Cheou-ping, empe
reur régnant.... Petit nom de l'empereur
Yen-yû (Kari-hira) .
En tout 6| générations.
On a pu constater, en parcourant le tableau qui précède, combien la nomenclature de Ma Touan-lin est défectueuse.
Celle du Pieni-tien, au contraire, ne rei>ferme que deux ou trois erreurs graves.
J'ajouterai quelques remarques au sujet de la chronologie de Tao-jen. Ce moine fait usage pour désigner les souverains du Japon du nom chinois posthume qui leur a été attribué par Omi-mi-funé, en
64 ETHNOGRAPHIK DES CHINOIS
784 de notre ère 1, et il néglige de mentionner leurs noms véritables, lesquels étaient des noms purement japonais ^. Il fait cependant exception à ce système de notation des règnes, à propos de l'impératrice Pimi-hou ou Chinkoung qui s'appelait aussi, dit-il, Sth-tchangtsouh'ki^ nom qui se lit en japonais /Arinaga-tarasi bime; il agit de même à propos du mikado Kintnei, et lorsqu'il cite le 38' mikado, il omet son nom chinois pour ne citer. que son nom japonais. Je ne crois pas que Tao-jen ait eu un motif sérieux pour agir de la sorte, et je pense que de deux choses l'une : ou ce bonze a écrit sa liste avec négligence, ou sa liste a été modifiée avec des données reçues en Chine postérieurement à son séjour dans
I Voy. ma Civilisation japonaise, p 88.
2. J'ai public, pour la première fois, la liste des mikado^ depuis l'origine de la monarchie jusqu'au règne de l'impératrice Di-tô, sous leur nom original japonais dans la Revue orientale et américaine^ seconde série, t. III, p. 90, et je l'ai reproduite dans ma Civilisation japonaise^ p. 89.
ce pays. Ce serait à tort, suivant moi, qu^on chercherait à déduire de la notation de Tao j'en une conséquence quelconque au sujet de la manière dont étaient dési« gnés les empereurs du Japon à cette époque.
Les recherches, dont je viens de donner un résumé rapide, éclaircissent, je crois, d'une manière complète, certaines incertitudes que soulevait la publication de la notice de Ma Touan-lin, au sujet de la chronologie des empereurs du Japon. La liste fournie aux Chinois par le bonze TaO'jen sera désormais considérée comme identique à celle des japonistes, et il ne sera plus question de princes dont il n'est fait A aucune mention » dans le tableau des règnes publié par ces derniers. La seule difficulté qui reste à résoudre, consiste dans la mention de cinq noms de princes qui auraient régné sur le Japon après la célèbre Pi-mi^hou (l'impératrice Zin-gu des historiens japonais). Ces cinq princes, suivant les annales de la Chine, se -seraient nommés I-yu, Tsan^ Tsin,
66 kTHNOGRAPHIE DES CHINOIS
TsitlHing^. A part la princesse Lyu, dont il me semble bien difficile d'admettre rintercalation dans la liste chronologique des 4 empereurs du Japon i, oti le successeur de Zingu paraît être incontestablement le mikado Wau\in^ je crois trouver l'explication des autres noms dans la période de troubles qui suivit la mort de ce dernier souverain, période durant laquelle les princes Oho sasagi et Waka Iratuko se renvoyaient mutuellement le titre impérial et le tribut, tandis que leur frère OAo-x^mamori cherchait, au contraire, à s'emparer du trône ainsi laissé vacant. Les annales indigènes nous présentent, à cette époque, un certain temps d'interrègne qui se termina seulement lorsque Waka Iratuko se fut donné la mort, afin de ne pas prolonger les motifs de désordre qui résultaient du désintéressement de Oho sasagi. Je ne pense
I. La mention de ces princes et leur succession sont consignées dans la notice du Pien-i-tien extraite des annales de la dynastie des Liang {Vivr. sxxrii, p. i3).
cependant pas pouvoir traiter dès aujourd'hui cette question sur laquelle il me reste encore certains doutes dont je ne pourrai probablement apprécier la valeur que lorsque j'aurai reçu du Japon plusieurs ouvrages historiques qui manquent dans ma collection et dans celles des bibliothèques publiques auxquelles je puis avoir accès à Paris.
