa à un vieillard âgé de plus de deux cents ans qui lui raconta l'histoire suivante, qu'il disait tenir
SUR LA CHASSE DOPPIEN
(le son père : « Un roi de ce pays, lui dit-il, avait un chien qui ne le ne quittait jamais ; il avait aussi une jeune esclave muette et entièrement percluse des deux jambes. Il sortit un jour pour se promener dans un de ses jardins et fit attacher le chien, ne voulant pas qu'il le suivît. Pendant son absence, son cuisinier lui prépara un mets fait avec du lait, suivant l'ordre qu'il lui en avait donné, l'apporta dans l'endroit où étaient l'esclave et le chien et l'y laissa sans couvrir le vase. Lorsqu'il se fut retiré, un énorme serpent s'approcha du vase, et après avoir bu, il y rejeta ce qu'il avait pris et se retira. Le roi, étant de retour, se disposait à prendre son repas et ne comprenait rien aux signes que l'esclave faisait pour l'empêcher de toucher *au mets qu' on lui avait apprêté : le chien commença alors à aboyer en poussant des hurlemens affreux et à s'agiter dans sa chaîne avec tant de violence qu'il semblait prêt à s'étrangler. Le prince, supris de cette fureur, le fit détacher, et aussitôt le chien sautant sur sa main fit tomber le morceau qu'il portait déjà à sa bouche. Il voulait le faire battre à coups de fouet, mais l'animal enfonça sa tète dans le vase qui était devant le prince et n'eut pas plutôt goûté de ce qui était dedans qu'il fut renversé par terre et sa chair tomba en morceaux. Le roi comprit alors par les signes de l'esclave tout ce qui était arrivé. Il punit le cuisinier qui avait laissé le vase découvert et fit jeter ce qui était dedans ; en même temps il donna ordre d'enterrer le chien , d'élever ce monument sur le lieu de sa sépulture et d'y graver l'inscription que vous avez lue. »
» On rapporte aussi ce trait remarquable d'un chien qui appartenait à un habitant de Bagdad. Cet homme, qui s'amusait à élever des chiens et à les dresser, en avait un auquel il était plus particulièrement attaché. Comme il sortait un jour de grand matin pour quelque affaire, ce chien le suivit et ne voulut point le quitter, quelque chose qu'il fît pour le renvoyer. Chemin faisant, il passa dans un lieu où demeuraient plusieurs de ses ennemis : ceux-ci profitèrent de ce qu'il était sans armes pour l'attaquer; ils se saisirent de lui, l'emmenèrent dans leur maison , le firent mourir et jetèrent son corps dans un puits dont ils bouchèrent l'ouverture. Le chien , qui les avait suivis , avait été témoin de tout ce qui était arrivé : ils le maltraitèrent et le mirent dehors. Aussitôt il retourna chez son maître en aboyant, mais on n'y fit aucune attention. La mère de celui qui avait été assassiné , voyant que son fils ne revenait point, ne douta pas qu'il ne fût péri, et après s'être acquittée de ce qu'elle devait à sa mémoire, elle chassa de sa maison tous les chiens qu'il élevait. Celuici ne voulut point s'éloigner et demeura près de la porte. Un jour qu'il était couché en cet endroit suivant sa coutume, un des assassins de son maître vint à passer; il l'aperçut, et sautant sur lui, il lui déchirait les jambes avec ses griffes et le mordait.
En vain cet homme faisait effort pour se débarrasser, il ne pouvait y réussir, non plus que les passans qui étaient accourus à son secours. La mère de celui qui avait été tué entendant un grand tumulte sortit pour voir quelle en était la cause ; elle vit un des gardes de la porte de la ville qui s'était approché et disait : « Sans doute ce chien n'attaquerait point cet homme s'il n'avait quelque sujet de haine contre lui. » Cette femme , frappé? de ces paroles et de la fureur avec laquelle le chien tenait cet homme, le regarda attentivement et le reconnut pour un des ennemis de son fils ; elle soupçonna que c'était peut-être lui qui l'avait fait mourir et ne voulut point le laisser aller : on les conduisit donc devant le calife Radhibillah, et elle l'accusa en sa présence du meurtre de son fils. Le calife l'envoya en prison après l'avoir fait battre de verges sans qu'il se fût avoué coupable. Le chien le suivit et demeura à la porte de la prison ; quelques jours après , le calife fit mettre le prisonnier en liberté. Il ne fut pas plutôt sorti de la prison que le chien le saisit de nouveau comme il avait fait la première fois. Cet acharnement causa une grande surprise à ceux qui en furent témoins , et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'on parvint à le délivrer. Le calife, informé de ce fait , donna ordre de laisser aller l'accusé et chargea un de ses officiers de le suivre et de mener le chien avec lui. Quand il fut rentré chez lui, l'officier du calife se hâta de le joindre et y entra aussi avec le chien, mais quelque perquisition qu'il pût faire, il ne vit aucune trace du crime. Le chien cependant aboyait et cherchait avec inquiétude aux environs du puits où les meurtriers avaient jeté le cadavre : on en donna avis au calife , qui ordonna de rouvrir le puits. Cet ordre fut exécuté et on y trouva le cadavre. Le maître de la maison, arrêté et conduit devant le prince, avoua son crime et déclara ses complices : il fut mis à mort ; les autres s'enfuirent et on ne put pas découvrir le lieu de leur retraite. »
» Le chien est sujet à la rage1, maladie qui est une espèce de folie accompagnée de fureur. On connaît l'animal qui en est atteint aux symptômes suivans. Ses yeux rougissent, sa vue s'obscurcit, ses oreilles deviennent flasques et pendantes , la langue lui sort de la bouche, sa salive est très-abondante et il coule une humeur de ses narines ; il a la tête penchée, le milieu du dos relevé en bosse , l'épine du dos contournée et la queue toujours entre'les jambes ; il marche avec un air triste et craintif , on dirait qu'il est ivre. Quoique pressé de la faim et de la soif, il ne mange ni ne boit, et s'il voit de l'eau, il s'en éloigne avec fureur, quelquefois même il en meurt d'épouvante. Aperçoit-il quelque objet qui l'effraie, il saute dessus sans abover. Les autres chiens évitent sa ren-
1 Le nom de cette maladie dans la langue arabe est dérive de celui du chien ; kelb signifie un chien, et kéleb.\aru»Q.
NOTES
contre, et s'il approche d'eux, ils remuent la queue et tremblent devant lui. Dans cet état, il attaque les hommes.
» Celui qui a été mordu par un cnien enragé tombe dans un état effrayant. Une des suites les plus funestes de sa maladie, c'est qu'il craint l'eau au point de se laisser mourir de soif plutôt que d'en approcher ; il ne cesse de demander à boire, et lorsqu'on lui en présente, il ne veut point y toucher. Quand cette maladie a fait de grands progrès, on trouve dans l'urine du malade des matières qui ont la forme de petits chiens.
» L'auteur du livre intitulé Abrégé de médecine distingue deux espèces de maladies connues sous le nom de kéleb. Il dit que l'une est une sorte de lèpre à laquelle sont sujets le chien , le loup, l'hyène , le chacal et le renard, et que l'autre est un genre de folie dont les chiens sont attaqués et qui leur donne la mort; il ajoute que la morsure du chien malade est mortelle pour tous les animaux , excepté pour l'homme, qui peut en guérir. L'âne et le chameau sont aussi sujets à cette maladie.
» Alkazonini dit, dans son livre des Merveilles de la nature , qu'il y a dans un village du territoire d'Alep un puits, nommé le puits de la rage, dont les eaux guérissent les personnes mordues par des chiens enragés ; ce puis est très-fameux : « J'ai appris, ditil, d'un des habitans du lieu que ces eaux ne procurent la guérison que lorsqu'on en boit dans les quarante jours après l'accident , et j'en ai vu moi-même l'effet sur trois personnes qui, ayant été mordues par des chiens enragés, burent de cette eau : deux furent guéries, mais la troisième, qui n'en but que plus de quarante jours après sa blessure, en mourut. Ce puits fournit à la boisson des habitans. »
» Les chiens de l'espèce nommée sélouki ont cela de particulier que lorsqu'ils sentent de près comme de loin l'odeur d'une gazelle, ils discernent si elle vient devant ou derrière eux et savent distinguer le pas du mâle de celui de la femelle ; ils connaissent aussi si un homme est véritablement mort ou s'il fait semblant de l'être.
» Les Grecs n'enterrent point un mort qu'ils ne se soient assurés s'il l'est en effet par ce moyen. Ils font approcher du mort un chien de celte espèce et connaissent par la manière dont il le flaire s'il est vivant ou mort. Quelques-uns disent que cette propriété n'appartient qu'au chien qu'on nomme Tîolthi ou chien chinois et qui est une variété du sélouki , dont le corps est petit et les jambes extrêmement courtes. La femelle du sélouki est plus aisée à dresser que le raâle; c'est le contraire du fahd ou loup cervier.
» On lit dans l'Alcoran cette expression proverbiale : « Semblable au chien, ii aboie, soit qu'on l'attaque, soit qu'on le laisse tranquille1. » On attribue
1 Cor., cli. 7, v. 175.
aussi à Mahomet cette sentence : « Celui qui reprend ce qu'il a donné est comme le chien qui retourne à son vomissement. »
» Les Arabes ont plusieurs façons de parler prises des qualités de cet animal, telles que celles-ci : «Plus avare, plus docile, plus impudent, plus bas, plus reconnaissant qu'un chien. » Ils ont encore un proverbe qui signifie à la lettre pisser plus souvent qu'un chien et qui peut s'entendre dans le sens littéral ou signifier une nombreuse postérité, car le mot qui désigne celte action dans le langage des Arabes indique dans le style figuré l'opération par laquelle les animaux se reproduisent, comme on le voit dans l'histoire du calife Abdelmelic ben Meronan. Il rêva qu'il était dans le sanctuaire où le prophète avait coutume de faire sa prière et qu'il profanait la sainteté de ce lieu en satisfaisant à ce besoin naturel ; ce songe s'étant répété jusqu'à quatre fois, l'interprète qu'il consulta lui répondit qu'il signifiait que quatre de ses enfans recevraient la couronne après lui. Cette interprétation se vérifia par le règne consécutif de ses quatre fils, Wélid, Soliman, Hescham et Yezid.
» On se sert aussi de ces expressions figurées : « Engraissez votre chien, il vous mordra; laissez jeûner votre chien, il vous suivra. » La première revient à celle-ci : « Méfiez-vous de celui à qui vous aurez rendu quelque service ; » l'autre indique la conduite que l'on doit tenir vis-à-vis des gens qui n'ont que des sentimens bas et intéressés.
» Les Arabes disent encore : « Lâchez le chien contre le cerf, c'est le moyen d'être tranquille, » c'est-àdire « Laissez les hommes bons ou méchans se disputer entre eux, et pour vous prenez le chemin de la paix et du salul ; » ou bien : « Si l'occasion favorable se présente, saisissez-la et ne la négligez pas. »
(Si) Les chiens de Péonie. Ces chiens forts et vigoureux ne servaient pas seulement à la chasse , on les dressait à la guerre aussi bien que ceux de Magnésie. Les anciens, comme nos aïeux les Gaulois , avaient l'usage barbare d'instruire les chiens à déchirer les hommes. Pline (H. nat., liv. 8, ch. 40) : « Propter bella Colophonii ilemque Cartabalenses cohortes canum habuere ; eœ primœ dimicabanî in acie nunquam detrectantes. » Au surplus ces chiens sont ceux de Pannonie ; c'est ainsi qu'il faut traduire au lieu de Péonie.
(52) D'Jusonie , c'est-à-dire d'Italie, principalement ceux de Toscane, qui étaient les plus célèbres. IVémésianus en parle dans son Cynégéticon, v. 231.
(53) De Lacédémone. Ces chiens étaient fort vantés chez les anciens à cause de leur vélocité et de leur courage. Aristote observe que la femelle de cette espèce et celle des chiens molosses sont d'un caraetète plus heureux que le mâle, et suivant le même auteur,
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les chiens nés d'un mâle molosse et d'une mère de Laconie l'emportent sur les autres par leur courage. Les chiens de Laconie passaient pour avoir le flaire excellent, puisque Sophocle {Ajax Mast. , v. 7) compare Ulysse , qui observe toutes les démarches d'Ajax, au chien de Laconie qui suit le gibier à la piste. — Celtes, c'est-à-dire gaulois. Les anciens n'ont connu ces chiens qu'un peu tard. Xénophon n'en parle point, ce qui a engagé Xénophon le jeune, autrement Arrien , à faire son Traité de la chasse , comme il le dit lui-même au ch. 2. Gratius parle des chiens celtes déjà célèbres de son temps , qui était celui d'Auguste (Cynég., v. 156) :
Magnaque diversos extollit gloria Celtas
Mais il est douteux que les chiens dont Gratius parle soient les chiens gaulois, et Ulitius, commentateur de ce poêle, ne le croit pas; il ne croit pas non plus que ceux dont parle Xénophonle jeune soient les véritables chiens gaulois, mais il se trompe à cet égard. Ce Xénophon, au ch. 3, dit que ces chiens s'appelaient Egousiai du nom d'un peuple de la Gaule : or ce nom est celui des Segusiani , habitans de la Bresse {Voyez César, De bello gall., liv. 7, p. 332, edil. varior), ou de, Grenoble, suivant Henri Estienne (Schediasma 2 , liv. 4). A l'égard de la forme et du caractère de ces chiens , Xénophon ou Arrien nous apprend qu'ils sont velus, désagréables à l'œil, que les meilleurs sont les plus laids , que leur voix est plaintive , et que quand ils rencontrent la trace de la bête, ils la suivent, non pas avec colère comme les autres, mais en jetant des aboiemens douloureux. Il est une autre espèce de chiens gaulois ; ils excellent pour la course ; on les appelle vertraga dans la langue du pays, nom qui exprime leurs qualités, suivant Arrien : ceux-là sont beaux , tout est agréable en eux, les formes du corps , les yeux , le poil , la couleur. Nous avons encore ces deux espèces : la première est celle des chiens moutonnés, différens des barbets, et dont les chasseurs font un grand cas ; la seconde est celle de nos chiens courans ordinaires.
