‹ Les PharisiensChapitre 168 sur 258 · TAunjD, SynhédriH · texte numérisé non relu

TAunjD, SynhédriH

Z. Baba Meixia 85.

avec une indépendance étonnanle, tontes les questions qni se rattachent aux rapports de l'humanité avec Dieu, de l'individu avec la société et de l'homme avec ses semblables. — Qu'importe que tel docteur ait émis sur ces délicats problèmes une idée absurde, intolérante ou fanatique ? Qu'importe que tel autre ait osé contester les droits mêmes de la raison ? Qu'importe qu'à côté des plus remarquables enseignements philosophiques et moraux, on entende le cri de passions sauvages ou la voix de l'ignorance qui ne veut pas être éclairée ? Ce qu'il faut voir, c'est moins ce qui a été dit que ce qui a pu librement se dire. L'erreur a été recueillie avec le mAme soin que la vérité, et exposée comme elle au jugement impartial de l'histoire. N'est-ce pas le témoignage solennel du respect que le Pharisaïsme a toi^gourseu pour la liberté des opinions et des croyances*, même dans leurs plus regrettables aberrations, même dans leurs plus excentriques écarts ?

Il arriva pour le Talmud, quand il eut été achevé, ce qui était arrivé pour la Mischnah. Dans le champ immense moissonné pour les Amora'ites, on trouva encore largement à glaner. Pendant un demi-siècle (de 500 à 550) une école spéciale de docteurs babyloniens

nm LES PHARISIENS.

qui prit le nom de Saboraïtes ^ s'occupa de réviser le Talmud et y introduisit les derniers documents qu*on

put recueillir de nouveau de part et d'autre. Le nom même sous lequel ils sont connus, précise le but et la

portée de leurs travaux. Ils furent « les auteurs de la » décision définitive » {Rabbanan Saboraah.)

Ils décidèrent, en effet, tous les points restés en suspens, éclaircirent les questions douteuse^ et ajoutèrent à l'œuvre des Amoraïtes les traditions, les chroniques et les sentences qu'ils purent découvrir par leurs patientes recherches. Il est difficile de distinguer, dans ' l'entassement dematériauxdont secompose le Talmud, sous sa dernière forme, ce qui appartient aux uns et aux autres, mais on s'accorde en général à recon* naître que les Saboraites enrichirent ce recueil d'une quantité de paraboles et de légendes. Si le fait est vrai, il faut leur rendre grâce d'avoir conservé la plupart de ces Agadoth qui rendaient si pittoresque l'enseignement des maîtres et des orateurs de Judée et de Babylonie.

On dit aussi que, frappés de l'abus qu'on avait fait des textes bibliques, dont, par esprit de système, on dénaturait capricieusement la lecture et la signification *, ils imaginèrent les points voyelles destinés à

1. Voir sur l'origine, le nom et les travaux des Saboraites, Gi.ctx t. V, note 21, p. 378 etsaiv.

2. Il est certain qaUl existait une manière de lire récriture sainte soi-disant traditionnelle qui était fort différeote de la lectura

flxer la prononciation exacte des mots hébreux et, par conséquent, à mettre un terme aux fantaisies intéressées des commentateurs ^ Si l'honneur de cette invention leur revient, ils ont rendu un immense service à la science philologique et ont donné une base solide à Texégèse des livres saints.

On prétend aussi que, jusqu'à eux, le Talmud, malgré ses proportions colossales, avait été simplement coordonné, mais non rédigé par écrite et qu'on hésitait encore, à leur époque, pour savoir si l'on pouvait écrire l'enseignement de la loi orale. Cette hypothèse ne supporte pas l'examen. Croire que le gigantesque amas de faits et de doctrines que R. Yochanan et les collaborateurs du Talmud de Jérusalem, R. Aschi.

usuelle. (Klbin, la Vérité sur le Talmud, p. 34, note.) A tout moment, dans les discussions, on trouve ces mots: « Il ne faut pas lire u de cette façon, mais de celle-ci.»

1. L'alphabet hébreu ne se compose que de consonnes et de quatre aspirations muettes, y, % n, K, qui prennent des sons différents suivant la voyelle qui est attachée. La prononciation était, par suite, un simple usage sans règle positive. On y suppléa au moyen de signes particuliers mis au-dessus ou au-dessous des consonnes. Le Talmud ne faisant aucune allusion à cette innovation, il faut admettre qu'elle lui est postérieure. Certains passages prouvent d'ailleurs que, dans les Académies de Tibériade et de Babylonie, la lecture était douteuse en beaucoup de cas. (Mischnah, Aboda Zara 2, §4. — Talmud, KiddusetUm 18, b. — Sotd 4, b.) D'autre part, les points voyelles existaient à l'époque du Gaonat, qui fût établi peu après le temps où nous sommes, en Babylonie, car il existe une lettre d'un Gaon, Mar Nitrona II, qui en parle (Mathokidxs, Lettre à Ilm-Djader, Taam Zékénim p. 74). Dès lors il est rationnel d'en fixer la date à l'époque intermédiaire, c'est-à-dire au temps des Saboraltes.

et les collecteurs du Talmud de Babylone avaient mis plus de trois siècles à réunir et à classer, fat confié simplement par eux à la mémoire de leurs disciples, est une de ces rêveries qui se réfutent d'ellesmêmes. La dernière formule de Talmud émane des Saboraltes ; c'est bien assez pour l'honneur de leur nom.

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