Le Pien-ùtien nous fournit bien peu de renseignements au sujet de Pintroduction des caractères et de la littérature de la Chine au Japon. Cestcependant là une question d^une importance considérable, qu'il eut été intéressant de voir élucidée par les historiens chinois. J'ai fait observer ailleurs ^ que la connaissance de l'écriture idéographique devait remonter au moins à Tépoque de la première ambassade venue du continent à la cour des mikados. Sans parler de l'expédition envoyée par l'empereur Tsin-chi Hoang-ti
I Voy. ma Civilisation japonaise (dans la Bibliothèque Orientale elzévirienne de Ernest Leroux), p. 60.
dans les îles de l*Asie orientale (m® siècle avant notre ère), il faut sans doute tenir compte de la mission qui vint apporter des présents de la part du roi d'Amana (un des états de la Corée), à Tempereur du Japon Sui'\iny Tan 33 avant notre ère; et surtout de Pambassade du mikado Sui-nin^ qui se rendit à la cour de Chine, sous le règne de l'empereur Kouang-wou Hoang'tîy l'an 56 de notre ère. Cette ambassade est d^ailleurs mentionnée dans les Annales des Han-postérieurs (Heou" Han chou) ; et, dans celles des Weï, on trouve le passage suivant qui n'a pas été reproduit parmi les extraits des historiens chinois publiés par Ma Touan-lin :
« Tous les hommes de ce pays se tatouent la face et se couvrent le corps de figures.
Depuis V antiquité y leurs envoyés se sont rendus à la Chine. »
La première mention de récriture chez les Japonais se trouve, dans le Kou-kin tou'chou^ oti sont reproduits les documents relatifs aux peuples étrangers contenus dans les grandes annales de la
LKS JAPONAIS 69
Chine. Elle figure dans la notice rattachée au règne de Taï-tsoung, de la dynasdie des Tang (53i de notre ère) ; mais il est évident que l'usage des caractères chinois était bien plus ancien dans les îles de TAsie orientale, puisque, longtemps avant cette époque, les souverains de la Chine et du Japon, s'étaient échangés des messages écrits.
Le Pien-i'tien nous mentionne également l'arrivée du Japon en Chine d'un moine appelé Tsihtchao, la première année de Père King-teh (an 1004 de notre ère). Ce moine, qui était accompagné de huit personnes, est le fameux Zyak-seô, du monastère de Yen-ri-si, auquel on attribue rinvention d'une écriture syllabique composée à l'aide de caractères chinois cursifs et abrégés *. Le système de cette écriture, dont les Chinois ont dû avoir connaissance lors du séjour de
I. J'ai publié le syllabaire japonais de Zyak-seô, ainsi que la notice qui lui est consacrée dans \iWaKan San-sai du-ye, livr. xv, f** 36 (Voy. mes Archives paléographie ques de l'Orient et de l'Amérique^ t. I, p. 237).
Zyak seô dans leur pays, ne paraît pas les avoir intéressés, car il n^en est fait mention, autant que je sache, que dans des livres relativement très modernes i.
I. Voy.^ à ce sujet, ce qae j'ai dit du Jih-pen kao, plus haut, p. 3i.
ou LIEUE GEOGRAPHIQUE DES CHINOIS
LA situation relative des pays mentionnés dans les anciens auteurs chinois, et la distance qui les séparent les uns des autres, sont au nombre des données dont les Orientalistes peuvent faire usage dans leurs essais d'identifications topographiques. Il se présente malheureusement là toutes sortes d'incertitudes que, malgré la délicatesse de ses procédés, la science critique est souvent impuissante à faire disparaître. Parmi ces incertitudes, les unes proviennent du peu
72 KTHNOGRAPHIR DES CHINOIS
(inattention qu'ont mis les écrivains de la Chine à s^assurer de retendue précise des distances qu'ils avaient à mentionner ; les autres des variations qu'a subie la lieue chinoise aux différentes époques, et probablement aussi dans les diverses provinces.
Dans tous les pays, pourvu que Ton remonte à des temps quelque peu reculés, les mesures itinéraires ont été Tobjet de fréquentes variations. Il ne pouvait en être autrement dans un des plus grands empires du monde, oîi Tinvasion étrangère est venu d'âge en âge bouleverser l'ordre social et soumettre le peuple aux plus terribles conséquences de la guerre et de la domination étrangère.
