I. Bereschith Rabba
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» qu'un vous dit jamais que Dieu peut revêtir une » apparence humaine, il ment * » dit avec une énergie inaccoutumée le livre de la tradition. L'Infini s'enfermant dans une substance bornée, l'Éternel se soumettant à des conditions de durée, l'Immatériel devenant visible, c'était, pour les docteurs du Judaïsme, non-seulement une erreur païenne en contradiction avec la foi d'Israël, mais encore une doctrine absurde que la saine philosophie devait repousser autant que la religion.
Maintenant comment agit sur l'ensemble des choses ce Dieu-Esprit que nul être vivant ne peut voir, définir ni comprendre ? Quels sont les rapports entre le créateur et la création, entre la Providence et l'humanité ? Les écoles juives ont émis à ce sujet des opinions assez originales pour être rapportées.
Il ne faut pas leur demander cependant plus de clarté ni plus de certitude que n'en peuvent oflrir tous les systèmes qui se sont formulés sur ces questions obscures. Malgré les progrès de la science, malgré les affirmations de la foi, nous n'avons pas fait, depuis le commencement des âges, un seul pas décisif dans les
i- 373Q Sk gin ICN DN Jérusal., Taanith, ch. ii.
LES PHARfSIENS. 413
régions nuageuses de la Théodicée. Aucun des voiles qui dérobent l'Être infini aux regards de l'Être borné, n'ont été soulevés. Hélas I c'est une chimère do croire qu'ils puissent l'être jamais. Ce que le témoignage de nos sens et la voix intime de notre âme nous démontrent, c'est que ce qui existe n'a pu se former de soi-même et qu'il y a eu une cause première pour cet univers si merveilleusement ordonné; mais la raison ne va pas plus loin.
Le matérialisme, en décrétant l'éternité et l'immensité de la matière, croit simplifier le problème ; il ne fait que le compliquer. Dire que la création s'est produite d'elle-même, par une force qui lui est propre, ce n'est pas dire en quoi consiste cette force, et c'est substituer à l'idée simple d'un Dieu créateur, l'idée complexe d'une matière active. La matière infinie ! mais n'est-ce pas bien autrement incompréhensible, que la croyance en un esprit infini ? La matière éternelle ! mais n'est-ce pas bien autrement invraisemblable que la croyance en un Dieu éternel? Certes, le spiritualisme ne peut, pas plus que les autres systèmes cosmogoniques, prouver absolument sa doctrine, mais combien il est plus lumineux, plus rationnel et, à la fois, plus fortifiant et plus consolant, en nous faisant entrevoir, dans l'immensité des cieux, une douce et sage providence qui a fait le monde visible, qui le conserve, qui l'entretient et réserve, tôt ou tard, à ceux qui y travaillent le salaire de leurs bonnes ou
de leurs mauvaises actions ! Hypothèse pour hypothèse, celle-là du moins élève l'homme aux plus hautes inspirations morales, en lui montrant Dieu, c'està-dire la perfection et la justice suprêmes, comme son créateur et son protecteur ici-bas, comme son but et son espérance au delà de cette vie.
Le Pharisaîsme était trop imbu de l'esprit de la Bible pour pencher jamais du cdté des systèmes matérialistes. Pour lui, il est de toute certitude que la matière n'est pas incréée et qu'elle est l'œuvre de l'Être, pur esprit, que le langage humain appelle Dieu.
Dans les longues et curieuses discussions où le Talmud étudie les questions cosmogoniques *, il n'y a jamais d'hésitation sur ce point. On n'y trouve pas, sans doute, les formules scientifiques de la philosophie ancienne et moderne, mais on peut y lire des opinions doctrinales qui en sont l'équivalent.
<( Dix choses, y est-il dit, furent créées dès le pre- » mier jour : le ciel et la terre, le chaos, la matière M chaotique, la lumière, les ténèbres, le vent ou le » souffle, l'eau, la durée du jour et celle de la nuit. » . Naturellement c'est par interprétation des premiers versets de la Genèse ^, suivant l'exégèse d'UilIel et d'Akiba, que le Talmud définit ces créations élémen-
i. Voir le chapitre de Hagguigah^ 11-15, et les vingt premières sactioDS de Béreschiih Rabba.