MAO-MIN
ou AÏfJO
{D'«prÈ!
1 le Toa-ciangCkan-liai-king.)
2 2 ETHNOGRAPHtK DIS CHINOIS
enfin, a été appelé Jihkaokien « le pays 1 où l'on voit la hauteur du soleil ». La
! principauté japonaise, située au sud de
I lîle de Yézo, est appelée Soungtsien^
\ nom chinois qui correspond à celui de
I Matu-maë « Devant les Pins d dont font
usage les Japonais.
Quant à la grande Me àt Saghalieriy je n'ai rencontré nulle part une notation en caractères chinois qui lui soit spéciale.
Dans les géographies japonaises seulement, on transcrit phonétiquement par des signes qui doivent se lire Ka-ra-fu-to, une autre dénomination de cette île, celle des géographes européens qui font usage du nom de Krafto ^.
L'existence des Aïno paraît avoir été connue des Chinois dès les temps les plus
I. On me permettra à celte occasion un rapprochement philologique qui n'est peut-être pas sans intérêt. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de signaler les affinités grammaticales du japonais et des idiomes mongoliques et turcs ; j'ai donné, en outre, des exemples de racines communes à ces différentes langues, et dont la parenté me paraissait vraisemblable. Chacun sait que le nom turc du Monténégro est
LES AINO OU KDRU 23
reculés. Cest, en effet, très probablement de cette population dont veut parler l'antique géographie Chan-haï-king dans le passage suivant : « Le pays du Mao-min ou « Peuple velu > est situé au nord du pays des Hiouen-kou « les Pieds noirs »
(dont les habitants se revêtaient de peaux de poisson); le corps de ces indigènes est couvert de poils * ». Le commentateur chinois ajoute : cr Ils ont des poils comme
Qararagh, composé de qara • noir » et ddgh * montagne ». Or ce même nom turc serait rendu en japonais par Kuro-dake, également avec la signification de « Montagnenoire »• Non seulement la ressemblance des mots ^^ra et kur) est frappante, mais leur communauté d'origine est certaine. Le nom Saghalien de la grande île située à l'est de la Manche de Tartarie est emprunté au mandchou sakhalien «. noir », mongol : kara ; or cette île est également appelée Kara-futo, nom dans lequel on ne peut se dispenser de reconnaître la racine commune au turc et au japonais pour désigner « le noir ». Je pourrais ajouter d'autres exemples de ces analogies, si un tel sujet ne devait m'entraîner trop longtemps en dehors du cadre de ce Mémoire. Voy. mon Essai sur la comparaison de la Grammaire turke et de la Grammaire japonaise, dans les Mémoires de la Société des études Japonaises, t. IV, p. 192. i. Chan-hat'king kouang-tchou. livr. ix, f« 6 v».
les porcs ; ils habitent des cavernes et ne i portent point de vêtements. »
C'est d'ailleurs sous le nom de Mao-jin \\ qu'il est fait plus tard mention des Aïno
dans les historiens officiels de la Chine, notamment dans les Annales de la dynastie des Soui (Soui^chou) où il est dit qu'ils formaient cinquante tribus, et dans les Annales de la dynastie des Tang (Tang^chou) où Ion rapporte qu'ils étaient séparés des Japonais au nord-est par de hautes montagnes. Le dixième mois de la quatrième année de Tère impériaIeAfen-Arf/tj'(559 de J.-C.)i une ambassade japonaise amena avec elle quelques individus de cette nation à la cour de Chine. On apprit alors qu'ils étaient désignés sous le nom deHia i c Barbares à crevettes i et habitaient un petit royaume situé dans une île de la mer Orientale. Ils portaient une barbe longue de quatre pieds chinois (tchih)^ et se montraient d'une grande habileté à tirer de l'arc 1.
1 . Taî'ping'yu-lan, cité dans le Youen-kien'loui'kan, livr, ccxxxi, p. 47.
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On lit dans le Pien-i-tien ' :
« Durant les années Young-hoet (65o à 655 de notre ère) sous le règne de l'empereur Kao'tsoung, des Hia-i vinrent apporter le tribut à la cour de Chine.
c Les Annales du Japon rapportent que la première année de l'ère Young-hoeî, régnait au Japon un prince du nom de riew-fcAi (Ten-di ten-'au) ; l'année suivante^ il vint en Chine une ambassade à laquelle s'étaient joints des individus du pays des Hia-i, Ces individus habitaient dans une île comme les Japonais. Leur envoyé portait une barbe longue de quatre pieds {tchih). Ces insulaires portaient des boucles d^oreille, et mettaient des flèches dans leur chevelure. Ils ordonnaient à un homme de porter une courge et de se mettre à quelques dizaines de pas ;puis ils lançaient leur flèche et ne manquaient jamais d'atteindre la courge. »
Les auteurs chinois qui me sont connus ne nous fournissent rien de plus détaillé
I Livr. XLi.
ETHNOGRAPHIK DKS CHINOtS
au sujet des Aïno. En revanche, les Japonais ont publié, pour les décrire, une foule d'ouvrages remplis des plus curieux renseignements. J'ai déjà eu l'occasion de traduire divers extraits de ces ouvrages '.
I. Notamment dans le Congrès international des Orientalistes, session de Paris, 187^, t. I, p. ii»9, et dans le Congrès des sciences Géographiques, session de Paris, 1873, t. I. — Voyez aussi, sur le Yczo, la relation du jésuite sicilien Girolamo d'Angclis. reproduite dans :;?£:» Etudes asiatiques, p. 91 et suiv.