Apôtres, ch. v
2. Eus6bb, Eut Bcelés. ex Héffésippe, n, 23. — Cette attitude de Jac^qnes rend vraiseniblable la pensée que Jésus et les sien« s'étoieut réellement affilié:^ à TE^isénisnie.
LES PHARISIENS. n
La recommandatioD que fait Jésus à ses disciples de ne jamais jurer ni parle ciel, qui est Tescabeau de l'Étemel, ni par Jérusalem, qui est la ville sainte, mais de dire simplement : « Cela est ; cela n'est pas ^ ; » l'exhortation qu'il leur adresse de se retirer, pour prier, dans une cellule solitaire où Tâme puisse s'éle< ver vers Dieu sans témoin et sans distraction, au lieu d'imiter les dévots hypocrites qui vont dans les temples pour y être vus des hommes *, sont des règles esséniennes par excellence. Enfin , sans proscrire absolument le mariage, comme les Esséniens les plus rigides, il s'y montrait cependant peu sympathique, et, dans une occasion significative, il donna à entendre que « la condition de l'homme ù 0 l'égard de la femme est telle, qu'en vérité, il vaudrait n mieux pour lui ne pas se marier \ » Du moins telle est la conclusion que ses disciples eux-mêmes tirèrent de ses paroles.
Jésus et ceux qui s'étaient rangés autour de lui, continuant et développant la mission de Jean le Baptiseur, étaient donc indubitablement des Esséniens qui arrachèrent l'Ëssénisme à sa retraite obscure pour le mêler au mouvement de la société contemporaine, en en faisant le principe de la régénération morale et
\ . BIatthiiv, cb. V, 34 et suiv.
2. iDtra in cubiculo tuo et, clauso ostic, ora palrem tuum in abscoodito. (Matthieu, ch. vi, 5 et 1.) :i. Matthibi:, cb, xix, Ifl.
religieuse, la base de la doctrine la plus admirable et de Tapostolat le plus élevé.
Au reste, il est, dans les Évangiles, un signe symptomatique gui suffirait, à lui seul^ pour prouver rintimité des rapports gui unissaient les Ësséniens au grand docteur de Galilée. Il y apparaît sans cesse en discussion avec les Sadducéens, les Pharisiens et les Scribes ; mais jamais un mot ne sort de ses lèvres contre l'Ëssénisme; jamais un Essénien ne vient soit l'interroger, soit le contredire. A guel titre, en effet, eùt-il trouvé un adversaire dans cette secte pieuse dont il exprimait la pensée, dont il afOrmait si brillamment les convictions et dont il popularisait les pratiques?
L'Ëssénisme, cependant, était une doctrine trop idéale, trop abstraite, pour s'emparer fortement de l'esprit des masses. Elles étaient, d'ailleurs, trop fermement attachées au Pharisalsme, dont les idées libérales concordaient si bien avec tous leurs sentiments. C'est en vain qu'on eût tenté d'altérer leur affection et leur dévouement pour ce3 docteurs de la loi gui, depuis des siècles, étaient les inspirateurs et les défenseurs du peuple. Jésus ne l'essaya même pas. Il tonna contre la corruption des mœurs ; il poursuivit de ses
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courageuses censures les vices de son temps, Thypocrisie des comédiens de religion, l'avarice des riches, l'injustice des puissants ; il se fit le champion des faibles et des opprimés ; il apporta à tous les cœurs souffrants la parole d'amour et de consolalion; mais, s'il blâmait les actes des chefs spirituels du Judaïsme, il approuvait hautement leurs doctrines et les recommandait au respect de tous. « Les Scribes » et les Pharisiens, » disait-il à la foule et à ses disciples, « siègent sur la chaire de Moïse. Tout ce qu'ils » vous disent, il faut le faire et l'observer..., mais ils n agissent autrement qu'ils n'enseignent ^ »
Cette pensée fondamentale, toute la vie de Jésus la coniirme. Il ne se pose point en réformateur qui vient modifier le Judaïsme, mais en moraliste qui vient l'énurer en remettant en honneur les beaux principes spiritualistes des prophètes d'Israël. Il prêche la charité, l'amour de Dieu et du prochain, la vertu dans sa plus haute acception, l'humilité, la douceur, la patience. Comme Isaïe, Osée, le Psalmiste, les hommes du grand Synode et tous les pères du Pharisaïsme, ce n'est pas dans les sacrifices sanglants, mais dans l'élan dtt cœur; ce n'est pas dans les pratiques extérieures, mais dans l'adoration, la piété, la contrition et le repentir, qu'il fait consister le vrai culte dû à rÉternel. Il vient, en un mot, ramener le peuple dans la voie qui conduit à Dieu, en lui rappelant les vériiés
t. Matthieu, ch, ixxiii, i.
sublimes des livres saints. Il ue veut pas changer la loi ni l'abolir; il veut, au contraire, Taccomplir sans réserve. « Le ciel et la terre passeront, » dit-il, u avant » qu'un seul iota de la loi divine soit supprimé '. » Tout son enseignement proclame, en effet, le devoir impérieux d'obéir à la loi, si l'on veut atteindre la perfection en ce monde et la récompense dans le royaume des cieux.
J'ai longuement établi, dans mon livre des Déicides, la similitude complète de la doctrine de Jésus avec la doctrine traditionnelle du Judaïsme. Les principes, les idées, les expressions même, tout est identique '. Ce qui donne touterois à la prédication de Jésus un caractère à la fois plus élevé et plus solennel, c'est qu'elle est le résumé complet et magnifique de tout ce que l'inspiration et la sagesse des temps et des hommes qui l'ont précédé, avaient produit. C'est la synthèse admirable où se concentrent et s'illuminent toutes les vérités morales qu'Israël avait déjà reçues par la révélation ou par la tradition. Comme il le dit éloquemment, il ne vient ni les combattre ni les détruhre; il les raffermit et les complète en les exposant sous leur forme la plus pure et la plus saisissante.
C'est pour cela qu'on le voit déclarer en termes si formels qullfaut écouter les docteurs pharisiens parce qu'ils parlent « du haut de la chaire de Moise » ,