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JoftiFBB, Guerre des Juifs, Ut. Il, ch. xivii

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abandonnèrent, sans combattre, les faubourgs et la haute ville, pour se fortifler dans le temple et dans les tours qui le protégeaient.

Josèphe affirme que, si le général romain, profitant de la situation des assiégés et des dispositions pacifiques d'une partie de la population, eût alors donné l'assaut, la guerre aurait été finie d'un senl coup. Il n'en fut rien. Cestius perdit son temps à des opérations sans but. Il s'amusa pendant cinq ou six jours à faire le siège des forteresses. Il repoussa même l'oflVe, que certains des principaux du peuple lui adressèrent, de lui ouvrir les portes ; puis, subitement^ sans cause appréciable, il retira ses troupes et décampa avec armes et munitions.

Cette inconcevable manœuvre, dont l'histoire n'a pu découvrir la raison, ranima le courage des assiégés. Ils poursuivirent Tarroée de Cestius dans sa périlleuse retraite, la harcelant sans trêve, lui infligeant des pertes réitérées, lui enlevant ses bagages par des coups de main audacieux, recrutant partout des auxiliaires avec lesquels ils tombaient sur les derrières des troupes romaines qui n'échappèrent que par miracle à une extermination totale.

Ce succès fanatisa au plus haut point les hommes de la révolution. Par un de ces effets d'opinion, si fréquents en temps d'anarchie, il entraîna même le parti pacificpie lequel crut l'occasion favorable pour se rapprocher de celui de la guerre et tâcher, ne pouvant plus arrêter le mouvement^ de le diriger et de le contenir. Les Zélateurs, voyant venir à eux les modérés, eurent l'habileté de leur faire bon accueil et se montrèrent disposés à leur laisser prendre le pouvoir.

Une grande assemblée fut tenue dans le temple, ayant pour but de constituer un gouvernement national. Les représentants de la bourgeoisie furent généralement élus. On confia les hautes fonctions publiques aux membres des grandes familles. Le Synhédrin resta investi de la puissance souveraine et Simon ben Gamaliel en conserva la présidence. Hanan, véritable chef do l'opinion modérée, fut proclamé grand prêtre. Éléazar ben Hananiah alla, comme commissaire, en Idumée, avec toute autorité sur les généraux de cette province. Jésus, flis de Saphas, un des membres influents du sacerdoce, y fut investi du commandement des troupes. Joseph, flls de Simon, fut envoyé à Jéricho ; Manassé, au delà du fleuve ; Jean, un Kssé-

nien égaré au sein de ces orages politiques^ à Tamnay dont on fit, avec Lydda, Joppé et Ammaûs, une sorte de toparchie. Jean, fils d'Ananias, eut la Gophnitique et rAkrabatane. L'historien Josèphe fut nommé gouverneur de la Galilée et de Gamala. C'étaient des espèces de représentants du peuple, délégués auprès des armées et des administrations civiles. Leurs pouvoirs étaient illimités comme ceux de la convention nationale dont ils étaient les mandataires ^ Tous les partis se trouvaient ainsi représentés dans la nouvelle organisation ; toutefois on en exclut Ëléazar fils de Simon, un démagogue dont la présence au pouvoir était de nature à of&ir de graves dangers.

La révolution parut entrer ainsi dans une voie régulière ; mais on sait ce que durent, en de pareils moments, ces victoires de la modération. Il faudrait l'omnipotence d'un Neptune politique pour fermer tout d'un coup les ^antres d'Éole des tempêtes populaires. Ce semblant d'organisation ne pouvait être de longue durée. Les chefs élus furent bientôt suspects et peut-être n'était-ce pas sans raison. Les modérés jouaient, en effet, un double jeu. Ils affichaient publiquement un grand patriotisme, mais^ au fond, ils désiraient la paix et se gardaient bien d'imprimer une trop vive impulsion à la conduite de la guerre. La populace, ne trouvant pas que les choses allaient

1. Voir Biir ces détails Josèphe, Guerre des Juifs^ liv. II, c;h. xi.ii.

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assez vite à son gré, commençait à murmurer et criait, comme toujours, à la trahison.