Cretois. iElien, dans son Traité sur la nature des animaux, fait ainsi le portrait du chien de Crète : « 11 est léger, saute facilement, comme étant élevé dans les montagnes. » Il est rapide à la course, a le flaire excellent, suivant Arrien, ch. 3.
(54) Les Amorgéens. C'est-à-dire de l'île Amorgo, l'une des Cyclades.
(55) Les Molosses aux yeux brillans. La force, le courage et même la férocité forment le caractère de ce chien, dont iElien dit : « Le chien molosse est le plus colère de tous les chiens, comme les hommes de ce pays sont les plus colères de tous les hommes. » (Voyez De nat., an. liv. 3, ch. 2, et liv. 12, ch. 20.) Cette race descendait , selon les poêles , d'un chien d'airain que fabriqua Vulcain ,
qu'il anima et dont il fit présent à Jupiter. Ceîui-ei le donna à Europe , Europe à Minos, Minos à Procris , Procris à Céphale. (Voyez Pollux , Onom. liv. 5 , seg. 39.) Au surplus les naturalistes s'accordent assez à reconnaître notre mâtin dans le chien molosse.
(56) Les amours de la murène et de une fable de l'antiquité.
vipère sont
(57) Caressent à coups de pied. C'est de cette manière que les chevaux font l'amour ; on est même obligé de les déferrer alors pour qu'ils ne se blessent pas.
(58) Chevauchent. Le grec porte ephippeuousi et il m'a été impossible de traduire autrement
(59) Et des rapports plus marqués. « Junge pares, » dit Gratius, v. 263,Némésianus, v. 114: «ffuic parilem submitte marem , » et dans les Gêoponiqucs, livre 19, ch. 1 : « Unissez un mâle et une femelle de nature et de taille semblables , et prenez garde que des chiens sortis d'une même mère ne s'accouplent ensemble. »
(60) Toutefois les races excellentes. Cette opinion n'est pas juste. Le véritable moyen de perfectionner les races , c'est de les croiser.
(61) Un beau chien. Il semble qu'Oppien n'ait fait ici que mettre en vers la description que Xénophon fait du chien courant (p. 570, ligne 41). Je vais la traduire afin qu'on puisse la comparer à celle de notre poëte et faciliter en même temps l'intelligence de ce morceau, que le«traducteur latin a singulièrement défiguré : « Il faut d'abord au chien une tête longue, mais légère, camuse, nerveuse, et dont les muscles soient fortement prononcés dans la partie inférieure du front. Ses yeux doivent être noirs et brillans, son front sera large et grand, la séparation des sourcils profonde ; que ses oreilles soient petites, unies et minces à leur extrémité ; qu'il ait un cou long, flexible, arrondi, une poitrine large el'fournie à l'endroit où elle quitte les épaules, les omoplates peu distantes; à l'égard des pattes, celles de devant courtes, droites, arrondies et nerveuses; que les jointures en soient saillantes ; les côtes doivent être peu rentrées et tournées obliquement à leur extrémité; ses reins peu charnus ne seront ni trop longs m trop courts , mais entre deux ; les flancs ne doivent être ni gras ni desséchés , les cuisses seront arrondies et charnues par derrière, bien ouvertes en haut , en dedans elles joindront les flancs. » Xénophon veut encore aux chiens une queue droite qui batte sur les cuisses, peu rude au toucher et dont le poil crie sous la main . C'est ainsi du moins que j'explique ces moia :
NOTES
auras maltras, orthas, liguras, mêriaias, me skieras. J'ai rassemblé dans mes notes latines d'autres descriptions que l'on peut encore comparer à celle-ci.
Des prunelles d'un bleu tendre. « Les yeux du chien, selon Arrien,ch. 4, doivent être grands, élevés , nets , brillans et d'un regard imposant. Les meilleurs sont ceux en qui l'on voit briller plus de feux et qui lancent des éclairs comme ceux des panthères, des lions et des lynx. Les yeux noirs n'ont que le second rang; on peut placer au troisième les yeux bleus {ta charôpa), car ces yeux ne sont point un mauvais signe dans les chiens , surtout lorsqu'ils sont clairs et vifs. » Arçien dit ensuite, au ch. 5, qu'il avait un chien dont les yeux étaient de cette couleur et qui 'avait d'excellentes qualités ; il était si vif à la course et si ardent à la chasse qu'il pouvait prendre quatre lièvres par jour. Ces grands talens, la douceur de son caractère et son attachement pour son maître lui ont mérité, au jugement de celui-ci, que son nom parvînt à la postérité , qui saura , dit-il, que Xénophon l'Athénien (véritable nom d'Arrien) avait une chienne appelée Hormé, d'une vitesse extrême, parfaitement instruite et consacrée aux dieux.
(62) Il en est d'autres. Ceux-ci nous sont connus sous le nom de dogues de forte race, ou bouldogues, comme les appellent les Anglais, c'est-à-dire chiens à taureaux. Il est probable qu'Oppien indique ici la race des chiens d'Albanie et de l'Inde , célèbres dans l'antiquité pour leur force et leur valeur, iElien dit de ces chiens, comme notre poëte, qu'ils bravent toutes les bêtes féroces , combattent contre les lions , répondent à leurs rugissemens en aboyant, soutiennent leur assaut, leur rendent morsure pour morsure, et sont quelquefois vaincus, quelquefois vainqueurs. Le même auteur dit encore qu'ils excellent à découvrir la trace des bêtes fauves , que les tigres s'accouplent avec eux , et qu'à la troisième génération , il en résulte des chiens assez doux pour être apprivoisés. Celte opinion fabuleuse se retrouve dans Aristote (Hist. an. , liv. 8 , eh. 38), mais ce philosophe ne la croyait pas. Strabon parle aussi de ces chiens de l'Inde, qui sont , dit-il (livre 15, p. 481), d'un courage et d'une force surprenans. Alexandre en reçut cent cinquante en présent de Sopithès , roi d'Albanie ; il en fit combattre deux contre un lion , qu'ils vainquirent. Xénophon ( Cyneg. p. 579) recommande ces chiens pour chasser le sanglier.
(63) Ne permettez jamais. Cette opinion de notre po'ëte est mal fondée , et contraire à ce qu'enseigne Xénophon, Cyneg. ,p. 576, où il dit expressément: « Lorsque les chiens sont nés, il faut les laisser sous la mère ; car les soins d'une étrangère ne font point profiter ; mais le lait des mères , leur haleine ,
leurs tendres caresses, sont très-favorables. » Arrien est aussi du même sentiment.
(64) Donnez à vos chiens. Ceci est encore pns de Xénophon l'ancien , qui donne pour exemple une liste de quarante-sept noms de deux syllabes.
(65) Le silence. Remarquez la douceur de cette transition, qui est des plus heureuses.
(66) Les plantes desséchées. Le texte dit: « Les plantes et les fleurs vieillissent. »
(67) Il est une espèce. A la seule description de ces chiens, j'ai reconnu nos bassets, et je ne sais comment Bodin et Rittershuis ont pu y voir les dogues d'Angleterre.
(68) Les peuples sauvages de la Bretagne. Les anciens habitans de l'Angleterre se peignaient le corps avec le jus d'une herbe que les Grecs appellent isatis , de laquelle on exprime un suc d'un jaune verdàtre. Cette plante est, je crois, la même que Yherba lutea de Dalechamp, en français la gaude ou l'herbe aux teinturiers. Les Latins la nommaient vitrum, comme on le voit dans ce passage de César (De bello gall., liv. 5, p. 1 7 1 , edit. variorum): « Omnes verô se Britanni vitro inficiunt quod cœruleum efjicit colorent, alque hoc horribiliori sunt inpugna adspectu. » De là ces peuples ont été appelés Pietés par les Romains.
(69) Les nomment Agasses. Guill. Cambden, dans son Histoire d'Angleterre, p. 190, prétend que ces chiens sont les mêmes que les Anglais appellent aujourd'hui a gase hond. Mais M. Schneider doute beaucoup que l'article a soit aussi ancien dans la langue anglaise.
CHANT SECOND
(1) Chez les mortels, le héros qui trancha. Xénophon , que notre auteur a pris pour guide lorsqu'il attribue l'invention de la chasse aux centaures, Xénophon, dis-je, ne nomme point Persée au rang des premiers chasseurs, et j'ignore d'où Oppien a pu tirer'la tradition qu'il suit ici. Selon Xénophon, les dieux Apollon et Diane, pour récompenser Chiron de son amour pour la justice, lui communiquèrent l'art de la chasse ; il eut pour élèves dans cet art Céphale , Esculape , Mélanion , Nestor, Amphiaraiis , Pelée , Télamon et plusieurs autres parmi lesquels on ne voit point le nom de Persée. Les premiers inventeurs de la chasse furent les Phéniciens , si nous en croyons le récit de Sanchoniaton rapporté , d'après la traduction grecque de Philon de Biblos, par Eusèbe de Phamphilie {Préparation évangê-
SUR LA CHASSE DOPPJEN
îique, liv. i,p. 35) : « Longtemps, dit-il, après la naissance d'Hypsuranius naquirent Agrée etHaliée, inventeurs de la pêche et de la chasse. C'est d'eux que les pêcheurs et les ehasseurs ont tiré leur nom. » On admirera sans doute la conformité qui se trouve entre ces deux noms prétendus phéniciens et les noms grecs aîieis et agreutai ; elle me servira peut-être à prouver quelque jour que ce récit de l'antique Sanchoniaton n'est qu'un roman de Philon adapté à certaines circonstances et inventé pour déprimer les Grecs, qui s'attribuaient une trop haute antiquité et l'invention des sciences. Selon le poëte Nonnus (Dionysiaques, liv. 5, p. 152), Aristée fut l'inventeur de la chasse , des filets , des fourches et de l'art de suivre les bêtes à la piste. (Voyez dans les notes latines le passage de ce poëte.) Les Cretois s'attribuaient aussi cette invention. (Diodore de Sicile , livre 5, p. 334.)
(2) Les Oryx. Espèce de chèvre sauvage dont nous parlerons par la suite.
(3) Méléagre , qui tua le sanglier de Calydon. [Voyez son histoire dans Homère, Iliade, liv. 9, v. 530.) Atalante l'accompagnait à cette chasse et porta la première blessure au sanglier. (Voyez les mythologues.)
(4) Les héros qui les premiers frayèrent les sentiers de la chasse. Le grec dit: « qui furent les conducteurs de la chasse. »
(5) Autant un doux sommeil. Imitation de ces beaux vers de Virgile :
Quale sopor fessis in gramine , quale per œstum Dulcis aquœ saliente sitim restinguere rivo.
(Eclog. 5,V. 16.)
(6) Chantons ces fréquens et terribles combats. Tout ce morceau est imitation du 3e livre des Géorgiques.
(7) Les taureaux de Phrygie. Oppien leur attribue deux caractères principaux , d'avoir une éminence ou bosse sur le dos et de remuer les cornes à volonté. Ce second caractère est suspect, quoique indiqué par d'autres auteurs, tels qu'Aristote (Hist. anim., livre 3 , ch. 9) , Antigonus Carystius (Mirabilium synagoge , ch. 81), et Mien (De anim., liv. 2, ch. 20), lequel dit la même chose des taureaux d'Erythrée. A l'égard du premier caractère , c'est celui de plusieurs autres espèces de taureaux , principalement du zèbre décrit par M. de Buffon, t. 5, p. 119. Mais cette dernière espèce est trop petite pour convenir à la description de notre poëte; cette description s'accorde bien mieux avec celle que Pline nous a laissée des bœufs de Syrie et de Carie
(livre 8, ch. 45) : « Syriacù non sunt palearia, sed gïbber in dorso. Carici quoque in parte Asiœ fœdi visu , tubere super armos eminente , luxatis cornibus, excellentes in opère narrantur-, cœtero nigri coloris candidive ad laborem damnantur. » Sans pouvoir rien affirmer de précis sur ces taureaux, il paraît qu'on peut les rapprocher de l'espèce du bison et du bonasus décrit par Aristote au livre 9, ch. 45 de Y Histoire des animaux, et dont nous parlerons bientôt.
(8) Ceux d'Jonie. Les caractères qu'Oppien donne à ces animaux, l'ongle d'une seule pièce, la corne unique qui croît au milieu de leur front , annoncent que ce ne sont point des taureaux mais des licornes ou monocéros, animaux fabuleux, dont ce pendant plusieurs auteurs ont assuré l'existence et décrit la forme. Strabon, d'après Onésicrite, les ap pelle ippous monokerôlas elaphorkranous (chevaux à tête de cerf et qui n'ont qu'une seule corne). Cet animal, dont les pieds ont vraisemblablement été mal observés par les anciens, paraît être le même que celui dont parle César (De bello gallico, liv. 6, page 246) : « On trouve, dit-il, dans les forêts de Germanie un bœuf qui a la forme du cerf et est monocorne, c'est-à-dire que ces cornes réunies en une seule pièce depuis la racine, s'élèvent en droite ligne audessus de son front, et à une certaine hauteur se partagent en deux rameaux fort étendus. » Je pense que c'est le renne que César veut décrire en cet endroit- Ce quadrupède, aujourd'hui retiré dans les forêts du Nord, habitait autrefois celles de la Germanie, selon M. de Buffon (t. 5, p. 232). Pline (Histoire naturelle, livre 8, ch. 21) reconnaît, comme Oppien, des bœufs solipèdes et qui n'ont qu'une corne; mais il leur donne, ainsi que Strabon cité ci-dessus, l'Inde pour patrie :-« In Indiâ et boves solidis ungulis unicornes. » D'où je pense qu'il faut lire dans Oppien oi Indoi au lieu d'Jonioi qu'on lit aujourd'hui et à' ai Onoi que propose Bochart (p. 932 de son Hierozoicon) sans faire attention que ce mot, dont la première syllabe est brève , rompt la mesure du vers. Ces taureaux de l'Inde me paraissent avoir beaucoup de rapport avec la description que Pline (liv. c.) fait du. monocéros; et cetle description appartient par plusieurs traits essentiels au rhinocéros. Quoi qu'il en soit, on sera peut-être curieux de savoir quelle était chez les anciens la chasse du monocéros. Jeanïzetzès, dans ses Histoires (chiliade 5, v. 398), nous a conservé une description ue cette chasse que peut-être il a prise dans le 5e livre du poëme d'Oppien. Comme ce livre est perdu , je vais traduire le passage de Tzetzès : « Le monocéros porte une corne sur le milieu du front. Cet animal aime passionnément les odeurs. On le chasse de cette manière. Un jeune homme déguisé en fille, exhalant l'odeur des parfums les plus exquis, va se placer dan»
GfM
NOTES
les lieux fréquentés par ce quadrupède. Les chasseurs se tiennent en embuscade à peu de dislance. L'odeur des parfums attire bientôt le monocéros auprès du jeune homme; il le caresse. Celui-ci lui couvre les yeux avec des gants de femme parfumés. Les chasseurs accourent à l'instant , saisissent l'animal sans qu'il fasse de résistance , lui coupent sa corne, qui est un excellent alexipharmaque , et le renvoient sans lui faire d'autre mal. »
(9) Que produit la Cher sonnés e. Les anciens géographes reconnaissent cinq Chersonnèses : celle du Péloponèse, celle de Thrace, celle de Tauride, la Cimbrique, et la Chersonnèse d'or située dans la presqu'île méridionale de l'Inde, que nous nommons aujourd'hui presqu'île de Malaca. Mais outre ces cinq Chersonnèses , on donnait encore ce nom à la ville d'Apamée en Syrie , parce qu'elle était environnée en forme de péninsule parle fleuve Orontès. Plus anciennement elle portait le nom de Phamace; elle prit ensuite celui de Pella , d'une colonie macédonienne sortie de l'ancienne Pella , qui vint s'y établir. Elle reçut depuis le nom de Chersonnèse, et enfin celui à'Apamée. C'est Strabon qui nous apprend tous ces détails au 16e livre, p. 517, de sa Géographie.
