‹ Les peuples orientaux connus des anciens ChinoisChapitre 66 sur 87 · LA COCHINCHINE RT LE CAMBODGE I9I · texte numérisé non relu

LA COCHINCHINE RT LE CAMBODGE I9I

nua ou États du Nord, dans le vaste domaine occupé par les tribus Lao. Ces tribus, tombées dans la barbarie, avaient anciennement joui d'une organisation sociale assez développée et même possédé un alphabet ' et une littérature. Je pense qu'il faut rapprocher cette vieille civilisation du bassin septentrional du Mënam de celle qui s'est manifestée par un art et des monuments aussi étonnants qu'énigmatique à Angkor et dans tout l'antique territoire Khmer, dont les limires me paraissent avoir été bien autrement étendues qu'on ne Ta cru jusqu'à présent. Je propose donc d'identifier le Fou nan avec le royaume de Tchieng-maïy qui fut désigné plus tard par les Chinois sous le nom de King-mai, et j'étendrai ses limites au travers des pays Lao, du côié du sud-est jusqu'au cœur du Camboge actuel, et du côté du nord-ouest jusqu'au sein de l'empire Barman. Au nord-est, je

I. Un alphabet Lao a éic publié avec une notice pur Charles de Labarthe, dans le Bulletin de V Athénée Oriental, i8r>8-69, p. 190.

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lui donnerai pour frontière le Tongkin actuel, et au sud, la côte orientale du golfe de Siam. J'ignore si de nouveaux documents chinois viendront projeter de nouvelles lumières sur les problèmes ethnographiques auquel s'attache le nom de Fou naiif mais je crois avoir consulté sur ce pays assez de géographies et de chroniques chinoises pour que je n'aie guère Tespoir de voir applanies de sitôt les difficultés qu'il ne m'a pas été donné de résoudre d'une façon satisfaisante.

Les plus regrettables incertitudes sur l'identification des anciens pays de l'Indo- Chine avec les pays connus des Européens peuvent être constatées dans les travaux de la plupart des sinologues et dans ceux des géographes qui leur ont fait des emprunts. Ces incertitudes, — il faudrait peut-être dire ces confusions, — viennent, je crois, de ce qu'on a toujours cherché à placer, dans les limites des monarchies actuelles, les anciens états qui se sont successivement établis, transformés et dèsor^janisés dans la péninsule transgan-

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gétique, et de ce qu'on a voulu voir, dans les noms cités par les historiens chinois, les dénoininations de grands royaumes, là oti il n'était question que de petites tribus plus ou moins indépendantes les unes des autres, et en général, établies sur les bases politiques les plus fragiles et les plus éphémères. C'est ainsi que Stanislas Julien et d'autres sinologues, ont assimilé le Yueh-nan ou Kiaotchi avec l'empire d'Annam, Lin-i av^c Tchen-tching ou Tsiampa, Foitnan avec Sien-îo ou Siam, etc., ^ Ces confusions sont d'ailleurs très pardonnables, car elles ne sont pas rares, dans les auteurs chinois eux-mêmes.

Le KiaO'tchiy par exemple, ne saurait être identifié exactement avec ce que nous entendons par An- nan ou Annam 2. Situé

I Julien, Mélanges de Géographie asiatique, p. 127; cf Bridgemann, Chinese Chrestomathy, p. ^07; Klaproth, Tableaux historiques de l'Asie; etc.

2. La grande carte publiée dans le Dictionnaire Annamite de Pigneau et Taberd, intitulée An-nam dai quoc hoa do, comprend sous le nom ài'Annam, le Tongkin ou Cocliinchine extérieure C^ang-ngoaiJ, la Cochinchine inté-

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au nord du golfe du Tong-kin, en face de Tile de Haïnan^ le Kiao-tchi dépendait autrefois du territoire de Jih nan, établi dans la partie nord de TAnnam.

Or, le Tsiampa ou Bîn^thouan est, au contraire, au sud de l'empire Annamite, sur les confins de la Cochinchine française actuelle.

