‹ Les PharisiensChapitre 90 sur 258 · MiscHNAH, KiUiimf vi · texte numérisé non relu

MiscHNAH, KiUiimf vi

5. Il consacrait presque tons ses revenus à Tentretien de jeunes filles juives à qui la guerre avait enlevé leurs parents. — (xV^ctonm, 66. a.)

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qui ne se contentait nullement des hypothèses fantaisistes d'Akiba. Il n'admettait pas que le législateur eût caché un sens mystérieux sous chaque mot du texte sacré, a La loi, disait-il avec un grand bon sens, a été » rédigée par des hommes et a parlé naturellement le » langage humain K » Il ne faut donc pas donner à de simples formes de syntaxe, à des figures de rhétorique, un sens et une portée qu'elles ne sauraient avoir. C'était aussi rationnel qu'évident. Ismaêl ben Élissa était, à coup sûr, comme l'avait été Néchuniah ben Hakanah l'adversaire de Nachum de Guimzou, bien plus dans la vérité qu'Akiba. Mais le Pharisalsme éprouvait trop vivement le besoin d'échapper, par tous les moyens possibles^ aux limites étroites du texte littéral, pour se montrer si scrupuleux. La méthode d'Akiba triompha des objections logiques d'Ismaël aussi bien que des attaques passionnées de José le Galiléen, d'Éliézer et de Tarphon.

Toutefois, si ce dernier se convertit à la nouvelle doctrine, Ismaêl résista jusqu'au bout; mais, il ne put s'empêcher de reconnaître lui-même que les temps nouveaux réclamaient sans cesse de nouveaux progrès et qu'il fallait tenir constamment la loi orale au niveau des besoins de l'époque. Dans cette conviction, il développa d'une manière très-large et très-libérale les sept règles d'Hillel. Il les porta à treize formules de

1. on» ^aa ^IuSd min mai (JeruiOf. nédarim, I. !. - Baha MtlsiaZi^ a.)

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raisonnement et en fit une théorie syllogistique qui est devenue, avec le système d'Akiba, la méthode didactique de récole pharisienne ^ .

Ismaêl ben Élissa avait cependant bien raison, lorsqu'il adjurait ses collègues de rester sur le terrain sohde de la logique, au lieu de se jeter dans les hypothèses arbitraires de la méthode d'Akiba. Celui-ci, grâce à la supériorité de son intelligence, n'employa son système qu'à la démonstration des principes spi-

1. Les règles de logique formalées par Ismael, sont aûalysées en ces termes : « La loi peut être interprétée an moyen de treize règles : fo En Urant nne conséquence de mineure à mineure ou de mineure à majeure ; 2» par Tanalogie des sujets; 3o par application d'un texte à d*aatres concernant la même matière ; 4» par comparaison de deux textes relatif au même sujet; 5* par déduction du particulier au général et réciproquement; 6» si, de deux textes, Tun est général, Tautre spécial, c'est suivant le spécial qu*il faut décider; 1*> il faut observer si le texte général n'est pas restreint par un texte particulier ou si un texte particulier n'est pas étendu par un texte général ; S» quand, par déduction d'un terme d'un texte général, on a reconnu certain principe, ce principe ne doit pas s'appliquer seulement au terme d'où il est déduit, mais à l'ensemble du texte ; 9« tout argument déduit d'un texte général pour s'appliquer à un cas analogue, doit être employé a nUnari et non a fortiori ; 10» si le cas est de nature différente, on peut raisonner également par la mineure ou par la majeure; H* on ne peut appliquer un principe à un cas nouveau que si le texte le permet; {29 observer si le sujet s'explique de lui-même ou par ses conséquences; IS^ deux textes contradictoires s'expliquent par un troisième qui les concilie.

ritualistes et moraux qui formaient l'essence de la doctrine pharisienne , mais la foule des imitateurs dépassa bientdt la limite où tl s'était prudemment arrêté. On ne se contenta pas d'interpréter tes mots de l'Ëcriture en cherchant un sens caché sous l'expression matérielle, on les bouleversa capricieusement. On altéra le texte sous prétexte de lui arracher ses mystères.