(10) Mènent une 'oie sauvage. La description qu'Oppien fait de ces taureaux me ferait penser qu'il désigne ici les buffles si M. de Buffon n'assurait d'une manière précise que cette espèce était absolument inconnue aux anciens , quoiqu'elle soit aujourd'hui très-commune en Grèce et en Italie (t. 5, pages 45 et 51). Cependant en comparant les traits sous lesquels M. de Buffon a peint le buffle et ceux dont Oppien se sert pour caractériser les taureaux de Syrie, on est frappé de la vive ressemblance qui se trouve entre ces deux tableaux : c'est la même nature , la même forme et surtout le même caractère indomptable. Je voudrais que M. de Buffon nous eût appris comment il a pu se faire que ces animaux , communs en Grèce et en Italie , aient pu être inconnus aux anciens habitans de ces contrées. Il faut encore rapprocher des taureaux de Syrie d'Oppien celui que César décrit sous le nom à'urus au livre 6 De bello gallico , p. 218 : « li sunt magnitudine paullo infra elephantos, specie et colore et figura tauri; magna vis eorum, magna velocitas. » Puis il ajoute « qu'ils attaquent indifféremment tout ce qu'ils rencontrent, hommes ou animaux; qu'ils sont indomptables et ne peuvent s'apprivoiser, les élevât-on dès la plus tendre jeunesse : leurs cornes diffèrent de celles des autres taureaux par la grandeur, la forme et la nature. » Cet animal ne peut être ni le bison d'Oppien ni le bonasus d'Anstote , car il n'a pas cette crinière qui fait le caractère principal du bison. César n'aurait pas
manqué ce dernier coup de pinceau , sans lequel îe portrait de l'animal était imparfait. N'est-ce que notre taureau ordinaire dans l'état de nature? Non : celui-ci se révolte contre le joug, le nôtre s'accoutume insensiblement à le porter. Ce caractère indomptable , qui est essentiellement celui des buffles , me fait penser que ce sont eux qu'Oppien a décrits sous le nom de taureaux de Syrie et César sous le nom à'urus.
(il) Les amena jadis d'Ëurythie. Ancien nom de Cadix. L'enlèvement des bœufs de Géryon est raconté par Apollodore au 3e livre de sa Bibliothèque mythologique.
(12) Aux pieds du mont Emblon. Le nom de cette montagne et celui du mont Dioclès sont inconnus aux géographes anciens. M. Schneider pense que le Dioclès est le même que le Liban, et Y Emblon le mont Casius en Séleucie.
(13) L' Orontès toujours débordé. Ce fleuve s'appelait plus anciennement Typhon et devait ce nom , selon les poètes , au géant Typhon changé en serpent sur ses bords par Jupiter ; ensuite il prit le nom <X Orontès, d'un certain Orontès Indien dont le corps fut trouvé dans le fleuve. {Voyez cette histoire dans Pausanias, Arcadie, p. 261.) Eustathe, sur Denis Périégètes, v. 919, prétend que TOrontès fut ainsi appelé par l'empereur Tibère et qu'il se nommait auparavant Dracon. Mais il paraît qu'Eustathe se trompe , car Pomponius Mêla, qui vivait bien des années avant Tibère , appelle le fleuve Orontès (liv. 1 , ch. 12, p. 78). Enfin selon Strabon (livre 16), le nom de Typhon que portait ce fleuve fut changé en celui d' Orontès du nom même de celui qui le premier y construisit un pont.
(14) De ce beau lac. Le grec dit: « De ce lac aux beaux cheveux , » par allusion aux roseaux dont il était couvert. Comme le poète l'a personnifié plus haut, il soutient ici la métaphore.
(15) Le noir rivage de la Syrie. Cette épilhète noir exprime simplement la fécondité. Hérodote (Euterpe, ch. 12) fait entendre que le rivage de la Syrie n'est pas noir, car il dit de celui de l'Egypte, qui l'était, qu'il ne ressemble ni à celui de la Lybie ni à celui de l'Arabie et de la Syrie.
(16) Franchissant les barrières de glace. A la lettre : « Rompant le frein blanc de Borée.-» Le poëte indique par là l'impétuosité du Danube lors de sa débâcle.
(l 7) Elles poussèrent un horrible cri. Cette expression pourra paraître bien hardie en français ap-
SUR LA CHASSE DOPPIEN
pliquée à des rives ; mais l'image m'a paru trop belle pour ne pas la conserver tout entière : c'est d'ailleurs une imitation de ce vers de Virgile (Géorg., liv. 3, v. 261) :
Scopulis Misa réclamant littora.
(18) Que l'époux de De'idamie. Achille.
(19) En langage du Permesse. A la lettre: « En chant de Pimplée. » Pimplée est une montagne de Thrace sur laquelle les Muses faisaient leur séjour aussi'bien que sur l'Hélicon. C'était la demeure ordinaire d'Orphée.
(20) On donne à ceux-ci le nom de bisons. Les naturalistes anciens qui ont parlé du bison le désignent tous par un caractère auquel il est impossible de se méprendre , cette crinière dont il est revêtu depuis le haut de la tète jusqu'au milieu du dos, qui retombe sur ses épaules et couvre son poitrail. C'est à ce caractère que Gesner, et d'après lui M. de Buffon, ont reconnu dans le bison le bonasus d'Aristote. L'opinion de ces deux illustres modernes et les preuves dont ils l'ont appuyée sont trop connues pour nous y arrêter davantage. {Voyez la description du bonasus au livre 9 , ch. 45 de Y Histoire des animaux d'Aristote , et dans l'excellente traduction que M. Camus vient de donner de cet ouvrage.)
(21) Telle la porte le lion. Aristote, au livre 2, ch. 1 de YHist. des an., compare aussi la chevelure du bonasus à la crinière du lion.
(22) Aussi subtiles que des langues de feu. C'est ainsi que j'entends puriglôchines, que M. Schneider dit ne point entendre. La disposition des cornes du bison est bien différente, selon Oppien, de celle observée par Aristote , qui dit expressément (De partib. anim., livre 3 , ch. 2) que les cornes de ces quadrupèdes sont courbées et inclinées l'une vers l'autre, de manière qu'elles leur sont inutiles pour se défendre. Mais cette disposition n'est pas un caractère essentiel , elle peut varier suivant les individus et selon les circonstances. L'auteur du traité De mirabilibus auscultât, dit que les cornes du bolinthus, le même animal que le bison, sont tournées en bas (kateslramména) et que leur pointe est voisine des oreilles. (Voyez la fig. du bonasus dans Gesner, p. 131.)
(23) Semblable à cet instrument. La lime. Je n'ai 'rien trouvé dans les auteurs sur l'àpreté de la langue du bison. En général les bœufs ont la langue fort rude.
On aurait lieu de me faire un reproche si je finissais l'article du bison sans rien dire de la manière
dont les anciens le prenaient à la chasse. Sans doute qu'Oppien en avait parlé dans le 5e livre de ce poëme ; mais comme ce livre est perdu , nous y suppléerons par un passage de Pausanias tiré de la description de la Phocide ( page 828 , édition de Kuhnius). Je ne me sers point de la traduction de l'abbé Gédoin : « Le bison, dit-il, est de tous les animaux féroces le plus difficile à prendre vivant ; les filets ne sont point assez forts pour résister à son impétuosité. Voici de quelle manière on le chasse. Après avoir trouvé un terrain qui a de la pente et qui descend dans une cavité, les chasseurs commencent par l'environner d'un rempart solide ; ensuite ils étendent sur ce terrain, à l'endroit où il monte et jusqu'à celui où il devient uni, des peaux nouvellement écorchées : si l'on n'en a pas , on se sert de peaux sèches que l'on rend glissantes en les humectant avec de l'huile. Après cela ceux des chasseurs qui sont meilleurs Gavaliers poursuivent les bisons et les poussent vers cette enceinte. Ces animaux n'ont pas plutôt mis le pied sur les premières peaux qu'ils glissent sur le terrain incliné et tombent dans la cavité. On les abandonne là pendant trois ou quatre jours, et le cinquième, lorsque la faim et la fatigue ont épuisé leurs forces et dompté leur férocité, des hommes qui ont l'art d'apprivoiser, les bêtes sauvages leur présentent un fruit de pin greffé, dont auparavant ils ont ôté les petites enveloppes, car ces animaux ne voudraient pas alors goûter d'aucune autre nourriture ; enfin on leur passe des liens autour du corps et on les emmène. » C'est ainsi qu'on les prenait pour les faire combattre aux jeux du cirque.
(24) Le cerf. Son nez a quatre ouvertures. Cela est faux, et je ne sais dans quel auteur Oppien a puisé cette fable. Les narines du cerf sont larges et très-ouvertes.
(25) N'est arméque defaiblespointes.A la lettre : ((De pointes émoussées. » Aristote (Départ, anim., liv. 3, ch. 2) dit que les cornes du cerf lui sont plus nuisibles qu'utiles pour sa défense à cause de l'étendue.de leurs* rameaux.
Voici ce que dit Eldémiri du cerf, qu'il appelle aussi ayyil :
« Le bois du cerf ne commence à pousser que lorsqu'il a atteint i'âge de deux ans. Ses bois sont d'abord droits comme deux pieux ; à la troisième année ils se séparent en plusieurs rameaux et continuent à croître de la sorte jusqu'à l'âge de six ans : on dirait alors que ce sont deux arbres qu'il porte sur sa tête. Depuis cet âge il jette son bois tous les ans , et il en croît de nouveaux à la place ; quand le nouveau est formé, il s'expose à l'ardeur du soleil pour le durcir.
» Aristote dit que l'on prend cet animal en chantant. Tant qu'il entend chanter, il ne se laisse point
NOTES
aller au sommeil. Les chasseurs se servent de ce moyen pour l'occuper et le distraire ; ils s'approchent par derrière, et lorsqu'ils le voient tranquille et les oreilles pendantes, ils le prennent l. Ses bois sont solides et n'ont aucun creux dans l'intérieur. Il est peureux et poltron de son naturel ; il mange beaucoup de serpens et les avale toujours par la queue. Il jette ses bois tous les ans. Ceci arrive par une disposition particulière de la Providence, qui a prévu l'utilité que les hommes en retireraient : son bois en effet guérit toules'sortes de maladies, sert au soulagement des femmes enceintes , et facilite l'accouchement. Brûlé et pétri avec du miel, il chasse les vers du corps des enfans. Tout ceci est tiré des livres d'Aristote. L'ayyil est sujet à devenir très-gros et se retire alors dans des lieux déserts de crainte de tomber entre les mains des chasseurs 2.
» Un poète a dit en parlant de son amante : « Si je te fuis, ce n'est pas par un superbe dédain, et mon amour n'en est pas moins violent, quoique je détourne de toi mes regards : je te fuis comme l'animal qui tourne autour d'une source d'eau et n'ose en approcher parce qu'il sait qu'il y trouverait une mort certaine : dévoré par la soif, la crainte du trépas l'arrête, il se contente de la regarder de loin ; il détourne ses yeux avec un air d'indignation , et d'instant en instant il jette sur elle un coup d'œil d'amour et de passion. »
» Sur quoi le commentateur fait cette remarque : c'est du cerf que le poète veut parler. Cet animal mange des serpens durant les chaleurs de l'été, et cette nourriture lui cause une fièvre brûlante dont l'ardeur le porte à chercher quelque ruisseau. Mais sitôt qu'il trouve de l'eau, il s'abstient d'en goûter et tourne tout autour, se contentant d'en aspirer la vapeur. S'il buvait dans cet instant , l'eau venant à se mêler avec le venin qu'il a dans les entrailles lui causerait la mort. Ce n'est que lorsque le temps a dissipé le venin qu'il satisfait sa soif sans danger. « Ainsi, dit le poète, je m'éloigne de ta société, quelque peine qu'il en coûte à la violence de mon amour, comme cet animal s'abstient de l'eau qu'il désire passionnément par la crainte du trépas. »
» N. B. Les Hébreux se servaient de la même comparaison et exprimaient la force de l'amour par l'ardeur avec laquelle le cerf cherche une source d'eau. De là vient cette expression du psalmiste : « Quemadmodum desiderat cervus ad fontes aquarum, ita desiderat anima mea ad te Deus. »
» Voici le passage d'Aristote : « On prend, ait-il, les cerfs en chantant ou en jouant de la flûte : c'est le moyen dont on se sert pour les attirer et les surprendre. Tandis qu'un des chasseurs chante sans se cacher, un autre s'approche secrètement et le frappe par derrière au signal que lui donne son camarade. Si le cerf tient les oreilles droites, il entend très-bien et il est impossible de le surprendre ; mais s'il les lient baissées, on le lue facilement. (Aristote, Hist. anim., 1. 9.)