Dans les provinces l'anarchie était à son comble. Il y avait partout une foule de petits dictateurs locaux qui rivalisaient de zèle et de fureur avec les démagogues de Jérusalem. Irrités du rôle subordonné auquel les avait réduits l'arrivée des commissaires du Synhédrin, ils excitaient contre ces derniers l'hostilité des populations et les dénonçaient chaque jour au gouvernement central comme des traîtres. Josèpbe, en Galilée, était aux prises avec un de ces énergumènés, Jean de Giscbala, qui, appuyé on ne sait pourquoi, par Simon le président du Synhédrin, obtint qu'une enquête fût faite sur les actes du gouverneur. Jean, fils d'Ânanias, avait, de son côté, à combattre dans l'Akrabatane, un certain Simon fils de Gioras qui remplissait le pays de meurtres et de dévastations.

Rome^ cependant^ finit pftr comprendre que le mouvement était arrivé à un point où il ne pouvait plus continuer sans péril pour l'Empire. L'Orient, en voyant l'immobilité des troupes romaines, commençait à croire à leur impuissance. Il s'agitait sourdement

et des signes menaçants y apparaissaient à tous les II. 9

yeux '. Néron chargea du commandement des légions de Syrie Yespasien un des plus grands généraux de ce temps, que l'armée devait bientât élever au pouvoir suprême. La guerre allait maintenant entrer dans sa dernière phase. L'heure de la destruction de Jérusalem était proche.

Secondé par son flls Titus, aidé des troupes de Trajan, Yespasien réunit à Antioche des forces considérables et commença résolument les opérations. Son plan était simple et sûr : Attaquer l'insurrection par ses grands côtés et la pousser peu à peu vers le centre où on l'anéantirait définitivement. C'est en Galilée que l'armée romaine, unie aux forces d'Agrippa, mit ce plan à exécution. La résistance y fut héroïque. Josèphe nous l'affirme ; il est vrai qu*il est, eu ce cas, témoin et partie et qu'il a pu vouloir donner à la postérité une haute Idée de sa valeur et de ses aptitudes militaires. Quoiqu'il en soit, Jotapat, où il s'était réfugié en dernier lieu , dut se rendre après des actes de courage qu'il signale comme admirables de part et d'autre. Ce qui est moins bril-lant, c'est le récit de sa reddition personnelle. Caché avec quarante de ses compagnons d'armes dans une

i . a n ne B^agissait plus seulement, dit Josèphe, de (OiAtier la ré- » volte des Juifs, mais de maintenir dans le deyoir le reste de rOrienl » en empêchant les autres nations de chercher à secouer le joug » des Romain?, comme elles y paraissaient entièrement disposées. « » {QMtfTt des Juifit liv. III, ch. i.»

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caverne où ceux-ci décident, en martyrs émules des soldats basmonéeos, de se tiier les uns les autres plutôt que do se rendre, il fit si bien qu'il resta le dernier vivant dans ce vaste suicide. Puis, au lieu d'imiter, à son tour, ces fanatiques du patriotisme^ il se sauva auprès du général romain, qui le. reçut avec tous les honneurs dus à son rang et le garda auprès de sa personne.

Pendant ce temps, Titus et Trajan s'emparaient de Joppé ; Géréalis tuait onze mille Samaritains sur la montagne de Garizim et occupait Samarie. La Galilée entière ne tarda pas à être au pouvoir des Romains.

Jean de Gischala s'était enfui à Jérusalem. Là , il surexcitait le peuple, déclarant que Josëphe était un traître qui avait livré la Galilée à Yespasien. En même temps toutes les bandes qui couraient la campagne, effrayées de l'approche des troupes impériales, affluaient dans la ville sainte, grossissant le nombre des hommes de désordre.

De tous côtés, on accusait ceux qui étaient au pouvoir. On prêchait partout « la guerre à outrance. » A Jean de Gischala s'était joint ce Simon ben Gioras qui dévastait l'Akrabatane et qui, lui aussi, s'était

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replié avec ses bandits sur Jérusalem. Tous deux de* viureat les chefs du mouvement populaire, s'appuyant sur tous les brigands qu'ils avaient amenés avec eux. Ce n'était plus le peuple , c'était la populace qui régnait sous leur ^om et décrétait la terreur.