L'influence que l'école kabbalistique avait exercée sur le système symbolique de Philon, elle l'exerça aussi sur le système grammatical d'Akiba. Fille du Mazdéisme cbaldéen et du mysticisme égypUen, la Kabbale s'était acclimatée en Judée et avait donné naissance à une secte obscure, vouée à l'étude des sciences occultes,' dont les rangs ne s'ouvraient qu'à un petit nombre d'initiés. Or, si les docteurs kabbalistes employaient essentiellement le symbolisme pour appuyer sur la Bible leurs idées théosopbiques, ils recouraient aussi, pour justifler leurs hypothèses sur Dieu et sur la création, à un procédé tout à fait analogue à celui d'Akiba, Ckimme lui, ils tiraient des expressions littérales du livre saint, détournées de leur stgniflcatioo ordinaire, des déductions inattendues par lesquelles ils résolvaient les problèmes étemels de l'Infini et de l'Immatériel. — Ils allaient plus loin eneort'. — L(!s mots devenaienl, à leur gré, des ana* grammes et des acrosliclies. Ils en renversaient les lellres pour co former des mots nouveaux. Ils fai-

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saient de chacune d'elles la première lettre de mots distincts, qu'ils prétendaient être enfermés mystérieusement, sons cette forme abréviative, dans le mot primitif. Ils substituaient à l'Alphabet ordinaire un autre Alphabet de convention, de manière à trouver, dans les phrases apparentes du texte, d'autres phrases ayant un sens tout à fait différent et correspondant à leurs idées. Ils donnaient aussi à certains mots une signification idéale, qu'ils appliquaient chaque fois que ces mots se montraient dans l'Écriture sacrée. C'est ainsi, par exemple, que p»» {Ebén)^ iTVû Sm» {Ohel Moêd), p*T3r {Tsédék), ne veulent plus dire, dans leur langage, pierre^ tente d assignation j justice j mais expriment diverses manifestations de la divinité. im (Ab)^ père, et dk (jÉm), mère, se changent en attributs divins de sagesse et d'intelligence, 'en (JEsch)^ feu, Q^D, {Mcnm) eau, deviennent la justice et la miséricorde. Abraham, Isaac et Jacob, ne sont plus des noms de patriarches, mais des symboles de vérité^ de clémence et d'équité. D'autres fois on faisait l'addition numérique d'an mot S pour y substituer un autre mot de valeur numérique égale. On appelait ces procédés d'altération et de transmutation, le Notarikon et la Gué-

1. En hébreo, les chiffres sont représentés par les lettres de TAlphabei. L*Apocalypee a employé ce procédé pour transmettre ans initiés li: nom de la Béte, qui, dit-elle, est nn nom d*homme et forme le nombre 616. On sait maintenant que c*est la Talenr nnmériqne dn nom de Néron, en hébren. (Voir Rehax, VAntéckrisi.)

matria. C'étaient les principaux, mais il en existait une foule d'autres analogues.

Or, quand Akiba eut formulé sa méthode d'exégèse, le mouvement se lança, à sa suite, dans les exagérations mystiques, dans les procédés bizarres et dans l'excès des interprétations extra-littérales qui caractérisaient l'enseignement kabbalistique. Les livres talmudiques sont pleins de passages où le système ésotérique est employé sans réserve pour la transfiguration des mots \ de telle sorte que la Bible entière se transforme en un livre nouveau qui n'a rien de commun avec l'ancien ^.

Hàtons-nous de dire que ces excentricités ne portent en général le nom d'aucun docteur éminent. Les chefs du Pharisaîsme d'alors n'ont vu dans le système d'Akiba qu'un moyen ingénieux et utile de donner Une base légale aux principes de la loi orale, en l'appuyant sur l'autorité même de la Bible, au moment où ils en voulaient établir le code et en fixer les traditions. Mais, si ni Akiba ni ses collègues n'ont employé directement les procédés kabbalistiques à

1 . Voir sur ces procédés biiarres que nous ne pouvons étudier ici en détail, outre le grand ouvrage de M. A. Franck, la Kabbale, un très-curieux travail de M . le grand rabbin Klein, la Vérité sur le Talmud, Mulhouse, 1859.

2. La tradition dit qu'Akiba s'occupa aussi des sciences kabbalisUques et que, seul, parmi quatre autres de ses collègues, il sortit victorieux de cette étude dangereuse. (Wbill, le Jwktlsme, t. I, p. 55.) n est possible qu'il en ait tiré l'idée de son système.