' Ceci est encore tiré d'ArUtote au môme chapitre ci-devant cité.
Il n'est pas vrai, comme l'enseigne Oppien, que la castration fasse tomber le bois des cerfs et les change en femelles. On ne peut cependant lui faire un reproche de paraître adopter cette fable : sa qualité de poëte est son excuse. Aristote a fait à l'égard de la mutilation du cerf cette judicieme observation , confirmée par l'expérience: « Un cerf coupé avant l'âge où le bois croît n'en aura jamais. Si son bois est déjà né, il demeure fixé à la hauteur qu'il avait alors, et ce bois ne tombe plus. (Hist. anim., liv. 9, ch. 50.) » Porphyre enseigne aussi la même doctrine dans son Traité de l'abstinence de la chair (liv. 5, p. 233) et compare les accidens que la castration occasionne sur les animaux à ceux qu'elle cause à l'espèce humaine ; d'où l'on voit que les anciens avaient sur ces objets des idées très-saines. Il ne faut pas, comme on ne le fait que trop souvent, accuser d'ignorance l'antiquité tout entière d'après les fables d'un poëte ou l'erreur de quelques écrivains.
La saisit et la presse avec ses pieds de devant. Que n'ai-je pu traduire « et la presse dans ses bras ; » mais notre langue ne s'élève pas à cette hardiesse : nous n'osons pas dire les bras d'un animal. Ce qu'Oppien dit ici de la fuite de la biche est vrai jusqu'à un certain point, et Aristote (Hist. anim., liv. 5, ch. 2, et liv. 6, ch. 9) enseigne que la femelle du cerf, ainsi que celle du taureau, ne souffre qu'avec peine l'approche du mâle (pr opter nimiam genitalis membri tintiginem) et qu'elle ploie les reins (quando semen recipiunt) , mais que la biche emporte le cerf sur son dos et que le mâle n'achève son accouplement qu'en courant ; voilà ce qui appartient à l'imagination du poëte, lequel en cette qualité peut employer les traditions fabuleuses, toujours plus agréables que la vérité.
(26) Et les enterrent. Fable ridicule que l'on peut pardonner à un poëte et que des philosophes n'ont pas eu honte de répéter sérieusement : Théophraste (De animalibus quœ dicuntur invider e, p. 474), et Pline (liv. 2, ch. 32) , qui a chargé son ouvrage de tous les contes absurdes qu'il a pu rassembler. Aristote rapporte aussi cette fable, mais ce philosophe témoigne assez qu'il n'en croit rien.
(27) Les cerfs sont amphibies. Il est aisé devoir qu'Oppien n'attache pas au mot amphibie le sens que nous lui donnons ordinairement en français. Il suffît que le cerf nage avec facilité et traverse une étendue d'eau considérable pour que le poëte lui attribue le nom d'un animal qui vit dans les deux éiémens. La navigation des cerfs est attestée par plusieurs auteurs anciens, Pline, iElien, Artémidore, Jean Tzetzès. Le témoignage de ces écrivains peut être justement suspect , néanmoins le fait ne parait pas absolument impossible.
SUR LA CHASSE D'OPPIEN
(28) Une haine implacable. L'inimitié du cerf et du serpent est une fable répétée par une foule d'auteurs ancions ; elle paraît fondée sur une vérité : le cerf mange réellement des serpens et des couleuvres, sans doute pour se soulager de quelque maladie. On a trouvé plus d'une fois des tronçons de serpent dans les intestins du cerf.
(29) Broyant sous ses dents des écrevisses. Selon Antigonus Carystius (ch. 41), ce n'est pas le cerf mais le sanglier qui mange des écrevisses pour se guérir de la morsure du serpent. Aristote le dit des cerfs quand ils sont piqués par une espèce d'araignée qu'il nomme phalangion. Les écrevisses de rivière broyées et cuites dans du lait d'ànesse sont un bon alexipharmaque et guérissent la morsure des reptiles venimeux, si l'on en croit Dioscoride (De materiamed.,Y\w. 2, ch. 12).
(30) Et c'est avec vérité. Rien n'est plus faux : le cerf vit trente à quarante ans. Aristote avait déjà réfuté l'erreur populaire qui attribue au cerf des siècles de vie. Il dit (au livre 6 de l' Histoire des animaux, ch 29) : « Cequ'on débite de la longue vie du cerf n'est qu'une fable; rien de certain ne prouve ce que l'on en dit, et ni le temps de la gestation (qui est de huit mois) ni celui de l'accroissement du faon n'annoncent, par leur durée, un animal qui doit vivre de longues années.
(31) De cerfs appelés eurycérotes. Tousles naturalistes sont d'accord pour reconnaître le daim dans i'eurycérote , dont le nom signifie qui a les cornes larges ou palmées.
(32) Qu'on nomme j or cos . Ce cerf est le même que Y axis de Pline et le cerf du Gange des modernes. Il suffit pour s'en convaincre de rapprocher des vers d'Oppien la description de Y axis faite par M. de Buffon, tome 5 des quadrupèdes. [Voyez les notes latines.)
(33) Le bubal. On pense communément que le bubal des anciens est l'animal connu sous le nom de vache de Barbarie. C'est le senliment de M. de Buffon,qui, d'après Pline, a montré et réfuté l'erreur dans laquelle plusieurs auteurs étaient tombés en prenant le bubal pour l'espèce de taureau appelée urus. En effet, Aristote (De part, anim., liv. 3, ch. 2) range le bubal dans la classe des cerfs , et en cela Oppien s'accorde parfaitement avec lui. Cependant il reste une difficulté sur l'identité de ces deux animaux : les cornes de la vache de Barbarie décrite et représentée dans les Mémoires pour servir à l'histoire des animaux (part. 2, page 24) sont simples, tandis qu'Aristote range le bubal entre
les animaux dont les cornes ont des rameaux. Op-
pien indique aussi ce caractère par les mots àkremones proteneis (rameaux prolongés). M. de Buffon n'a point soupçonné cette difficulté; et ce qui vraisemblablement a pu la lui déguiser, c'est la version latine d'Oppien qu'il avait sous les yeux et qu'il rapporte à la page 392 du tome 5 de l'histoire des quadrupèdes (boubalos Oppiani) -. « Dorcade Platycerote corpore inferior , cornua non ramosa sicut cervis et capreis sed rupicaprarum similia.» Ces mots cornua non ramosa sont absolument opposés au texte du poëte ; les autres ne s'y lisent point, et je ne sais de quelle version d'Oppien ils ont été tirés.
(34) Ce n'est donc pas aux seuls mortels. Cette réflexion , qui reparaît encore au premier chant du poëme de la pêche au sujet des homards, est une allusion délicate au malheur que notre poëte éprouvait lui-même : banni de sa patrie par l'empereur Sévère, il cherche à l'attendrir sur son sort.
(35) Les légères dorcades. Incertain s'il s'agit ici des chevreuils ou des gazelles , plus communes dans la patrie d'Oppien que les chevreuils, j'ai préféré conserver le nom grec. Cependant je vois que la plupart des naturalistes appliquent au chevreuille nom grec dorx et à la gazelle celui de dorkas. L'amitié des perdrix et des gazelles est une fable ; il n'est pas nécessaire d'en prévenir le lecteur.
Voici d'après Eldémiri le portrait de la gazelle ou dorcade (gazai ou dhaby) :
« Le mot gazelle vient de l'arabe gazai ; c'est le nom que les Arabes donnent aux jeunes dorcades.
» Il y a trois espèces de gazelles qui diffèrent entre elles par la couleur de leur poil. La première, que les Arabes nomment rêm ', est entièrement blanche; elle habite les terrains sablonneux et est grasse et charnue. La seconde espèce, qui a le poil rougeàtre, a le cou très-court et est moins agile que les autres ; elle fait son séjour des lieux élevés et pierreux. Enfin la dernière, qui a le ventre blanc, a le cou et les jambes très-longues.
» Les gazelles ont la vue très-perçante, sont d'un naturel extrêmement timide et prennent aisément la fuite. Quand le mâle veut rentrer dans son gîte, il marche à reculons et porte ses regards de tous côtés pour observer s'il n'est point aperçu par quelque objet capable de lui nuire ou de lui faire craindre pour sa sûreté et celle de ses petits : si quelqu'un le regarde, il demeure dehors ; s'il ne découvre rien, il entre tranquillement.
» Les gazelles aiment le fruit de la coloquinte. Elles boivent volontiers l'eau de la mer et vont se désaltérer sur ses bords. Cet animal n'a point de dents incisives.
' C'est l'animal que les Hébreux nomment rêm et que l'on a mal à propos traduit eu latin par unicorni*.
NOTES
» C'est à la dernière espèce dont nous avons parlé que se doit rapporter la gazelle qui donne le musc. Elle a le poil noir et ressemble aux autres par sa légèreté et la délicatesse de ses jambes ; elle a aussi la corne du pied Irès-fendue. Mais ce qui la distingue ainsi que celle de la troisième espèce , c'est qu'elles ont deux dents blanches, qui sortent de leur bouche près de la mâchoire inférieure, qui ont la même apparence que les défenses du sanglier ; ces dents ont environ la longueur qui est entre le pouce et l'index étendus autant qu'ils peuvent l'être *.
» Le musc n'est autre chose que du sang qui se rassemble vers le nombril de la gazelle dans un certain temps de Tannée et forme une tumeur. La Providence a disposé ces tumeurs pour être la mine où se forme le musc : c'est une production qui se renouvelle tous les ans par la permission du Créateur, comme les fruits des arbres. Tant que dure la formation de cette tumeur, l'animal souffre et est malade. Les habilans de la Mecque plantent, dit-on, des pieux dans la campagne pour que les gazelles viennent s'y frotter et que le musc coule le long de ces pieux.
» Un auteur dit qu'il sort tous les ans de la mer à une certaine époque un poisson qui ressemble à la gazelle. On en fait, dit-il, une pêche considérable, et après avoir tué ceux qu'on a pris , on trouve dans leur nombril un amas de sang : c'est là le musc ; il n'a aucune odeur dans ce pays et ne devient odoriférant que lorsqu'il est transporté dans un autre canton. Ceci est singulier , mais l'origine du musc que nous avons donnée d'abord est plus généralement reconnue.
» La gazelle porte en arabe le nom de gazai jusqu'à ce qu'elle ait pris sa croissance et que ses cornes soient formées.
» On dit en proverbe : « Plus assoupi qu'une gazelle, » parce que les jeunes gazelles dorment profondément après avoir teté leur mère.
» Les Arabes disent aussi : « Quitter quelque chose comme la gazelle quitte son gîte. » Ce proverbe se dit des gens timides et poltrons ; il vient de ce qu'une gazelle à qui la frayeur a fait quitter le gîte où elle se met à l'abri des ardeurs du soleil n'y retourne jamais.
» Si l'on fait manger à une femme hautaine et impertinente dans ses discours la langue d'une gazelle séchée à l'ombre , elle sera guérie de ce vice.
» La fiente et la peau de gazelle , brûlées et réduites en poudre, mêlées dans la nourriture d'un enfant, lui donnent de l'esprit , un caractère heureux et une bonne mémoire.
» Le musc affermit la vue , excite la transpiration , fortifie le cœur et le cerveau , détruit les cataractes des yeux et est un très-bon remède pour les palpitations de cœur; c'est une substance sèche et
? Cest la mesure nommée par les Grecs tichas.
chaude. Le meilleur vient du Tibet. On corrige la trop grande chaleur du musc , dangereuse pour les tempéramens chauds, en le mêlant avec du camphre. Le musc est un bon contre-poison ; il n'a d'autre inconvénient que de jaunir le teint : pris dans les alimens , il occasionne une soif dévorante. La chair de gazelle est très-bonne à manger et est préférable à tout autre gibier ; c'est un aliment sec et chaud.
Les poètes arabes faisant l'éloge d'une femme comparent sa voix et la douceur de ses yeux à celles d'une gazelle.
(36) 77 est des espèces de chèvres et de brebis. Les traits sous lesquels Oppien peint ces animaux, apparemment très-connus de son temps, sont trop vagues, trop généraux pour déterminer le nom particulier de ces brebis et de ces chèvres. On peut seulement rappeler à celte espèce le mouflon, le bélier surnommé strepsikéros, le mouton de Barbarie, Yibex de Gesner.
{'èi)Au milieu de leurs cornes. Voici encore une tradition fabuleuse répétée par plusieurs auteurs ; par Aristote {H. an., liv. 1, ch. 2), qui ne la rapporte que pour la réfuter et nous apprendre qu'elle doit naissance à un certain Alcmaeon de Corinthe, dont les ouvrages remplis de traits merveilleux étaient fort accrédités chez les Grecs. Pline n'a pas laissé échapper cette fable absurde ; il la rapporte au livre 8, chap, 40, en citant pour son garant Archélaus, qui vivait longtemps après Aristote et sous le règne d'un Ptolémée. Mais ces auteurs, à la différence d'Oppien, disent que c'est par les oreilles que les chèvres sauvages ont leur second canal de respiration , et notre poëte approche plus de la vérité qu'eux.
77 est une race de brebis rousses. Celles-ci me paraissent être les mouflons, dont le principal caractère est d'être vêtus d'un long poil plus semblable à celui de la chèvre qu'à la laine de la brebis. On trouve encore aujourd'hui cette espèce dans les îles de la Grèce. Il est vrai qu'elle n'a pas le nombre de cornes qu'Oppien leur attribue; mais les cornes, soit par leur nombre soit par leur disposition , ne forment point un caractère assez constant pour établir une différence réelle de race ou d'espèce : le climat, la nourriture, mille circonstances peuvent influer sur cette exubérance naturelle. On voit en France des brebis à quatre cornes qui ne sont point différentes de nos brebis ordinaires, et en Islande on en voit qui en portent jusqu'à huit.
