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CHAPITRE CINQUIÈME

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La Judée était vaincue, mais on la sentait encore flrémissante sous le joug. L'esprit de résignation et de paix dont les sages docteurs de Yabné donnaient rexemplenecontenaitqu'avec peine les passions nationales toujours vivantes dans la masse du peuple. Les derniers zélateurs , échappés au massacre de Tan 70, entretenaient le feu mal éteint de la guerre sainte et prêchaient tout bas rinsurrection vengeresse. La jeunes se juive, comme totgours, était gagnée d'avance à l'idée de la revanche. Rome ne pouvait se tromper aux symptdmes révélateurs du travail souterrain gui s'accomplissait dans l'ombre; aussi redoublait-elle de précautions et de sévérité.

Yespasien était mort depuis longtemps. Titus, qui a reçu des Romains le surnom de « vertueux, » tandis qu'il porte dans les annales juives celui de n méchant t {Titous ha-raschâ)^ lui avait succédé et avait lui-même bientôt laissé le trâne à son frère Domitien. Sur celui- II. u\

ci les vainqueurs et les vaincus sont unanimes. Son nom est, dans l'histoire, synonyme do tyrannie et de cruauté. Les Juifs n'échappèrent pa% à ses rigueurs. A l'exemple des anciens despotes de Syrie et de Grèce, c'est sur le terrain religieux qu'il songea à les atteindre. Sous son règne la persécution recommença avec une nouvelle fureur ; mais, cette fois, elle sévit de préférence contre les prosélytes, aûn d'arrêter le mouvement étrange qui enlevait chaque jour des adorateurs aux autels des dieux du paganisme.

Chose vraiment inexplicable I le Judaïsme, malgré ses malheurs, malgré ses désastres, faisait encore de nombreuses recrues et dans les plus hauts rangs de la société romaine, tandis que le Christianisme voyait rapidement grossir le nombre de ses afûliés. Les chroniques nous parlent, à cette époque, d'un sénateur romain dont le nom hébreu était Ktia ben Schalom. Un parent de Titus, investi de la dignité consulaire, Flavius Clemens et sa femme Flavia Domitillia, étaient également dévoués au Judaïsme. Akiba comptait parmi ses disciples plusieurs prosélytes, deux surtout, Tun Égyptien nommé Benjamin, l'autre Ammonite, nommé Juda. Mais le plus célèbre des convertis de ce temps fut Aquila qu'une tradition, peu justifiée il est vrai, rattache à la famille de l'empereur Adrien '.

1. La légende raconte que lorsque Aqaila voulut embrasser le Judaïsme» Adrien & qui il fit part de sa résolution, s^écria : « Quoil tu veux te rallier & ce peuple misérable? — Oui I — Mais pourquoi? —

Que sa naissance ait été illustre ou non, il n'en a pas moins laissé une réputation éclatante dans le cercle des docteurs tanaltes. Sous son nom araméen d'Onkelos, il a acquis une grande et légitime célébrité par sa paraphrase chaldaïque de la Bible^ {Targoum dOnkelos) qui, moins estimée cependant que celle de Jonathan ben Uziel, s'inspire des mêmes doctrines spiritualistes.

Si de pareils faits se produisaient dans les régions élevées de la société, il est facile de comprendre combien devait être active la propagande religieuse qui se faisait dans les rangs inférieurs. Les Juifs et les Chrétiens avaient l'instinct que le monde païen, destructeur de la ville sainte, ne tarderait pas à périr à son tour. Les espérances messianiques grandissaient dans cette prévision et donnaient un nouvel élan au prosélytisme comme aux aspirations nationales.

Domitien chercha à conjurer le danger par des mesures violentes. Le seul fait d'embrasser le Judaïsme ou le Christianisme fut déclaré un crime de lèsedivinité et de lèse-majesté, un attentat contre les Dieux et contre l'Empire. Les prosélytes furent poursuivis avec la dernière rigueur. Tous ceux qui étaient con-

Parce que le dernier d'entre les juifs possède des notions justes sur la diTinité, sur sa puissance créatrice et sur sa providence incessante. » (Sehemoih Rabha^ sect. 30.) — Voir sur ce mouvement de prosélytisme Gr.ctz, t. IV, ch. 8 et 6.

vaincus du crime d'atbéisme, — car c'est de ce nom, comme toujours, qu'on qualifiait l'abandon du culte officiel pour une autre croyance, — étaient exilés ou punis de mort \ Flavius Clemens, malgré l'éclat de sa naissance, fut condamné au dernier supplice et sa femme Domitillia fut exilée. Beaucoup d'autres furent également frappés. On dit que l'historien Josèphe qui, depuis la prise de Jérusalem, vivait à Rome, sans faire plus parler de lui, fut, à cette époque, victime des rigueurs de Domitien et mis à mort avec son ami Epaphroditas, àqui il avait dédié sa réponse à Appion *.

La tradition rapporte que l'Empereur manda, en même temps, au patriarche de Yabné l'ordre de justifier que la loi juive ne contenait rien de contraire aux lois de l'Empire ni de dangereux pour la tranquillité publique. Il prescrivait en outre qu'aucune décision synhédriale ne fût prise, ni aucun enseignement professé, de nature à provoquer des sentiments ou des actes hostiles contre les païens '. Enfin, il parait qu'il avait aussi résolu d'expulser tous les Juifs de Rome, ne leur accordant qu'un court délai pour quitter cette ville.

Ce décret despotique détermina Ëléazar ben Aza-

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