Faute d^avoir fait suffisamment attention au changement de valeur du H, les sinologues se sont souvent laissé entraîner dans des théories ethnographiques qui seraient fort importantes si elles étaient établies sur des bases solides^ mais qui s'évanouissent bientôt lorsque Térudition projette sur elles les premières lueurs de sa lumière. Pour Tinstant, je me borne à
SUR LA VALEUR DU LI jS
faire allusion à la prétendue découverte de TAmérique par les Chinois au v* siècle de notre ère, découverte dont j'ai déjà dit quelques mots au commencement de ce Mémoire. Les savants européens, qui se sont préoccupés de cette découverte imaginaire, n*y auraient très probablement jamais songé, s'ils avaient pris la peine de constater, d*une part combien sont souvent inexactes les distances mentionnées dans les anciens écrivains de la Chine, et d'autre part combien il est difficile de déterminer de quelle « lieue » ils ont voulu parler, quand ils ont fait mention de tel ou tel nombre de // entre deux localités.
Voyons d'abord ce que nous disent les principaux dictionnaires chinois -européens sur la signification et la valeur du mot li ^.
Ce mot veut dire : « Lieu, habitation, village, route; vingt-cinq ou bien cinquante maisons; une mesure itinéraire de
36o pas, chaque pas représentant anciennement six coudées » [Basile de Glemona^
« Le mille chinois, dont 3 1/2 font environ I mille anglais; un sentier dans un village, un village. On appelle 5 familles un lint voisinage»; 5 lin font un li de 36o pas. — 25o // sont considérés comme un degré géographique » (Morrison).
« 12 // font une lieue marine » (Gonçalvès).
« Un lieu où Ton habite, un voisinage; un village de 25 ou bien de 5o familles; un sentier dans une ville; une petite rue, une place; le mille chinois réputé de 36o pas, mais qui a var/V entre i i58 et i 891.
pieds, et qui est généralement aujourd'hui de ï Soo tchih (pieds) ou de 1 458,53 pieds anglais; de sorte que 27 4/5 de // égalent dix milles. Le // géographique est de 1 458,53 pieds, dont 25o font un degré, et 10 une lieue française » (Wells Williams).
Ainsi qu'on le voit par ces reproductions textuelles du sens que donnent les principaux auteurs de dictionnaires chi-
SUR LA VALEUR DU LI jS
nois-européens au mot //, nous demeurons dans rignorance des changements qui ont pu se produire d'âge en âge sur cette mesure itinéraire, depuis les premiers temps de la monarchie chinoise jusqu'à nos jours, c'est-à-dire pendant une période d'environ quarante siècles! Ces modifications sont cependant incontestables, ainsi que Ta supposé avec beaucoup de raison M. Vivien de Saint-Martin qui s'est beaucoup occupé des questions relatives à Tancienne géographie asiatique :
a Le // chinois, dit ce savant, n'a pas moins varié de longueur selon les temps que n'a varié, chez les Occidentaux, selon les peuples et selon les époques, la valeur du stade, du mille et de la lieue ^ »
Voyons d'abord ce que nous apprennent les dictionnaires indigènes des Chinois sur la valeur du mot li :
« Pour le calcul des routes, 36o pas font
I . Dans l'appendice aux Mémoires sur les contrées oC" cidentaleSf de Hiouen-tsang, trad. de Stanislas Julien (t. II, p. 2 56).
70 ETHNOGUAPHtE DES CHtNOtS
aujourd'hui i li i (Kang-hi Ts^^e-tienJ.
« D'après le Foungsouh-toung, 5 kia ou
« maisons » font i fan * ; — lo Jan font
1 //. — 3co pou ou t pas » font un li. — En outre i //en carré comprend 129 600 pas. »
• Suivant le Tcheou-li ou « Rituel de la dynastie impériale des Tcheou (1 134 a
2 56 avant notre ère), 5 kia ce maisons »
font I lin « voisinage » ; — 5 lin font un //» (Pin-ts^e-tsien).
« Suivant XtKoung-yang tchouen, dans Tantiquité 6 tchi « pieds » égalent r pou « pas »; — 3oo pou égalent i //. »
« Suivant le King tsieh-tsouan-kou^ le mot //signifie « un endroit »oû le peuple habite. Dans Tantiquité 3oo pou = i H ; il en était de même sous la dynastie des Tcheou. On dit également que, dans l'antiquité, 72 maisons zr i //.
« Suivant le Lun-yu tchouen-kao
I. Expliqué par « traverse de bois placée sur le devant d'un>éliicule yf, Deguif^nes fils, dans son édition du Dict. Chili du P. Basile, a confondu ce signe avec un autre caractère (n" 10845) qui se prononce sien.
SUR LA VALEUR DU Ll 77
jperii I /f = 80 hou « individus • (foyers).