Le Kiao-tchi pourrait tout au plus être assimilé avec le Tong-kin, qui ne forme qu'une partie de TAnnam, et encore Tassimilation ne serait pas parfaitement exacte, si l'on voulait s^attacher aux frontières de la géographie politique contemporaine. Le nom de Kiao ichi se rattache à celui de l'ancienne circons cription de Kiao tcheoii, sous la dynastie des Han, et à celui de la ville capitale Ke-tcho, Il désigne un état qui s'étendait à Pouest du golfe du Tong-kin et dans la zone territoriale du Jih nan.

Quant au pays de Lin-i, que Julien

ricure CDang-lrong) avec les pays ï-ao, la Cochinchine proprement dite et la Basse-Cochincliinc, aujourù'iiui Cochinchine française.

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assimile au Tchen-tching ou Tsiampa, et que d'autres sinologues considèrent comme un ancien nom du Siam, il ne me semble pas possible d'admettre ces synonymies géographiques. Suivant Ma Touan lin et les anciens historiens auxquels il a emprunté ses renseignements, le Lin-i faisait partie, sous les Tsin^ du département de Siang'kiun,

Le Lini a été placé au sud de l'Annam, alors qu'il eut fallu le placer au nord ; et cela très vraisemblablement parce qu'on a trouvé dans quelques auteurs chinois que ce pays était situé au sud du Kiaotchi;tX,^ comme on étendait outre mesure les limites de ce dernier pays, on était tout naturellement amené du côté du Tsiampa. Mais du moment où Ton restreint tout au plus le Kiao tchi au territoire actuel du Tong-kin, il n'y a plus de difficulté à maintenir le Lm-z au nord, à sa véritable place et aux limites de l'ancien Yoiieh'tchang-chi^ comme l'indiquent les auteurs anciens sur l'autorité desquels nous devons nous appuyer.

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Diaprés les annales officielles de la Chine, le L/n-i commença à envoyer des ambassadeurs à la cour de Chine, la quatrième année de Tère aï-chi (268 de notre ère\ sous la dynastie des Tsin. — Une nouvelle mission du même pays vint apporter des présents au Fils du Ciel, quelques années après, la cinquième de l'ère taï'kang (2S4 de notre ère).

En ce qui concerne le Fou-nan, nous avons vu que ce royaume comprenait bien, en effet, une grande partie, sinon la totalité, du Siam, mais qu'il s'étendait fort au delà des limites du territoire soumis actuellement à la cour de Bang-kok.

LA littérature chinoise nous fournit des documents assez étendus sur le royaume de Siam. Ce pays est désigné aujourd'hui, dans les auteurs chinois, sous le nom de Sien-lo, et dans les auteurs japonais, sous celui de Siamuro, Il doit être identifié avec l'ancien pays de Tchih'tou ', litt. • Terre-Rouge », dont le nom répond d'ailleurs à la dénomination indigène de Sayam « brun » dérivée de cyâma c noir, sombre », en sanscrit,

I. Pien-i-tien, liv. ci, p. i ; Toung-si-yang-kao, liv. II, p. Il; W'en-hien-toung'kaOf liv. cccxxxi, p. 25.

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et de laquelle provient le nom de Siam *.

Sous 1 ère Tching-koiian (627-649), de la dynastie des Tang, des ambassadeurs de Po'li'lo-tchah et de Lin-i vinrent ensemble à la cour de Chine. Par la suite, ce pays a été divisé en deux parties, Tune appelée Sien^ Tautre Lo-hoith *. Suivant la grande Encyclopédie chinoise, les Sien descendaient des Soucils-Rouges (rebelles), sous la dvnasiie des Han^; durant Tère Tchi'tching ( 1 34 1 - j 367), sous la dynastie des Youèn, les deux états fuient réunis en un seul rovaume *.

« Les habitants de Tchi-tou forment un rameau particulier de la race de Fou-nan.

Leur pays est situé dans la mer du Sud Nan-haï; par la voie maritime, on y

i. Voy. mes Archivts paléographiques de l'Orient et de l'Amérique, t I, p. 6i.

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