Ch. III
lisme de la foi juive et classent celui qui en fut Tauteur plutAt parmi les pères du Sadducéisme que parmi les précurseurs du mouvement pharisien.
Néanmoins, le grand nom de Salomon vainquit toutes les résistances, et FEcclésiaste fut admis, non sans de graves contestations, parmi les livres canoniques ^
Quant au Cantique des Cantiques, ce fut Akiba qui emporta de haute lutte son admission dans le canon sacré. — « Si les écrits inspirés sont saints, disait-il » dans son enthousiasme, le Cantique des Cantiques n doit être considéré comme le plus saint de tous. » Pour voir les choses de cette façon il fallait un esprit bien prévenu; mais le symbolisme, dont l'enseignement juif était, depuis longtemps déjà, si fortement empreint, vint au secours de la dialectique. L'épithalame passionné du monarque hébreu, détourné tout entier de sa signification réelle, devint l'image figurée de l'amour de Dieu pour la nation élue. Les plus ardentes effusions des sentiments de l'époux et de l'épouse passèrent pour l'expression des sentiments de tendresse et de dévouement qui unissaient la communauté de Jacob au Dieu des patriarches. Le langage qui traduit cette affection ainsi épurée et spiritualisée, est, il est vrai, d'une hardiesse qui interdit aux mères d'en permettre la lecture à leurs filles, mais les exem-
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pies de cette crudité d'expression sont nombreux dans la Bible. Lorsque Ëzéchiel parle d'Ahoulah et d'Ahoulibah^ personnification symbolique de Samarie et de Jérusalem S il est bien autrement réaliste que Tanteur du Schir^harSchirim. Celui-ci a du moins pour lui la poésie des idées et le charme du style. C'est un poète anacréontique qui ne le cède à aucun de ceux qui ont parlé de Tamour, cette passion dont le créateur a enflammé le cœur de tous les êtres, et o qui est plus forte » que la mort '.n
Plusieurs des docteurs de Yabné ne voulaient cependant voir dans cette œuvre erotique que ce qui s'y lit réellement y c'est-à-dire la peinture, poussée jusqu'à la licence, des amours de Salomon avec la belle Snlamite, probablement une des trois cents femmes ou des sept cents concubines dont la tradition a peuplé son sérail et auprès de qui il expérimentait la vanité des choses humaines et la frivolité du cœur féminin '. Mais Akiba triompha des scrupules de ses collègues, et le Cantique des Cantiques, malgré son sensualisme excessif, fût admis à l'honneur de faire partie des saintes écritures.