‹ Les PharisiensChapitre 133 sur 258 · TiLMUD, Gukiiin, 60. Berachothy · texte numérisé non relu

TiLMUD, Gukiiin, 60. Berachothy

3. Le Pharisaïsme avait du reste proclamé un autre principe non

moins expressif, de nature à légitimer toutes les réformes désirables :

•< Chaque chef religieux, porte le livre traditionnel, a autant d'auto-

<• rite dans son siècle que Moïse, Aaron et Samuel dans le leur. »

Talmu D , Jlosch-h a-Schanak, 00 , a . )

ïl76 LES PHARISIENS.

dant, comme nous le verrons bientôt, grâce à une classification intelligente et méthodique qu'il importe de préciser pour bien comprendre l'importance et le caractère du vaste travail auquel il fallut se livrer.

L'ensemble de la doctrine traditionnelle présente deux parties très-distinctes qui en forment les divisions fondamentales. La première comprend les décisions et les interprétations légales, c'est-à-dire toutes les opinions autorisées destinées à fixer le sens de la loi écrite {Thorah sché-bé-Katoub) et toutes les coutumes qui constituent la loi orale {Thorah shé-badlpé). Elle est généralement connue sous le nom deBalachahy «règle de conduite.» La seconde, sorte de broderie du canevas légal, beaucoup plus libre et un peu fantaisiste, a pour domaine la philosophie, la morale, la légende, la théodicée abstraite, la parabole, la fable et, à l'occasion^ le merveilleux, en un mot le manteau brillant de la fiction et du symbole, dont on revêt la vérité pour la rendre plus attrayante. Elle est désignée sous la dénomination d'i4^arfa^, (récit, homilétique, légende.)

La Halachah avait trois origines principales : les décisions synhédriales, les coutumes constatées, les opinions doctrinales.

En traitant de l'organisation du Synhédrin, nous avons exposé comment il prononçait ses arrêts et par quelle suite de juridictions, de procédures, de débats successifs et de garanties, on arrivait à la décision suprême. Il est inutile d'y insister.

On sait également en quoi consistait la coutume. C'était cette masse de traditions, plus ou moins authentiques, dont les Pharisiens s'étaient servis avec tant de succès dans leur lutte contre le Sadducéisme.

Les opinions des docteurs étaient analogues aux responsa prudenttim du droit romain et, comme la plupart de celles ci, elles faisaient autorité lorsqu'elles émanaient d'un maître illustre. C'est surtout par là que se développa en Israël une incroyable liberté de discussion. On a vu par quels moyens originaux, imaginés par Hillel et Akiba, les Tanaïtes parvinrent à obtenir pour leurs interprétations le même respect qu'on avait pour la loi elle-même. Il était difficile d'aller plus loin à cet égard que n'est allé le Synhédrin de Yabné, lorsque, n'osant trancher le débat entre l'école d'Hillel et celle de Schammaï, il a élevé, en quelque sorte, le droit de contradiction à la hauteur d'un principe divin et déclaré que, malgré leur opposition radicale, « les opinions des maîtres des deux » écoles étdientjes unes et les autres, des inspirations » du Dieu vivant *. h

La Halachah sortie de cette triple origine, se subdivisait, à son tour, en trois parties spéciales : la Mischnahy le Midrasch et le Talmud,

La Mischnahy comme son nom l'indique et comme on l'a déjà expliqué, est la seconde loi, proprement

1. Voir, ci-dessus, le mot attribué à la Bath-Kol dans le débat ouvert par Gamaliel II à TÂcadémie de Yabné.

•278 ILES PHARISlEiNS.

dite; c'est, en quelque sorte, le texte officiel de la loi orale. Les dispositions légales qui le constituent sont toujours rapportées en termes précis et laconiques. Pas de développements, pas de commentaires. La Halachah revêt, dans ce cas, la forme d'un article de code. Elle doit aussi être transmise telle qu'elle a été reçuetraditionnellementsansyrien ajouter, sans y rien retrancher \ Pour reconnaître l'authenticité et la force obligatoire d'une prescription mischnaïque, la question se borne à un simple point de fait. Existe-t-il ou non, sur tel cas déterminé, un usage ancien, un vote de la majorité du Synhédrin, ou une décision d'un docteur dont le nom fasse autorité? Tout est là. Il ne s'agit pas encore de savoir si on a bien ou mal fait de suivre cette coutume, de voter cette loi, d'émettre cette opinion; il ne s'agit que de constater ce qui existe, sauf à en déduire ensuite les conséquences ou à en critiquer la forme et le fond. La Mischnah est donc essentiellement la loi traditionnelle, dans toute sa simplicité.

Le Midrasch était, plus particulièrement, l'interprétation de la loi écrite. Le système logique d'Hillel et d'Ysmaël ben Ëlissa et la méthode grammaticale de Nachum de Guimzou et d'Akiba ont fait connaître l'art avec lequel l'école pharisienne savait plier les textes aux besoins et même aux caprices des réformes modernes. Une phrase, un mot, une lettre, habilement ex-

Page 1