(38) Telle est aussi la couleur fauve dont brille le subus. Quelques recherches que j'aie faites sur le subus, rien n'a pu m'indiquer ni le nom moderne ni l'espèce de ce quadrupède , qu'Oppien met dans la classe des chèvres et des brebis sauvages. Il paraît
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même que ce poëte est le seul auteur de l'antiquité qui ait parlé du subus. Les recherches du savant Gesner n'avaient pas été plus heureuses, et il avoue (p. 871) qu'il ignore quel peut être cet animal. Bodin , dans son commentaire d'Oppien, ne trouve aucune difficulté à reconnaître le bélier strepsikeros de Pline dans le subus, et à cette erreur il en ajoute une plus grossière en disant qu'Aristote parle du subus et le décrit. On ne manquera pas de dire que cet animal doit être rangé parmi les monstres éclos du cerveau des poêles ; mais je ne saurais me persuader qu'Oppien nous eût donné une description si particulière de la forme et des mœurs de ce quadrupède s'il ne l'eût réellement connu ; il n'aurait pas répété au poëme de la Pêche (liv. 5) ce qu'il dit ici de l'inclination des poissons pour le subus : il est vrai que dans ce second poëme il ne parle que des chèvres en général. Enfin je crois qu'il est plus prudent d'avouer notre ignorance sur cet objet que de risquer des conjectures hasardées ou de traiter de fabuleux ce qui échappe à nos faibles connaissances.
(39) Les gelinottes. Attagas est selon M. de Buffon le francolin de Bélon, qui n'est autre que la gelinotte. Alexandre de Myndes, cité par Athénée (liv. 9, page 387), donne une excellente description de cet oiseau. En voici la traduction : « 11 est un peu plus petit que la perdrix , taché sur le dos d'une couleur rousse un peu plus foncée que celle de l'argile (cuite). Les chasseurs le prennent à l'aide des chiens à cause de la pesanteur de son vol, car il a les ailes courtes. C'est un oiseau pulvérateur qui produit beaucoup et qui vit de graines. » Aristophane , dans sa comédie des Oiseaux, & fait de l'attagas un oiseau de marais; mais le témoignage d'un poëte comique n'est d'aucun poids en histoire naturelle. D'ailleurs les Athéniens donnaient souvent aux plantes et aux animaux des noms différens de ceux qu'employaient les autres peuples de la Grèce , et il se peut qu'Aristophane donne le nom à'attagas à un oiseau différent que celui qu'Alexandre de Myndes a décrit sous ce nom. Aristote range aussi X attagas parmi les oiseaux pulvérateurs , et son témoignage est décisif.
(4 0) L'outarde. C'est M. de Buffon qui le premier a dissipé par une savante critique les ténèbres dont la nomenclature de cet oiseau était environnée. Les auteurs anciens et modernes confondaient sans cesse Yôtiset Yôlos. M. de Buffon a démontré que ce premier nom appartenait à l'outarde et le second au hibou. Le témoignage d'Oppien confirme de la manière la plus précise le sentiment de ce grand naturaliste, et i'on ne saurait caractériser l'outarde d'une manière plus heureuse que l'a fait notre poëte. Cet oiseau est en effet le seul qui porte une espèce de barbe d'un duvet très-fin depuis la naissance du bec jusque dessus l'oreille Ce caractère avait échappé à Aristote,
qui décrit ainsi cet oiseau dans Athénée (liv. 9) : « L'outarde est de la classe des oiseaux de passage et des fissipèdes ; il a trois doigts , sa grosseur est celle d'un grand coq et sa couleur celle de la caille ; il a la tête allongée, le bec pointu, le cou mince, les yeux grands, la langue osseuse ; mais il n'a point de jabot. » L'amitié de l'outarde et du cheval est célébrée par plus d'un auteur.
(41) Le perroquet. L'historien Ctésias est le premier des Grecs qui ait parlé de cet oiseau qu'il nomme bitlakos (Fragm. de Y Histoire de l'Inde, Bibliot. dePhotius, p. 144). Ce qu'il dit de la faculté qu'a le perroquet d'imiter le langage des hommes a dû paraître fabuleux aux Grecs , chez lesquels cet oiseau n'est devenu commun qu'après l'expédition d'Alexandre aux Indes.
(42) C'est le féroce oryx . La plupart des auteurs de l'antiquité qui ont parlé de l'ôryx avant Oppien en ont dit si peu de chose qu'il est aisé de voir que cet animal ne leur était connu que de nom. Aristote le range dans la classe des animaux monocornes qui ont le pied fourchu (De partibus anim., liv. 3, ch. 2). Pline copie Aristote et n'ajoute aux paroles du philosophe que pour rapporter suivant son usage les fables les plus ridicules (Voy. liv. 8, ch.53^ et liv. 10, c. 73). Il en est cependant quelques-uns qui peuvent nous servir de guides dans la recherche du quadrupède auquel ils ont donné le nom d'oryx. Hérodote , cet historien auquel on a tant reproché de mensonges et qui nous apprend tant de vérités , en rangeant L'ôryx dans la classe des pazans, des bubales, des gazelles, nous donne une assez juste idée de cet animal (Voyez Melpom., ch. 192). Il semble même indiquer le nombre de ses cornes en le mettant au nombre de ces quadrupèdes qui en ont deux , et désigner leur forme en disant que les Phéniciens se servent des cornes de l'oryx pour faire les branches de leurs lyres. On voit par là qu'Hérodote est éloigné de reconnaître l'oryx pour un animal qui n'a qu'une seule corne : il n'eût pas manqué d'avertir le lecteur de cette circonstance , lui qui , quelques lignes plus haut, en parlant des ânes que produit l'Afrique, a soin de prévenir qu'ils ne sont pas de ceux qui portent des cornes. A son témoignage, je joins celui deDiodore de Sicile (liv. 3, p. 194), qui ne parle des cornes de l'oryx qu'au pluriel et ne remarque point que cet animal soit monocorne , singularité bien digne d'être remarquée. Mais il y a plus : bien loin. que tous les anciens fassent de l'oryx un animal qui ne porte qu'une seule corne, iElien (De nat. anim., liv. 15, ch. 14) dit qu'il existe des oryx qui en ont quatre. Columelle compte l'oryx parmi les cerfs et les différentes espèces de chèvres. Le scholiasle de Juvénal (sur la satire 11e du livre 4, v. 140) compare l'oryx au bubal. De celte foule de témoignages, fl
NOTES
résulte que l'oryx n'est qu'une chèvre sauvage ; mais à quelle espèce de ces chèvres paraît-il appartenir ? Je pense que c'est à celle du chamois , ou plutôt que l'oryx des anciens n'est autre que cet animal. Tous deux portent les mêmes caractères , la même couleur, un jaune pâle, qui est celle du lait auprintemps, comme s'exprime notre poëte; et ce qu'il faut bien remarquer, tous deux ont les joues marquées de noir : c'est la seule partie de leur face qui en soit teinte. Ce caractère appartient exclusivement au chamois ; ce'dernier a comme l'oryx d'Oppien les cornes noires , très-aiguës et courbées à leur extrémité ; leurs mœurs sont les mêmes : ils se plaisent à mener une vie sauvage sur les rochers escarpés et dans les forêts les plus touffues, ils sont intrépides et très-difficiles à chasser ; enfin tout concourt à prouver l'identité de ces deux animaux. La seule difficulté qui s'élève est sur la grosseur de l'oryx, qu'Hérodote (1. c.) compare à un bœuf et Oppien à un rhinocéros ; mais on peut répondre qu'Hérodote parle des oryx d'Afrique, sans doute plus gros que ceux d'Europe, et qu'Oppien se sert d'une emphase poétique ou n'avait vu que de jeunes rhinocéros : cet animal jusqu'à sept ans n'excède pas la taille d'un bœuf.
(43) Nous pensons qu'il vaut mieux les appeler des cornes. Les anciens ont été fort partagés sur le nom etla nature des défenses de l'éléphant. Les uns, comme Oppien , les regardaient comme des cornes , d'autres les appelaient des dents. Du nombre des premiers est Pausanias, qui semble avoir fourni à notre poëte la plus grande partie des preuves qu'il apporte en faveur de son système ; il enseigne dans ses Éliaques (liv. ï, ch. 12) que les défenses de l'éléphant ont leurs racines sur le sommet de la tête ; il prétend l'avoir observé sur le crâne d'un éléphant qu'il a vu en Campanie dans un temple de Diane. Cette observation ne paraît pas exacte. Ce qu'il dit ensuite, que les dents de l'éléphant s'amollissent au feu, qu'on les travaille au marteau , qu'on les ploie comme des cornes et qu'on étend leur surface , est contredit par l'expérience. L'ivoire brûle au feu et se réduit en cendres loin de s'amollir ; il casse sous le marteau , et l'on ne peut le travailler qu'avec le ciseau et la scie. Mais peut-être les anciens connaissaient-ils l'art de le fondre et de le rendre malléable : à cet égard , le témoignage d'Oppien et de Pausanias , qui assurent ce fait, est singulièrement fortifié parle silence de Philostrate, qui, réfutant l'opinion de ceux qui prennent les défenses de l'éléphant pour des cornes , ne répond en aucune manière à cet argument tiré de la ductilité de l'ivoire {Voy. Philostrate, De vita ApolloniiThyan., liv. 2,ch. 6). Une différence essentielle entre les dents ordinaires et les défenses de l'éléphant, c'est que les premières, si par hasard elles se cassent, pourrissent et ne se réparent point dès qu'elles ont
perdu l'émail. Celles de l'éléphant se réparent et croissent de nouveau par lames longitudinales.
(44) De deux oreilles creuses et découpées. Le texte dit : « De deux petites oreilles. » C'est-à-dire qu'elles paraissent petites en comparaison'de la grosseur énorme de l'animal.
(45) Ses pieds ne sont point égaux. Oppien se trompe quand il dit, d'après Aristote, que les jambes antérieures de l'éléphant sont plus élevées que celles de derrière. iElien les avait mieux observées, car il dit précisément le contraire {De nat. an.,1. 4, c. 31), et son témoignage est confirmé par M. de Buffon : « La conformation des pieds et des jambes est encore singulière et différente dans l'éléphant de ce qu'elle est dans la plupart des autres animaux. Les jambes de devant paraissent avoir plus de hauteur que celles de derrière ; cependant celles-ci sont un peu plus longues. » La peau de l'éléphant est assez bien représentée par Oppien ; mais ce qu'il dit de sa dureté extrême, qui la fait résister autranchant du fer, est une emphase poétique.
(46) Voix animale. J'ai risqué cette expression sans laquelle il n'est pas possible de traduire thêreios aulê.
(47) Les cygnes chantent douloureusement. On a traité jusqu'ici de fable ce que les anciens ont dit du chant du cygne. îl est cependant une espèce de cygnes chanteurs, et personne n'en doute plus depuis que M. l'abbé Demongez, de l'Académie des belles-lettres, a publié un mémoire sur les cygnes sauvages qui s'étaient abattus dans les jardins de Chantilly. La musique de ces cygnes n'est pas à la vérité aussi mélodieuse que les poëtes le prétendent, mais enfin ils chantent et cela suffît pour disculper l'antiquité.
(48) Le rhinocéros. Parla comparaison qu'Oppien fait de la taille de l'oryx avec celle du rhinocéros , il est évident qu'il n'avait connu cet animal que fort jeune. On peut dire la même chose de Strabon, qui nous a donné une assez bonne description du rhinocéros, dont il compare la grosseur à celle du taureau (liv. 16, page 533). En effet jusqu'à l'âge de sept ans il n'excède pas cette taille, mais il devient ensuite deux fois plus gros. Aristote ne parle nulle part du rhinocéros , d'où l'on peut conclure que de son temps ce quadrupède était inconnu aux Grecs. Agatarchis de Cnide, qui vivait sous le sixième Ptolémée, vers la cent cinquantième olympiade, deux cents ans avant Jésus- Christ , est le premier auteur grec qui ait parlé du rhinocéros. Les Romains le virent pour la première fois dans leur cirque dans les jeux que donna le grand Pompée, suivant le témoignage de Pline ; depuis, les anciens l'ont fréquemment décrit et paraissent l'avoir
SUR LA CHASSE D'OPPIEN
bien connu; mais ce qui doit nousétonner, c'est qu'aucun n'ait parlé d'un caractère particulier de cet animal , dont les pieds sont partagés en trois parties revêtues chacune d'une sole semblable à celle du bœuf.
(49) Son front couronné d'une chevelure. C'est une erreur , le rhinocéros n'a de poil qu'à l'extrémité de sa queue; mais cette erreur appartient moins à Oppien qu'aux copistes de son poëme, qui ont écrit kallïkumoisi pour poulutumoisi , mot par lequel Oppien exprimait les rides profondes et les replis dont le rhinocéros a la face et les épaules couvertes. A l'égard des taches pourpres dont Oppien parle ensuite , elles sont également répandues sur tout le corps ; ce sont des incrustations ou tubérosités dont les plus larges sont sur les épaules et sur la croupe. {Voyez M. de Buffon, tome 4, p. 332.)
(50) Tous les rhinocéros sont mâles. Tradition fabuleuses. Ce qui suit sur la génération spontanée des huîtres , des aphyes et des strombes ou colimaçons de mer est tiré d'Aristote 'Hist. des anim. , liv. 6 , ch. 15).
(51) Les panthères. C'est le petit panthère ou Vadire, ainsi que l'a prouvé M. de Buffon (tome 6, p. 200).
(52) Tuèrent les monstres. Cette fable est rapportée différemment par Apollonius de Rhodes (liv. 2, v. 282). Zétès et Calais ne tuèrent point les harpies, ils les poursuivirent jusqu'aux îles Strophades et leur laissèrent la vie à la prière d'Iris, qui promit avec serment que jamais les harpies ne reviendraient troubler les repas de Phinée.
CHANT TROISIEME
(1) Jadis les Curetés. Cette fable est connue ; on sait d'après le témoignage des poètes que les Curetés dansaient la pyrrhique autour du berceau de Jupiter et par le bruit de leurs armes empêchaient que les cris de cet enfant ne fussent entendus de Saturne (Callimaque, hym. l, v. 52etsuiv. — Lucien, DeSaliatione , page 272). Les mythologues donnent à Jupiter différentes nourrices : les uns nomment Adrastie, sœur des Curetés, et les nymphes Méliades ; d'autres prétendent que la chèvre Amalthée le nourrit de son lait. Callimaque fait nourrir Jupiter du miel des abeilles qui habitaient les monts Panacrés, situés en Crète, et par cette raison appelle ces abeilles panacrides, d'où quelques commentateurs ont imaginé une abeille nommée Panacride , parce que le poëte s'exprime par figure au singulier et dit Vabeille de Panacrée pour les abeilles. Mais il est une autre opinion plus curieuse , celle d'Agatbocle le Babylonien qui, au lieu d'une chèvre et d'une ruche, donne
pour nourrice à Jupiter une truie , laquelle par ses grondemens couvrait les cris du jeune dieu , et par cette raison toute l'espèce de ces animaux était sacrée chez les Cretois. L'ouvrage dans lequel Agalhocle rapporte cette opinion est cité par Athénée (liv. 9, p. 275, F., sous le titre à1 Hist. de Cyzique, liv. premier. — (En protô péri Kuzïkou).
