‹ Les Pharisiens [microform]Chapitre 100 sur 500 · II Macchabées, ch. xii, 39 et s · texte numérisé non relu

II Macchabées, ch. xii, 39 et s

Le Sadclucéisme avait certainement raison en ce qui concernait les pratiques du culte; mais le Pharisaïsmc lui était ici bien supérieur. Il défendait les principes spiritualistes sans lesquels la morale n'est qu'un vain mot et l'ordre social que le caprice de toutes les mauvaises passions. Si tout se termine sur cette terre, si nous ne devons jamais espérer en l'appui ni en la grâce du Créateur qui nous y a mis, à quoi bon l'abnégation, à quoi bon le dévouement, à quoi bon la vertu? Pourquoi combattre pour de nobles causes? Pourquoi donner son cœur, son sang, sa vie à ceux que l'on aime, patrie ou famille? Pourquoi supporter patiemment les inégalités douloureuses de cette vallée de larmes ? Pourquoi se priver des plaisirs que l'égoïsme poursuit, fût-ce aux dépens des droits et des intérêts du prochain? Si tout doit s'anéantir dans la tombe, sans qu'il y ait, aii delà, ni récompense pour le bien, ni punition pour le mal, ni réparation des souffrances injustes, le mieux est de jouir du présent et de n'avoir pour règle que l'utilité personnelle.

A toute époque on a vu surgir ces doctrines matérialistes qui, enfermant l'homme dans le cercle étroit de l'existence terrestre, ont produit, chez les classes élevées, un sensualisme abject qui sacrifie les plus

généreux sentiments au plaisir, et, parmi les classes inférieures, un socialisme destructeur qui ne recule devant aucune violence pour satisfaire ses appétits. Elles s'affichent encore de nos jours, avec une audace inouïe, corrompant les masses et y étouffant toutes les inspirations de la loi morale.

Il y a près de vingt siècles que le Pharisaïsme a livré, lui aussi, le combat du spiritualisme religieux contre le matérialisme de son temps. Il eut le bonheur d'avoir tout le peuple ayec lui et de ne rencontrer pour adversaires que les hautes classes de la société contemporaine. Grâce à cette heureuse condition, sa victoire fut complète.

Gomme il représentait non pas seulement la foi, mais aussi le patriotisme, il fut, en même temps, l'organe de la religion et de la démocratie doublement irritée des scandales du sacerdoce et des trahisons du patriciat. Cette situation en fit la tête et l'âme du mouvement national. Lorsqu'il disait qu'en se dévouant pour raffranchissement d'Israël, en marchant à la guerre sainte, en sachant mourir pour la loi de Dieu, on était assuré de ressusciter à la félicité et à la gloire éternelle, ses prédications produisaient un effet immense sur cette race impressionnable que décourageaient au contraire les désolantes doctrines du Sadducéisme. ;.v

Le dogme de la Providence, de la résurrection et de l'immortalité, par l'influence qu'il a eue dans le

m LES PHARISIENS,

soulèvement de la Judée, a donné au Pharisaïsme une autoritémorale qui ne s*est plus effacée depuis. En tout cas, ce fut pour lui une arme formidable dans sa lutte contro les Sadducéens. Si des ambitions réciproques ont envenimé la querelle, en prenant la religion pour complice, on se sent disposé à ne pas trop en accuser-les Pharisiens, car ce qui a triomphé, alors, dans la consécration de Tidée spiritualiste, c*èst la cause même de l'ordre social et de la morale universelle.

Néanmoins, quand on reproche auxSadducéens, comme le fait Josèphe lui-même, écho de traditions anciennes *, d'avoir nié absolument l'immortalité de l'âme, on va peut-être beaucoup plus loin qu'il n'est juste.

Tous les faits historiques qui nous ont aidés à'suivre et à définir le développement des partis et des doctrines, ont dû faire comprendre ce qu'étaient les Sadducéens. Ce n'était certainement pas, comme le prétend Josèphe, une école philosophique « parmi » ceux qui faisaient profession de sagesse ^; » c'était un 'parti de gouvernement fort occupé de questions politiques et beaucoup moins de questions dogmatiques. Il faut même reconnaître qu'en cela il restait

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