Tappui de leurs interprétations doctrinales, ils sont certainement responsables de l'usage et do l'abus que des disciples imprudents en ont fait.

Quoi qu'il en soit, la méthode d'Akiba fut accueillie comme un progrès considérable par ses contemporains. Les chroniques de Tépoque, tout en constatant l'opposition de ses adversaires, font connaître les manifestations^ enthousiastes de ses partisans. On le compara à Moïse lui-même et peu s'en fallut qu'on ne relevât fort au-dessus du législateur du Sinal, car ses disciples répétaient à l'envi que « beaucoup de pres- » criptions légales que Moïse n'avait pas connues, » avaient été révélées par Akiba ^ » En cela, on ne se trompait guère. Moïse aurait eu beaucoup de peine, sans doute, à reconnaître la loi primitive dans les interprétations par lesquelles Akiba en transformait si profondément le sens et l'application.

La légende s'est emparée, à son tour, d'une façon assez originale, du rapprochement que les contemporains ont fait entre le révélateur du Décalogue et le docteur de l'Académie de Yabné. — Elle nous montre le premier, au moment où il écrivait la loi sous la

i. Pésékia Rabhati, Paraschah 14. — Bamidbar Rabba, ch.xix . H. 13

semblât au contraire en sortir tout naturellement, comme le fruit sort de la fleur. Grâce à eux, la loi orale, c'est-à-dire la loi du progrès, de la liberté et de la raison, triompha désormais de toutes les objections et de toutes les hostilités, trouvant de fortes assises dans le texte biblique lui-même interprété d'après certaines règles positives.

Toutes les subtilités déforme ne pouvaient changer le fond des choses. On donnait un titre légal à la Réforme ; on lui faisait^ comme à tous les parvenus, une généalogie et une noblesse de fantaisie ; ce pouvait être utile pour fermer la bouche à ses détracteurs ; ce ne pouvait faire illusion à personne. Elle restait ce qu'elle était réellement : la liberté d'examen et de discussion poussée aussi loin que possible ; l'autonomie religieuse substituée à l'ancienne centralisation; le culte spirituel remplaçant le culte matériel ; le savant détrônant le pontife ; le droit populaire succédant au droit divin, le mouvement à l'immobilité, le progrès à la résistance. Elle avait beau s'appeler la Légitimité, eUe était la Révolution, et son étiquette d'emprunt ne modifiait point sa nature.

Akiba s'est fait ainsi un nom dont rien n'a affaibli la célébrité. Du reste, en dehors de cette œuvre capitale, il se distingua autant par son caractère que par

son enseignement. Il résiddt habituellement à Béné- Béraky petit bourg situé au nord-ouest de Joppé, non loin de Yabné ^ Ses collègues venaient souvent Vy visiter et s'entretenir avec lui '. Un grand nombre de disciples, plus de mille, d'après les récits traditionnels ', s'étaient groupés autour de lui. Les principaux furent Simon ben Yochal qui passe, à tort, pour être Tauteur d'un grand traité kabbalistigue, le Zohar^ et R. Héir de gui on connaît ces maximes morales : « Ne » te livre pas trop aux affaires ; occupe-toi aussi de » l'étude de la loi et sois humble envers tout le » monde. » — « Ne considère pas le vase, mais exa- » mine ce qu'il contient. Il y a des vases neufs remplis n de vin vieux et des vases vieux qui ne contiennent » pas même de vin nouveau ^. »

L'enseignement d'Akiba était aussi remarquable par . l'élévation des sentiments que par le libéralisme des principes. C'est de lui que vient cette belle parabole qui définit la liberté et la responsabilité humaine : « Le » marché est libre ; le marchand fait crédit ; le livre de » compte est ouvert; une main y écrit. Quand la dette

1. On dit qu'il y avait eu déjà en ce lien une école importante dont les fameux Schémaia et Abtalion auraient été les chefs. (Talmud, Sifnhédrin 32, b. et 96, b.)

2. Les Israélites ont l'habitude de lire le soir de la fête de Pftques un récit talmndique (Àgada) qui roule sur la sortie d'Egypte. C'est un entretien entre les principaux docteurs de Yabné, avec Akiba, à Béné-Bérak.

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