(2) Sur les vastes bords du Tigre. Le texte porte de l'Ister, c'est-à-dire du Danube. C'est une erreur de géographie, puisque l'Arménie n'est point arrosée par le Danube.
(3) Une foule innombrable. Oppien ne veut pas dire que les lions d'Afrique vont par troupes , mais seulement qu'ils sont très-nombreux dans cette contrée. Notre poëte ne pouvait pas ignorer que le lion est un animal solitaire et que le temps de ses amours est le seul où il consente à vivre en société avec sa femelle. Les anciens avaient fait cette observation : elle se trouve dans iElien (De nat. anim., liv. 4, ch. 13).
(4) Une couleur obscur.
cyanée. C'est-à-dire un bleu
(5) Il était noir. Pline (liv. 8, ch. 17) assure que les seuls lions de Syrie sont noirs ; il se trompe, les lions d'Afrique sont aussi de cette couleur.
(6) Les lions n 'éprouvent pas le besoin de manger tous les jours. Il ne faut pas prendre ceci trop à la lettre. Oppien a suivi une opinion fabuleuse fon dée sur ce que le lion peut passer plusieurs jours sans manger, parce qu'il prend beaucoup de nourriture à la fois. Aristote en fait l'observation (Hist. des anim., liv. 8, ch. 5) : « Le lion, dit-il, est un animal Carnivore, comme sont toutes les bètes sauvages dont les dents sont pointues. Il mange avec avidité et avale des morceaux considérables sans les broyer ; il reste ensuite deux ou trois jours sans prendre de nourriture, et son estomac chargé d'alimens le rend capable de cette abstinence. » Pline n'a point balancé d'adopter la fable en disant (liv. 8, ch. 16) que les lions ne mangent que deux jours l'un. — Vescialternis diebus.
Voici le portrait du lion tracé par Eldémiri : « Parmi les bêtes féroces, il n'en est point de plus célèbre que le lion. Il a sur les autres animaux la supériorité d'un roi que sa force, son intrépidité, sa fierté, son agilité et la férocité de son naturel rendent également redoutable. De là vient que son nom est employé pour exprimer la force, le courage, la bravoure, la grandeur d'âme et la violence.
» 11 y en a de plusieurs espèces : « J'en ai vu une, dit Aristote, qui a quelque ressemblance avec la figure de l'homme; son poil est d'un rouge foncé et sa queue est faite comme celle du scorpion. » 11 existe
NOTES
une autre espèce qui approche de la figure du bœuf et qui a des cornes noires de la longueur d'un palme. La lionne , disent les écrivains qui ont traité de l'histoire naturelle , ne met bas qu'un seul lionceau. En sortant du ventre de sa mère, il est comme une masse de chair privée de sentiment et de mouvement : il demeure dans cet état trois jours entiers sous la garde de sa mère. Le père au bout de ce temps vient souffler ' sur lui, ce qu'il continue jusqu'à ce qu'il ait fait naître en lui le mouvement et la respiration. Alors ses membres se forment et se séparent de la masse , sa figure se développe et la mère vient l'allaiter. Ses yeux ne s'ouvrent que sept jours après'sa naissance. A l'âge de six mois il commence à chercher lui-même sa nourriture. Le lion supporte la faim plus aisément que les autres animaux sauvages, et il n'en est aucun qui ait moins besoin d'eau. Il ne mange point ce qui a été pris par un autre et ne retourne jamais à la proie qu'il a une fois abandonnée après s'en être rassasié. Lorsque la faim le presse, 'il se livre à la férocité de son caractère ; mais lorsqu'il n'est point tourmenté par le besoinde nourriture, il est assez doux. Jamais il.ne.goûte de'l'eau dans laquelle un chien a bu. Il se contente de mordre et de déchirer sa nourriture avec ses. dents sans la mâcher et il a très-peu de salive, ce qui est cause que son haleine est très-puante. Sa timidité n'est pas moins fameuse que sa hardiesse : le chant du coq, la vue d'un chat , le bruit d'un chaudron l'effraient, et lorsqu'il aperçoit du feu il demeure interdit. Le lion est farouche et ne fait société avec aucun autre animal, sans doute parce qu'il n'en trouve aucun qui puisse aller de pair avec lui. Si l'on met la peau du lion sur celle des autres animaux , celles-ci se dépouillent de tout leur poil. Le lion, quelque affamé qu'il soit, n'approche point d'une femme qui a ses règles. Il est très-sujet à la fièvre et vit fort longtemps ; la chute de ses dents est un signe de vieillesse.
» On dit en proverbe : « Plus noble, plus généreux, plus agile qu'un lion. » On se sert aussi de son nom pour désigner quelque chose de terrible , comme dans ces vers d'un poëte :
« Un jour je m'étais approché de leurs tentes le cœur dévoré d'une flamme cruelle : « Ne crains-tu donc point , me dirent-ils , la colère de notre lion. — Hélas ! leur répondis-je , le cœur d'un mortel est toujours où repose l'objet de son amour. »
» On dit aussi en proverbe : « Les lions de Schara;» c'est un lieu où ils sont en grand nombre. Un poëte a dit:
« Celui qui tend un piège à l'honneur de ma femme est comme celui qui attaque les lions de Schara pour ravir leurs petits. »
» Si un homme se frotte tout le corps de graisse de
' Le texte dit sur lui ou dans lui. Peut-être cette dernière traduction est-eîie plus exacte , et l'auteur veut dire apparemment dans sa bouche ou ses naseaux.
lion , les bêtes féroces le fuiront et ne lui feront aucun mal : sa voix fera mourir les crocodiles j»
(7) A la puissante vertu de la torpille. La torpille est un poisson du genre des raies ; elle a la propriété d'engourdir le bras de celui qui là touche. Nous en parlerons plus au long dans le poème de la pêche. Il n'est pas besoin d'avertir que ce que le poëte dit ici de la patte du lion est fabuleux et que cet animal ne doit qu'à la force extrême de ses muscles la supériorité qu'il a sur les autres animaux.
(8) Eprouve cinq fois les douleurs de Lucine. Le grec dit à la lettre = « Dénoue sa ceinture, » expression figurée qui ne peut en français s'appliquer aux animaux et par laquelle les Grecs désignaient l'accouchement. A l'égard de la fécondité de la lionne et de ses cinq portées, plusieurs auteurs de l'antiquité ont suivi cette opinion. Aristote l'adopte , mais pour les lions de Syrie simplement (Hist. des anim., liv. 6, ch. 31). Voyez aussi iElien {De nat. anim., liv. 4, ch. 34) et Manuel Phile (Injambis deprop. anim., p. 136). Le même Aristote enseigne (liv. 6, ch. 31) que les lionnes ne mettent bas qu'une seule fois l'année, au printemps. Leur gestation est de sept mois, selon Philostrate (Fie d'Apollonius, liv. 1, ch. 16). Gesner adopte ce sentiment (De quadr., p. 579). iElien et Manuel Phile prétendent que les lionnes ne portent que deux mois. La taille du lion et le temps qu'il lui faut pour parvenir à sa pleine croissance prouvent suffisamment qu'iElien n'a enseigné qu'une erreur.
(9) C'est une opinion absolument fausse. Hérodote est le plus ancien auteur qui ait enseigné que la lionne ne mettait bas qu'un seul petit durant toute sa vie. Il suffira de rapporter ses paroles pour les réfuter : « La lionne, dit-il dans sa Thalie (p. 251, édition de Wesseling) , la lionne , cet animal si fort et si terrible, ne devient mère qu'une seule fois durant sa vie , car en mettant au jour son lionceau elle perd sa matrice. La raison est que lorsque le fœtus commence à s'agiter dans le sein de sa mère , ses ongles déjà très-aigus déchirent l'enveloppe qui le contient ; plus il devient fort, plus il l'attaque et la déchire , et lorsque la lionne est près de mettre bas , il n'y reste plus rien d'entier. » Antigonus Carystus a adopté aveuglément l'opinion d'Hérodote (Mirab. synagoge, ch. 25) ; Aulugelle, plus prudent, la révoque en doute au ch. 7 du liv. 13 de ses Nuits attiques ; mais Aristote n'a point balancé à la ranger au rang des fables absurdes (Hist. des anim., liv. 3, ch. 31).
(10) Les redoutables panthères se divisent en deux espèces , la panthère proprement dite et l'once. Elles diffèrent entre elles non-seulement par la taille et la longueur de la queue, mais la couleur de la peau et la forme des taches dont leur robe est semée: celle
SUR LA CHASSE DOPPIEN
des panthères est de couleur fauve, ses taches sont rondes , noires , larges , faites comme un anneau ou une rose dont le ceintre est peint des mêmes couleurs. L'once au contraire a le poil plus blanc et parsemé de taches longues, répandues par faisceaux et sans ordre. Cet animal est bien moins féroce que la panthère, et* les Orientaux les forment à la chasse comme les chiens. Aristote a remarqué que l'Asie était la patrie des panthères et qu'on n'en trouvait aucune en Europe {ffist. des anim., liv. 8, ch. 28). Les Grecs distinguaient par deux noms diflërens le mâle et la femelle de ces animaux : ils appelaient le mâle pordalis et la femelle pardalis; de même les Latins nommaient la femelle variam et pantheram et le mâle pardum (Pline, liv. 8, ch. 17). Quelques modernes, entre autres le savant père Hardouin a cru que ce dernier nom désignait notre léopard; mais c'est une erreur, et il parait que cet animal n'était pas connu des anciens.
(i 1) Cet animal a les cuisses charnues. La panthère est décrite d'une manière très-ex-acte par Aristote {De physiognomia, p. 1176). 11 observe qu'elle a la face assez courte, la gueule très-fendue, les yeux petits, mais plus étincelans que ceux du lion; le cou long, effilé ; le dos large, les reins et les cuisses fournies. On a débité beaucoup de contes au sujet des panthères : on a prétendu qu'elles exhalaient une odeur qui attirait les autres bètes et servait à les leur faire prendre. {Vouez Aristote , Problem. , p. 748 ; Antigonus de Carystie, ch. 37.)
Une autrefois je dirai. Au quatrième livre.
(i3) La double espèce de lynx. Nous connaissons aujourd'hui ces deux espèces. La petite s'appelle le caracal; on le nomme aussi le pourvoyenr du lion, parce qu'il chasse de compagnie avec le lion et lui aide à découvrir le gibier. Les grands lynx retiennent ce nom et sont tels qu'Oppien les décrit. Les uns et les autres portent un caractère qu'il est étonnant que notre poêle ait passé sous silence : c'est un long pinceau de poil à l'extrémité de l'oreille. iElien n'a pas manqué ce trait caractéristique en parlant du lynx (liv. 14, ch. 6).
(1 4) Lisez : « Le glaucus aux yeux orillans. » Le glaucus des anciens est suivant Rondelet le desbio-, il est bleu, et c'est de cette couleur que son nom de glaucus lui a été donné. Il a de plus le ventre blanc, les écailles petites, et, ce qui peut former un caractère, il a à l'extrémité de la nageoire dorsale une pointe qui avoisine la tète et tournée en sens contraire de celles de la nageoire. Ce caractère convient aux trois espèces de glaucus données sous ce nom par Rondelet. Aristote parle de ce poisson (Ilist. des anim., liv. 8, ch. 13) et dit qu'il se cache pendant l'été durant soixante jours, qu'il a peu d'appendices à l'esto-
mac. Oppien , dans le poëme de la pêche, célèbre particulièrement l'amour que le glaucus porte à sa postérité (liv. 1, v. 749, où nous parlerons plus en détail de ce poisson).
Le phoque est. un poisson amphibie. (Voyez les remarques de M. Camus sur Aristote, p. 632.) Philostrate dit que ce poisson aime tellement ses petits qu'une phoque qui avait mis ba*s un petit mort, pénétrée de douleur, se priva de nourriture pendant trois jours : fable bien digne de la Vie d'Apollonius de Thyane, dans laquelle elle se trouve (liv. 2, ch. 8).
/y orfraie est le grand aigle de mer.
(16) Ses pattes. Le grec dit : « Ses mains et ses pieds ressemblent aux pieds et aux mains de l'homme. » Aristote dit la même chose (livre 2, ch. i). Mais cette main de l'ours est une main très-informe, le pouce n'est pas séparé des autres doigts comme dans la main de l'homme, ce qui n'empêche pas l'ours de saisir fortement et de lancer des pierres avec une adresse merveilleuse.
(17) Ne sont qu'à moitié formés. Toute l'antiquité semble avoir adopté cette fable. Le seul Aristote en parle avec plus de réserve : « L'ours , dit-il au liv. 6, ch. 30, produit ses petits moins gros qu'une belette, mais plus forts qu'un rat : ils sont sans poils et aveugles, leurs membres ne sont presque pas articulés. » Le philosophe n'a garde de dire que l'ours les forme en les léchant. A l'égard de Pline , il prétend que les oursons à leur naissance ne « sont qu'une masse de chair blanche et sans forme, sans poil, sans yeux, à laquelle l'ours donne une figure en la léchant. » (L. 8, c-36). La, raison pour laquelle les ours se plaisent à se lécher les uns les autres est vraisemblablement la transpiration salée qui sort de leur peau.
(l 8) L'ours craint la rigueur de l'hiver. La plupart des anciens ont observé que l'ours aimait le froid et n'habitait point les pays chauds , ce qui n'est vrai que des ours noirs , animaux frugivores, bien diflërens , par le caractère moral, des ours bruns dont Oppien fait ici la description. On croit communément que les ours noirs n'ont point été connus des anciens; cependant ce n'est qu'en leur accordant cette connaissance que l'on peut concilier le sentiment de Pline (liv. 8, ch. 36), qui assure que les ours n'habitent point les pays chauds et qu'on n'en trouve point en Afrique, avec celui d'Hérodote (Melpomène, ch . 1 9 1 ) , qui affirme le contraire. Mais celte contradiction disparaît si l'un a parlé des ours noirs, qui n'habitent effectivement que les régions les plus froides, et l'autre des ours bruns , que l'on trouve dans les climats les plus chauds.
