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CHAPITRE PREMIER

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il fallut aux hommes qui se trouvèreut alors ù la tète de la société juive, un grand courage ou plutôt une foi profonde dans l'avenir. Tout s'était abîmé en même temps, culte, autel, sacerdoce, puissance publique, organisation sociale. Pour faire vivre le Judaïsme, après cette épouvantable catastrophe, tout était à refaire. Comment maintenir l'unité ? Comment constituer l'autorité? Comment rattacher l'un à autre les membres mutilés et dispersés d'Israël vaincu?

Le problème eût été insoluble si le Pharisalsme, prévoyant, dès longtemps, la crise, n'en avait d'avance préparé la solution. Il s'était trop souvent préoccupé

de la destruction probable de la nationalité juive, pour n'avoir pas étudié ce qu'il faudrait faire lorsque révénement se produirait. Aussi n'hésita-t il point, quand le temps d*agir fut arrivé. Sachant qu'il avait seul désormais la responsabilité du monothéisme, il savait aussi par quels moyens il devait sauvegarder ce précieux dépôt.

Son premier soin fut de le mettre à l'abri des périls de la situation en évitant de l'exposer aux chances de nouveUes luttes. Dans ce but, le Pharisaisme raya définitivement la guerre et la révolution de son programme. On venait d'apprendre encore une fois, d'une façon terrible, que vouloir maintenir un État juif en face des gigantesques empires qui dominaient le monde entier, n'était qu'une déplorable chimère. Rien n'eût été d'ailleurs plus insensé et plus coupable que de faire encore couler un sang généreux pour la conquête d'un lambeau de terre dont la possession matérielle importait si peu au but essentiellement spirituel et moral qui était désormais l'unique souci des chefs religieux du Judaïsme. Ils se résignèrent donc sans arrière-pensée et acceptèrent franchement le fait accompli.

Cette sage conduite eut les plus favorables résultats. Les nouveaux Césars, pleinement rassurés sur les intentions des docteurs pharisiens, certains de trouver en eux des apôtres de paix dont l'influence ne s'exercerait que pour calmer les passions et com-

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battre Tesprit de révolte, se montrèrent très-sympathiques à leur égard et leur accordèrent la plus complète protection.

Si la question nationale était ainsi irrévocablement tranchée, les questions de parti l'étaient également et pour toijgours. La destruction du temple supprimait brusquement le Sacerdoce. La destruction de l'État juif abolissait violemment le Patriciat. La vieille querelle des Pharisiens contre les Sadducéens et les prêtres était à jamais terminée.* L'aristocratie était bien morte ainsi que le pontificat.

La révolution religieuse et sociale se trouvait donc accomplie dans ce qu'elle avait de plus radical. Le gouvernement de la sdciété juive appartenait sans partage aux Pharisiens. A l'avenir nous n'aurons plus à signaler, dans le monde juif tout entier, ni opposition ni réaction contre leurs doctrines. Les autres partis et les autres sectes, Sadducéens, Boêthusiens, Esséniens, Zélateurs, ont disparu sans retour. L'histoire ne prononcera même plus leurs noms.

Mais la liberté que donnaient aux docteurs d'Israël

la disparition de leurs contradicteurs et la confiance

des autorités romaines, n^enlevait rien aux difficultés

de leur tâche. Il fallait d'abord, à la place du centre

politique détruit, créer un nouveau centre d'action et

d'impulsion où pussent se rattacher tous les éléments II. i\

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épars du Judaïsme universel. Ce fui la première entreprise de Yochanan ben Zakkaï, lorsque, heureusement sorti de Jérusalem, il eut obtenu de Yespasien la faveur de s'établir à Yabné et d'en faire le foyer de l'enseignement pharisien.

Avec autant de perspicacité que de résolution, l'illustre docteur fonda aussitôt, dans cette ville, une grande Académie doctrinale, destinée à être, pour tous les Juifs répandus dans le monde, ce que le temple de Jérusalem était auparavant : le point central où Tîonvergeraient tous leurs intérêts et d'où partirait l'impulsion générale. L'Académie de Yabné devait être ainsi le pivot de TUnité religieuse et remplacer l'Unité nationale détruite.

L'homme qui conçut cette idée, n'était pas un homme ordinaire. Yochanan ben Zakkaî avait été, avec Jonathan ben Uziel, le plus remarquable des quatre-vingts disciples dllillel. Il était aussi le plus jeune. Membre du S}mhédrin, sous la présidence de Simon, (Ils de Gamaliel l'Ancien, il s'était fait remarquer dans les délibérations et avait conquis une légitime influence, bien que, fidèle aux idées de son maître, il représentât dans l'assemblée le parti de la

paix. La supériorité et la popularité de son enseignement imposaient, d'ailleurs , aux Zélateurs les plus violents. Sou école, qu'il tenait sous les portiques du temple, était la plus importante et la plus fréquentée ^ On peut juger par l'acte de dévouement que ses principaux disciples accomplirent, au péril de leur vie, pour le faire sortir de Jérusalem, à quel point il était aimé de ceux qui se pressaient à ses leçons.

Le nombre de questions qu'il a traitées dans ses conférences publiques est considérable *. On a peine à comprendre comment^ au milieu de la tempête qui ébranlait et renversait tout autour de lui, il put conserver assez de sang-froid et de sérénité pour discuter paisiblement tant de points abstraits de théologie et de législation '. Son esprit était une vaste encyclopédie de toutes les connaissances de son temps. Toutes les parties de la loi orale qui font la base même du Pharisaïsme et qui, on s'en souvient, ne reposait que sur la coutume et la tradition, lui étaient familières. On assure aussi qu'il était très-versé dans les sciences ésotériques et qu'à l'exemple de nombreux

i. Talmud, JénuaL, Méguillah, 73, d.

2. Un dicton populaire disait, sous une forme hyperbolique, que, Cl si les cieax étaient de papier, les arbres, des plumes, et tous les » hommes, des écrivains, ils ne pourraient suffire pour reproduire le? » leçons de Yochanan. » (VisiTi Israélite, t. VI, p. 588.)

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