‹ Les PharisiensChapitre 106 sur 258 · EcCLÉSUSTiS, ch. XII · texte numérisé non relu

EcCLÉSUSTiS, ch. XII

» cesse des fruits nouveaux. Et quelles sont ces réu- B nions de savants dont parle le texte? Ce sont les n interprètes de la loi qui étudient, discutent librement » et formulent des opinions diverses. Mais comment » arriver à la vérité, au milieu des opinions con- » tradictoires ? La fin du verset cité y répond. Tout » émane d'un seul pasteur, c'est-à-dire que la dis- 9 cnssion religieuse, dans quelque sens qu'elle se o prononce, est toujours un reflet de la science » divine '• o Cette manière d'envisager et dlionorer les droits de la raison humaine est encore plus large que la maxime moderne : « Du choc des opinions » Jaillît la vérité. » Elle voit, dans tout travail de

l'esprit, quand il s'applique à la recherche de la vérité religieuse, une inspiration même de Dieu qui a donné à l'homme l'intelligence pour s'en servir et en éclairer ses croyances. '

Ëléazar ben Azariah se révèle donc, par ses doctrines, comme un des représentants dévoués de la tradition pharisienne, éminemment rationaliste dans son enseignement, pratique dans la conduite de la vie. Son attitude à la suite des événements qui rélevèrent au pouvoir, prouve qu'il joignait un tact parfait aux qualités qui avaient déterminé son élection. Tl tendit à Gamaliel une main généreuse, ne voulant pas laisser dans une situation humiliée un

i. Talmud, Hagffuigahr^ 2.

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homme qui avait eu un rang supérieur en Israël. L'ancien patriarche avait accepté humblement le vote de la majorité. Après sa destitution, on le vit assister, comme un simple membre de l'Assemblée, à la première séance du Synhédrin^ descendant ainsi de sa haute dignité avec une noble résignation qui toucha vivement ses collègues. Ëléazar, interprète du sentiment général, le fit asseoir près de lui, le réconcilia avec Yehoschoua et provoqua une résolution par laquelle Gamaliel fut adjoint au jeune Nassi, avec le titre de vice-président. L'ancien patriarche eut donc alors un titre analogue à celui qui lui avait été conféré sous le patriarchat de Yochanan ben Zakkai. Peut-être agit-on .ainsi pour respecter également le droit héréditaire de la famille d'HiUel. Quoi qu'il en soit, Gamaliel fut relevé en partie de sa déchéance par cette décision bienveillante et continua à occuper une fonction officielle dans l'organisation juive ^

1 . 11 est fort pouible qu^Éléaiar ben Azariah n*8it même pu été nommé formellement patriarche, mais simplement chef de TAcadémie de Yabné. Le traité Aboth ne lui donne pas, comme aux autres patriarches le titre officiel de Rabhan, D^autre part, Simon III, fils de Gamaliel, est indiqué comme le successeur de ce dernier. It y a, à cette époque, beaucoup de doute sur la transmission du pouvoir patriarcfaal. — (Voir Ghjstz, t. VI, note 22.)

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Le mouvement n'en porta pas moins ses fruits. Des deux systèmes en présence ce furent les idées de Yéhoscboua qui prédominèrent désormais. Les mesures prises sous le patriarcbat de Gamaliel furent révisées. On abolit notamment celles par lesquelles il avait restreint la publicité des séances en n'y admettant que les disciples munis de son autorisation spéciale K Mais le fait capital de l'administration novtvelle fut l'annulation du compromis bizarre par lequel on avait terminé la lutte des écoles d'Hillel et de Schammal.

Yéhoscboua, qui avait si énergiquement protesté alors contre le fait surnaturel par lequel on essaya d'imposer silence aux doctrines scbammalstes, n'eût pas plus tôt conquis une influence prépondérante qu'il s'empressa de revendiquer les droits souverains de la majorité. Il démontra qu'il était absurde de conférer, arbitrairement et sans exception, l'autorité doctrinale aux opinions d'Hillel ou à celles de Scbammal. On devait, au contraire, rechercher et décider, dans chaque cas, lequel des deux avait raison ou tort. Dans ce but, le meilleur système consistait à remonter à la

i. Talmud, Btrachoth, 29. b. — Taanith vi, 67. (k

tradition séculaire, en précisant quelle avait été, sar les diverses questions, la coutume dominante. Ce point fixé, la solution en découlerait d'elle-même. Suivant le grand principe pharisien : « Tusage serait considéré » comme ayant force de loi » etremporterait sur toutes les décisions doctrinales qui avaient pu l'altérer; Minhag ôker Balachah.

Cette proposition fut adoptée. Le Synhédrin prescrivit une vaste enquête dans laquelle devaient être entendus tous les témoins en état de fournir à l'assemblée des renseignements exacts sur les points controversés ^

Le document officiel qui a constaté les résultats de cette enquête, existe encore. Les témoignages en furent consignés dans les procès verbaux que tenaient les secrétaires et les greffiers du Synhédrin et où étaient énoncées, dans toute discussion

1. La date de cette enquête fat marquée par un incident qui montre une foie de plus Tesprit libéral de Yéhoscboua. Le jour même où elle 8*ouYrit, un païen de race ammonite se présenta devant le Synhédrin et demanda s*il pouvait être légalement admis comme prosélyte. Gamaliel s*y opposa vivement s*appuyant sur le texte du Pentateuque : « Les Ammonites et les Moabites ne pourront entrer dans » l'assemblée du Seigneur même Jusqu'à la dixième génération. » (Oeic/^on, ch. xxii, 3.) Mais Yéhoscbona fit observer que les inva* sions étrangères, dont ces pays avaient été tant de fois le théâtre, ne permettaient plus de suivre avec sûreté les origines des peuplades ni la filiation des familles, ce qui rendait inapplicable la disposition restrictive de la loi écrite. Cette opinion triompha et rAmmonite fut admis. ^Mischhah, Yadaim, iv, 4. GsiSTi, t. IV, p. 40.)

publique, les diverses opinions émises ^ lisent formé, plus tard, une partie de la Mischnah sous le nom de Edouyoth (dépositions de témoins), et le résultat général est connu sous le nom de Bichiriah (triage). La formule en est simple et concise ; elle se borne à l'exposé du cas légal, avec une brève solution, au nom de celui qui en est l'auteur *•

Du reste la majorité se montra tout à fait impartiale entre les deux écoles. En certains cas elle adopta les opinions d'Hillel ; en certains autres, celles de Schammal ; d'autres fois elle se prononça en dehors de leurs idées, « ni comme ceux-ci ni comme ceux-là » disent les textes. Mais ce qu'il importe de signaler, en cette circonstance, ce sont moins les solutions auxquelles on aboutit, que le système qui fut mis en pratique. Ce fut une des plus remarquables applications du principe de la souveraineté populaire que le Pharisalsme avait si nettement posé dès l'origine et qu'il n'avait cessé, depuis lors, de défendre et de faire prévaloir.

En effet, l'enquête ouverte par le Synhédrin de Yabné, pour fixer la règle légale dans la contradiction des écoles, déféra solennellement à l'opinion publique le droit de décider ce qu'il fallait croire et ce qu'il fallait

i. Talhvd, Synkédrin 36, b.

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