L'aristocratie fut frappée impitoyablement. Antipas, qui était de race royale et gardien du trésor, fut, un des premiers, incarcéré comme suspect. Avec lui, les prisons furent remplies des personnages les plus considérables. Puis, un jour, comme dans les septembrisades de notre révolution, on envoya quelques sicaires massacrer dans les cachots tous ceux qui y avaient été entassés.

La révolution déchaînée portait ainsi le dernier coup au patriciat déchu. Le sacerdoce ne fut pas épargné davantage. Les Zélateurs élurent au sort un grand prêtre. Le hasard désigna un certain Pbanias beo Samuel du bourg d'Haphtasi. Il n'avait absolument aucune notion des devoirs de ce ministère sacré. Il fallut l'affubler grotesquement de son costume sacerdotal comme un acteur qui ne sait pas son rôlo * . Cette profanation souleva, même parmi la foule, un sentiment de réprobation dont le parti modéré cher • cha à profiter pour tenter uoe réaction contre les terroristes. Le grand prêtre Hanan parvint un moment à rallier, dans ce but, une partie de la popula-

i. JosÈpRE. Guerre des Juif*, liv. IV, cli. xii.

tion. Les Zélateurs furent contraints de se réfugier dans Tenceinte du temple où ils se fortiflèrent et dont il fallut faire le siège. La guerre civile dura plusieurs jours^ répandant le sang à flots ; malheureusement ce n'était pas le parti de Tordre qui devait l'emporter.

Les Zélateurs appelèrent à leur aide des troupes d'iduméens qui battaient la campagne aux environs, et, sous le manteau de l'insurrection, se livraient à un véritable brigandage. Quand ces auxiliaires de la démagogie arrivèrent sous les murs de Jérusalem, Hanan leur en flt fermer les portes^ et Jésus, l'un des grands prêtres, leur adressa la parole du haut d'une tour ; il les engagea à abandonner leur dessein de se joindre aux factieux et à garder au moins la neutralité entre les hommes d'ordre et de désordre. Mais cela ne faisait pas raCTaire des Iduméens. Le désordre était précisément ce qu'ils voulaient. Leur unique but, en accourant à Tappeldes Zélateurs, avait été de prendre part à une curée dont les riches et les grands seraient les morceaux. Ils n'avaient garde de laisser échapper leur proie.

Leur réponse est modelée sur la phraséologie creuse, emphatique et menaçante des révolutionnaires de tous les temps. Ils sont venus, disent-ils, pour défendre la patrie et la liberté, appelés par leurs frères que les réactionnaires veulent opprimer. C'est une insulte que de leur refuser l'entrée de la ville. Ceux qu'ils viennent aider de leurs bras, pour com-

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battre à outrance les étrangers, ont bien fait de punir les traîtres qui veulent livrer la Judée aux Romains. Ils n'ont eu qu'un tort; c'est délaisser vivre les aristocrates et les prêtres, qui trahissent le peuple encore plus impudemment que ceux dont on a déjà fait justice. Mais, si les Zélateurs ont été trop faibles, les lifuméens ne les imiteront pas. Us arrivent, bien résolus à défendre la maison de Dieu et le sol national contre leurs ennemis du dehors et du dedans K

Ces paroles étaient un arrêt de proscription qui ne devaitpas tarder à s'exécuter. Introduits de nuit dans la ville par quelques Zélateurs qui,' à la faveur d'un épouvantable orage, se glissèrent, sans être aperçus, jusques aux portes et les ouvrirent à leurs alliés, les Iduméens firent tout à coup irruption et s'empressèrent de réaliser leurs menaces de mort. C'est sur les prêtres et les patriciens que s'assouvit d'abord leur fureur. Hanan et Jésus furent les premières victimes. Leurs cadavres, dépouillés des vêtements sacerdotaux, furent traînés dans les rues et livrés en pâture aux chiens et aux bêtes immondes. Près de neuf mille personnes furent égorgées ; les assassins n'épargnèrent, dans les rangs du peuple lui-même, aucun de ceux qu'on soupçonnait d'avoir pactisé avec le parti aristocratique et sacerdotal. Les principaux de la nation furent entassés dans les cachots où on les massa-

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