(19) Chantons à présent l'onagre. L'onagre n'est point le zèbre, comme l'a enseigné le dernier éditeur
NOTES
d'Oppien, M. Schneider. Déjà M. de Buffon avait averti de la différence essentielle qui est entre ces deux animaux : « Le zèbre, dit-il (t. 5, p. 1.77 de son Hïst. des quadr.), n'est point l'animal indiqué par les anciens sous le nom d'onagre. » Celui-ci n'est autre que l'âne ordinaire en état de liberté ; il est plus grand , plus fort et plus beau parce qu'il n'est point déshonoré par le joug de l'esclavage et qu'il vit sous un climat plus favorable , dans les belles contrées de l'Asie et de l'Afrique.
(20) // a l'air gai. Si l'on veut adopter la correction que je propose, osté péléiphaïdros au lieu à! osté péléiphe, il faut traduire : « lia les yeux brillans. »
(21) Mais il est lui-même une pâture délicate pour les animaux carnassi ers. Parmi ces animaux ©amassiers, il faut comprendre l'homme , car les anciens faisaient un cas particulier de* la chair de l'onagre. Xénophon {Expédition du jeune Cyrus, liv. 1, p. 151 ) dit que cette chair ressemble beaucoup à celle du cerf, si ce n'est qu'elle est plus délicate encore. Nous voyons dans Y Ane de Lucien qu'on avait fait présent à un homme riche d'une cuisse d'âne sauvage comme d'un morceau recherché et digne d'une table somptueuse. Le cuisinier , par sa négligence , ayant laissé dévorer cette cuisse par des chiens et voulant se pendre de désespoir , sa femme lui conseille d'égorger l'âne des prêtres de Cybèle, d'en prendre la cuisse et de la servir à son maître comme celle de l'âne sauvage. Les onagres les plus délicats étaient, selon Pline (liv. 8, eh. 44), ceux d'Afrique, que les Latins appelaient lalisiones.
(22) Boisson chérie. Le grec dit à la lettre : « Le vin pur des animaux » C'est une imitation de Virgile {Géorg. 3, v. 529) :
Pocula sunt fontes liquidi.
(23) Le moment où elle sera délivrée de son fruit. Le grec dit : « Quand le petit tombe aux pieds de sa mère. »
(24) Ce n'est point l'affreuse tête de Méduse. Il est assez plaisant de voir un âne citer la fable. Ce trait est de mauvais goût et décèle la jeunesse de l'auteur, qui paraît avoir voulu imiter Euripide dans les Phœnissiennes (v. 458), où Jocaste dit à Polynice qui regarde son frère d'un œil courroucé : «Adoucissez, mon fils, la sévérité de vos regards et contenez votre colère. Ce n'est point la tête affreuse de la Gorgone qui se présente à vous, c'est un frère. »
(25) Thésée. Qui dévoua son fils Hippolyte à la vengeance des dieux, sur les calomnies de Phèdre.
Athamas, irrité par les délations d'Ino sa seconde
épouse, exila Phryxus et Hellé qu'il avait eus de sa première femme. Hygin (fab. 4 et 5) dit que, dans un accès de fureur, il tua à la chasse son fils Léarque. Thémislo , fille d'Hypséus et seconde femme d'Athamas , selon Hygin , tua ses propres enfans en croyant tuer ceux d'une rivale (fab. 45).
(26) La race énorme des hippagres. Dans ce vers, polu marque moins le nombre que la grosseur et l'énormité de la taille. Mais quels sont ces hippagres dont le nom signifie à la lettre chevaux sauvages? Il est aisé de s'apercevoir , en lisant la description qu'en fait Oppien, qu'elle ne convient à aucune des espèces de chevaux connues , et ce que Bodin et d'après lui Rittersheim disent des chevaux sauvages de la Scythie ne mérite pas qu'on s'y arrête.
S'il m'est permis de dire ici mon sentiment , je pense que ces chevaux sauvages ne sont autres que ceux que les anciens appelaient chevaux du JSil et hippopotames. Ne serait-il pas étonnant qu'Oppien eût passé tout à fait sous silence un animal aussi célèbre dans l'antiquité ? Mais si tous les traits dont le poëte s'est servi pour caractériser son hippagre conviennent parfaitement à l'hippopotame, s'il a suivi les opinions et même les erreurs des écrivains précédens qui ont parlé de ce fameux animal, il demeurera pour constant que sous le nom d'hippagre, Oppien a voulu décrire le cheval du Nil. Premièrement , selon notre poëte, l'hippagre habite les confins de l'Ethiopie, c'est-à-dire entre l'Egypte et l'Ethiopie. Ce sentiment est celui d'Hérodote (liv. 2, ch. 71) et de Diodore de Sicile (liv. 1, p. 42), qui donnent pour patrie à l'hippopotame l'Egypte supérieure. Nicandre ( v. 566 de ses Theriaca), Nonnus (1. 26, p. 690 de ses Dionysiaques) et la plupart des écrivains modernes enseignent la même chose. Les hippagres d'Oppien ont la bouche armée de deux dents saillantes et recourbées. L'hippopotame, suivant Hérodote, Diodore, Aristote (ffist. des anin\^ 1. 2, c. 7), porte de pareilles défenses et est du genre des animaux que les Grecs appellent chauliodontas . Ce qu'Oppien dit du pied de l'hippagre, qu'il n'est pas renfermé comme celui des chevaux dans une sole , mais qu'il est divisé en une double pince comme celui du cerf, se retrouve entièrement dans les auteurs que je viens de citer et c'est une erreur qui leur est commune ; ils parlent encore de la crinière de l'hippopotame à peu près dans les mêmes termes qu'Oppien nous décrit celle de l'hippagre , excepté qu'ils ne disent pas , comme le poëte , que cette crinière règne depuis le sommet de la tète jusqu'à l'extrémité de la queue. Les mœurs sauvages et le caractère indomptable de l'hippagre d'Oppien conviennent parfaitement au tableau que Diodore nous fait des mœurs et du caractère de l'hippopotame. Tous ces traits réunis et comparés prouvent par leur ressemblance que, sous deux noms differens , l'hippopotame et l'hippagre sont ie
SUR LA CHASSE DOPPIEN
même animal. Je ne puis mieux terminer cet article qu'en traduisant ici une description de l'hippopotame faite par un auteur grec anonyme et que le savant J.-Cses. Boulanger a publiée , d'après un manuscrit , dans sa Dissertation sur les jeux du cirque , dissertation comprise dans les antiquités grecques et romaines recueillies par Graevius et Gronovius (t. 9, page 7 30, édit. de Florence) : « L'hippopotame, dit l'écrivain anonyme, a le ventre et les pieds du cheval, excepté que la sole en est fendue ou divisée en deux pinces. Sa queue est épaisse, peu garnie de poils, aussi bien que tout le reste de son corps. Sa tête est arron die , ses mâchoires sont plus petites que celles du cheval. Il a les naseaux très-creux , et le souffle qui s'exhale par leur cavité ressemble à des tourbillons de fumée qui sortent d'une cheminée. Sa bouche est fendue jusqu'à ses tempes. Il a en outre deux dents saillantes semblables à celles du sanglier. C'est un animal prodigieusement vorace : une moisson entière peut à peine assouvir sa faim. Sa taille est celle d'un taureau. Pour le chasser , on observe les lieux qu'il fréquente, on y creuse des fosses qu'on recouvre de branchages légers sur lesquels on répand de la terre.»
(27) Les noirs habitans de l'Inde. Ce sont les Ethiopiens , car l'Ethiopie est quelquefois appelée l'Inde occidentale , par la raison, dit Philostrate [Vie d'Apollonius, livre 3, ch. 6) , que les Ethiopiens tirent leur origine de l'Inde. Ce dernier pays est quelquefois appelé Ethiopie orientale , comme nous l'apprend Servius , commentateur de Virgile, sur le 4 e livre de 1' 'Enéide , v. 481 : « Duœ sunt JEthiopiœ, una circa orlum solis , altéra circa occasum, id est, Mauritania, quam nunc dicit. Dicta est Mthiopia à colore populorum, quos solis vicinitas torret. »
(28) L'hyène. La nomenclature de cet animal est extrêmement variée chez les auteurs anciens. Aristote l'appelle glanos au livre 8, ch. 5 de YHist. des Anim. Ctésias, dans son Hist. de l'Inde, et Porphyre [De abstinentia, 1. 3, § 4) la nomment crocotta. Ce nom est, selon Ctésias, celui que lui donnent les Indiens. Strabon (lib. 16) nous apprend qu'on l'appelle quelquefois kunolucos , parce qu'elle tient du chien et du loup. Enûn elle est nommée belbus par quelques auteurs latins , entre lesquels on distingue Caoitolinus (p. 677, édition dite des variorum.)
(29) Elle ne jouit de la lumière que lorsque nous l'avons perdue. Les anciens Grecs appelaient héméralopie cette disposition vicieuse des organes de la vue qui, trop faibles ou trop irrités pour soutenir l'éclat du jour, ne distinguent les objets qu'aux approches de la nuit. Il est douteux que l'hyène soit habituellement sujette à cette maladie.
(30) L'autre a le dos arqué. Il est assez étonnant qu'A ristote ait oublié ce caractère particulier à l'hyène, dont il donne d'ailleurs une assez bonne description (H. an., liv. 6, ch. 32, et liv. S, ch. 5). Il est superflu d'avertir le lecteur que ce que notre poëte raconte ensuite de la vertu des peaux de l'hyène et du loup est purement fabuleux
(31) Tantôt mule, tantôt femelle. Ce qui a pu donner naissance à cette fable ridicule, rapportée sérieusement par une foule d'auteurs et réfutée par Aristote , c'est que le mâle a sous la queue une raie assez profonde semblable à la vulve de la femelle. (Anstoie, De g enerat.anim., liv. 3,ch.6,p. 1103.B.)
(32) Près des rocs élevés de l'Amanus. C'est ainsi qu'il faut lire , et non Près des bords. L'Amanus est une chaîne de montagnes qui divisent la Cilicie et la Syrie.
(33) On Vappelle Chrysus. C'est-à-dire loup doré. M. de BufTon croit que ce loup doré d'Oppien est le thos d'Aristote et le chacal ©u schiagal des Orientaux. Mais Oppien distingue expressément le thos du loup doré.
(34) Le tigre au corps noble et superbe. Le tableau qu'Oppien nous trace ici du tigre est le plus vrai de tous ceux que l'antiquité nous a laissés de cet animal ; et notre poëte est le seul qui ait donné au tigre le véritable caractère qui le distingue de la panthère, de l'once et du léopard, en disant que sa peau est embellie par diverses guirlandes, c'est-à-dire par de longues bandes tirées de la tête à la queue.
(35) C'est le plus prompt à la course. Le tigre s'élance et bondit plutôt qu'il ne court : « La vélocité du tigre est terrible, dit Pline (liv. 8, ch. 18); on la connaît lorsqu'on lui enlève pendant son absence toute sa portée , qui est toujours nombreuse : le ravisseur, monté sur un excellent coursier, fuit à toute bride ; mais dès que la femelle (le mâle est peu attaché à ses petits) trouve son repaire abandonné , elle accourt sur les traces du ravisseur, le«jointet.le force à lui jeter un de ses petits ; elle le prend aussitôt dans sa gueule, le porte à sa demeure, revient enrore , en reprend un second, jusqu'à ce que le cavalier, parvenu à son vaisseau, s'éloigne et la laisse sur le rivage, où elle fait éclater sa fureur et ses regrets. » C'est parce moyen que les Romains se procuraient des tigres vivans pour combattre dans les jeux du cirque. On employait encore une autre ruse pour avoir des tigres sauvages et dans la force de l'âge : on fabriquait une large boîte dont le fond était occupé par un miroir; autour de cette boîte on dressait une enceinte de filets, dans lesquels les chasseurs poussaient l'animal ; celui-ci , en arrivant à la boîte , voyait dans le miroir
NOTES
l'image de la campagne, croyait pouvoir passer outre et s'élançait dans la boîte, dont un homme, placé derrière, fermait aussitôt le couvercle. On voit une représentation de cette espèce de chasse dans Y Antiquité expliquée de D. Montfaucon.
Le nom du tigre lui est donné à cause de son extrême promptitude et vient , suivant Varron (De linguâ îat., liv. 4, n° 20N d'un mot arménien qui signifie flèche.
(36) Qui croira jamais. C'est avec raison qu'Oppien rejette cette fable ridicule , que plusieurs graves auteurs ont enseignée sérieusement. Yarron {De fi. fi., liv. 2) prétend que les cavales d'Espagne et de Lusitanie sont fécondées par le vent.
(37) C'est une opinion commune. Il n est pas nécessaire d'avertir le lecteur que cette opinion est fausse. Oppien paraît l'avoir puisée dans le Traité de la Chasse de Xénophon, ch. 17; il n'a fait pour ainsi dire que mettre en vers le texte de cet auteur, quePollux paraît aussi avoir copié auch. 12 duliv. 5 de son Onomasticon.
(38) Les porcs-épics. Cet animal, appelé hystrix par les anciens, paraît avoir été confondu par quelques-uns avec le hérisson (echinus) , dont cependant il diffère essentiellement par la grosseur aussi bien que par la forme ; la seule ressemblance qui soit entre ces deux animaux , c'est que l'un et l'autre a le corps revêtu de piquans. Le nom de porc-épic pourrait faire croire qu'il y a quelque similitude avec le porc ; il n'a cependant que peu de rapports avec ce quadrupède : ses pieds sont divisés en doigts, tandis que ceux du porc sont partagés en deux pinces ; il n'a point le museau allongé du porc, son mufle est arrondi. Ainsi Claudien a enseigné une erreur lorsqu'il a dit dans son petit poème du Port-épic, v. 5 :
Os longius illi Assimilai porcum.
Les porcs-épics sont plus petits que les loups, et si Oppien semble les égalera ces animaux, c'est par une erreur de copiste , car il faut lire au v. 393 ton d'outoi megethos au lieu de ton d' êtoi , ainsi que je crois l'avoir prouvé dans les notes latines.