« Suivant le Wang-tou-ki, loo kia « maisons » ou « familles » = i //
Afin de compléter quelque peu ces indications évidemment trop vagues et trop variables que nous fournissent les dictionnaires chinois sur la valeur du H, il m*a paru utile de traduire les explications données par ces mêmes ouvrages sur les mesures qui sont considérées comme des subdivisions de la lieue.
Pou. — On lit dans le Ssemafah, Traité sur l'art militaire composé au iv® siècle d'après d'anciens documents : « 6 tchih « font un pas (pou\ — joo pas font a I meou ^ »
« Anciennement, 8 tchih de la dynastie des Tcheou faisaient i pou; — aujourd'hui
I. Observons, à cette occasion, que le meou représentait, sous les Tsin, un rectangle de 240 pou de long, sur un pou de large, et antérieurement un rectangle de 100 pou de long sur UN de large. Cette observation contribuera à l'intelligence des passages où les auteurs chinois parlent de l'évaluation d'une aire territoriale en carré (ch./an^).
7'S KTHNOGHAPHIK DEi CHINOIS
il faut 6 tchih -f 4 tsun (pouces) pour faire un pou. »
« Anciennement, dit un autre auteur, 8 tsun faisaient i tchih; et 8 tchih de la dynastie des Tcheou faisaient un pou. Ensuite il a fallu 6 tchih et 4 tsun pour faire unpou. »
« Sous le règne de TempereurTsin-chi*hoang-ti, suivant lautorité du grand historiographe Sse-maTsien, 6 tchih faisaient I pou » (Sse-ki ou Mémoires historiques).
Tchih. — .«Le tchih ou coudée se composait de 10 tsun ou pouces, suivant l'ancien dictionnaire Choueh-wen *. L'une et l'autre de ces deux mesures sont basées sur les dimensions du corps humain. »
« \ofen, dont le grain de millet est la mesure primitive, forment un tsun; — 10 tsun font un tchih »
I. La longueur du tchih a été fixée par rerapcreur Hoang-tj (xxvi.' siècle avant n è.), d'aprcs la longueur nécessaire à une flûte de bambou pour rendre un son déterminé. Suivant un calcul fait à Péking par les anciens missionnaires, la longueur de cette flûte devait être de o"2 55. Le tchih actuel est celui des Chang et mesure o"2o5.
« Sous la dynastie des Hia, lo tsun formaient également i tchih; — sous celle des In, 9 tsun formaient un tchih; — enfin, sous celle des Tcheou, 8 tsun faisaient un tchih » (Khang-hi Ts^e-tien).
On voit par ces quelques explications combien est complexe la question du // chinois, et à quelles incertitudes on est exposé lorsqu'on a besoin d'en préciser la valeur dans les ouvrages géographiques qui en font usage. Tout ce qu'on peut déduire des passages cités plus haut se réduit à quelques faits dont voici le résumé :
Le LI (lieue) actuel = 36o/70z^, et dans certaines localités = 3oo/om.
Le POU (pas) rz 8 tchih^ sous les Tcheou (i i34 à 256 av. n. è.).
Le POU (pas) = 6 tchik^ sous les Tsin (255 à 2o6 av. n. è ).
Le POU (pas) = 6 tchih -f- 4 tsun, dans les temps modernes.
Le TCHIH (coudée) =. lo tsun^ sous les Hia (22o5 à 1797 av. n. è.).
Le TCHIH (coudée) = 9 tsun^ sous les In ou Chang (1783 à i 137 av. n. è ).
Le TCHiH (coudée) = 8 tsun, sous les Tcheou (il 34 à 256 av. n. è.).
Le TCHiH (coudée) = 14 i/^tsun^ dans les temps modernes.
Le tsun (pouce) iz: 10 /en (parties) ou grains de millet.
Ainsi qu'on le voit, ces données sont insuffisantes pour permettre de fixer par un calcul exact les variations de la valeur des mesures linéaires chinoises; et tout ce qui peut ressortir à la rigueur de ce qui précède, c'est que la plupart de ces mesures ont tour à tour diminué et augmenté de longueur. Néanmoins, il me semble ressortir de l'examen de quelques anciens textes indigènes que le li est aujourd'hui plus long qu*il ne Fêtait autre/ois. J'ajouterai même qu'à certaines époques, auxquelles appartiennent plusieurs des documentsanciens les plus importants pourTétude de la géographie et de l'ethnographie, il était tellement inférieur à sa dimension actuelle ^ qu'il ne serait pas possible de