‹ Les pharesChapitre 4 sur 23 · TOUR DE DOUVRES · texte numérisé non relu

TOUR DE DOUVRES

Passer sous silence la tour de Douvres, après avoir parlé de celle de Boulogne, serait une injustice flagrante ; ces deux tours sont sœurs, en ce sens que ce furent des mains romaines qui les construisirent, et que leurs destinées furent pareilles, de ce côté-ci et de ce côté-là de la Manche. 11 y a toutefois cette différence entre la tour de Boulogne et celle de Douvres, qu'en dépit du brouillard qui enveloppe l'histoire de la première, il n'est pas impossible de le percer çà et là, tandis que pour la seconde ce brouillard est devenu la nuit la plus obscure. Écoulons plutôt Montfaucon : <c Voulant m'éclaircir à ce sujet, dit-il, j*ai écrit à quelques amis d'Angleterre, qui ont intéressé Mgr l'archevêque de Cantorbéry à faire faire quelques recherches,, tant sur le lieu même, que dans les auteurs anglais qui en ont écrit

en leur langue. Oij m*a envoyé quelques extraits et quelques mémoires, dont la plupart regardent le château de Douvres, et peu parlent du phare. Quelques-uns croient que le phare bâti par les Romains n'élait pas celte vieille tour qui subsiste encore aujourd'hui au milieu du château de Douvres, mais un grand mpnceau de masures, de pierres et de chaux, qu'on voit auprès de Douvres, que les gens du pays appellent, je ne sais pourquoi, la Goutte du Diable. D'autres croient que le phare était cette même tour du château, dont on m'a envoyé la description suivante, avec le dessin de ses dimensions :

« Voici le plan et la face extérieure des quatre « côtés d'une vieille tour située sur une éminence « vers le milieu du château de Douvres^ Sa hauteur « est de 72 pieds. Elle est longue de 36 pieds, du « nord au sud, et large de 53, de Test à l'ouest. Les « trous ronds faits à dessein sur les trois côtés, et « les fenêtres en arcades qu'on voit sur tous les « quatre, font juger qu'elle avait été faite pour dé- « couvrir de loin. On voit de là toutes les côtes de « France et une vaste étendue de mer tout autour. « Selon toutes les apparences, cette tour servait de « fanal pour guider la nuit ceux qui passaient des c< Gaules dans la Grande-Bretagne. » L'auteur de la description ajoute que, dans la suite des temps, les chrétiens en tirent une église, et qu'avec quelques bâtiments qu'ils y ajoutèrent, ils lui donnèrent la forme d'une croix. Ce n'est pas tout. Montfaucon ajoute :

« Environ deux ans après (1724) que j'eus reçu

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ce dernier mémoire, Mgr l'archevêque de Canlorbéry m'envoya, en estampe, le plan, le profil et la coupe de l'ancien phare de Douvres, qui n'était pas cette tour dont je viens de parler, mais un phai^ octogone comme celui de Boulogne et à peu près de la même forme. Ce n'est pas que la tour carrée n'ait aussi servi de phare; la manière dont elle est percée de fenêtres semble en être une preuve ; mais ce n*a été que depuis que Tancienne tour octogone tomba en ruine, ou peutêtre tjue la tour carrée se trouva mieux située pour découvrir au loin... La face extérieure de la tour allait toujours en diminuant depuis le bas jusqu'en haut, mais la diminution se prenait uniquement sur l'épaisseur du mur ; en sorte qu'il se trouvait extraordinairement épais en bas et beaucoup moins en haut, ce qui faisait une structure fort solide... » Ce que dit là Moritfaucon est plein de sens ; mais comme le bon bénédictin était assez crédule, malgré Texcellent sentiment critique qui perce dans ses écrits, il est bon, croyons-nous, d'attendre que des travaux plus sérieux soient venus confirmer son opinion avant de l'adopter complètement.

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