(39) L'ichneumon. C'est l'animal que l'on appelle aujourd'hui la mangouste et que les Egyptiens nomment en leur langage rat de Pharaon, quoiqu'il n'ait aucun rapport avec le rat; il ressemble plutôt à la belette. (Voyez sa description dans l'hist. des quad, de M. de Buffon, tome 6, p. 133.)
(40) Aussitôt il se roule dans le sable. Strabon (hv. 17, p. 658) décrit à peu près dans les mêmes tenues qu'Oppien la ruse que l'ichneumon emploie contre le crocodile : « Les ichneumons , dit-il, dé-
truisent les crocodiles. Lorsqu'ils vorent ceux-ci ouvrir au soleil leur vaste gueule, ils s'élancent dans ce gouffre, rongent les entrailles du crocodile et sortent par son ventre. » Ce que Pline semble avoir traduit liv, 8, ch. 25 : « Crocodilum somno pressum conspicatus ichneumon, per easdem fauces ut telum aliquod immissus, erodit alvum. »
(40) Voici le piège qu'il tend à l'aspic. Ce combat de l'ichneumon et de l'aspic est totalement emprunté d'Aristote (Hist. an., liv. 9, ch. 6 ) ; mais le philosophe n'y croyait pas beaucoup. jElien, Nicandre, Antigonus Carystius et une foule d'autres auteurs ont orné leurs écrits de cette fable
(41) Le renard. Cet animal est trop connu pour nous y arrêter. La ruse qu'il emploie pour prendre les oiseaux est décrite par Oppien au po'ëme de la Pêche (liv. 1, v. 108).
(42) En qui la panthère est unie au chameau. C'est de cette réunion que les Grecs avaient nommé cet animal camelopardalis ; nous l'appelons aujourd'hui girafe d'après les Orientaux. La description qu'en donne ici Oppien est une des meilleures que nous ayons.
(43) Ils ont un long cou. Héliodore dit de même : « Son cou mince s'allongeait comme celui d'un cygne. »
(44) De courtes oreilles. Ni Strabon ni Héliodore ne parlent des oreilles du camelopardalis. Belon, qui avait vu cet animal, assure que les oreilles de la girafe sont tout à fait semblables à celles de la vache et de même grandeur; par. conséquent elles doivent paraître fort petites pour un animal dont la tête est si élevée.
(45) Dépourvue de crinière. Oppien est ici d'une exactitude admirable. En effet dans les descriptions modernes de la girafe et dans les différentes figures qu'on en a tracées, la crinière, qui est fort courte, ne commence qu'à la naissance du cou.
(46) Deux cornes qui ne sont pas de la nature des cornes ordinaires. C'est ainsi que je traduis outi Mras kéroen •. « Ce n'est pas une corne de corne. » En effet, suivant les meilleurs naturalistes modernes, les cornes de la girafe sont d'une nature osseuse, roulées en spirale, revêtues de poils qui semblent être adhérens; leur hauteur est à peu près de six pouces ou un peu plus. Ces cornes, comme le dit Oppien , croissent au milieu du front au-dessus des tempes.
(47) Du passereau et du chameau. D'après celte
SUR LÀ CHASSE D'OPPIEN
opinion, les Grecs nommaient l'autruche stroutiocamêlos. Les Arabes lui donnent encore aujourd'hui un nom qui signifie aussi oiseau-chameau. (Foyezles Extraits de l'Mst. nat. d'Eldémiri.)
(48) 77 faut le poursuivre à l'aide des coursiers. jElien (De nat. anim., liv. 14, ch. 7) décrit ainsi la chasse de l'autruche. Cet oiseau se prend en le forçant avec des chevaux. Sa course est circulaire et excentrique ; les chevaux l'atteignent en lui coupant le chemin. On le prend encore en guettant le moment où il va visiter ses œufs pour voir s'ils sont éclos, car il ne les couve point : il les dépose seulement dans le sable, et l'ardeur du soleil les fait éclore. Quand il croit que ses petits sont nés , il vole à eux les ailes étendues ; alors les chasseurs, placés en embuscade , le percent à coups de traits. Oppien, dans le poëme de la Pêche (1. 4, v. 630), dit que l'autruche est si stupide qu'elle croit se dérober à la vue des chasseurs en se cachant la tète dans des buissons.
CHANT QUATRIÈME
'1) Au fils de notre Jupiter. Le texte porte : « Au fds de Sévère noire Jupiter. » C'est ainsi qu'au commencement du poëme , il appelle Sévère le Jupiter de l'Ausonie.
(2) Chacun d'eux connaît. « Chaque animal , dit Porphire (De abstin., livre 3, § 9, p. 223), connaît ce qui fait sa force et sa faiblesse, il fait usage de l'une et protège l'autre : la panthère attaque avec les dents , le cheval avec le pied , le bœuf avec ses cornes, le coq avec ses éperons, le scorpion avec sa queue. »
(3) Je célébrerai séparément les pièges. C'était, sans doute un des objets du 5e chant , lequel est perdu.
(4) Ces coursiers nourris en Lubie. Nous en avons Darlé en détail dans les remarques sur le 1er chant
(5) Dépend tout le succès de la chasse. Le texte dit à la lettre : « C'est vers les toiles qu'il faut diriger le gouvernail de la chasse.» Oiêia est au pluriel, parce que les vaisseaux des anciens avaient plusieurs gouvernails ; les monumens en offrent un grand nombre de ce genre,
(6) Et éviter son souffle. C'est-à-dire ne pas se mettre sous le vent.
(7) Et rendent leurs travaux inutiles, peci suppose que l'intention des chasseurs est de prendre les animaux vrvans en les poussant vers les toiles et en
les faisant tomber dans les filets. Autrement, il me semble qu'ils pourraient tuer les animaux qui viennent à leur rencontre , et que leurs travaux ne seraient pas inutiles.
(8) Dans un abîme sans issue. J'ai traduit conformément à la correction de M. Schneider, qui lit anostêtoio au lieu d'anâïstoio (inopiné). Mais je reviens à cette dernière leçon, la seule avouée par les manuscrits et oui peint mieux l'imprudence du lion.
(9) Une cage. Le texte dit : « Des palais composés d'osiers fortement tordus (eustropha tukta melathra). » On voit bien que c'est une emphase poétique.
(10) Le lion redoute surtout le brillant éclat de la flamme. Telle est aussi l'observation d'Aristote (Histoire des anim., livre 9, ch. 44). Ce que l'on dit du lion est vrai : le feu est ce qu'il redoute le plus, ainsi qu'Homère l'a dit dans son poëme (Iliade, liv. 17, v. 663 , et liv. 2, v. 547). iElien (au 12e liv. ch. 7, De nat. anim.) fait une remarque semblable : « Le lion, dit-il , craint le feu extérieur, parce qu'il est intérieurement rempli de feux. »
(il) Le désespoir dans le cœur. A la lettre: « Rongeant son cœur. » Manière de parler empruntée d'Homère.
(12) Par une semblable ruse les pêcheurs. Celle espèce de pèche se trouve détaillée dans le 4e livre des Halieutiques , v. 640.
(13) Les peuples de Maryandye. Il ne faut pas confondre ces peuples, habitans de l'Inde , avec les Maryandiniens situés sur la rive orientale duPont- Euxin. Le véritable nom de ceux dont parle Oppien estMa-rundes (Maroundai) -. c'est ainsi que les nomme Ptolémée (liv. 7 de sa Géographie , ch. 2). Oppien a changé ce nom en Maruandês , à cause du dialecte ionien dans lequel il écrit ; ou peut-être faut-il lire en cet endroit Marounrea au lieu de Maruanrea.
(14) Vouées au culte de Bacchus. L'expression grecque signifie : « Qui aime à boire du vin. » Le texte ajoute à cette épithète celle â'oschophores. Ce surnom vient d'une cérémonie usitée dans les fêles de Bacchus à Athènes. Nous trouvons une description très-détaillée de cette cérémonie , appelée Oschophorie , dans la Chreslomathie de Proclus , dont Photius nous a conservé plusieurs fragmens dans sa Bibliothèque, p. 989. Ce morceau m'a paru assez intéressant pour être mis sous les yeux des lecteurs qui aiment à étudier l'antiquité dans ses mecurs et dans ses usages : « Les vers oschophoriques, ditPro-
NOTES SUR LA CHASSE DOPPIEN
clus parlant des différentes sortes de vers usités chez les Grecs, se chantent chez les Athéniens. Deux jeunes gens , habillés en femmes et portant des branches de vigne chargées de raisin , mènent le chœur : cette branche s'appelle oschê, et de ce nom est venu celui des vers. Thésée fut, dit-on, le premier qui célébra cette fête lorsqu'il s'offrit volontairement à s'embarquer pour la Crète et délivra sa patrie du tribut douloureux qu'elle payait à Minos. Il l'institua pour rendre grâce à Minerve et Bacchus , qui lui étaient apparus dans l'île de Dia (aujourd'hui Naxie) ; il employa pour la célébrer deux jeunes gens qui avaient été élevés à l'ombre, c'est-à-dire dans la prison du labyrinthe, et qui furent les ministres de celte cérémonie religieuse. Chez les Athéniens, la procession allait du temple de Bacchus à celui de Minerve Sciriade ; le chœur suivait les jeunes gens, et les adolescens de chaque tribu disputaient le prix de la course. la récompense du vainqueur était de goûter à la coupe nommée Pentaple, composée d'huile, de vin, de miel, de fromage et de farine. » Cette fête, selon le témoignage de Plutarque, se célébrait en l'honneur de Bacchus et d'Ariane , au temps où l'on fait la cueillette des fruits. On admettait au sacrifice et à la cérémonie des femmes qu'on appelait Déipnophores (qui apportent le repas) et qui représentaient les mères des jeunes gens que le sort avait nommés pour aller en Crète. {Voyez Plutarque , Vie de Thésée, p. 48, édition de Reiske.)
(15) Ino nourrit- Bacchus. La première nourrice de Bacchus fut Macris , fille d'Aristée , s'il faut s'en rapporter au-poëte Apollonius de Bhodes {Argonautes, liv. 4, v. 1134), et selon Nonnus {Dionysiaques, liv. 48), ce fut Minerve qui, malgré sa virginité, allaita Bacchus.
(16) Sur une montagne que les mortels appelaient alors Méros. Cette montagne était située dans l'ïnde, près de la ville de Nyssa, à peu de distance du Gange. Le nom de cette montagne, qui signifie cuisse, a probablement donné lieu à la tradition mythologique par laquelle les poêles enseignent que Bacchus fut déposé .dans la cuisse de Jupiter pour y attendre le terme de sa naissance. Arrien, dans son Histoire de l'Inde, ch. l (si cet ouvrage est d' Arrien), semble adopter l'opinion contraire et dire que la montagne fut ainsi nommée de l'événement arrivé à Bacchus. Euripide explique cette fable d'une manière assez curieuse et prétend que le nom de Méros est dit par corruption pour oméros , mot grec qui signifie otage. Voici la raison qu'il en donne et comme il s'exprime dans sa tragédie des Bacchantes , v. 286, où Tirésias dit à Penthée :
« Vous insultez à ce dieu par vos ris lorsqu'on vous dit qu'il a été enfermé dans la cuisse de Jupiter ; mais je vais vous apprendre combien cette opinion est juste. Lorsque le souverain de l'Olympe eut
dérobé ce jeune enfant aux feux de son tonnerre , iî le transporta dans les deux, d'où la jalouse Junon voulut bientôt l'exiler. Mais Jupiter, comme un dieu puissant, rendit les ruses de Junon inutiles, et séparant une portion de terre environnée d'air, il y déposa Bacchus et le donna pour otage de la fin de ses débats avec Junon. De là les hommes ont dit que ce dieu avait été durant quelque temps nourri dans la cuisse de Jupiter ; ils prirent occasion de jouer sur le mot, de ce que Jupiter s'étant raccommodé avec Junon, lui avait donné Bacchus pour otage. » Au surplus il parait, par le récit d'Oppien, qu'il place en Béotie la montagne de Méros. Si cela est, c'est une erreur de géographie
(17) Aussitôt lesmilax. J'ignore quelle est cette plante que les uns prennent pour l'if, d'autres pour le buis , d'autres pour une espèce de chêne vert , comme nous l'avons déjà observé sur le premier chant. Homère, ou l'auteur de l'hymne à Bacchus imprimé sous le nom d'Homère, rapporte un semblable prodige lorsque les pirates tyrrhéniens veulent enlever Bacchus. {Voyez aussi Nonnus, Dionysiaques, liv. 45, p. 1166, et Ovide, Meta* mor., liv. 3, v. 644.)
(18) C'est lui qui le premier. Apollonius {Argonautes, liv. 4, v. 1 132) attribue également à Aristée diverses inventions utiles , telles que l'art de recueillir le miel, de faire de l'huile avec des olives, etc.
(19) D'un bâton qu'il avait coupé. Le même prodige est rapporté par Nonnus {Dionysiaques, liv. 48, p. l282).Euripidel'atlribueàune Bacchante dans sa tragédie de ce nom, v. 701 .
(20) 0 Bacchus! allume la foudre de ton père. « Le feu, dit Lucien dans son petit traité intitulé Bacchus , le feu est l'arme de Bacchus ; il l'a ravi à la foudre de son père. »
(21) Ce Penthée dont le nom est funeste. Le nom de Penthée signifie deuil, ou plutôt ce nom approche de penthos qui a cette signification. Une allusion semblable au nom de Penthée se trouve dans la tragédie des Bacchantes d'Euripide, v. 367 : « Vous vous appelez Penthée ; prenez garde que le deuil (penthos) n'entre dans votre maison, » {F oyez aussi le vers 508 de la même tragédie.)
(21) On attaché à celle corde. L'usage de cette corde chargée de bandelettes de pourpre et de plumes de différentes couleurs était d'effrayer les animaux qui auraient voulu sortir par le côté du demicercle que traçaient les filets et les toiles. On l'appelait en latin formido, comme les Grecs l'appelaient deima, qui a la même signification. Cette corde était soutenue dans sa longueur sur de petites fourches que les latins appelaient ancones, valli, vari, cervi. Nous en avons déjà parlé au 1er livre.
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REMARQUES SUR LA PÊCHE D'OPPIEN