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SUNOERLAND — PROMENADE D'UN PHARE

Une des plus étranges opérations que Ton rencontre dans Thistoire de la construction des phares, est, sans contredit, celle qu'on a fait subir à celui de Sunderland. Lorsque ce port fut réparé en 1841, on construisit une jetée qui rendait inutile l'ancien quai, et par conséquent le phare qu'on avait élevé dessus. On s'apprêtait donc à le démolir, quand un ingénieur, M. John Murray, eut l'heureuse idée d'offrir de transporter le monument, tout d'une pièce, jusqu'à remplacement proposé pour le nouveau, c'est-à-dire à une dislance de 475 pieds. Cette offre fut acceptée, car c'est toujours une entreprise curieuse et rare que le transport de grandes masses, en Europe du moins. Aux États-Unis, dans celte patrie du Go ahead^ ces entreprises sont plus

fréquentes, et Ton a vu plus d'unç fois ce procédé appliqué à des maisons, à des usines, qu'il s'agissait de placer plus favorablement. En pareil cas, on pratique dans les murs une série d'ouvertures, par lesquelles on introduit des poutres que Ion réunit à Taide de traverses en forme de plancher ; on détruit ensuite les parties restantes de la base des murs, et l'édifice ne repose plus que sur cette espèce de plate-forme que Ton fait mouvoir par un système de coulisses.

Pour le phare de Sunderland, l'entreprise était plus difficile, car sa base étroite supportait un poids relativement plus considérable que celui d'une maison, et tel qu'il semblait devoir écraser tous les véhicules à interposer entre le sol et la masse à ébranler. Celle-ci était de757,000 livres; elle consistait en une tour octogone bâtie en pierres de Portland, d'une hauteur de 76 pieds, et n ayant que 15 pieds à la base. Ajoutons que la jetée était plus élevée de 1 pied 7 pouces que l'ancien quai, et elle suivait une direction toute différente, ce qui obligeait à faire tourner Tédifice sur lui-même, en môme temps qu on devait lui faire parcourir une ligne brisée, dont Tune des sections, allant du sud au nord, mesurait 28 pieds, et dont l'autre section, se dirigeant de l'ouest à l'est, avait 447 pieds de longueur.

Le dessin ci-joint que nous empruntons à la précieuse collection du Magasin pittoresque , donnera une idée de la méthode imaginée pour résoudre le problème. Une série d'ouvertures, pratiquées

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comme il a été dit plus haut, servirent à faire porter la base de la tour sur une solide plate-forme en madriers de bois de chêne. Des étais nombreux, réunis par des traverses, étreignirent le bâtiment dans toute sa hauteur, en l'entourant d'une espèce de cage de charpente. 144 galets ou roues massives en fonte/ ayant une gorge semblable à celle des roues des locomotives étaient adaptées sous les madriers, et s'emboîtaient sur huit rails parallèles, également en fonte, reposant avec leurs supports sur la maçonnerie du quai et de la jetée. Pour éviter la dépense, on enlevait les rails à mesure que la masse changeait de place ; on les posait plus loin, et ainsi de suite jusqu'au terme du trajet. Des chaînes de fer attachées à la plate-forme venaient s'enrouler sur des treuils mus par un certain nombre d'ouvriers. La durée totale de l'opération fut de treize heures vingt-quatre minutes. Il fallut les efforts réunis de quarante hommes pendant cinq heures, pour faire franchir à Tappareil les 28 pieds de la première section, tandis que dix-huit hommes suffirent pour lui faire parcourir en huit heures vingt-quatre minutes les 447 pieds de la seconde. Dans cette partie, les rails furent d'abord disposés en courbe, afin de faire prendre au phare une position symétrique par rapport à la jetée; puis il avança parallèlement à lui-même en suivant un plan légèrement incliné. Des coins empêchaient la tour de dévier de la ligne perpendiculaire pendant cette ascension. Cette double disposition avait pour but de faire tourner le phare et de l'amener à un

niveau plus élevé, ainsi qu'on a vu qu'il était nécessaire de le faire. La translation eut lieu avec si peu d'inconvénient pour le service du port, que, le soir, les feux du phare furent allumés comme de coutume.

Il nous reste à ajouter que cette opération fut aussi avantageuse sous le rapport pécuniaire que remarquable sous le rapport scientifique. Au lieu d'avoir à débourser 50,000 francs, qui lui étaient demandés pour le phare qu'on voulait substituer à rancijen, la Trinity-House ne paya pour le déplacement que 27,675 francs, somme fort inférieure à celle qu'il paraissait d'abord inévitable de dépenser.

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